Jean-Paul Burdy

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9-9-2011-Libye-nouvelle-Elysée


 Retour sur une photo de groupe :

la « Conférence de soutien à la Libye nouvelle »,

Palais de l’Elysée, 1er septembre 2011

 

 

Cliquez sur la photo haute définition pour l'agrandir (source: MAEE)


Les photos des grandes réunions familiales permettent d’apprécier la mise en scène, de relever les présences, de s’étonner des absences, de commenter les vêtements, les attitudes... La photographie officielle prise au Palais de l’Elysée le 1er septembre dernier, à l’occasion de la « Conférence de soutien à la Libye nouvelle », mérite d’être regardée avec attention. On ne résiste pas à l’envie d’essayer de mettre un nom sur chacun des 62 visages. Et, dans sa composition, le cliché sollicite le commentaire...

Certains sont logiquement là, au premier rang du groupe : outre la puissance invitante (le président Sarkozy, au centre ; Alain Juppé est discrètement en bout de rangée, à côté de son homologue américaine), et les invités d’honneur (les représentants du CNT libyen, à la droite du président), les trois autres acteurs majeurs de l’opération internationale contre le régime de Kadhafi (le premier ministre Cameron, l’émir du Qatar Hamad ben Khalifa al Thani, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton). Et les institutions ou organisations internationales et régionales qui ont pris position pour l'intervention en mars, lors du vote de la résolution 1973 (l’ONU, l’OTAN -mais on rappellera que le président Sarkozy voulait initialement à tout prix éviter que celle-ci ne prenne le commandement des opérations, ce qui lui sera imposé par Washington). Les institutions arabo-islamiques sont bien représentées, signifiant ainsi que le régime libyen ne disposait plus guère de soutiens dans leur enceinte (la Ligue arabe, le Conseil de coopération du Golfe, l’Organisation de la conférence islamique).

D’autres aussi sont là. Nécessairement, mais peut-être moins à l’aise politiquement : la chancelière allemande, Angela Merkel, dont l’abstention à l’ONU et pendant le conflit, l’a mise, a posteriori, en position difficile auprès de ses alliés de l'OTAN, et  plus encore en Allemagne même. Le président du conseil Berlusconi, dont l’air crispé rappelle peut-être que l’Italie pourrait perdre beaucoup dans la Libye post-Kadhafi, qu'elle avait pensé s'attacher lors du voyage du colonel dans la Péninsule en 2009: les péripéties italiennes de ce voyage étant tout aussi hors-normes que celles de Paris, peu auparavant. L'Italie se démène pourtant pour démontrer -à juste titre- qu'elle a fourni une contribution importante à l'expédition libyenne -jusqu'à 5 des 6 bases utilisées par les avions de la coalition. L’Union africaine, et quelques chefs d’Etats africains sont là, qui entretenaient il y a encore peu des relations cordiales, et pour certains intéressées, avec « le bouillant colonel », auto-proclamé "roi des rois de l'Afrique"  en 2009, année où, justement, il a présidé l'Union africaine… Mais, à l'Elysée, l'Union africaine n'a toujours pas reconnu le CNT, et l'on sait que le colonel, sa famille élargie, ses séides, ses mercenaires, ses armes (parfois récemment livrées, tels les postes de tir Milan français mais livré par le Qatar, qui pourraient s'égarer dans le Sahel...) et ses stocks de lingots d'or (pas tous convertis en devises...) pourraient chercher (et trouver) refuge dans quelque Etat africain, redevable il y a encore peu de l'aide sonnante et trébuchante du colonel. Mais, à l'Elysée, pas d'Afrique du Sud, son président Jacob Zuma, qui a la mémoire de l'histoire, défendant encore "le militant anti-colonialiste et anti-apartheid" Kadhafi, et veillant, lors d'un récent sommet informel de l'UA, à ce que celle-ci reste fidèle à ses engagements libyens d'avant.

L’ordre alphabétique veut qu’il soit le premier sur la liste officielle fournie par l’Elysée (voir la liste en annexe): le roi du Bahreïn, Hamad ben Issa al-Khalifa, est « en civil », à gauche en bout de première rangée. Quelques esprits critiques, dans le Golfe et surtout à Londres, place forte de son opposition, se sont étonnés de sa participation à une conférence qui célèbre la libération de la Libye d'un régime largement honni, compte tenu de la répression qui a écrasé le mouvement démocratique les 14-15 mars à Manama... L’Arabie saoudite, pourtant grande détestatrice du colonel est, en revanche, absente, au contraire de la Jordanie (le roi Abdallah), du Koweït et des Emirats Arabes Unis: la majorité des monarchies conservatrices s'est donc déplacée, à des niveaux de représentation variables. Le roi du Maroc a envoyé son premier ministre Abbas el Fassi.  Point d'Iranien, bien sûr, même si la République islamique a soutenu "la révolution islamique libyenne", tout en dénonçant "l'agression impérialiste de l'OTAN" : en réalité, c'est la disparition en Libye en 1978 de l'imam chiite libanais Moussa Sadr que Téhéran a voulu faire payer à Kadhafi. L'Iran est l'un des premiers pays à avoir renvoyé un ambassadeur dans "Tripoli libérée", et à avoir proposé "au peuple frère libyen" son "aide islamique", Même si elle commence à conseiller à son allié damascène Bachar el-Assad de discuter réformes avec son peuple, Téhéran qui,  depuis le début de l'année, n'est pas à une contradiction près dans cette affaire, continue son grand écart permanent, consistant en un soutien à géométrie très variable aux révoltes arabes, selon qu'elles servent (ou pas) ses intérêts diplomatiques.

On cherche les chefs d’Etat ou de gouvernement de certains Etats importants. Leur absence fait évidemment sens. Compte tenu de l’état des relations franco-turques depuis 2007, Ankara n’est ainsi représentée que par son infatigable ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, au dernier rang: il a, sans relâche, labouré le monde arabe ces derniers mois, pour étayer une "nouvelle diplomatie turque" ébranlée  au Moyen-Orient depuis le début de l'année; depuis le 3 juillet, il s'est démené à Benghazi auprès du CNT, réinstallant dans le futur jeu libyen une Turquie  à la manoeuvre, ayant de gros intérêts économiques dans ses anciens territoires de Cyrénaïque et de Tripolitaine, et des intérêts diplomatiques à restaurer dans le monde arabe, et en Afrique du Nord.

Faute de visages connus pour certains pays, il faut recourir à la liste officielle des participants. Deux Etats qui, en traînant les pieds jusqu'au dernier moment, s'étaient abstenus de voter la résolution 1973 (et donc l'avaient laissé passer), mais ne voteront rien contre la Syrie du président Assad, ont été remarquablement discrets à l’Elysée: la Russie est représentée par un sénateur inconnu, désigné ad hoc ; et la Chine par un vice-ministre des Affaires étrangères, tout aussi inconnu. Quelques Etats critiques de l’intervention contre Kadhafi sont néanmoins représentés par leur ministre (ou secrétaire d’Etat) des Affaires étrangères -l’Algérie, l’Inde. Voire par de hauts fonctionnaires : le Brésil  n'est ainsi représenté que par…son ambassadeur en Egypte : on est très loin de « l’axe franco-brésilien » des années 2008-2009, ce qui augure sans doute mal de la conclusion trop tôt annoncée du marché des Rafale. Les BRIC attestent en tous cas, par leur faible niveau de représentation, voire carrément par leur absence, de leur réticence libyenne, exacerbée également ces dernières semaines sur le dossier syrien.

Dans sa dimension d’action extérieure, l’Union européenne est, quand à elle, bien représentée :  aux côtés du président semestriel, le premier ministre polonais Donald Tusk, on trouve Herman Van Rompuy, José Manuel Barroso,  et Catherine Ashton. Mme Ashton, dont on rappellera qu’elle est, en principe, « Haut représentant de l’Union européenne pour les Affaires étrangères et la politique de sécurité ». Sur l’un des deux clichés officiels, (ci-dessus) elle est au deuxième rang, invisible, cachée par le président sénégalais. Hasard de la position du photographe certes, mais qui peut prêter à interprétation politique... Quant à  l’Union pour la Méditerranée, grand projet présidentiel de 2007-2008 (à reconstruire désormais, ses piliers Ben Ali et Moubarak n’étant plus là, et les priorités ayant évidemment quelque peu évolué sur la rive sud),  elle est représentée par son secrétaire général, le Marocain Youssef Amrani.

L’historien se gardera de faire, dès à présent, un bilan politique et diplomatique de l’évènement, dont on dit, sans doute en partie à juste titre, qu’il aurait consacré la réussite de « la guerre libyenne de Sarkozy », après les surréalistes errements tunisiens que l'on sait. Mais ce cliché sous les ors de la République est  déjà riche d’enseignements par ceux (et celles, nettement moins nombreuses) qui sont là, et par leur qualité. Egalement par ceux (et celles) qui ne sont pas là. Ils (et elles) tracent ainsi les contours, et les limites, d’une séquence  de politique étrangère française et internationale, après huit mois de « révolutions arabes ».

 

Cliquez sur la photo de moyenne définition pour l'agrandir (source: MAEE)


 




Les sources :


* Galerie photographique des participants à leur arrivée à l’Elysée par les photographes de la présidence de la République :

http://www.flickr.com/photos/francediplomatie/6103796624/in/set-72157627570400252#/photos/francediplomatie/6103796624/


* La liste des participants à la conférence sur le site du ministère des Affaires étrangères : http://www.diplomatie.gouv.fr/fr

"Un total de 13 chefs d'Etat, 18 chefs de gouvernement et 18 ministres ou hauts fonctionnaires représentant  49 pays, ainsi que des responsables de 8 organisations internationales, participent ce jeudi à Paris à la conférence internationale sur la Libye."

Chefs d'Etat

- Bahreïn: Hamad ben Issa Al Khalifa
- Bosnie-Herzégovine: Zeljko Komsic
- France: Nicolas Sarkozy
- Gabon: Ali Bongo Ondimba 
- Jordanie: Abdallah II
- Mali: Amadou Toumani Touré
- Mauritanie: Mohamed Ould Abdelaziz
- Niger: Mahamadou Issoufou
- Qatar: Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani
- Roumanie: Traian Basescu
- Sénégal: Abdoulaye Wade - Suisse: Micheline Calmy-Rey
- Tchad: Idriss Deby Itno

Chefs de gouvernement


- Allemagne: Angela Merkel
- Belgique: Yves Leterme
- Bulgarie: Boïko Borissov
- Canada: Stephen Harper
- Danemark: Lars Lokke Rasmussen
- Espagne: Jose Luis Rodriguez Zapatero
- Grèce: Georges Papandreou
- Italie: Silvio Berlusconi
- Liban: Najib Mikati
- Malte: Lawrence Gonzi
- Maroc: Abbas El Fassi
- Norvège: Jens Stoltenberg
- Pays-Bas: Mark Rutte
- Pologne: Donald Tusk
- Portugal: Pedro Passos Coelho
- Royaume-Uni: David Cameron
- Suède: Fredrik Reinfeldt
- Tunisie: Beji Caid Essesbi

Ministres, représentants


- Algérie: Mourad Medelci (ministre des Affaires étrangères)
- Australie: Craig Emerson (ministre du Commerce, des Affaires étrangères par intérim)
- Brésil: Cesario Melantonio Neto (ambassadeur en Egypte)
- Chine: Zhai Jun (vice-ministre des Affaires étrangères)
- Chypre: Erato Kouzako-Marcoullis (ministre des Affaires étrangères)
- Colombie: Nestor Osorio (ambassadeur auprès de l'ONU)
- Corée du Sud: Kim Sung-hwan (ministre des Affaires étrangères)
- Egypte: Mohamed Kamal Amr (ministre des Affaires étrangères)
- Emirats arabes unis: Cheikh Abdallah Bin Zayed Al Nahyan (ministre des Affaires étrangères)
- Etats-Unis: Hillary Clinton (secrétaire d'Etat)
- Ethiopie: Berhane Gebre-Christos (secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères)
- Inde: M. E. Ahamed (secrétaire d'Etat aux Affaires étrangères)
- Irak: Farid Yassin (ambassadeur en France)
- Japon: Shigeo Matsutomi (directeur général Moyen-Orient et Afrique au ministère des Affaires étrangères)
- Koweït: Cheikh Mohamed Sabah Al Salem Al Sabah (vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères)
- Russie: Mikhaïl Marguelov (sénateur, représentant de la Russie à la conférence sur la Libye)
- Soudan: Mohamed Amin Abdallah Elkrib (ambassadeur en Libye)
- Turquie: Ahmet Davutoglu (ministre des Affaires étrangères)

Organisations internationales


 - Conseil de coopération des Etats arabes du Golfe: Abdullatif Bin Rashid Al Zayani (secrétaire général)

- Ligue arabe: Nabil El Araby (secrétaire général)
- Organisation de la coopération islamique: Habib Kaabachi (directeur politique)
- Nations unies: Ban Ki-moon (secrétaire général)
- Otan: Anders Fogh Rasmussen (secrétaire général)
- Union africaine: Jean Ping (président de la commission)
- Union européenne: Herman Van Rompuy (président du Conseil européen), José Manuel Barroso (président de la commission), Catherine Ashton (haut représentant pour les affaires étrangères)
- Union pour la Méditerranée: Youssef Amrani (secrétaire général)



Cliquez sur la photo pour l'agrandir (source: capture d'écran du site MAEE)

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