7 - POEMES EN VERS LIBRES

De 1971 à 1976, la forme de vers libres m'a inspiré davantage. Ou peut-être n'avais-je plus le courage, ou l'énergie, de me lancer dans des constructions élaborées. A vrai dire, je ne me souviens pas très bien de ce qui m'a fait passer d'une forme poétique à l'autre....                         


                           J’ai refait le parcours

                            De notre promenade

                            Recherchant les paroles

                           Les regards échangés

                           Passant devant le bar

Avec meublant l’attente

Devant le téléphone

L’habituel crème bien noir

Et l’express bien serré

Redescendant la Mouff

Errant par les ruelles

Revenant comme alors

D’un même pas tranquille

Mais seul cette fois-ci

J’ai enfin échoué

Sur le vieux banc de pierre

Où nous avions parlé

Parlé parlé longtemps

Que s’y est-il passé

Au bistrot réfugiés

Où fuyant comme alors

La fraîcheur de la nuit

M’a manqué la caresse

De ta main sur ma main

Et nous nous sommes quittés

Laissant tristes entre nous

De grands pans de silence

Et depuis le silence

                            Le silence toujours

                            En réponse à mes quêtes

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Ensemble nous avons parcouru

Un bon bout de chemin

Main dans la main on a cherché

Ca n’a pas été toujours facile

Mais on a avancé ensemble

Me voilà seul maintenant

Tu es restée en route

Sous six pieds de terre meuble

Six pieds de terre suffisent

Au plus grand amour

En route tu es restée

De m’adresser à toi qui n’est plus

Qu’un organisme désorganisé

Corps mort en voie de pourriture

Est parfaitement ridicule

Ta non présence pourtant me marque

Comme quelque chose de réel

Précis et douloureux

Et les milliers d’images du passé commun

Me reviennent en nausée

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Comme je courrais ma vie

En pensant naturelle sa présence

Sa douceur sa chaleur sa tendresse

M’étaient dues

Je buvais ardent à de lointaines chimères

Sans sentir la richesse de chaque instant commun

Déjà sa mort se frayait son chemin

Dur réveil de la vie après une mort lente

Qui la laisse si vivante dans la mémoire folle

Des mots et des objets

La vie me coûte d’envisager à nouveau

Des avenirs bordés du même horizon noir

L’eau court à la mer

Mais les bouillonnements d’antan

Sont figés par les incertitudes

Remonterais-je le cours vers de nouvelles eaux

Le tumulte en mon corps sans arrêt tempéré

Par l’angoisse de ne pouvoir offrir

Qu’anxiété

L’enthousiasme n’est plus que réminiscence

D’une période faste où elle m’était donnée

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                           J’avais voulu tenter par l’oubli

Refouler aux abysses inconscients

La douleur lancinante du sevrage trop précoce

Oh le poids de la tendresse absente

Quand sont enlevés du quotidien

Les mille et un gestes qu’on ne remarquait plus

Tant ils étaient naturels acceptés

Mais sans cesse à la surface

Impitoyablement remontent

Derrière les yeux

Emplissant les oreilles

Démangeant les mains

Et toute la peau

Et tous les os

Les milliers de moments partagés

Vous savez un morceau de votre corps

Que vous ne sentez que quand il est meurtri

Jusque là étaient normales sa santé

Sa vigueur sa vivacité sa vie

Et la blessure est soudain présente

Et l’on ne sent plus qu’elle

La croûte attire la main à l’endroit douloureux

Et l’on a beau se l’interdire

Inconsciemment sans cesse on se gratte la plaie

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Tu as me disait-elle de longs yeux en amandes

Bas relief assyrien issu d’un passé mort

La douceur les noie et j’y lis la tendresse

Mon seul bien bien à moi et je n’en veux pas d’autre

 

Dans la glace aujourd’hui mon regard est bien vide

Ne se retrouvant plus au jeu de ton regard

 

Tu as me disait-elle des mains toujours tièdes

Que j’aime sentir courir et jouer sur ma peau

Malgré leurs cals plus douces que le duvet nouveau

Tes mains aux mille doigts me sont folle jeunesse

 

Mes mains sont là inertes qui ne caressent personne

Et pleurent au creux des paumes l’absence de ton corps

 

Tes bras me disait-elle sont un havre à mon corps

Me donnant la chaleur et la sécurité

D’une première enfance et leur solidité

De chênes séculaires ma sont douces étreintes

 

Son corps pétri de mort je ne le serrerais

Plus jamais en mes bras sans joie et sans désir 

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                            Vieux comme le monde

Usé las fatigué

O le poids du temps

Connaissance rongée de lèpre

A la mémoire de la vie

O le poids du savoir

Jouvence tarie de l’enthousiasme

Soleil éteint des espoirs

O le poids de la peine

Vieux juif errant

Sans racine sans rameau

O le poids de la stérilité

Pèse à tes os à tes tripes

Toutes tes vies antérieures

Ton passé trop vivant te dévore

O le poids du passé du passé

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Les mots que je te dis

Te disent-ils

                            Ce que je voudrais tant dire

Bien tristes outils mal dominés

Mots gargarismes dialogues de sourds

On se complaît dans l’illusion

D’avoir fait comprendre ce que l’on ressent

Et l’on s’aperçoit que la traduction

A été bien déformante

Difficiles décodages

Les passés impriment

Leurs marques indélébiles

Distorsions insupportables

Des réalités aux mots

Et des mots aux réalités

Divorce des lèvres à l’oreille

Et de l’esprit à l’esprit

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Papier mâché et cendres

Goût de buvard dans la gueule

Gueule de bois sans ivresse

Regard perdu au nombril de la nuit

Lions en cage tournant en rond

Bouillonnants d’inutiles révoltes

Esprit mâché taché haché

Aux meules dévorantes du souvenir

Solitaire parmi les autres

Solitaire hanté par l’absence

Introspection poussant sans cesse

Au désir de fuir au refus de poursuivre

Quête du sommeil libérateur

Les justifications que je me donne

Crèvent comme bulles de savon

Et pourtant je le dis je le crie

Cela pourrait être autrement

O l’amputation de la tendresse absente

Criés ou dits discours et paroles

Explosent dans le désert

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Secoue toi vieux schnoque

Tu es toujours à tourner en rond

Dans ton bocal

Et à bailler d’envie

A ce qui se passe de l’autre côté

Secoue toi vieux schnoque

Tes bulles ne sont que silence

De l’autre côté du verre

Même pour les ouies fines

La frontière est imperméable

Secoue toi vieux schnoque

Ton langage misérable

Explosant à la surface

N’a de sens que pour toi

Inutile de t’évertuer

Pourquoi donc vieux schnoque

A tout prix vouloir

Communiquer

L’espèce est-elle la même

Qui te regarde tourner en rond

Pourquoi donc vieux schnoque

Désespérément désirer

Un échange alors que seul

Le monologue te convient

Crève donc vieux schnoque

Le ventre en l’air dans ton eau triste

Tu quitteras enfin

Le bocal détesté

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J’aime bien

Et tant pis si ça vous gêne

Me montrer tel que je suis

Avec mes misères et mes contradictions

Mes aspirations et mes désirs

Pourquoi m’inventer de nobles motivations

Les miennes aussi simples soient-elles

Me satisfont

Etre vraiment moi-même

Et tant pis si ça vous gêne

Répond à ma quête d’équilibre

Au moins puis-je me regarder

D’un œil sans complaisance

Et sans en être meurtri

Ma cohérence me plait assez

Ma position excentrique

Et tant pis si ça vous gêne

Est certes inconfortable

Je me sens faible de vos faiblesses

Vos déformations me rendent tordu

Mais qu’importe si dans la voie du vrai

J’ose me déculotter

Je me fous à poil

Et tant pis si ça vous gêne

Et vous jette à la gueule

Vos bosses et vos mutilations

Je comprends que vous ne compreniez pas

Pourquoi je vous gêne tant

Au fond tant mieux si ça vous gêne

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                            Se forcer à tout instant

A faire renaître le désir de vivre

Désespérément s’accrocher

Aux touffes d’herbe du précipice

Flotter voguer planer

Sur le vide de la vie

Grimacer sourire paraître

Etre à l’aise heureux détendu

Ca va merci très bien et toi

Manifester des intérêts inexistants

Se justifier à soi-même

Des raisons de continuer à vivre

Pourquoi pourquoi

Pourquoi la vie si elle ne m’est

Que poignante angoisse

Pourquoi la curiosité si elle ne mène

Qu’à de stériles impasses

Pourquoi le désir s’il ne révèle

Que le constat d’échec

Pourquoi

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Je suis fatigué de ce regard

Qui me dissèque fibre par fibre

Me fouille au filtre de la volonté

De mon regard sans pitié

Je suis fatigué de constamment

Rationaliser mes actes

De mon désir de cohérence

De ma raison qui se veut

Sans faiblesse

Je suis fatigué de cet esprit

Toujours sur le qui vive

A l’affût de la moindre défaillance

De mon esprit sans repos

Je voudrais retrouver la fraîcheur

La spontanéité

De relations simples et apaisantes

L’état de nature exalté

De mon corps contre ton corps

Je voudrais retrouver l’intérêt

D’observer ce qui se passe

Ailleurs que dans moi même

Je voudrais me dissoudre dans ton regard

Et me recomposer dans l‘action

Vers l’avenir

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Le temps court et nos hésitations

Lui donne amère saveur

Bagne de solitude

Alors que pourrait si proche être l’espoir

D’un partage fraternel de chaque minute à vivre

D’un amour passionné de connaissance profonde

Cancer dans la gorge

Poire d’angoisse inutile

Des stériles complications

Alors que si simples devraient être les échanges

Candeur et fraîcheur et spontanéité

De l’enfance

Retrouverais-je cette vérité qui nous était si chère

Les masques qui figent tous les visages

N’existaient pas sur le tien

Quand tu me le livrais dépouillé

Les verres fumés de tous les regards

N’existaient pas devant le tien

Quand muette tu me parlais de notre amour

Pourquoi ne pas vivre l’occasion comme elle vient

Et peser du passé et de ses cauchemars

Sur un avenir qui pourrait être lumineux

Il me faudrait retrouver

La naïveté d’enfance

La pureté d’une page à écrire

A la face du monde

Et d’un monde à écrire

Sur notre page vierge

Candide je suis et j’en sais le poids

Le serais-je toujours seul

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Tout ce qui se passe dans la tête des hommes

Et qu’ils ne savent pas dire

Tout ce qu’ils pensent

Tout ce qu’ils sentent

Au plus profond d’eux mêmes

Et les mots ne suffisent pas à l’exprimer

Les rend désespérément seuls

Puissance de l’amour au delà du verbe

Je comprenais et ressentais

Mais en suis-je bien sûr

Ce que tu ressentais

Et pourtant sans les mots

Jusqu’où irait la compréhension

Vivre côte à côte

Et pouvoir malgré tout

Garder sa part autonome

Etre loin l’un de l’autre

Et malgré tout conserver

Malgré la tristesse de la séparation

Que me réserve demain

Et comment dire

Tout ce qui se passe dans ma tête d’homme

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C’est dans ma peau que je suis mal

Que je suis mal dans ma peau

Quel but et aucune méthode ne me le dira

Pourrait me donner le goût de vivre

Je vais douloureusement d’échec en échec

Sans avoir le courage d’aller d’un pas

Au mat final

De recevoir des coups de pieds au cul

Ne diminue en rien ma sensibilité anale

Déception sur déception

Peut-être suis-je aussi décevant pour les autres

Que je suis déçu par les autres

Bain constant d’illusions

De trompe-l’œil de mensonges

Si permanent que je ne sais plus où est la vérité

En moi ou hors moi

Que je ne sais plus si ma vue et mon ouie

Et tous mes sens

Ne me mentent pas autant

Que mon entendement

Ma page est-elle blanche et ta parole sincère

Je ne sais plus où est la vérité

Et ma lassitude et mon dégoût de vivre

Est-ce bien à moi qu’ils appartiennent

Ou à un autre moi même

Qui m’observe en jouant

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Mon univers se rétrécit

Jusqu’à la taille d’une tête d’épingle

Et plus il diminue

Moins j’en suis maître

Les portes se referment les unes après las autres

Après s’être entr’ouvertes

Et les espoirs d’échappée

Se révèlent leurre ou mirage

Murs de béton qui m’enserrent de toute part

Irrésistible la pente m’entraîne

Vers une folie que je ne sais plus retenir

Me déphasant de plus en plus

Augmentant les décalages

Avec les bipèdes même les plus proches

L’envie me manque de lutter davantage

Je voudrais laisser se refermer l’eau

Au dessus de ma tête

Commander à mon cœur de cesser de battre

Un temps qui n’est pas plus

Aujourd’hui que demain

Vieux cœur usé fuyant de partout sa peine

Exhalant son angoisse

Pourquoi donc continues-tu à danser

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Et le ciel est plus bleu le soleil plus brillant

Et je ne suis pourtant pas amoureux

Il a suffi de quelques pastels

Couleurs fragiles et rassurantes

Pour colorer artificiellement

La grisaille de ma vie

Je grimace les sourires

Et je chasse à nouveau

Les idées importunes

Me construisant une savante façade

Dérisoire camouflage

Et barbouillant un subtil maquillage

Remettant à un incertain futur

Le soin de regratter les plaies

Pour en extirper le pus

Et de revivre au jour le jour

De repartir à nouveau

Sur le fantôme de bases anciennes

Ne m’inquiète pas outre mesure

Grignoté ou dévoré

Inéluctablement le temps nous ronge

Et l’on est toujours seul

En face de ce cancer

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A force de m’avoir renforcé

Les multiples transplantations

M’ont affaibli

Ma boussole s’affole

Mes assises s’ébranlent

Mon socle se fissure

Les errances se poursuivent

J’ai pris l’habitude

D’être partout chez moi

Mais en surface seulement

Je suis de nulle part

Ayant perdu le havre

De ses bras de ses yeux

De son cœur de tendresse

Mon seul vrai refuge s’est effondré

Et me revoilà vagabond

Enfermé sans issue

Dans les murs rebâtis

De la prison des mots

Qui ne disent à personne

Ce qu’ils lui disaient

Et je n’ai plus confiance

A construire les échanges

Echeveaux emmêlés

Du fragile dialogue

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Ils sont là dans l’absence

Notables avant l’âge

Se saoulant de mots creux

Eludant les problèmes

Ils sont là dans l’absence

Administrateurs pleins

De satisfaction culturelle

Qu’il est bon par le verbe

De boire au jeu des sons

Le réconfort quiet

D’être ceux qui décident

De l’avenir de l’homme

Et morts dans leurs actes

Autant que dans leur vie

Ils tiennent le poids des choses

Aux cimes virtuelles

Des mots vidés de sens

Ils sont bien tous en toc

Esprits à épaulettes

Paroles en fond de teint

Le regard insipide

Et creux sous l’épiderme

Nos administrateurs

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Quand j’ai cessé de regarder en moi

Quand je me suis plongé dans ton regard

Quand j’ai découvert des mondes merveilleux

A explorer jour après jour

J’ai retrouvé le sens des quêtes anciennes

L’univers vu à deux se multiplie par mille

Et le poids de mes peines devient dérisoire

Plume au vent de l’avenir que tu m’offres

L’avenir Que sera-t-il nous ne le savons pas

Mais déjà le présent s’illumine

Etre deux et tous les rêves sont permis

Malgré les difficultés quotidiennes à vaincre

Etre deux c’est pour nous être mille

La vie à nouveau me grouille sous l’épiderme

Fête redécouverte de ta peau à ma peau

De ton regard dans le mien

Dérivant au gré du passé

Pour adoucir les cicatrices anciennes

Plaisirs renouvelés du plaisir donné

De la sensibilité à l’autre

Des rythmes ancestraux

Qui pourtant sont tant nôtres

Dialogue muet de l’amour

Où tout geste est échange

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Le ciseau a remplacé le stylo

Et je marque le bois plutôt que la feuille

Les mots au-delà de moi n’ont plus de résonance

Et je ne sais pas le mutisme

Les mot les mots les mots qui coulent en chapelets

Dérisoires emplâtres sur l’angoisse existentielle

Et les mêmes mots reviennent en litanies stériles

Garnissant les silences de ma tête douloureuse

A force de brasser l’obsession des questions

Sans réponse

Comment dire les maux des vagues de néant

Qui submergent ma conscience à chaque marée nouvelle

Pour qui vivre et pourquoi maintenir sans arrêt

L’effort d’impatience dévorante du demain

Chaque jour vient bien trop vite identique à la veille

Et inlassablement les mêmes questions renaissent

L’amour m’est mort que j’ai trop malmené

Pourquoi vivre si même toi m’abandonne au passé

Et referme fermement les portes de la vie

Que tu m’avais rouvertes

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S’il fallait pour te satisfaire

Etre l’image du bonheur

Je mettrais le masque de l’allégresse

Ou celui de la félicité

Et quoi que me coûterait

Un mensonge supplémentaire

Je mentirais sans hésiter

S’il le fallait pour te satisfaire

Mais mes mensonges te déplairaient

Alors que faire que faire

Le bonheur ne se trouve pas au fond des puits

Comme paraît-il la vérité

Mon bonheur ici et aujourd’hui

Peut-être peux-tu me l’apporter ?

Mais tu ne le peux pas

Alors que faire que faire

Pour te satisfaire

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Mort mort mort goût de mort

Dans ma bouche où ma langue s’irrite

A cette nausée maussade

Goût de mort aux mâchoires serrées

A la glotte qui se bloque

Mort mort mort des objets morts

Qui ne disent plus qu’à moi

Leurs références à un passé mort

Mort mort mort notre langage

Les mots usés doux polis dans ta bouche

Poncés patinés par notre commun langage

N’ont plus de sens quand d’autres les disent

Nos mots sont morts de ta mort

Et morts morts morts mes désirs

Mes ambitions mes espoirs

Crainte anxieuse d’une solitude dévorante

Mes désirs sont mort-nés

Comme s’éteint l’étincelle au froid de la nuit

L’envie de reconstruire morte en moi

A chaque constat d’impossible dialogue

Morte ma vie dont l’habitude

Maintient le souffle

Accrochage dérisoire et désespéré

Aux planches de salut sans flottaison

Ma vie morte comme la tienne en sa fleur

Comme est morte la moiteur de ton corps

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                          Désespoir révolte aux portes fermées

                          De tout avenir imaginable

                          Passé jeté aux vitrines de l’opulence

                          Crachat aux mains qui se tendent 

                           Pour recevoir toujours et jamais donner

                           Désespoir j’en oublie les mots simples

                           Qui pour d’autres que moi

                           Seraient un morceau de vérité

                           Désespoir je suis étranger au langage étrange

                           Et sont dépouillés de leurs faux semblants

Les vocables mensongers dont on nous abreuve

Il n’en reste rien que détritus stériles

                            Désespoir quand tout le temps impitoyable

Vers une solitude de jour en jour moins facile

Parler à mes murs aux arbres au vent

Parler à moi même qui seul me comprend

Parler à la feuille muette de ma rage

De mon désespoir

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                            On change les mots de temps en temps

Comme des vieux habits trop usés

Mais les réalités elles que disent-elles

On change les mots on rêve l’utopie

Qui nous rassure et la crise passée

Après les cadeaux empoisonnés

Les pommes grises de la discorde

On change les mots pour éclaircir

Et la confusion curieusement augmente

Saouls de mots nouveaux gavés

D’idées éculées peu à peu s’échappe

Par le bleu de la fenêtre

Et dans le jeu des nouveaux mots

Le ronron des voix continue de bercer

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