RAMILLIES EGHEZEE : lieu de mémoire, paysage d'histoire

 
Contexte :
RAMILLIES : LA MEMOIRE DEFAILLANTE DE L'EUROPE ?
 
 
Alesia ( de topographie inconnue ), Poitiers ( de topographie mal précisée), Marignan ( en Italie) Wagram ( en Autriche ) Austerlitz ( en Tchéquie ) ...et tant d'autres,

 

Des souvenirs, des dates mais guère de sites.

 

Les Français ont peu cultivé la mémoire des champs de bataille : ils sont pour eux essentiellement à la fois hors de la France actuelle et le souvenir de défaites cuisantes : les guerres de Louis XIV se sont soldées par Ramillies, les guerres Napoléoniennes par Waterloo.

Paradoxe : deux champs de bataille situés au coeur même de la Belgique actuelle.

 

Les Français ont commencé à commémorer les champs de bataille avec Verdun, cette fois bien en France, considérant l'armistice de 1918 comme une victoire, et où le nombre de morts dépasse tout bonnement l'entendement.

Dans ce contexte, le classement est proposé comme patrimoine mondial à l'Unesco (1)(2)

 

Il n'en va pas de même chez les Anglais qui chérissent leur champs de bataille home and abroad et célèbrent les victoires de l'Empire britannique à travers le monde.

Le Battlefield Trust en est un témoin vivant et veut apporter des témoignages actifs.

 

Chez les Canadiens, les champs de bataille sont l'expression de leur ancrage dans l'histoire européenne tant du côté anglais que français.(3) Ils ont été sanctuarisés par force lois et décrets et ont un statut juridique incontesté. (4) Les Canadiens y introduisent de plus la notion capitale de paysage.(5) (6) Il en va de même aux Etats-Unis d'Amérique...

 

En Belgique, la plaine de l'Yser est l'occasion d'un ancrage de la Nation flamande dans le sol de Flandre. De même la mythique ( dans tous les sens du terme ) « bataille des Eperons d'Or » ( en France : la « défaite de Courtrai » ) est l'occasion d'une profession de foi nationale.

 

Du côté belge francophone, par un retournement de sens, Waterloo est devenu une ode à la gloire de Napoléon alors qu'il avait été érigé et préservé par les ducs de Wellington pour être un signal fort de l'Europe unie face à une France jadis belliqueuse...L'intérêt majeur, historique, paysager et culturel de Waterloo a été bien compris ( 7) et le site est également proposé à l'Unesco (8)

 

Or l'intérêt de Ramillies ( 17.000 morts ) est au moins aussi évident que celui de Waterloo ( 15.000 morts ) et comme ce dernier, mais un peu par hasard, le site a été respecté jusqu'ici.

Reconnaître la valeur de ce paysage typique d'open field hesbignon, son importance historique et culturelle, le fait qu'il soit un lieu de mémoire où 17.000 jeunes Européens ont perdu la vie et qu'il soit un lieu de fondation de cet espace européen que nous voulons bâtir, est d'une importance capitale.

Dont nous sommes tous peu ou prou redevables et responsables - en fonction de notre inertie relative - vis-à-vis des générations futures.

 

Jean-Paul Joris

 
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3. Le 17 mars 1908, la Commission des champs de bataille nationaux naît dans le cadre des fêtes du tricentenaire de la fondation de Québec et du cent cinquantième anniversaire de la bataille des plaines d'Abraham. Cette commission est créée à la suite de pressions exercées notamment par le gouverneur général lord Grey. Les plaines d'Abraham constituent le premier parc historique national du Canada et les gouvernements des provinces de Québec et de l'Ontario participent à sa création.
 
4. la Commission des champs de bataille nationaux contribue à la promotion du patrimoine historique et culturel de la société canadienne. Le Rapport sur le rendement présente les réussites de la Commission des champs de bataille nationaux. Il met aussi en valeur le rôle que jouent la Commission et les autres organismes du portefeuille de Patrimoine canadien en vue de promouvoir notre culture et notre patrimoine et de permettre à tous les Canadiens de prendre part à la vie de notre société. (...)
 
5. Selon la Déclaration de Québec sur les paysages québécois, le paysage est l'expression de l'interaction entre les individus, les sociétés et leurs activités sur un territoire donné. Les paysages ont une grande valeur aux yeux du public. En effet, la qualité de vie et le sentiment d'appartenance sont souvent dépendants du paysage. La perception de ces paysages est différente d'un individu à l'autre, car elle s'appuie sur la culture et l'expérience de chacun.
Pour en arriver à une science du paysage, il faut d'abord reconnaître que le paysage est une ressource collective importante et se donner mission de le protéger, de le bonifier, de le réhabiliter (...) Dans le contexte d'un développement durable, une place plus importante doit donc être donnée à la dimension paysage. Depuis des années, on sent un intérêt généralisé pour ce sujet. Plusieurs disciplines s'intéressent à la notion de paysage, chacune de leur côté. Dès 1962, l'UNESCO avait d'ailleurs produit ses “ Recommandations concernant la sauvegarde de la beauté et du caractère des paysages et des sites ”. On y traite de la sauvegarde du paysage, autant dans les sites naturels que dans ceux dont la formation est l'oeuvre de l'homme. Les mesures proposées devront être préventives, correctives et concerner l'ensemble du territoire. Elles pourront s'exprimer par un contrôle des travaux susceptibles de porter atteinte au paysage. On y suggère aussi l'éducation du public face à cette réalité, de même que l'instauration de zones classées comme paysage exceptionnel. Au Québec, les efforts des gouvernements et des professionnels ont engendré quatre lois, soit la Loi sur l'aménagement et l'urbanisme, la Loi sur la protection du territoire agricole, la Loi sur l'environnement et la Loi sur les biens culturels. Chacune de ces lois renferme une dimension paysagère.
 
 

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