Impôt de guerre

Un impôt de guerre discriminatoire

(Varlik vergisi), 1942-1944

 

Dans le contexte des difficultés économiques que connaît alors la Turquie, malgré sa neutralité, le président Inönü lève en 1943 un lourd impôt de guerre (Varlik vergisi: Impôt sur la richesse): il pèsera plus particulièrement sur les minorités non-musulmanes, supposées détentrices de fortunes importantes.

En septembre 1942, le premier ministre Mehmet Şükrü (Saracoğlu) (1942-1946) demande un recensement permettant d'asseoir l'impôt exceptionnel: les citoyens turcs sont alors classés comme musulmans (M), non musulmans (G), convertis (D pour Dönme, terme désignant les juifs convertis depuis longtemps à l'islam) et  étrangers (E: Ecnebi).

L'impôt sur le capital est promulgué par la loi 4305 du 12 novembre 1942.  Les taux d'imposition varient grandement en fonction de l'appartenance religieuse. Les musulmans sont imposés de 5% à 25% alors que les non musulmans sont taxés de 50% è 236%. Les juifs convertis à l'islam « bénéficient » d'un taux intermédiaire. On peut véritablement parler de spoliation des citoyens non musulmans. D'autant que ceux qui ne peuvent payer l'impôt, qui les oblige parfois à liquider tous leurs biens, sont envoyés en camp de travail forcé d'Aşkale, près d'Erzurum. Cette déportation a concerné 1400 personnes selon les chiffres officiels, et jusqu'à 8000 selon les prisonniers eux-mêmes.

 Cet impôt sur la richesse, par trop ciblé, accélèrera le départ de nombreux Juifs, Grecs et Arméniens après la guerre. Commencée la Première guerre, accentuée par la mise en oeuvre des conventions d'échanges de populations qui accompagnent le traité de Lausanne de 1923, l'hémorragie des minoritaires continue donc, au profit de « l'homogénéisation ethnique » de la Répblique.


Corrélats > Deuxième guerre, Minorités, Traité de Lausanne



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