Transfert monétaire aux pauvres

Lancement du projet transfert monétaire aux pauvres, mercredi

Dakar, 16 oct (APS) - Le Projet de transfert en espèces (projet NETS, en faveur des enfants âgées de moins de 5 ans) sera officiellement lancé mercredi prochain à Sédhiou (sud), annonce un communiqué transmis à l’APS.

Sa mise en œuvre confiée à la Cellule de lutte contre la malnutrition (CLM), ce Projet NETS va permettre aux mères d’enfants en situation de vulnérabilité d’adopter des ‘’comportements positifs’’ et améliorer ainsi les conditions de vie et la santé de leurs enfants.

Quelque 50 000 mères d’enfants âgés de 0 à 5 ans vivant dans un ménage pauvre sont concernées par ce projet. Il cible 13 districts sur l’ensemble du pays. Chaque bénéficiaire recevra une allocation directe de 14 000 FCFA tous les deux mois et sur une durée de six.

A travers ce projet, le gouvernement du Sénégal place la protection sociale des couches vulnérables au centre de ses préoccupations. Il entend lutter efficacement contre la pauvreté et participer au développement humain des personnes ciblées, souligne le communiqué.

Au lendemain du lancement, la délégation effectuera des visites sur les sites de nutrition communautaires dans la région de Kolda.

Projet Nutrition et transferts sociaux (Nets)


Face aux chocs exogènes - Lutte contre la malnutrition des enfants : Du Cash aux ménages pauvres   


07-11-2009


Après les chocs subis ces dernières années par l’économie mondiale, les couches pauvres sont davantage exposées à une vulnerabilité lourde de conséquences, en particulier pour les femmes et les enfants. Pour renverser la tendance, la Banque Mondiale et la Cellule de lutte contre la malnutrition du Sénégal viennent de lancer à Sédhiou un projet de transferts en espèces destinés aux mères d’enfants issus des couches les plus pauvres. Par Mame Woury THIOUBOU


Mariama Cissé a tout au plus une vingtaine d’années. Visage grave, elle reçoit des mains de Mme Khadidiatou Dieng, coordinatrice de la Cellule de lutte contre la malnutrition (Clm) un papier qui lui permet de se présenter aux guichets du Crédit mutuel du Sénégal (Cms). Mariama, mère de quatre enfants de moins de cinq ans, va ainsi recevoir une allocation de 14 000 francs Cfa tous les deux mois et pendant six mois. Cette jeune dame est une des premières parmi les 50 000 mères d’enfants de moins de cinq ans bénéficiaires du projet Nutrition et transferts sociaux ciblés sur l’enfant (Nets).
Le projet qui est surtout destiné à améliorer la nutrition des enfants, a été lancé le 21 octobre dernier à Sédhiou, un des treize districts sanitaires parmi les plus touchés par la malnutrition sur l’ensemble du pays. Il s’agit ainsi de mettre en place une stratégie de soutien aux populations pauvres fortement éprouvées par les crises alimentaires et économiques qui se sont succédé au niveau mondial. Ces chocs ont été fortement ressentis surtout en milieu rural où les populations ont assisté à la flambée des prix de nombreuses denrées de première nécessité en même temps que les récoltes s’amenuisaient..Cette insécurité alimentaire se ressent sur l’état nutritionnel des enfants qui, souvent sont les premiers à subir les conséquences de la paupérisation de leurs parents. Financé par la Banque Mondiale, le projet qui est une intervention d’urgence, cherche à aider de façon directe les femmes pour leur permettre de se reprendre en main. C’est-à-dire «augmenter le revenu réel des ménages vivant dans la pauvreté» en leur apportant un soutien financier direct. Les différents experts travaillant sur le terrain se sont rendu compte que malgré les conseils que recevaient les femmes sur les soins et la nutrition des enfants, des problèmes financiers énormes font que beaucoup de mères ne pouvaient pas payer des soins à leurs enfants. Mariama Cissé explique pour sa part avoir souvent sollicité ses parents ou emprunté de l’argent, son mari étant un pauvre paysan. Le Cash transfert ou transfert en espèces permet donc à ces mères de «pallier aux problèmes de leur quotidien en leur permettant d’avoir plus d’argent pour la nourriture et aussi de quoi se soigner» explique Ludovic Subran, économiste au département Action sociale de la Banque Mondiale. Il ajoute que pour le cas du Sénégal, l’option a été prise de «mettre en place des filets sociaux qui marchent et ainsi passer vers une optique de protection sociale».


Intervention d’urgence en faveur des couches vulnérables


En effet, les experts de la Banque ont vite compris que l’avenir du pays se jouait en ce moment même dans la mesure où avec des taux de malnutrition aiguë comme ceux observés dans les régions de Kolda ou Sédhiou par exemple, «les enfants vont commencer à développer des carences en micronutriments et cela va se traduire par des coûts sur le développement cognitif de l’enfant avec des retards de croissance difficilement rattrapables, voire irréversibles», explique M. Subran. Un enfant qui présente des carences en vitamine A pendant les deux premières années de sa vie peut tomber aveugle..C’est donc un investissement dans la santé et le développement des enfants de 0 à 5 ans. Un ciblage qui n’est pas fortuit puisque s’expliquant par le fait que c’est à cet âge que les enfants sont le plus vulnérables, notamment au moment du sevrage. Le Dr Kalidou Konté, Médecin chef de la région de Sédhiou explique d’ailleurs que le plus fort taux de mortalité concerne les enfants de moins de deux ans. Avec 120 pour mille, la nouvelle région est particulièrement touchée..Un déséquilibre nutritionnel qui trouve aussi son explication dans les pesanteurs sociales. En effet, selon la tradition, les enfants ne doivent consommer ni lait ni œuf et encore moins de fruits. Ces produits pourtant très abondants dans la région Sud, sont destinés à la vente plutôt qu’à la nourriture des petits enfants et des femmes enceintes plus vulnerables. De plus, la division du travail fait que les femmes s’occupent des cultures vivrières pendant que les hommes s’occupent des cultures de rentes. Elles sont donc dans les rizières dès les premières heures du jour et ce sont les enfants qui en subissent les conséquences avec une réduction du nombre de tétées, explique l’infirmier chef du poste de santé de Medina El hadj dans la région de Kolda..Le choix du district de Sédhiou comme un des treize bénéficiaires s’explique, selon le Dr Konté par un taux très élevé de malnutrition chez les enfants de moins de 5 ans «jusqu’à 18% des enfants selon l’enquête Smart conduite dans la zone». Cette situation de vulnérabilité est la conséquence directe de la pauvreté des parents. Dans le département de Goudomp qui reste le plus touché par la malnutrition, le Dr Konté explique que l’afflux massif de personnes déplacées du fait de la crise casamançaise explique cette situation. En effet, les déplacés qui se réinstallent dans ces zones peinent à disposer de terres de cultures qui, ici comme ailleurs, sont aux mains des autochtones. De plus, l’absence de tissu économique complique la situation de ces populations.


Lutter contre les pesanteurs sociales

Une fois élaboré, le projet Nets d’un coût global de 4,9 millions de dollars soit 2,450 milliards de francs Cfa, a été confié à la Cellule de lutte contre la malnutrition (Clm) logée à la Primature. Déjà présente dans le cadre du Programme de renforcement de la nutrition (Prn), la cellule qui en assure la mise en œuvre s’appuie sur des Agences d’exécution communautaires (Aec). Kafoo est l’une d’entre celles qui devront jouer le rôle le plus déterminant. En effet, ce Cash transfert suscite beaucoup d’interrogations si l’on sait que le contexte culturel et économique des régions cibles que sont Sedhiou, Kolda, Ziguinchor, Tambacounda et Kédougou est assez particulier. La très forte vulnérabilité des femmes et des enfants les expose très souvent à la domination masculine. A cela s’ajoute le fait que les cibles du projet étant les personnes les plus pauvres, en moyenne une famille se retrouve avec moins de 50 000 francs Cfa après la récolte, il est permis de douter de la destination réelle des fonds distribués. Des inquiétudes que ne semblent pas nourrir les concepteurs du projet. Pour Ludovic Subran, «si on arrive à faire un ciblage correct, si on est sûr que ça va à des populations extrêmement vulnérables, on peut espérer que ça va marcher».

Pour le représentant de l’Ong Kafoo, «dans tout projet, il y a des risques». Mais pour le Dr Moussa Souané, le filet de sécurité que mettra son Ong consiste à installer sur le terrain des relais communautaires chargés de suivre et d’encadrer les bénéficiaires. Causeries, débats, visites à domicile et surveillance pondérale accrue, tout est prévu rassure le Dr Souané pour éviter que les enfants ne soient au bout du compte les grands oubliés de ce programme. D’ailleurs, selon les chiffres disponibles, les expériences de Cash transfert menées dans d’autres pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine laissent voir qu’en moyenne, 70 à 80% de la somme allouée qui correspondent en gros à 30% du seuil de pauvreté, arrive à son but. Une somme jugée suffisante pour «impacter positivement sur la nutrition des enfants en améliorant fortement leur statut nutritionnel».

La Banque mondiale, le Programme alimentaire mondiale (Pam) ainsi que l’Unicef qui sont les principaux bailleurs dans ce programme s’accordent à trouver ce mécanisme plus efficace car même quand il s’agit de distribuer des denrées achetées sur les marchés locaux, les coûts élevés de transports renchérissent sur le prix de revient.

Après six mois de phase test, l’évaluation des impacts du Nets va permettre de vérifier si toutes les garanties dont s’est entouré le projet depuis le ciblage des bénéficiaires jusqu’à leur suivi sur le terrain, auront permis aux principaux concernés que sont les enfants d’en bénéficier.
mamewoury@lequotidien.sn

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