H - Globalia de Jean-Christophe Rufin

viii. globalia de jean-christophe rufin

 

Jean-Claude Rufin est né à Bourges en 1952. Il a fait des études de médecine et a exercé dans plusieurs hôpitaux de région parisienne. Il s’est aussi engagé dans l’humanitaire pour les associations Médecins sans frontières, Croix-Rouge française, Première Urgence et Action contre la faim, dont il a été président de 2002 à 2006. Également diplômé de l’IEP de Paris (1980), il a travaillé dans les ministères et la diplomatie. Il a été ambassadeur de France au Sénégal et en Gambie (à partir de 2007). De plus, il a écrit des essais et des romans, dont Rouge Brésil, prix Goncourt 2001. Il est membre de l’Académie française depuis 2008.

 

Globalia, publié en 2004, se lit facilement, mais n’est pas exempt de maladresses.

 

Globalia est une démocratie idéale où tout le monde peut être heureux. Elle couvre une grande partie de la surface de la Terre dont elle représente le seul gouvernement. Le reste est appelé non-zones. À Seattle, Kate et Baïkal, épris de liberté, tentent de fuir et sont repris. Baïkal se voit confier une mission par Ron Altman, l’un des fondateurs de Globalia : il est relâché dans les non-zones et va devenir le Nouvel Ennemi. Kate n’a pas de nouvelles de lui. Pendant ce temps, Puig Pujols, un jeune journaliste, découvre que les terroristes (comme Baïkal) sont en fait des innocents. Il fait la connaissance de Kate et ils enquêtent afin de savoir comment fonctionne Globalia. Ils apprennent qu’elle se crée de faux ennemis pour détourner l’attention des Globaliens sur eux. Pendant ce temps, les individus ne pensent pas à remettre en cause le système dans lequel ils vivent. Baïkal, traqué sans relâche dans les non-zones peuplées de miséreux, se voit rejoint par Kate, que Puig accompagne. Contre toute attente, il ne devient pas chef de la rébellion contre le système. Il souhaite seulement vivre heureux avec Kate. Globalia finit par laisser Baïkal tranquille, car elle a trouvé d’autres ennemis à combattre.

 

1. La localisation

 

Les pays d’autrefois n’en forment plus qu’un, Globalia. Il n’y a plus de guerres et de conflits ethniques ou religieux. Les années se comptent de 1 à 60 et il est impossible de savoir depuis combien de temps Globalia existe.

 

Les villes sont chacune sous une coupole en verre. Le ciel au-dessus est toujours bleu grâce aux canons à beau temps. Elles sont climatisées et les canons à beau temps sont arrêtés une fois par an pour qu’il pleuve (sur la coupole). En même temps, les vaporisateurs à incendie sont ouverts sous la coupole. Cela arrive une fois par an et dure une semaine pendant laquelle les gens restent chez eux.

 

Les couloirs des vieux bâtiments sentent le chou cuit comme dans 1984.

 

Peu de gens se déplacent à pied, surtout dans les quartiers résidentiels. Les véhicules sont à moteur nucléaire. Dans les villes les plus récentes, la circulation est souterraine. Le train rapide l’est également.

 

L’hôpital a un rôle très important. La mortalité est très faible car les Globaliens vivent plus de cent ans en se faisant remplacer les organes défectueux par d’autres récupérés sur des clones. L’apparence de la vieillesse serait pour eux un signe de laisser-aller alors ils ont recours à la chirurgie esthétique, mais leurs mains trahissent leur âge. Les psychologues sont également très nombreux.

 

Les Globaliens sont persuadés que dans les endroits qui ne sont pas couverts par les coupoles en verre, les non-zones, la nature est protégée. Éduqués au respect de l’environnement, ils acceptent l’interdiction de s’y promener librement. En réalité, ces territoires sont très peuplés et très abîmés. La situation est aggravée par la pollution qui provient d’anciennes usines abandonnées.

 

Les individus qui vivent dans les non-zones ont fui Globalia ou n’ont jamais voulu y habiter. Ils parlent plusieurs langues (alors qu’il n’y en a qu’une dans Globalia, l’anglobal), obéissent à la loi du plus fort et sont armés. Ils vivent dans le dénuement et les guerres, les famines et les épidémies sont courantes dans les endroits les plus reculés. Les maisons sont en matériaux de récupération : poteaux en ciment, pneus usés, morceaux de machines, etc. Certains cultivent la terre et élèvent du bétail, mais le sentiment de désolation prédomine. Globalia empêche la mise en place de toute organisation politique dans les non-zones, qu’elle fait bombarder par hélicoptère régulièrement avant d’apporter une aide humanitaire.

 

Les maffieux se trouvent près des frontières avec Globalia. Ils font du trafic dans les deux sens. Par exemple, Globalia fournit des armes aux non-zones qui livrent à Globalia du K8, un carburant utilisé dans Globalia et qu’elle fait passer pour non-polluant, mais qui en fait n’a rien d’écologique. Bien sûr, officiellement Globalia n’a rien à voir avec la maffia. En réalité, les trafics servent ses intérêts et lui permettent de contrôler en partie les non-zones.

 

Les habitants des non-zones ont tendance à transformer le passé. La tribu de Fraiseur descend d’un ouvrier fraiseur qui travaillait dans une usine de Ford. Pour ses descendants, Ford est devenu une divinité (allusion au Le Meilleur des mondes) et l’histoire de leur ancêtre une légende.

 

Les Déchus sont un autre groupe de personnes qui ont refusé la séparation entre Globalia et les non-zones lors de sa création. Ils ont l’esprit de révolte, mais n’ont pas les moyens de lutter contre elle.

 

2. La propriété

 

La propriété privée existe encore. La monnaie est virtuelle et s’appelle le globar. Les cartes bancaires et le multifonction permettent de payer.

 

La consommation est encouragée et la publicité omniprésente sur les écrans. Les fêtes (une par jour) sont commerciales : fête du Chat, de la Pâtisserie, des Malentendants, de la Pluie, des Masques (Carnaval), des Revenants (Halloween), des Enfants, etc. Les objets sont de mauvaise qualité et ne peuvent être réparés (obsolescence programmée). Il faut régulièrement en racheter des neufs. Normalement les biens de valeur (comme les objets de collection) doivent être remis à la collectivité. Mais certaines personnes haut-placées les conservent. Le marché noir permet aux plus riches de se fournir en alcool, cigarettes, cannabis, cocaïne, etc.

 

Les disparités entre riches et pauvres sont importantes. Les riches sont des personnes âgées, qui ont de l’expérience et donc de la valeur. Les pauvres, à qui Globalia assure le minimum vital, le Minimum prospérité, sont en général les jeunes, déconsidérés.

 

L’espace est un luxe et les loyers sont élevés. Les logements qui servent aussi de prison ne sont pas très chers. Les jeunes s’entassent dans des logements communautaires. Les étudiants ont droit à un logement (Allocation logement en nature) et à des tarifs spéciaux (pour la ligne téléphonique, par exemple). Les marginaux bénéficient du minimum vital et d’un logement dans un quartier où arrive la drogue. L’appartenance à une association est un moyen d’obtenir des réductions de prix.

 

3. Les femmes

 

Le mariage est rare (atteinte à la liberté), l’infidélité possible et le divorce facile.

 

4. Les enfants et l’éducation

 

Pour que la naissance d’un enfant soit légale, la mère doit d’abord obtenir l’autorisation d’interrompre la contraception puis ensuite déclarer qu’elle est enceinte. L’avortement est possible, mais il peut être refusé si le quota de naissances n’est pas atteint, ce qui est rare avec la politique « mortalité zéro, fécondité zéro ». Les femmes enceintes ne sortent pas et ne bougent pas. Les enfants sont considérés comme gênants, car ils sont bruyants. Ils ne sont pas élevés par leurs parents, mais en commun dans des écoles pensionnats. Les jeunes sont peu nombreux en Globalia. Ils ont la réputation d’être peu fiables, plus difficiles à contrôler, « pas finis ». Ils subissent également la jalousie de leurs aînés, car ils n’ont pas besoin de chirurgie esthétique. La haine anti-jeunes peut aboutir à des violences.

 

5. Le travail et la vie en communauté

 

L’économie est basée sur l’industrie et l’agriculture est à peu près inexistante. L’utilisation industrielle des produits naturels est bannie (ils ne fabriquent pas de papier). Ils ne peuvent pas couper et brûler du bois (pour préserver les arbres et le CO2) ou chasser, ne portent pas de cuir et ne mangent pas de viande. Les innovations technologiques sont nombreuses. Tout le monde possède un multifonction, un ordinateur qui sert à prendre des photos, regarder la télé, téléphoner, envoyer des messages, payer, etc. Ils utilisent une clef génétique sur le capteur d’identification génétique pour rentrer dans leur appartement et possèdent une carte d’identité génétique. Les bâtiments sont équipés de couloirs aspirants.

 

Le chômage existe mais ceux qui ne travaillent pas ont le minimum vital. La société s’appuie sur les personnes âgées appelées « personnes de grand avenir ». Il faut un certain nombre d’années pour arriver à des postes à responsabilité. L’équivalence travail-loisirs permet à certains d’avoir une activité de loisir tout en percevant une allocation du montant de leur dernier emploi. Les femmes travaillent aussi.

 

La nourriture est souvent synthétique. Les aliments ne nécessite pas de mastiquer beaucoup. Ils peuvent consommer de la cuisine du monde entier.

 

Les loisirs n’ont rien d’intellectuel. Les actrices des films pornographiques sont d’un certain âge. La télévision diffuse beaucoup de sport et un jeu appelé « Gladiateur d’un soir ». Chaque citoyen a droit à son heure de gloire et passe à la télévision sur l’une des centaines de chaînes. La musique n’est pas un art pour les Globaliens qui ne jouent pas d’instruments de musique. Ils ne lisent plus de livres, n’écrivent plus, n’ont plus de conversations. Le papier n’est plus un produit de consommation courante. Puig prend plaisir à écrire comme les héros de Nous autres et 1984. Les sports sont protégés et ne comportent aucun risque. Le parcours de trekking est couvert : il s’agit d’une randonnée en salle de quarante kilomètres avec un bivouac.

 

6. Le gouvernement

 

Les devises globaliennes « Liberté, Sécurité, Prospérité » et « In Globe we trust » font allusion aux devises française et américaine (« In God we trust ») et le symbole de l’aigle peut faire penser à l’Allemagne. Le drapeau du gouvernement mondial porte deux cent cinquante étoiles.

 

Le gouvernement se considère comme une démocratie parfaite (pour l’auteur, la démocratie est la tyrannie de la majorité). Il se réunit une fois par an à Moscou, une autre fois à Washington. Les ministères s’appellent le ministère de la Protection sociale (organise les attentats), le ministère de la Cohésion sociale (logements), le ministère de l’Harmonie sociale (naissances), le ministère des Grands Equilibres, etc. Le siège du Parlement est à Tokyo, celui de la Cour de justice est à Rome, du Conseil économique et social à Vancouver et de la Banque centrale à Berlin.

 

Mais le président fait de la figuration et les élections qui ont lieu tout le temps ne servent à rien et ne changent rien. Les politiciens n’ont aucun pouvoir. Le monde est dirigé sans que la population le sache par un groupe d’une trentaine de personnes très âgées, les fondateurs, qui possèdent les industries (alimentation, véhicules, communication, construction, armement), les banques et les assurances. Ils ne peuvent rien changer ou presque à Globalia non plus, car leur pouvoir est limité. Globalia a été créée d’une telle façon qu’il n’est pas possible de la changer.

 

Comme dans 1984, le système a besoin d’un ennemi pour assurer sa pérennité. C’est la peur qui les unit et pas un idéal commun.

 

7. La religion

 

Il n’y a pas de conflits religieux dans Globalia, qui possède églises, mosquées, synagogues et sectes.

 

8. La liberté

 

La surveillance audio et vidéo est développée. Les panneaux publicitaires sont équipés de caméras et de micros. Le contrôle à l’entrée de la salle de trekking est fait par une machine à rayons X et un portique de détection. La délation est courante et les églises, mosquées, synagogues, sectes, banlieues et associations sont truffées d’indicateurs.

 

Les gens se déplacent comme ils veulent dans Globalia. Le brassage est un facteur de paix. Le juron « nom de tous ! » est d’ailleurs autorisé car il ne heurte aucune minorité (Fahrenheit 451). Mais, grâce aux « Références culturelles normalisées », ils ne sont pas totalement coupés de leurs origines : par exemple, Puig est agréé-Français.

 

Officiellement, les Globaliens sont libres et peuvent dire ou penser ce qu’ils veulent. Le « droit à la déviance » figure même dans la Constitution. Mais en fait, ils doivent tous avoir la même opinion. Il est possible de réduire les droits de quelqu’un en restreignant les options de son multifonction ou avec le licenciement appelé « forte accélération de carrière », à la suite duquel il est impossible de retrouver du travail dans son secteur.

 

La société leur accorde des biens matériels, mais cela ne suffit pas à les rendre heureux. Toute leur vie ils ressentent un manque qu’ils ne peuvent identifier. L’important pour la société n’est pas leur bonheur, mais la paix. Pour l’obtenir, elle anéantit l’idéalisme.

 

Afin de faire disparaître les livres, ils en ont publié de plus en plus, de qualité de moins en moins bonne. Plus personne n’en a voulu. Ce moyen a été plus efficace que de les interdire. Les rares lecteurs qui existent encore peuvent trouver leur bonheur dans une association pour la lecture qui s’appelle Walden (comme le récit de Henry David Thoreau).

 

Les médias ne sont pas libres et servent le gouvernement. Journaux et télévision diffusent les informations officielles, qui sont souvent fausses.

 

Tout le monde ne peut pas faire des études d’histoire, car c’est un secteur sensible. Il faut d’abord être reçu à un concours. « Le passé est un immense réservoir d’idées nuisibles : tyrannies, conquêtes, colonisation, esclavage » (p. 295). L’histoire est enseignée comme un ensemble de scènes, pas selon une chronologie. Les Globaliens ne se souviennent plus des informations du mois précédent (et que certaines ont été modifiées entre temps, comme dans 1984). La géographie est aussi une science sensible. Les cartes du monde sont interdites, officiellement pour lutter contre le terrorisme, mais en réalité pour que les gens ne voient pas que Globalia ne couvre finalement qu’une petite surface.

 

L’anglobal s’appauvrit.

 

Les vêtements thermomoulants ont un régulateur thermique et sont autonettoyants.

 

Les procès contre les compagnies de spiritueux et les campagnes contre l’alcoolisme font penser (à tort) que le gouvernement s’inquiète de la santé des Globaliens. Le tabac a presque disparu, cependant il est possible de fumer dans des clubs, mais il faut subir des examens de santé après chaque séance. Les psychotropes sont en vente libre.

 

9. La justice

 

Les avocats existent toujours. Les procès sont des mascarades. Les prisons sont appelées centre d’Aide à la Cohésion sociale. Des personnes disparaissent.

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