9-12-2011-Bloc-sunnite-Arc-chiite

La Ligue arabe contre la Syrie:

« Bloc sunnite »  versus « Arc chiite » ?



Août 2011: l'émir al-Thani du Qatar en visite à Téhéran



« L'arc chiite » est de retour en première page des gazettes, par l'affirmation d'un « bloc sunnite » supposé consolidé à l'occasion de la condamnation de la Syrie par une Ligue arabe habituellement plus timorée. Cette rupture (en réalité la suspension de la Syrie des travaux de la Ligue, accompagnée de sanctions économiques et contre certaines personnalités syriennes) a légitimement surpris. Qu'une organisation régionale des plus timorées mette en demeure la Syrie, forte de son rôle dans l'histoire de la « nation arabe » depuis les années 1920, et de son statut de grand Etat arabe de « la ligne de front face à Israël » n'est effectivement pas banal. D'autant que la procédure de suspension d'un Etat membre est exceptionnelle dans l'histoire de la Ligue depuis 1945: elle n'a guère concernée que l'Égypte (puissance fondatrice abritant le siège de la Ligue)  après le traité de paix avec Israël; l'Irak aprés  l'invasion du Koweït; et la Libye du colonel Kadhafi sanctionné pour ses provocations à l'endroit des « Etats-frères ».


Certes le contexte est particulier. La Ligue a bien du prendre en compte la force du mouvement des peuples, la crise de plusieurs régimes, et la chute de dirigeants historiques qu'elle a entraîné. Qu'elle ait répondu au printemps 2011 à la sollicitation pressante de certains Etats occidentaux (et tout particulièrement la France) et de quelques Etats arabes (le Qatar et l'Arabie pour l'essentiel, nous y reviendrons), pour condamner Kadhafi et soutenir son renversement ne portait guère à conséquence. Il en va tout autrement, à l'automne, de la Syrie, dont le régime et le poids régional sont d'une toute autre importance que ceux de Tripoli.


L'une des grilles d'analyse privilégiée ces derniers jours est que l'on se trouverait désormais dans une confrontation entre un bloc sunnite, dont l'Arabie saoudite serait le chef de file (un « axe Riyad-Le Caire-Ankara » lit-on parfois), et « l'arc chiite » piloté par l'Iran (« l'axe Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth »), et dont la Syrie serait actuellement le maillon faible, mais inquiétant par sa capacité de nuisance régionale. Cette analyse du « bloc sunnite » contre « l'axe chiite » s'appuie sur les votes concernant la Syrie: d'un côté des Etats effectivement « sunnites » condamnant Damas, de l'autre des abstentionnistes manifestant ainsi plus ou moins clairement leur soutien à Damas: l'Irak et le Liban. Deux Etats non membres étant en outre actifs autour des débats: la Turquie, omniprésente à la tribune de la Ligue à travers son infatigable ministre des Affaires étrangères, M.Ahmet Davutoğlu; et l'Iran, multipliant depuis Téhéran les communiqués (et les engagements sur le terrain) de soutien à Damas.



1/ Retour sur la thèse de « l'arc chiite »

(ou « croissant chiite »)


Le thème d'un « croissant chiite » radical et menaçant, qui s'étendrait de la Méditerranée à l'Asie centrale, est apparu en décembre 2004 dans un entretien du roi Abdallah de Jordanie accordé au Washington Post, peu de temps donc après la chute de Saddam Hussein en Irak. Relayée par le président égyptien Moubarak, et par le discours anti-iranien des Etats-Unis de George W.Bush, la menace aurait été illustrée par la guerre entre le Hezbollah libanais et Israël pendant l'été 2006. Elle traduirait un risque géopolitique d'hégémonisme de l'Iran chiite sur le monde sunnite et sur les équilibres du Moyen-Orient. Pourtant, la réalité de ce « croissant chiite » mérite d'être interrogée, et à tout le moins nuancée.


Il est vrai que le renversement de Saddam Hussein en 2003 a, pour la première fois dans l’histoire irakienne, permis à la majorité chiite d’accéder en 2005 au pouvoir, et à l'Iran d'y exercer une évidente influence. Mais on peut rappeler que c'est l'intervention américaine qui a, paradoxalement, permis cette arrivée au pouvoir des chiites irakiens. Il est vrai également qu'un « réveil chiite » est perceptible depuis deux décennies du Golfe (au Koweit, au Bahreïn, en Arabie Saoudite) au Liban (à travers le Hezbollah), là où les communautés chiites minoritaires se sont senties encouragées par la révolution islamique, et ont redressé la tête face à des pouvoirs majoritairement sunnites et souvent oppresseurs.


La République islamique est-elle pour autant devenue l'organisatrice d'un « croissant » qui lui permettrait enfin d'exercer une influence décisive au Moyen-Orient, à travers un soft power religieux, un hard power paramilitaire et financier, et un covert power à travers sa force al-Qods, bras armé des Pasdarans hors des frontières ? L'hypothèse est contestée. Si l’appartenance au chiisme crée des liens à la fois religieux et sociétaux, -voire politiques face aux pouvoirs sunnites-, elle n’entraîne pas nécessairement la volonté (ou la capacité) de créer un « Chiistan » dominé par Téhéran. Le chiisme est hétérogène : au plan doctrinal (le nombre d’imams vénérés va de cinq à douze ; acceptation ou refus de l’implication des religieux dans le politique, et en particulier de la théorie khomeyniste du velayat-e faqih, etc.) ; et au plan national (dimension nationale, sinon nationaliste, des chiismes duodécimains contemporains en Iran, en Azerbaïdjan, en Irak, au Liban; et des courants hétérodoxes qui y sont -parfois abusivement- rattachés: alaouites syriens, alévis turcs, ismaélisme indo-pakistanais...). En fonction de ses intérêts de puissance, l'Iran peut ainsi être amené à privilégier les relations avec un voisin chrétien (l'Arménie) de préférence à un voisin chiite avec lequel les relations sont marquées par la suspicion (l'Azerbaïdjan) ; ou avec des mouvements sunnites comme le Hamas en Palestine, considérant que c'est là l'élément stratégique qui l'emporte sur le facteur religieux, à savoir la possibilité de peser dans le conflit israélo-palestinien.


La realpolitik iranienne a toujours cherché à éviter de s’enfermer dans un « ghetto chiite » réunissant ses clients chiites, à qui elle offre des soutiens multiformes, et ses rares alliés stratégiques dans la région. Elle consiste donc plus à jouer la carte d'un islam de « résistance à Israël » et de « solidarité avec les Palestiniens », à travers un soutien multiforme au Hezbollah libanais ou au Hamas palestinien: Téhéran prenant ainsi la tête d'un « Front du refus » qui peut s'appuyer sur une opinion publique arabo-musulmane majoritairement sunnite, mais exaspérée par la politique américaine au Moyen-Orient, et en particulier par les liens plus qu'étroits entre Washington et Israël. La crainte exprimée de certains régimes sunnites (Jordanie, Egypte, Arabie) face au « croissant chiite » se justifierait dès lors principalement par leurs liens avec les Etats-Unis, et par leur inquiétude face à la popularité potentielle plus que réelle de la politique iranienne auprès de leurs opinions publiques.



Les alaouites syriens sont-ils

des « chiites de plein exercice »?



Le régime baasiste syrien, au motif qu'il est largement contrôlé, voire accaparé, par la minorité alaouite (qui « tient », en particulier, tous les organismes de force: ministères régaliens, services de renseignement, Forces spéciales, Garde républicaine, états-majors, etc.), est souvent qualifié de « chiite ». L'affirmation est des plus discutables, et les spécialistes de la région ne tombe jamais dans ce piège confessionnel. Que l'alaouisme ait des des liens du côté du chiisme est une réalité: mais l'alaouisme est historiquement et spirituellement considéré par nombre de chiites comme une secte dissidente, qui n'a guère à voir avec la communauté duodécimaine partagée entre l'Iran, l'Irak et le Liban. Il importe donc de relativiser cette affinité dite « structurante » entre alaouisme syrien et chiisme duodécimain classique. Que le régime cherche systématiquement à « confessionnaliser » la crise politique interne est une réalité: il s'agit de fédérer les nombreuses minorités ethno-confessionnelles (et tout spécialement les alaouites et les chrétiens) autour d'une menace sunnite postulée, qui serait incarnée par des Frères musulmans "manipulés de et par l'étranger". Que l'argument confessionnel chiite soit opératoire est une autre affaire.




2/ Les soutiens régionaux à la Syrie:

des déterminants principalement politiques et stratégiques



Les éléments d'explication des prises de position de soutien au régime de Bachar el-Assad sont multiples. Certes, le facteur chiite peut être l'un des éléments historiques et sociétaux d'arrière-plan. Mais il nous semble que ce sont principalement des facteurs stratégiques et politiques qui sont en jeu.


La République islamique d'Iran


Pour la République islamique d'Iran, la Syrie d'el-Assad est évidemment, et depuis décembre 1979, la principale porte d'entrée dans le monde arabe. C'est grâce à la Syrie que l'Iran a bénéficié d'une possibilité d'ouverture au revers de l'Irak pendant la guerre initiée par Saddam Hussein en 1980, et entretenue par l'Imam Khomeyni jusqu'en 1988. C'est par la Syrie que Téhéran peut, depuis trois décennies, peser sur le conflit israélo-palestien, entretenir des relations privilégiées avec le Hezbollah libanais, et avec le Hamas palestinien (dont le leader Khaled Mechal a longtemps été installé à Damas, avant, semble-t-il, de partir depuis peu pour Le Caire). Le traité de défense commune signé entre les deux pays en mai 2008 avait entériné cette relation stratégique.


Le facteur chiite n'est cependant pas premier dans la politique régionale de la République islamique, même s'il est un des éléments du soft power iranien. En 2011, on peut le mesurer clairement au Bahreïn, où Téhéran est resté politiquement en retrait de la contestation politique dans l'archipel, se contentant de soutenir par ses médias l'opposition au régime sunnite bahreïni (ce que relève la Commission internationale d'enquête BICI, dans le « rapport Bassiouni » rendu public à Manama le 23 novembre dernier 1). Et on n'oubliera pas non plus qu'il n'y a peut-être pas unanimité au sommet du pouvoir iranien sur le soutien absolu à Bachar al-Assad. Des luttes opaques opposent depuis des mois le président de la République Ahmadinejad (et ses soutiens au gouvernement et chez les Gardiens de la révolution) au Guide suprême Ali Khamenei (et à son appareil clérico-politique). Ce dernier est sans doute tenant d'un soutien indéfectible à Damas (y compris par l'envoi d'éléments de la force al-Qods des Pasdarans). Alors que, paradoxalement pour le principal acteur de la répression de 2009 dans son propre pays, M.Ahmadinejad ne serait pas le seul à s'interroger sur la possibilité du président Assad de tenir très longtemps face à l'extension d'une révolte populaire qui risque de balayer le régime de Damas et ses alliances iraniennes. On ajoutera que les sanctions internationales et occidentales pèsent peut-être sur les capacités financières iraniennes à compenser les pertes économiques croissantes que subit la Syrie depuis le début des évènements, et qui vont sans doute s'aggraver fortement avec le train de sanctions qu'a décidé la Ligue arabe les 26 et 27 novembre.



L'Irak sans les Américains


Une thèse approximative: la main-mise de l'Iran sur l'Irak

Pour l'Irak, l'abstention ou le refus lors du vote des résolutions puis des sanctions contre Damas ont été analysés comme confortant la thèse de « l'arc chiite ». La réalité est sans doute plus compliquée. On sait que Téhéran a fait pression sur Bagdad, ces derniers mois, pour que le gouvernement de Nouri al-Maliki affirme plus visiblement son soutien à Damas. Mais, on l'oublie parfois, ce gouvernement Maliki est une coalition (précaire et divisée) du bloc chiite (subdivisé entre malikistes et radicaux partisans de Moqtada el-Sadr), du groupe Irakiya d'obédience sunnite, et des Kurdes): il n'est pas sûr qu'il y ait unanimité dans le soutien au régime de Damas, non plus que dans son rejet éventuel. D'autre part, Bagdad est actuellement en train d'essayer de reconstruire une « identité nationale » qui avait implosé en 2003. Or, cette reconstruction, qui suppose une réintégration de la communauté sunnite largement (mais pas unanimement) restée nostalgique du régime de Saddam Hussein, et travaillée par le djihadisme « d'al-Qaeda d'entre-les deux-fleuves », ne passe pas par un alignement inconditionnel sur Téhéran, tout au contraire.  Les tensions actuelles (décembre 2011) entre le premier ministre et une partie des dirigeants d'Irakiya attestent des divisions de l'Irak post-américain.

On peut donc estimer que les prises de position de l'Irak sont, autant que possible, déterminées par ses intérêts nationaux, beaucoup plus que par un hypothétique « arc chiite » piloté depuis Téhéran. A quelques semaines du retrait des troupes américaines, l'Irak a tout à redouter d'une guerre civile à ses portes. Bagdad paraît avoir plusieurs fers au feu: arrêtant plusieurs centaines de baasistes début novembre, accusés de comploter contre le gouvernement; et s'opposant au Caire aux sanctions contre le régime baasiste syrien. Car le système irakien post-baasiste est un édifice fragile, travaillé et affaibli par les clientélismes communautaires, et un partage des pouvoirs qui n'est pas encore stabilisé. Le départ des derniers soldats américains à la mi-décembre 2011 ne contribue pas à cette stabilisation, quand bien même il reste encore quelques centaines de "conseillers militaires" (pour l'entraînement de la nouvelle armée irakienne, et l'utilisation des quelques 700 millions de dollars de matériels que les Etats-Unis ont laissés derrière eux), des dizaines de milliers de mercenaires "civils" (employés par des SMP, sociétés militaires privées), et une ambassade américaine à Bagdad qui emploierait... 16000 personnes.

Les anciens opposants à Saddam Hussein, désormais au pouvoir à Bagdad, n'ont pas oublié les longues années d'exil qu'ils ont souvent passées à Damas (15 ans pour Nouri al-Maliki). Ils savent aussi qu'une situation de chaos en Syrie aurait nécessairement des conséquences sur l'importante communauté irakienne installée en Syrie, et pourrait déstabiliser politiquement la partie occidentale de l'Irak, le long des 650 km d'une frontière extrêmement poreuse. Mi-novembre, le gouvernement al-Maliki a donc réaffirmé au Parlement son soutien envers le peuple syrien « dans son désir de liberté, de justice, de démocratie et dans sa volonté de mettre fin au parti unique dont les Irakiens ont eux-mêmes longtemps souffert», tout en s'opposant à toute intervention étrangère en Syrie. Moyennant quoi, quand des sunnites irakiens manifestent pour leurs coreligionnaires syriens, des chiites irakiens manifestent leur soutien à leurs "frères chiites du Bahreïn".

Si l'on ajoute à cela que l'Irak est certes un partenaire économique non négligeable de la Syrie -mais que celle-ci est de moins en moins solvable;  et que les fractions irakiennes sont liées de manière opaque aux fractions qui se déchirent au sommet du régime iranien depuis des mois, on admettra qu'il faut sans doute relativiser l'efficacité du soutien irakien à Damas.


Un Liban dans une prudence contrainte


Pour le Liban enfin, point n'est besoin de grands discours. Même si les troupes syriennes ont été obligées de quitter le pays en 2005, contrecoup de l'attentat contre Rafic Hariri et du mouvement populaire de masse du 14 février 2005, l'influence de Damas reste évidemment très forte au Pays du Cèdre. Appuyé sur une communauté chiite nombreuse qu'il a efficacement structurée, avec une politique sociale et de formation bénéficiant de gros investissements, le Hezbollah est devenu une force politique nationale importante, avec des cadres des élus et des ministres. On sait que le gouvernement libanais du premier ministre sunnite Najib Mikati est sous influence du Hezbollah, et que celui-ci défend le régime du président Assad. Mais il s'écrit que certaines tensions se seraient exprimées au sein du Hezbollah sur cette question du soutien au régime syrien face à un mouvement d'opposition dont le caractère populaire n'est pas niable 2.. Car le Hezbollah a son propre agenda politique, qui peut être affaibli par les errements répressifs du régime de Damas.


Enfin les très fortes tensions qui déchirent la Syrie depuis plus de huit mois ont des conséquences directes au Liban même, et pas seulement des zones frontalières poreuses depuis toujours. La position d'abstention de Beyrouth vis-à-vis des condamnations de la Syrie est donc tout, sauf surprenante. Et, compte tenu des traditions locales de contrebande à travers la frontière libano-syrienne, on peut penser que les sanctions économiques régionales et internationales contre la Syrie s'en trouveront pour partie affaiblies. De même que les banques libanaises permettront de contourner les embargos bancaires. Au total, ce sont bien plus des considérations politiques et stratégiques régionales à la fois structurelles (des dernières décennies) et conjoncturelles (des révolutions arabes) qui fondent les alliances ou accords plus ou moins formalisés et plus ou moins contraints entre Etats (Iran-Syrie, Syrie-Liban) et entre Etats et forces politiques (Iran-Syrie-Hezbollah-Hamas).




3/ Y-a-t-il vraiment un « bloc sunnite »? 


a/ L'Arabie saoudite et le Qatar


2011: le roi Abdallah d'Arabie saoudite


Certes, les Etats membres condamnant la Syrie sont des régimes et des sociétés sunnites. Pour autant, la notion de « bloc sunnite » mérite d'être déconstruite au profit d'une analyse de realpolitik où le jeu des acteurs ressort de logiques de force internes, régionales et internationales.


L'Arabie est-elle « chef de file » du « bloc sunnite » ? Indubitablement, Riyad réagit vigoureusement à une double pression. Les Etats du Golfe persique n'ont pas échappé au mouvement d'ensemble qui touche le monde arabe, soit par les répercussions inévitables des mouvements tunisien puis égyptien dans la région, soit par les rééquilibrages provisoires de puissance qui en découlent. Riyad doit donc réagir, par exemple, à la chute d'Hosni Moubarak, qui à la fois prive provisoirement l'Egypte de sa capacité d'affirmation de son rôle historique de principale puissance arabe; et montre aux bénéficiaires du « parapluie américain » (pour l'Arabie saoudite: depuis la célèbre rencontre du président Roosevelt et du roi Abdel Aziz ibn Saoud sur l'USS Quincy, le 14 février 1945) que Washington peut parfaitement « laisser tomber » l'un de ses alliés les plus importants au Moyen-Orient si la realpolitik l'impose. Riyad a donc essayé de prendre la tête du mouvement pour compenser le vide de puissance égyptien, et pour affirmer dans la région sa volonté de défendre les régimes en place.


Le préservation de l'ordre existant est la préoccupation essentielle et existentielle de Riyad: l'ordre saoudien wahhabite en interne (face à la contestation chiite dans ses provinces orientales, qui fermente depuis des mois, et a fait ses premiers morts officiels en novembre 2011); dans le Golfe (face à la contestation politique au Bahreïn, qui se trouve avoir aussi et nécessairement une dimension confessionnelle chiite; face à une menace de puissance régionale iranienne, qui obsède Riyad et les émirs du Golfe); sur ses frontières méridionales (au Yémen, face à la fois à la rébellion chiite zaïdite houthiste, et à la déstabilisation de son voisin par des mois de contestation du régime du président Abdallah Saleh). Et, plus globalement, dans la région: certes, Riyad avait tous les motifs de se réjouir de la chute d'un Kadhafi honni pour ses provocations anti-saoudiennes répétées, mais le royaume a aussi accueilli le président tunisien Ben Ali, chassé par le mouvement populaire. Dans l'affaire syrienne, ce qu'essaie de faire l'Arabie saoudite (soutenue en cela par la plupart des émirs du Golfe3), c'est d'affaiblir autant que possible l'Iran, en brisant par la chute de Bachar el-Assad l'alliance stratégique de Téhéran et de Damas4.


Mais l'Arabie a un concurrent voisin et activiste: l'émirat du Qatar. Nous ne développerons pas ici la montée en puissance de Doha dans les affaires régionales et internationales dans la dernière décennie. Rappelons simplement que l'émir al-Thani, très interventionniste dans les affaires du Moyen-Orient, a saisi l'occasion des « révolutions arabes » pour conforter son rôle diplomatique, en valorisant les alliances scellées avec ses partenaires occidentaux (les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la France). Son intervention la plus spectaculaire, progressivement révélée, a été la contribution qatarie au renversement de Kadhafi: action diplomatique d'abord (en essayant d'entraîner derrière lui les émirats voisins et la Ligue arabe) pour soutenir la résolution 1973 du Conseil de sécurité, puis légitimer l'intervention militaire occidentale; puis intervention militaire à travers quelques avions intervenant aux côté de ceux de l'OTAN dans le ciel libyen; et à travers l'envoi sur le territoire libyen, de forces spéciales qataries qui, bénéficiant de l'avantage de la langue, auraient contribué à la formation accélérée des « troupes rebelles » libyennes 5.


Les intérêts saoudiens et qataris sont-ils convergents? Oui au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG), tant qu'il s'agit d'éviter une contagion révolutionnaire menaçant certaines des dynasties régnantes, et dont la responsabilité est commodément attribuée aux menées subversives iraniennes et à leurs agents locaux supposés, les chiites qui peuplent la rive occidentale du Golfe. Le CCG a donc, début 2011, débloqué des fonds spéciaux pour acheter la « paix sociale et politique » là où c'était possible (au sultanat d'Oman, par exemple); envoyé les forces de sécurité du « Bouclier du Golfe » là où la menace était urgente, à savoir au Bahreïn en mars. Lors de son sommet de Riyad, mi-décembre 2011, après avoir souligné "la menace qui pèse sur la sécurité des Etats du Golfe arabique" (l'Iran n'a pas été explicitement nommé), le CCG a adopté la demande du roi Abdallah de passage du Conseil d'une "phase de coopération à une phase d'union au sein d'une seule entité", et a abondé de 5 milliards de dollars le programme de développement quinquennal de la Jordanie et du Maroc, les deux monarchies appelées à terme à rejoindre "le syndicat des pétromonarchies du Golfe". (notre chronique du 15 mai 2011).


Pour autant, au-delà des communiqués unanimes, les divergences entre Riyad et Doha ne peuvent pas être sous-estimées. Elles sont de rivalité bilatérale, illustrées par la concurrence médiatique entre al-Jazeera et al-Arabiya, au bénéfice indubitable et croissant de la première. Elles sont dans le soutien différentiel qu'apportent Doha et Riyad à des forces politiques susceptibles d'arriver au pouvoir par les urnes ou hors des urnes dans les mois qui viennent.


Si l'on prend l'exemple de l'Egypte, il est assez clair que le Qatar privilégie, là comme ailleurs, le soutien aux Frères musulmans, organisation ancienne et politiquement aguerrie (même si elle connaît des divisions internes, et a du mal à se positionner par rapport au mouvement de la place Tahrir, qu'elle a rejoint tardivement, et épisodiquement), bien implantée dans le tissu social égyptien: les Frères sont les vainqueurs annoncés des élections égyptiennes, dans l'espace que l'armée, plus que les anciens du parti National démocratique d'Hosni Moubarak, voudra bien leur laisser. De son côté, l'Arabie saoudite, qui se méfie des Frères musulmans pour de multiples raisons (la grande méfiance de ceux-ci vis-à-vis du wahhabisme, leur critique de l'absolutisme saoudien, leurs liens étroits avec la matrice égyptienne, etc.), privilégie les courants salafistes radicaux. Ceux-ci, principalement sous l'étiquette du très récent parti al-Nour, peuvent afficher, à l'issue des deux premières étapes électorales égyptiennes, entre 20 et 25% des suffrages, au grand dam des Frères musulmans, qui n'avaient, semble-t-il, pas prévu de devoir côtoyer des activistes que les sondages plaçaient aux environs de 10-12% des suffrages.


Dans l'affaire de la condamnation de la Syrie par la Ligue arabe, c'est le ministre des Affaires étrangères qatari, Hamad ben Jassem al-Thani, président en exercice du comité de la Ligue arabe en charge du dossier syrien, que l'on a vu principalement à la manoeuvre. Il a été suivi par tous les Etats qui ont des raisons variées de s'opposer à la Syrie, même si l'enthousiasme de certains (telle l'Autorité palestinienne) n'est pas toujours apparu avec évidence. L'Arabie saoudite qui avait fait l'effort d'estomper le contentieux qu'elle avait avec Damas à la suite de l'assassinat en 2005 du sunnite libanais Rafic Hariri (qui était très proche de Riyad), retrouve sa problématique d'affaiblissement nécessaire du lien stratégique Damas-Téhéran: le nouveau prince-héritier Nayef ben Abdel-Aziz est donc sur le pont pour cela. Mais il peut aussi s'estimer quelque peu bousculé par un émirat du Qatar qui, fort de « son » succès libyen, s'emploie à conforter son rôle diplomatique en s'emparant du dossier syrien, et en s'appuyant sur ses deux vecteurs d'influence: la chaîne al-Jazeera, et ses ressources financières infinies grâce au dôme gazier.



Y-a-t-il vraiment un « bloc sunnite »?


b/ Le jeu de la Turquie


Septembre 2008, à Damas: MM.Erdoğan (Turquie), al-Thani (Qatar), Assad (Syrie), Sarkozy



Nous ne reviendrons pas ici sur l'évolution de la politique turque au Proche et au Moyen-Orient depuis le début de l'année 2011. Elle est abordée en permanence sur ce site, et plus encore à travers les chroniques de Jean Marcou sur le blog de l'OVIPOT6. Confrontée comme tous les autres Etats impliqués à des « révolutions arabes » qu'elle n'avait pas prévues, la Turquie a progressivement redéfini et redéployé sa diplomatie et son action politique en fonction des évènements:

  • observation initialement attentiste des évènements de Tunisie et d'Egypte, puis soutien de principe assez vite affirmé aux revendications démocratiques des populations arabes (après un silence remarqué sur les évènements comparables qui s'étaient produits dans l'Iran voisin en 2009);

  • volonté de prendre en compte les nouvelles configurations politiques nées de la chute des présidents Ben Ali et Moubarak, en mettant en avant ce qui, dans le fonctionnement de la Turquie, pourrait éventuellement inspirer les peuples et les nouveaux dirigeants (ce que l'on qualifie parfois de promotion du « modèle turc », sans que cette formule ait jamais été utilisée par Ankara);

  • attentisme initial sur le dossier libyen, puis ralliement à la politique occidentale d'intervention auprès des « rebelles » contre Kadhafi, dans une forme de soutien (logistique et humanitaire) sans participation (militaire) à l'action de l'OTAN.


La question syrienne est progressivement devenue centrale pour Ankara. Car, on s'en souvient, la spectaculaire réconciliation entre la Turquie et la Syrie au milieu de la décennie 2000 avait été à la fois la pièce maîtresse de la « nouvelle diplomatie » des gouvernements de l'AKP, et l'illustration-modèle de la réussite du « bon voisinage-zéro conflit » théorisé par M.Ahmet Davutoğlu. C'est peu dire que les dirigeants turcs ont déployé tous leurs efforts pendant des mois à partir du printemps 2011 pour convaincre Bachar al-Assad de répondre autrement que par une répression sanglante à la montée en puissance des oppositions qui se sont manifestées dans de nombreuses régions de Syrie. Les navettes de M.Davutoğlu à Damas ne se comptent plus jusqu'à l'été, non plus que les appels du premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan à son « ami Bachar »: « conseils d'ami », puis appels de plus en plus pressants, puis exhortations, mises en demeure et enfin menaces directes ces dernières semaines, Ankara étant arrivé à la conclusion que le régime de Damas devait désormais tomber.


Le débordement inévitable des affrontements en Syrie sur le territoire turc (arrivée de réfugiés syriens, fermentation politique dans la province turque du Hatay, où les alaouites sont nombreux); la politique de rétorsion menée par le régime syrien (en particulier à travers, à nouveau, l'instrumentalisation de la « question kurde » contre la Turquie 7); des incidents visant des intérêts turcs en Syrie à très forte charge symbolique en Turquie (attaques contre des représentations diplomatique et consulaires turques dans plusieurs villes syriennes; drapeau turc brûlé par des manifestants pro-Assad; mitraillage en Syrie de bus de pèlerins turcs rentrant du hadj en Arabie saoudite): autant d'éléments qui ont désormais amené la Turquie à être un des fers de lance des attaques politiques contre Damas, avec sanctions économiques annoncées, et menaces récentes de conséquences militaires potentielles. La Turquie est désormais (avec la France8) le principal soutien à l'opposition turque à l'étranger: en hébergeant le Conseil national syrien (officiellement reconnu comme représentatif du peuple syrien), et certains dirigeants d'une Armée syrienne libre formée de déserteurs (le colonel Riad al-Assad); et en offrant une tribune internationale au principal dirigeant des Frères musulmans syriens en exil à Istanbul (Mohammad Riad Shakfa, qui se déclare, mi-novembre, éventuellement favorable à « une intervention militaire turque en Syrie pour protéger les populations civiles menacées. »). La Turquie est devenu le parrain des opposants syriens, ce qui offre d'ailleurs l'avantage pour les pays occidentaux qui cherchent à accroître la pression sur Damas (les Etats-Unis, la France, en particulier) de ne pas avoir à trop apparaître en première ligne.


Ces différents éléments, qui s'ajoutent à l'activisme remarqué de M.Davutoğlu à la tribune de la Ligue arabe (au point qu'un observateur non informé pourrait penser que la Turquie est membre de la Ligue arabe !), font-ils une « politique sunnite de la Turquie »? On peut en douter fortement, pour privilégier, là encore, l'argument politique et stratégique au détriment de l'argument « confessionnel ». Certes, la Turquie a une population majoritairement sunnite, et certes, le parti au pouvoir depuis 2002 appartient très majoritairement à cette composante sunnite 9. Mais la Turquie est d'abord une puissance régionale, dont la diplomatie est déterminée non pas par des facteurs religieux (au-delà du rappel d'un constat d'évidence: la Turquie est un pays musulman; et d'une réalité historique: la laïcité constitutionnelle de la Turquie place l'islam turc sous le contrôle de l'Etat), mais par des considérations de puissance émergente qui entend s'affirmer sur la scène régionale (le Moyen-Orient et le monde musulman, auxquels elle appartient, en même temps qu'elle est proche de l'Europe) et internationale (en tant que 15e puissance économique mondiale, membre du G20, menant une politique d'implantation diplomatique et économique sur tous les continents).


Compte tenu de la régionalisation et de l'internationalisation de la crise syrienne, la politique turque vis-à-vis de Damas s'inscrit aux côtés de celle d'autres Etats de la région, qui se trouvent être sunnites. Pour autant, même si la Turquie s'affirme ces dernières années comme puissance musulmane (et laïque) auprès de ses voisins du sud, le clivage sunnite/chiite n'est pas pertinent en ce qui la concerne. Ankara essaie d'avoir des relations de bon voisinage avec l'Iran (avec une position « modérée » sur le dossier du nucléaire iranien, tout en acceptant la construction sur son sol d'éléments du bouclier antimissiles américain qui irrite les radicaux à Téhéran) -alors que Téhéran est un ferme soutien au régime syrien. Ankara avait, on l'a vu, d'excellentes relations avec le régime baasiste syrien, jusqu'à ce que « le régime alaouite »  de Bachar al-Assad ne s'engage dans la voie d'une répression sanglante contre son peuple. Le premier ministre turc R.T.Erdoğan a donné ces dernières années des gages aux chiites jafaris turcs (voir notre chronique du 12 août 2011), et a manifesté sa sympathie aux chiites d'Irak lors d'un spectaculaire déplacement à Najaf en mars 2011, à l'occasion duquel il a soutenu « les revendications démocratiques légitimes des chiites du Bahreïn » (notre chronique du 20 avril 2011). Le dirigeants turcs sont fréquemment de passage en Arabie saoudite pour des raisons à la fois politiques et économiques: le président turc Abdullah Gül a mené une carrière de banquier en Arabie, avant de se lancer en politique comme dirigeant de l'AKP.


On pourrait multiplier les arguments pour étayer l'analyse d'une diplomatie turque déterminée par les intérêts classiques d'une realpolitik de puissance émergente, et non par l'appartenance à l'islam sunnite, même si le ministre des Affaires étrangères M.Davutoğlu regrette, en visite à Téhéran début janvier 2012, que certains ne cherchent à établir une "nouvelle guerre froide" religieuse (sunnites/chiites) dans la région. Et l'on rappellera que l'activisme turc peut être apprécié par certains Etats de la région à certains moments, mais qu'il peut aussi irriter ou exaspérer les mêmes à d'autres moments. Ainsi les conseils et remarques formulées par le premier ministre turc lors de l'étape cairote de sa tournée arabe, mi-septembre 2011, ont-ils été moyennement bien reçus par certains interlocuteurs égyptiens: les Frères musulmans (peu sensibles aux charmes de la laïcité civile à la turque), ou les militaires (peu amateurs de rappels des bienfaits de la tutelle ottomane sur l'Egypte d'autrefois)10... On se rappellera aussi que les ambiguïtés turques peuvent indisposer plus d'un acteur au Proche- et Moyen-Orient arabo-iranien: politique de la « main dure » à l'encontre d'Israël ces dernières années; et politique « en pointe » dans le soutien aux Palestiniens, y compris à Gaza; mais aussi politique pro-américaine que certains observateurs analysent comme la volonté systématique d'Ankara d'apparaître comme le plus solide pilier pro-américain de la région. Un grand écart difficile à tenir parfois...


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Les « révolutions arabes », les recompositions politiques qui en découlent, les « contre-révolutions » déjà menées ou prévisibles dans certains pays, n'en sont qu'à leur début. L'approche de ces mouvements de fond doit être à la fois globale (en ajoutant d'ailleurs, à l'ensemble du monde arabo-musulman, les évolutions de l'Iran depuis 2009) et nationale (chaque processus est spécifique, et produit de l'histoire de chacun des Etats concernés). L'ensemble du monde arabo-irano-musulman est concerné, dans sa grande diversité, y compris religieuse. Certes la fitna, la division fondamentale entre sunnites et chiites est un facteur de tensions indéniable: les attentats qui, en ce début d'Achoura chiite (les 5 et 6 décembre) ensanglantent les processions de flagellants ou les rassemblements de pèlerins au Pakistan, en Afghanistan et en Irak, en sont la preuve tragique. Mais la grille d'analyse qui tend à estimer qu'on est désormais entré dans un affrontement binaire « bloc sunnite » contre « arc chiite » nous paraît très largement dénuée de fondements. Instrumentalisée par certains Etats et régime -principalement ceux du Golfe 11-, la question confessionnelle n'est en rien au premier plan de processus qui sont d'abord et avant tout politiques et sociaux. Indépendamment des spécificités nationales, on est d'abord et avant tout dans un jeu de puissances. Comme le rappelle la spécialiste du chiisme qu'est Laurence Louër, le "soulèvement [au Bahreïn] a confirmé que l'arc chiite n'existe pas, si l'on entend par là un réseau transnational chapeauté par l'Iran et mu par une logique et des objectifs politiques communs. De peu d'utilité pour analyser la géopolitique moyen-orientale, l'arc chiite est en revanche un épouvantail facile à manier pour les régimes arabes. Il permet en outre à l'Iran d'entretenir l'image, très surfaite , d'un Etat capable d'intervenir où bon lui semble." 12




NOTES:


1 Voir le chapitre consacré à l'Iran dans le volumineux rapport de la Bahrain Independant Commission of Inquiry, rendu public le 23 novembre 2011: http://files.bici.org.bh/BICIreportEN.pdf

2 Voir par exemple l'analyse de ces tensions par Jean-Pierre Perrin dans Libération du 19 novembre 2011.

3 Il faut , là encore, nuancer: si le Bahreïn et Abou Dhabi se méfie tout particulièrement de Téhéran, les positions sont moins déclarées au Koweït et au Qatar, et Dubaï et Oman ont des relations plutôt amicales (et commercialement intéressées) avec leur puissant voisin.

4 On peut d'ailleurs estimer que la politique de réintégration de la Syrie dans le jeu international menée par la France et les Etats-Unis à partir de 2008 poursuivait ce même objectif d'affaiblissement de l'axe stratégique Damas-Téhéran. Sans succès.

5  Le chiffre de 5000 soldats des forces spéciales quataries a été avancé: il paraît toutefois difficile que Doha ait pu dépêcher autant de soldats vers Benghazi.

7/  Il y a plusieurs volets: l'importante minorité kurde du Nord de la Syrie, ostracisée depuis des décennies, a reçu de Damas toutes une série de gages destinés à empêcher que les Kurdes ne se soulèvent contre le régime (attribution de documents d'identité à des dizaines de milliers de Kurdes qui en étaient privés; retour de l'étranger de dirigeants kurdes exilés; concessions économiques aux départements à population kurde, etc.); et, sans qu'on en ait encore les preuves manifestes, soutien de Damas au départ de militants kurdes syriens du PKK vers les camps du PKK au Nord-Irak et en Turquie pour renforcer la pression du PKK sur les forces de sécurité turques.

8/ A défaut d'une visite officielle de Nicolas Sarkozy en Turquie en tant que président de la République, qui n'aura peut-être jamais lieu, c'est le ministre des Affaires étrangères Alain Juppé qui a été chargé, les 17 & 18 novembre 2011, d'améliorer à Ankara et Istanbul des relations bilatérales pour le moins tendues: le dossier syrien était au centre des discussions menées lors de cette visite. Cette démarche a été brutalement contrariée par le vote à l'Assemblée française d'une loi pénalisant la négation du génocide arménien: quand bien même les 50 députés qui l'ont votée avaient peut-être quelques motivations électoralistes (ils représentent, pour l'essentiel, quatre départements où les électeurs d'origine arménienne sont nombreux: Bouches-du-Rhône, Drôme, Isère, Val-de-Marne), l'impact a été immédiat sur les relations entre la France et la Turquie.

9  Alors que le Parti républicain du peuple (PRP/CHP), néo-kémaliste, est actuellement dirigé par M. Kemal Kılıçdaroğlu, aux origines kurdes et alévies de la région de Dersim/Tünceli: cf: http://ovipot.hypotheses.org/tag/kemal-kilicdaroglu

10 Voir les chroniques de Jean Marcou sur l'OVIPOT, onglet Moyen-Orient: http://ovipot.hypotheses.org/category/moyen-orient

11 Ainsi lors d'un récent séminaire à Doha (Qatar): http://www.libe.ma/Le-Moyen-Orient-entre-Sunnites-et-Chiites-Les-monarchies-du-Golfe-confrontees-au-danger-confessionnel_a23319.html

12 LOUËR Laurence, Du Liban à Bahreïn, y-a-t-il un arc chiite?, Alternatives Internationales Hors-série n° 010, janvier 2012. http://www.alternatives-internationales.fr/du-liban-a-bahrein--y-a-t-il-un-arc-chiite_fr_art_1131_57065.html



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