24 novembre 2012: Achoura chiite à Istanbul

L'ouverture de l'achoura des chiites ja'faris à Istanbul:

un meeting politique à fortes résonances régionales



La petite communauté chiite ja'farie turque est peu connue et peu étudiée, car souvent confondue avec la communauté alévie. Originaire de l'Est de l'Anatolie et de Transcaucasie azérie, désormais largement installée à Istanbul, elle a gagné en visibilité religieuse ces dernières décennies, et en puissance politique plus récemment. A la fois parce qu'elle s'inscrit dans la plus grande visibilité du chiisme au Proche et Moyen-Orient; parce qu'elle a quelques leaders dynamiques entrés en relations avec l'Iran et l'Irak; et parce que l'AKP (représentant pourtant l'islam sunnite hanéfite) semblait il y a peu vouloir lui accorder une forme de reconnaissance semi-officielle. Samedi 24 novembre s'est tenue à Istanbul la cérémonie d'ouverture de l'achoura (așura) des chiites de la métropole. L'achoura, qui commémore le martyre de Hussein est le temps fort du mois du deuil (moharram) dans toutes les communautés chiites du Proche et du Moyen-Orient. Impressions (et photographies) par Jean-Paul Burdy (IEP de Grenoble) aidé par Sebnem Cansun (*) (Université Sabahattin Zaim, Istanbul) sur une cérémonie radicalement politique.


Une achoura version turque...


Halkalı, au nord-ouest de l'aéroport d'Istanbul: un de ces lointains quartiers de la mégapole où le visiteur ne se rend jamais, et où il est difficile de se repérer, faute de plan disponible, et compte tenu des vastes lotissements souvent fermés pour classes populaires et moyennes qui y poussent comme des champignons, et modifient sans cesse un paysage urbanisé, mais que l'on peut difficilement qualifier d'urbain 1. Nombre d'habitants sont là depuis peu, et connaissent mal leur environnement, plutôt ingrat et mal desservi par les transports publics. Il n'y a pas de centre ville digne de ce nom. Dans l'un des quartiers, une rue commerçante un peu animée: un vaste quadrilatère en pente, entouré de petit immeubles modestes de quelques étages et de quelques années d'âge, ou très récemment achevés. Sur les façades, des banderoles colorées évoquant les moments forts de la bataille de Kerbala: des portraits de Hussein, son cheval blanc près du corps gisant de son maître, l'épée Zulfikar à deux pointes, des invocations, des prières et des slogans en arabe, mais calligraphiés à l'iranienne. En revanche, à la différence des espaces urbains chiites iraniens ou du Golfe, pas de drapeaux noirs aux fenêtres: ils sont pourtant classiquement des marqueurs identitaires forts de l'appartenance au chiisme. La cérémonie d'achoura est annoncée dans tout l'ouest d'Istanbul par une banderole unique tendue sur les principales avenues, et portant portrait de Hussein, et annonce de la date et du lieu: Halkalı, le 24 novembre. Des spectateurs et spectatrices sont installés nombreux aux fenêtres et sur les balcons. D'autres ont pris place aux différents étages d'un squelette d'immeuble en construction, sur un des côtés de la place. Les nombreuses télévisions ont installé leurs caméras sur les terrasses qui dominent la scène: certaines chaines, en particulier Cem TV, la chaine alévie, retransmettront en direct les cérémonies pendant toute la journée. 



Avant d'accéder à l'enceinte de la cérémonie, un défilé s'est formé. En tête, une nuée de banderoles en arabe et en turc avec l'invocation mille fois répétée et scandée: « Ya Huseyn !». Puis des groupes, très bien structurés, en majorité des jeunes entièrement vêtus de noir ou de blanc, le front ceint d'un bandeau noir, ou vert, ou rouge au nom de Hussein. Des groupes de femmes, en tchador noir, portant banderoles et bandeaux au front au nom de Zeyneb (ou: Zeinab), de Zahra ou de Ruqayya 2 . Certaines portent des enfants en bas âge tout de vert vêtus, un voile vert sur la tête tenu par un bandeau rouge glorifiant Hussein; à mi-cortège, un petit berceau en bois noir et une poupée évoquent le bébé miraculeusement épargné lors du massacre de Kerbala. Des hommes en noir, plus âgés, qui se frappent la poitrine en cadence. Un petit groupe d'hommes âgés et barbus porte une tunique blanche, et un étrange bonnet noir de pêcheur sarde, frappé du portrait de Hussein. On n'est pas dans les flagellations sanglantes d'une partie du monde chiite du Golfe, d'Irak, d'Iran ou du Pakistan. Point non plus de processionnaires qui se tailladent le cuir chevelu pour que leur tunique blanche s'imprègne de sang à la mémoire des 72 martyrs de Kerbala. Par comparaison avec des défilés iraniens, irakiens, bahreïnis ou libanais, l'ambiance est moins martiale, moins rigoureuse, et la foule moins fournie ici. En queue de cortège, quelques dizaines de femmes en tchador brandissent leurs poings entravés par des chaînes, rappel du sort des femmes et des enfants épargnés à Kerbala,  mais déportés et assignés à résidence à Damas par le calife Yazid. Sur le parcours, un stand enveloppé de tentures noires brodées d'argent distribue gratuitement verres de sirops ou de thé, et des biscuits. Nombre de participants portent au poignet, distribué au long du cortège par des bénévoles, un lien vert parfumé, signe d'appartenance à la communauté chiite -autrefois en coton, il est maintenant coupé dans des pelotes synthétiques arrivées tout droit de Chine. Les mêmes volontaires distribuent une brochure en turc « L'Imam Hussein et Kerbala », signée par « Selahattin Özgündüz, Leader des ja'faris de Turquie », ou vendent pour quelques kurus un tirage spécial du bulletin « Caferiyol » (La Voie des ja'faris).



A l'arrivée du cortège sur les lieux de la cérémonie, hommes et femmes, déjà séparés pendant le défilé, gagnent les espaces qui leur sont réservés, bien délimités par une allée centrale close de barrières métalliques. Le terrain est en pente. En haut, une tente chauffée abrite les officiels. Au premier rang, dans des fauteuils, les personnalités, et en particulier les invités étrangers, fortement encadrés par un service d'ordre rigoureux, costume noir, chemise noire ouverte, avec badges de différents niveaux. En bas, une vaste scène, avec un pupitre pour les discours, et un décor de toiles peintes couleur terre et de palmiers, qui servira à la représentation théâtrale du tazieh. Deux écrans géants, un devant le carré des femmes, un devant le carré des hommes. Une caméra de télévision sur un bras articulé, qui alimentera les écrans en gros plans des orateurs, en plans larges des groupes organisés des premiers rangs, en très gros plans de participants « exemplaires » -portant des bandeaux au front, et sanglotants lors des passages les plus émouvants de l'évocation du martyre de Hussein. Devant et autour de la tribune, brandis informellement par des participants, bannières et drapeaux. Les bannières, noires, vertes, rouges, sont celles, classiques, de la geste chiite: invocations à Hussein, avec son portrait, à la mémoire du martyre, à Kerbala, au deuil d'achoura. L'arabe (en graphie persane) et le turc sont mêlés. Parmi les dizaines de drapeaux dans l'enceinte: quelques drapeaux turcs seulement (très nettement moins, donc, que dans la moindre cérémonie « turque », quel qu'en soit le motif), un drapeau azerbaïdjanais (rappelant les origines géographiques de la grande majorité du public), des drapeaux jaune et vert du Hezbollah libanais, brandis par des adolescents. Pas de portrait d'Atatürk, au contraire des tribunes alévies qui en sont toujours décorées. Pas de drapeau iranien, pas de drapeau irakien, ni de drapeau syrien -alors que des personnalités iraniennes et irakiennes prendront la parole. Tous les discours sont traduits en langage des signes: l'image de la traductrice, non voilée, est incrustée sur les écrans géants.


                                   Le don du sang substitutif, côté hommes, pendant le meeting

Il tombe une pluie froide venue de la mer Noire sur la cérémonie -comme lors des achouras des dernières années, au mois de décembre. Le terrain est boueux, toujours pas aménagé ou empierré. Ecouter debout, pendant trois heures pleines, les discours officiels sera donc une épreuve pour les spectateurs transis, en particulier du côté des femmes venues avec des enfants en bas âge, ou avec des grands-mères. Les petits vendeurs en profitent: aux écharpes colorées ornées de la figure christique de Hussein et aux bandeaux noirs, verts ou blancs au nom du martyr, ils ajoutent quelques parapluies chinois, vite écoulés, et des imperméables légers en plastique, vendus quelques livres. A la pluie et au vent s'ajoute, toutes les deux minutes, le grondement strident des réacteurs des avions qui décollent de l'aéroport international: banlieue majoritairement populaire (et à cet endroit très populaire), Halkalı est en bout des pistes, et en subit les nuisances sonores. Si l'on y ajoute le vacarme du muezzin de la mosquée sunnite voisine qui, pour l'occasion, a sans doute poussé à fond le son de ses hauts-parleurs, on comprend qu'il ne soit pas toujours très facile de suivre les propos des orateurs. Le temps glacial et la durée des discours décourageront d'ailleurs une partie du public, qui abandonnera progressivement les lieux. Avant même la fin de la cérémonie officielle, les tentes du Croissant rouge turc étaient ouvertes pour le don du sang des volontaires: on sait que l'une des principales innovations introduites par Selahattin Özgündüz dans le chiisme ja'fari turc a été de substituer aux rituels sanglants du chiisme un don du sang fraternel. Egalement présente au Liban (mais à Beyrouth plus qu'à Nabatiyeh), cette pratique s'est ensuite étendue en Azerbaidjan, en Iran et, très récemment, au Pakistan et en Arabie saoudite. A Halkalı, de fait, les donneurs ont été nombreux; le don était aussi ouvert aux femmes, mais dans des espaces dissimulés au regard, qui ne permettaient donc pas d'apprécier la fréquentation du lieu. Cette année, le don du sang est fait « au profit des victimes palestiniennes à Gaza ».



                         L'Iranien Ali Larijani,  le Turc S.Özgündüz,  l'Irakien H.Khammudi...


... et un long meeting politique, ancré dans l'actualité du Proche-Orient


Les trois heures d'interventions s'expliquent par un long défilé d'orateurs, selon un protocole minutieux, hiérarchisé et minuté qui n'est pas sans rappeler parfois la période et les rites soviétiques: lecture des messages des autorités nationales puis locales qui n'ont pas pu faire le déplacement (le président de la République 3, le premier ministre, le président de l'Assemblée nationale, le président du Diyanet, le maire d'Istanbul, etc.), lecture des messages de fraternité confessionnelle des autorités sunnites, de l'Union mondiale des ja'faris, et surtout des alévis-bektashis (Fondation Cem, Fédération des fondations alévies, etc.), puis succession de discours de personnalités, et enfin discours des trois figures essentielles de la cérémonie. Les orateurs « laïques non élus politiques» ont une tenue vestimentaire uniforme: costume noir, chemise blanche ou noire à col ouvert -on est là clairement dans le modèle iranien. Au revers de la veste, une cocarde verte et jaune ornée du portrait de Ali. Les politiques turcs respectent en revanche le code costume-cravate, les quelques mollahs iraniens et irakiens portant les habituels turbans blancs ou noirs sur une robe marron ou noire.

Les orateurs de 2012 sont, sous bénéfice d'inventaire détaillé, les mêmes que lors des années précédentes: le vice-président du CHP, et plusieurs autres représentants nationaux ou stambouliotes de ce parti 4 ; différents élus du parti AKP au pouvoir (en général des parlementaires ou conseillers de la mairie métropolitaine d'Istanbul), le parti d'extrême-droite nationaliste MHP, le parti islamiste de la Félicité (Saadet). Il est aussi rappelé que d'autres achouras ja'faries se tiennent ailleurs en Turquie ce même jour: à Izmir, mais surtout à Iğdir et Kars, deux des principales villes d'origine des ja'faris d'Istanbul.


Mais les trois « morceaux de choix », en fin de matinée, étaient les discours respectifs du « leader des chiites ja'faris de Turquie » Selahattin Özgündüz , du président du Majlis iranien Ali Larijani, et du président de la commission des Affaires étrangères du Parlement irakien, le mollah Humam Khammudi. Avec ces trois orateurs, on est passé des discours protocolaires, répétitifs et convenus, et pour tout dire fastidieux, à des interventions politico-religieuses offensives. La dimension religieuse était évidente, y compris parce que ces discours ont respecté les codes du lamento chiite. A plusieurs reprises, le propos de Selahattin Özgündüz sur le martyre de Hussein a ainsi été cassé par des sanglots de l'orateur, avec larmes en gros plan sur les écrans géants, provoquant en une forme de répons pleurs et sanglots parmi la foule, et slogans à la gloire de Hussein lancés par les jeunes des premiers rangs et repris, bras levés, par la foule (masculine et féminine). Ali Larijani, qui a présenté à l'auditoire les salutations du Guide suprême iranien Ali Khamenei aux chiites turcs, a semblé déclamer un poème plus que prononcer un discours, dans une belle langue persane scandée: il a souligné l'importance du « mode de vie de l'achoura chiite comme modèle pour une vie humaine et fraternelle ». Quand à l'orateur irakien, c'est un prêche en arabe qu'il a prononcé, haché par une traduction en turc tonitruante. Tous trois ont longuement évoqué Kerbala, Ali et Hussein, l'importance de l'achoura, la solidarité des chiites, l'unité des musulmans, l'oumma. Mais ils ne se sont pas confinés au religieux.

Au plan de la politique intérieure turque, les relations des dirigeants des ja'faris avec le gouvernement AKP n'apparaissent ainsi pas aussi bonnes qu'elles pouvaient sembler l'être deux ou trois ans auparavant. Selahattin Özgündüz a ainsi vivement critiqué l'attitude de la Direction des Affaires religieuses, le Diyanet, lui reprochant de disposer des crédits et de moyens de l'Etat sans en faire bénéficier l'ensemble des citoyens: à l'évidence, les ouvertures espérées par les chiites ja'faris et les alévis n'ont pas eu lieu, et ces deux confessions se considèrent toujours comme ignorées et discriminées par le sunnisme hanéfite officiel. Critiques également contre l'Education nationale, et contre la TRT (les chaînes officielles de la Radio-Télévision de Turquie) pour les mêmes motifs de non-prise en compte de la diversité « des idées et des croyances ». Il en appellera donc à une « nouvelle constitution plus juste et plus égalitaire » dans ces domaines.

Au plan régional, les discours de Selahattin Özgündüz et d'Ali Larijani ne pouvaient également que retenir l'attention. Car ils ont longuement évoqué l'Iran, et l'amitié et le soutien de la République islamique d'Iran à ses frères chiites ja'faris turcs. A.Larijani a rappelé « le coup porté par la révolution islamique [depuis 1979] et les principes de Hussein » à l'impérialisme américain, en Iran puis en Irak. Sur l'Irak, l'orateur turc a stigmatisé la menace du terrorisme salafiste qui frappe la population irakienne, majoritairement chiite. Tous deux ont longuement stigmatisé Israël, ou plus exactement « le complot impérialiste-sioniste » qui était en train de frapper le peuple palestinien à Gaza: Israël, Etats-Unis et Angleterre ont été mis dans le même panier des responsables et acteurs de ce complot. Les deux leur ont opposé « le courage et l'audace des Palestiniens et du Hezbollah libanais » inspirés, a ajouté le mollah irakien Khammudi, par « l'esprit du sacrifice de Kerbala ». S.Özgündüz s'est réjoui des « victoires remportées par les Palestiniens sur Israël grâce aux missiles [iraniens] Fajr-3 et Fajr-5 ». Il a également clairement manifesté le soutien des ja'faris à l'Azerbaïdjan dans son conflit avec l'Arménie: une forme de rappel aux origines orientales de la communauté chiite d'Halkalï: les régions turques d' Iğdir et d'Agri, mais aussi la Transcaucasie azérie.

La Syrie a été longuement cité par les deux orateurs. Selahattin Özgündüz a stigmatisé « le complot impérialiste et terroriste contre la Syrie, inspiré par les Etats-Unis et les régimes qatari et saoudien à leur solde », et mis en cause et en garde les salafistes menaçant Damas et les lieux saints chiites de Sayyeda Zeinab et Ruqayya. En 2011 déjà, il avait affirmé haut et fort, à propos de la Syrie, la solidarité et l'unité « des alévis, des nusaïris (alaouites), des bektashis et des chiites ja'faris ». Pour l'essentiel, Ali Larijani a tenu les mêmes propos, avec la même vigueur 5. On peut d'ailleurs s'étonner qu'une personnalité de son niveau 6 puisse tenir un discours aussi virulent devant un public turc « non officiel », étant entendu que si terrain commun il peut y avoir entre Téhéran et Ankara pour dénoncer la politique d'Israël à Gaza, les divergences sont actuellement majeures entre les deux capitales sur l'Irak, et surtout sur la Syrie. Le discours d'Ali Larijani pouvait, dès lors, être considéré comme une forme d'ingérence dans les affaires intérieures et diplomatiques turques, et était en tous cas une remise en cause explicite de la diplomatie du gouvernement Erdoğan (même si, bien évidemment, la Turquie n'a à aucun moment été citée). Il est vrai que les révolutions arabes ont largement rebattu les cartes régionales, et que les dirigeants des chiites ja'faris ne sont actuellement plus sur la même longueur d'onde que le premier ministre AKP, que ce soit sur l'Irak, et plus encore, bien évidemment, sur la Syrie 7.

Notre interrogation de départ, à l'ouverture de cette achoura turque était: allions-nous assister à une cérémonie religieuse, à une cérémonie religieuse et politique, ou à une cérémonie politique? Au regard des trois interventions principales, la réponse ne fait aucun doute. Il s'agissait bel et bien au fond d'un meeting politique en direction des télévisions et autres organes de presse présents, plus que d'une cérémonie religieuse communautaire en direction du public très populaire qui était présent là. Le défilé dans les rues de ce quartier excentré d'Halkalı était loin de la démonstration de force des milices du Hezbollah libanais le même jour dans son fief de la « Dahiye », la banlieue sud de Beyrouth. Et les propos de Selahattin Özgündüz, s'ils étaient identiques sur le fond, étaient certes moins radicaux que ceux tenus (par écrans géants interposés) par le secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah. Mais, dans les deux cas, on ne peut cependant que souligner la dimension très politique des interventions, qui a pu surprendre qui s'attendait à une cérémonie « religieuse », mais aurait oublié la forte politisation qui a accompagné la visibilité publique croissante du chiisme au Moyen-Orient depuis 1979, et que les récents « Printemps arabes » ont exacerbé, d'abord autour du Bahreïn 8 , puis avec la radicalisation de la crise syrienne.


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A Halkalı, la dimension plus populaire a repris le dessus après ces trois discours, avec la représentation sur scène du Tazieh, longue geste, souvent émouvante, parfois larmoyante, de l'épopée d'Ali et de Hussein, retransmise en direct sur plusieurs chaînes de télévision locale: elle est très suivie par un public qui en connaît visiblement d'avance tous les épisodes, un peu à la manière d'un rediffusion de telenovela historique. Un soleil froid a d'ailleurs eu la bonne idée de réapparaître enfin, au grand soulagement des spectateurs restés sur place...




(*) Sebnem CANSUN a soutenu en juin 2010 une thèse de doctorat de science politique à l'IEP de Grenoble: "Démocratisation, égalité des sexes et implication des femmes en politique: le cas de deux partis politiques turcs, l'AKP et le CHP" (sous la direction du prof. Yves SCHEMEIL). Elle est maîtresse de conférences en sciences politiques à l'Université de fondation Istanbul Sabahattin Zaim à Halkalı, Istanbul. Elle poursuit actuellement des recherches sur la communauté des alévis de Turquie.



NOTES

PHOTOGRAPHIES :© Jean-Paul Burdy

Egalement un reportage photographique sur le site des ja'faris:

      http://www.zeynebiye.com/79843_Le-ciel-a-pleur%C3%A9-pour-Hussain-%28Photo%29.html   


1   Les « gated  communities » prolifèrent dans les métropoles turques comme dans nombre de métropoles arabes, et dans toute l'Asie, en particulier en Chine. Relevons que si, au Caire ou dans le Golfe, elles s'adressent à de riches acheteurs et investisseurs, à Istanbul elles visent aussi les classes moyennes en plein développement, et les couches supérieures des classes populaires. C'est le cas à Halkalı.

2   Zeinab bint Muhammad est la fille aînée de Mahomet et de Khadidja ; Ruqayya est leur deuxième fille; Fatima Zahra est leur quatrième fille. D'où le mausolée et quartier éponymes de Sayyeda Zeinab à Damas, et le nom de la grande mosquée chiite en construction à Halkalı.

3  Selahettin Özgündüz a été reçu par le président Gül au palais de Çankaya le 13 novembre 2012. Sa stratégie de reconnaissance et de notabilisation est évidente, au vu des nombreuses photos de ses rencontres avec des personnalités politiques, et en particulier le premier ministre et le président de la République.

4   Le nom du CHP nous est apparu plus souvent cité que celui du parti AKP au pouvoir. En décembre 2010 le premier ministre Erdoğan avait en personne assisté à l'achoura d'Halkali; en 2011, c'est M.Kılıçdaroğlu président du parti d'opposition CHP qui avait été la personnalité politique turque marquante

5   M.Larijani était dans une tournée régionale l'ayant déjà mené à Damas et Beyrouth. Après l'achoura d'Halkalı, il a rencontré le premier ministre turc au palais de Dolmabahce, avant une étape officielle à Ankara le lendemain.

6  Ali Larijani est ancien secrétaire du Conseil national de sécurité, ancien négociateur du dossier nucléaire avec les Occidentaux, actuel président du Majlis, potentiel candidat à l 'élection présidentielle du printemps 2013: il est donc l'une des toutes premières personnalités de la République islamique

Nous renvoyons sur ce volet à notre article:  Jean-Paul BURDY, Les chiites jafaris de Turquie: une composante d'une « politique régionale chiite » de l'AKP ?, in PARLAR DAL Emel (dir.),  La politique turque en question. Entre imperfections et adaptations, Paris, L'Harmattan, octobre 2012, 256p., p.141-156

8 Bien que toute manifestation sur la voie publique soit interdite depuis deux mois au Bahreïn, suite à deux attentats à la bombe, les cérémonies de l'achoura chiite se sont néanmoins tenues dans tout l'archipel. Plusieurs cortèges portaient des cercueils vides, à la mémoires des dizaines de morts de la répression du mouvement démocratique depuis février 2011. A l'issue du défilé principal à Manama, les processionnaires ont tenté de se diriger vers la Place de la Perle, épicentre du « Printemps de Manama » de 2011: ils en ont été violemment empêchés par les forces de sécurité. C'est la première fois depuis longtemps qu'une cérémonie confessionnelle majeure (achoura ou arbaïn) se transforme en cortège politique offensif.

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