23-7-2012-F.Hollande & le roi Hamad

Analyse du 1er août 2012


France-Bahreïn: Retour sur le tweet

d'une journaliste à l'Elysée...


Mais que faisait donc le président de la

République le 23 juillet 2012 au matin ?

(Et, question annexe: où étaient les médias français ce même jour?)



Décidément, le site www.elysee.fr, qui nous envoie aimablement depuis quelques années sa lettre hebdomadaire 1 ne nous paraît guère plus fiable sous « la présidence normale » qu'au temps de « l'hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy. Sous ce dernier, au début 2011 (effet peut-être d'un « Printemps arabe » en plein développement ?), on a ainsi vu disparaître du site tout un ensemble de photographies et de communiqués concernant les visites officielles à l'Elysée de quelques chefs d'Etat: par exemple, celle, fin 2007, du Guide Mouammar Kadhafi -pourtant un grand moment d'histoire encore présent dans toutes les mémoires -et pas uniquement celle du service du protocole; et celles du président Bachar el-Assad en juillet 2008, puis en novembre 2009, et encore en décembre 2010. Or, le 23 juillet 2012, il nous faut un tweet avec une « photo (presque) volée » d'une journaliste de l'AFP à l'Elysée, relayé par lefigaro.fr, (mais pendant plusieurs jours par aucun autre organe de presse français important), pour apprendre que le président de la République François Hollande a reçu dans la matinée le roi du Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa. Heureusement, le site de la Bahrain News Agency (BNA) est plus prolixe, en textes et en photos, que celui de l'Elysée. Retour sur cet épisode, sous divers angles de lecture...


> NB: Le Point, sous la plume d'Armin Arefi, a répercuté notre analyse ce 6/8/2012: http://www.lepoint.fr/monde/france-bahrein-quand-francois-hollande-recoit-un-dictateur-06-08-2012-1493370_24.php 



                                 1/ Le circuit de la non-information côté français


C'est donc un tweet de Nadege Puljak, journaliste politique de l'AFP accréditée à l'Elysée, qui donne l'alerte le 23 juillet à 11h du matin, avec une photographie du perron de l'Elysée sur laquelle on  reconnaît le président de la République, mais pas son visiteur, lequel prend visiblement congé de son hôte.


  Crédit tweet et photo: Nadège Puljak, AFP


L'information est relayée en début d'après-midi par une brève sur le site du Figaro 2. Et puis... rien. Rien dans les grands médias. L'information n'est guère reprise que par quelques blogs intéressés à sa diffusion. On y  relèvera donc pour l'essentiel des commentaires hostiles au président de la République et au parti socialiste: en substance, « le président normal » n'a pas le courage d'assumer ses choix; et, en recevant un dirigeant arabe contesté, il fait exactement ce qu'il reprochait encore il y peu à son prédécesseur. Ces blogs sont ceux qui, depuis plus d'un an, opposent le silence et l'inaction (indéniables) des Occidentaux sur la répression du mouvement démocratique au Bahreïn (le « Printemps de Manama », 14 février-15 mars 2011), à l'activisme discursif, et à l'interventionnisme (tout aussi indéniables, mais à géométrie variable) des mêmes Occidentaux sur (et contre) la Libye de Kadhafi tout d'abord, puis la Syrie de Bachar el-Assad. Lesquels blogs, à forte tonalité complotiste, se situent idéologiquement à l'extrême-gauche et à l'extrême-droite, mais partagent quelques arguments communs. L'expédition irakienne en 2003, la répression au Bahreïn au printemps 2011, l'expédition libyenne en 2011, "l'agression terroriste" en Syrie depuis 18 mois, en attendant les frappes annoncées contre l'Iran: cette succession d'épisodes ressort de la même volonté de Washington de reconfigurer le Moyen-Orient à sa main. Et donc, ab initio et in fine, tout s'explique par l'inusable « complot américain », et plutôt même, en général, et pour faire bonne mesure, par un « complot américano-sioniste » en partie sous-traité sur le terrain au Qatar et à l'Arabie saoudite. Côté grands médias, il faut attendre le 1er août pour que Le Monde y consacre un article, sous la signature de Benjamin Barthe, titré: « Un projet de coopération entre Manama et Paris indigne l'opposition bahreïnie » - on remarquera cependant que ce titre ne fait pas mention de la rencontre à l'Elysée 3.


Consultons donc (les 28 et 31 juillet) l'agenda officiel hebdomadaire du chef de l'Etat pour le 23 juillet 4:




Aucune mention de la visite du roi Hamad. Dans la rubrique « Photo-Vidéos » du site de l'Elysée pour ce lundi 23: quelques belles images du président recevant l'équipage de l'Hydroptère 5, mais du visiteur du matin: aucune image. Rubrique: « Déclarations-Communiqués de presse »: rien. Contrairement, d'ailleurs, à ce qu'affirme, le lendemain, le porte-parole du ministère français des Affaires étrangères, à l'issue d'une rencontre entre le ministre, Laurent Fabius, et son homologue bahreïni, le cheikh (et cousin du roi) Khaled ben Ahmed Al-Khalifa, sanctionnée par une photographie des plus ordinaires 6. Il n'y a, de même, aucune "Déclaration officielle" sur la visite sur le site du ministère, mais quelques phrases du porte-parole, dans le style habituel de la langue de bois diplomatique et de ses formules stéréotypées ("évoquer la situation (...) approfondir les relations bilatérales (...), évoquer les questions régionales", etc.). Créditons cependant le Quai de son "[encouragement aux autorités bahreïnies] à poursuivre leurs efforts pour permettre un apaisement durable des tensions que connaît le royaume":  la tonalité est bien sûr diplomatique, mais les choses ont été dites et écrites.






2/ L'information côté bahreïni: que nous dit la BNA ?



Le faible « bruit médiatique » du Bahreïn.


Prenons donc le problème par l'autre bout, c'est-à-dire du point de vue du régime du Bahreïn.  Notons, tout d'abord, et à son avantage, que celui-ci bénéficie globalement d'un manque d'intérêt évident des politiques et des médias internationaux. Le blogueur américain Justin Gengler, grand spécialiste du Bahreïn, et qui chronique attentivement les évolutions de l'archipel depuis Doha, étudie, dans son dernier texte, le « bruit médiatique » du Bahreïn depuis 2011, à travers les "requêtes Google" 7. L'instrument est imparfait, mais il permet de visualiser quelques grandes tendances. Outre la faiblesse en volume de l'information sur Bahreïn (comparée, il est vrai à celle de pays majeurs des « Printemps arabes », tels l'Egypte et la Syrie), Gengler relève donc que les "requêtes Google" n'ont été notables que pendant le « Printemps de Manama » (soit en février-mars 2011) et, très brièvement, autour de l'épreuve automobile de Formule 1 d'avril 2012 (cf.notre chronique du 21/4/2012). Seules les ONG de défense des droits de l'homme continuent à suivre avec constance la contestation politique et sa répression au Bahreïn. Sur le terrain des médias internationaux, le régime bahreïni n'est donc pas vraiment soumis à trop forte pression.



Les actions diplomatiques et de relations publiques

à Washington et à Londres


Il travaille donc, chaque fois que l'occasion s'en présente, à rétablir une image fortement ternie par la répression de 2011, et à promouvoir sa cause et sa bonne volonté réformatrice auprès de quelques Etats importants, s'appuyant pour cela sur de grands (et coûteux) consultants en communication et autres lobbyistes britanniques et américains. Nous n'évoquerons pas ici les Etats voisins du Conseil de coopération du Golfe, et en particulier le « parrain » saoudien 8, mais principalement les Etats-Unis et le Royaume-Uni. A Washington, l'ambassadrice du Bahreïn, Houda Ezra Nonoo (qui insiste toujours, dans la presse américaine, sur son statut de « femme-juive-ambassadrice-d'une monarchie-arabe-amie-de-l'Amérique ») est très active sur le front, pourtant moyennement convaincant, de la mise en oeuvre des recommandations de réforme des institutions formulées fin 2001 par la Commission Bassiouni (cf.notre chronique du 23/12/2011). Les Etats-Unis considèrent que Bahreïn, port d'attache de sa Ve Flotte, et base de Forces spéciales, est un élément important de sa stratégie de containment de l'Iran. Washington, qui continue à miser sur le prince-héritier Salman comme seul acteur crédible pour un véritable dialogue avec l'opposition, a donc accepté ces derniers mois de livrer au royaume « des armements défensifs », « à vocation exclusivement militaire ». C'est, également, la politique adoptée par Londres, ancienne puissance tutélaire qui garde une grande influence à Manama, et qui abrite une importante communauté bahreïnie, liée au régime ou dans l'opposition, cette dernière au gré des envois en exil opérés par le pouvoir 9.


L'étape parisienne du roi Hamad, vue de Manama


C'est donc entre quelques-uns de ses déplacements vers Washington et surtout vers Londres que le roi Hamad a fait escale à Paris, dans les conditions que l'on sait. La lecture des dépêches de la Bahrain News Agency (BNA, agence de presse officielle), ainsi que la collection des photographies d'actualité disponible sur son site, permettent aisément de compléter un emploi du temps parisien à trous 10.


Première évidence: il s'agissait bel et bien d'une visite officielle, la Garde républicaine en grande tenue accueillant le roi à son arrivée à l'aéroport, et dans la cour de l'Elysée.




© Captures d'ecran / Bahrain News Agency

(Cliquez sur les photos pour les agrandir)



Deuxième remarque: il existe de bonnes photographies de cette visite, prises dans la cour et sur le perron de l'Elysée, et dans la salle de réunion, le salon vert, à l'intérieur du palais.





Troisième remarque: si ni l'agenda de la ministre, ni le site du ministère français de la Culture n'en portent la moindre trace à la date du 23 juillet, le site de la BNA offre une belle photographie d'Aurélie Filippetti aux côtés de M.Mohammed Jaber al-Ansari, conseiller du roi Hamad pour les affaires culturelles et scientifiques. Ce qui permet de rappeler que la France mène au Bahreïn, à la mesure de ses (trop modestes) moyens, une action de coopération culturelle (mise en valeur du patrimoine culturel, en particulier dans le quartier historique de Muharraq, avec son « Chemin de la perle »), scientifique (par exemple en génie génétique), universitaire (plutôt du côté des business schools) et linguistique (enseignement du français dans l'enseignement secondaire).





Quatrième constat: le roi Hamad a personnellement reçu à Paris les dirigeants de BNP-Paribas Moyen-Orient. Ce qui permet de rappeler à la fois les investissements français dans l'archipel (la BNP-Paribas MO a ouvert récemment une importante ligne de crédit au profit de l'entreprise d'aluminium bahreïnie ALBA), et peut-être aussi les difficultés économiques que traverse actuellement le Bahreïn, et qui sont clairement liées à la dégradation de la situation sécuritaire. Un certain nombre d'entreprises tertiaires (dans les secteurs bancaire et financier) se sont déplacées vers des cieux plus cléments (aux Emirats, en particulier), comme d'ailleurs quelques gros capitaux locaux, inquiets pour leur avenir, semble-t-il.





Cinquième remarque: la BNA montre plusieurs photographies du président français serrant, sur le perron de l'Elysée, la main d'un jeune lieutenant bahreïni en grand uniforme, arrivé en même temps que le roi. Or, on retouve ce jeune militaire sur une série de clichés le représentant peu auparavant pendant son stage de formation commando au Centre national d'enseignement commando de Mont-Louis, dans les Pyrénées orientales. A l'issue de sa formation (Escalade, tyrolienne, combat rapproché, kayaking, explosifs...), il a reçu l'insigne des commandos, en même temps que des militaires français et britanniques 11. Ce jeune officier est l'un des fils du roi, ce qui explique la large couverture que lui a consacré la BNA, comme pour tous les moindres faits et gestes de la tribu royale.







Sixième remarque: alors que la déclaration du porte-parole du Quai d'Orsay évoque en termes très généraux le développement des relations bilatérales, mentionne la nécessaire résolution des tensions intérieures au royaume, mais insiste plutôt sur les questions régionales, et en particulier la Syrie, la dépêche principale de la BNA « balaie » très large, dans la « langue de bois » habituelle de l'agence (voir le texte ci-dessous, Annexe no 1). Et cherche visiblement à impliquer la France dans tous les domaines de coopération, y compris les questions de sécurité et les questions militaires. On subodore là la volonté, côté bahreïni, de pousser le plus loin possible le champ des « public relations and lobbying » en direction de Paris.



3/  Côté officiel français:

mener une realpolitik du « service officiel minimum »...


On l'aura compris, côté français, la présidence de la République et le ministère des Affaires étrangères ont décidé de rester les plus discrets possibles sur la visite du roi Hamad ben Issa Al-Khalifa, et sur la rencontre, pourtant on ne peut plus officielle, entre le président et le roi. Et cette occultation a été, il faut le reconnaître, tout à fait réussie, à un tweet près.

Deux interprétations sont possibles. Celle de la majorité des blogs, qui développent la thèse de « la gêne de la gauche au pouvoir » laquelle, après avoir copieusement critiqué les rencontres du président Sarkozy avec des dirigeants arabes piétinant les droits de l'homme /12, se retrouve à pratiquer en catimini les mêmes rencontres. Une autre interprétation, vers laquelle nous penchons plutôt, est celle d'un « service officiel minimum » plutôt bien mené, dans le cadre d'une politique étrangère qui essaie de ne pas oublier tous les principes de référence (en particulier en matière de droits de l'homme), tout en menant une realpolitik des intérêts nationaux français, et prenant en compte les tensions régionales dans le Golfe et au Moyen-Orient. On rappellera aux donneurs de leçons de morale, -qui ont la plume prolixe, mais souvent sélective (ou amnésique, voire hémiplégique, en ne critiquant que le bord politique opposé) que la diplomatie ne se mène pas qu'avec des amis, et qu'avec des Etats qui respectent scrupuleusement les droits de l'homme. On peut le regretter, mais faire de la politique, et plus encore mener des relations internationales, c'est se confronter au réel et aux rapports de force, si détestables soient-ils souvent. L'écart est donc inévitable entre les déclarations du candidat à l'élection présidentielle ("Présider la République, c'est ne pas inviter les dictateurs en grand appareil à Paris" - Discours au Bourget, le 22 janvier 2012) et les actes d'un président en exercice confronté à une de ses missions régaliennes fondamentales: la définition de politique étrangère de la France.

En admettant donc qu'il y ait eu, du côté de l'Elysée, cette volonté d'occultation (cela paraît évident dans le cas d'espèce), encore faut-il que les médias ne la sabordent pas par une bonne couverture de l'évènement. Et là: rien, ou presque. Un tweet, une brève sur un site... Compte tenu de l'accueil tout à fait officiel fait au roi à l'aéroport comme à l'Elysée, qui ne pouvait pas passer inaperçu, on peut légitimement s'étonner que ce soit un tweet d'une journaliste de l'AFP accréditée à l'Elysée qui signale cette « visite surprise (pour les journalistes) ». Formulons donc une autre hypothèse, même si elle paraît a priori peu vraisemblable: la presse française (qui ne porte déjà pas, en temps ordinaires, un grand intérêt pour le Bahreïn) a peut-être été priée d'en faire le moins possible autour de cette visite? Mais on ne pouvait, en même temps, pas l'occulter totalement. D'où, peut-être, ce recours au tweet -qui n'a évidemment pas le statut d'une dépêche AFP, et à cette mauvaise photo, où l'on ne reconnaît pas le roi /13 - alors que d'excellentes photos sont disponibles sans problème auprès de la BNA?... D'où, peut-être, ce silence initial des médias français autres que Le Figaro /14 ? Ces interrogations, sans réponse de notre part, devraient susciter la curiosité des spécialistes de la diplomatie française, et celle des spécialistes du fonctionnement des médias français.  Nos contacts dans la presse écrite et audiovisuelle nous disent que l'ère des instructions ministérielles à la presse est révolue depuis longtemps, et que c'est plus le manque d'intérêt pour le cas du Bahreïn qui explique ce silence médiatique du 23 juillet. Admettons.


... au risque de protestations d'ONG


Autant la presse française a été discrète, autant les médias bahreïnis (que l'on peut qualifier, en forçant à peine le trait, de médias officiels) ont repris les prolixes dépêches de la BNA. Du côté des opposants bahreïnis, à Manama ou à Londres, l'accueil du roi à Paris a donc provoqué un mécontentement certain, et qui paraît assez légitime. Et, en particulier, à cause d'une dépêche de la BNA selon laquelle les deux parties entendaient développer leur coopération bilatérale « dans les domaines politique et de défense » (« to enhance bilateral cooperation in the political, defence, educational, cultural and technological fields. ») /15. On notera que la partie française aurait, plus particulièrement, proposé ses compétences en matière de presse et médias (« that bilateral cooperation will also include the media sector due to France’s wealth of experience in this field »). On se contentera de confirmer qu'il y a effectivement de gros chantiers potentiels côté bahreïni en matière de libéralisation de la presse et des médias....

Le ministre des Affaires étrangères cheikh Khaled Ben Ahmad Al-Khalifa a affirmé : « Il y a une grande satisfaction française vis-à-vis des réformes [au Bahreïn], et un soutien à celles-ci, en particulier aux amendements constitutionnels approuvés par le pouvoir législatif dans le cadre du Dialogue national [ainsi que] la mise en oeuvre des recommandations de la Commission internationale indépendante (la BICI) /16. Les deux parties ont également été d'accord pour condamner toute forme de violence, et pour soutenir un dialogue national impliquant toutes les composantes de la société bahreïnie, à travers les institutions constitutionnelles, et sans interventions de parties extérieures. » /17 . On est là dans le discours le plus stéréotypé qui soit, tenu par le régime depuis plus d'un an, et dont les protestations de bonne volonté ont été quasi systématiquement contredites dans les faits. Les opposants bahreïnis oscillent donc entre l'inquiétude -la France s'est laissée duper par les discours de ses visiteurs, et la colère -la France est complice du régime répressif de Manama.

Et ce n'est pas l'entretien accordé par le même ministre au Monde du 26 juillet qui a pu les rassurer. Interrogé sur les crises syrienne et bahreïnie, cheikh Khaled assure que « Les deux situations sont incomparables. En Syrie vous avez une révolution, ce qui n'a pas été le cas au Bahreïn. Les événements de 2011 ne sont qu'un concours de circonstances. Les Bahreïnis n'étaient pas plus en colère qu'à leur habitude, mais les révolutions en Tunisie et en Egypte les ont inspirés et ils se sont dit "pourquoi pas nous ?". Il faut comprendre que l'activisme politique et les revendications existent dans notre pays depuis les années 1920, cela fait partie de notre identité. Les aspirations du peuple, nous voulons les voir se réaliser. Mais cela n'est possible que si elles prennent en compte les points de vue qui leur sont opposés. Si l'opposition chiite bahreïnie vise à établir une république islamique comme en Iran, c'est une menace qui rejette la minorité sunnite au lieu de l'intégrer. C'est très loin d'être fédérateur ! Bahreïn est le pays du Golfe où les chiites sont les plus libres de faire et dire ce qu'ils veulent /18. Et ce qui nous dérange, c'est que l'Iran veuille remettre en cause ce modèle libéral. Ce n'est pas parce que Bahreïn compte une forte population chiite que l'Iran a le droit d'intervenir dans nos affaires. » /19

Des différentes déclarations parisiennes du ministre bahreïni des Affaires étrangères, qui reprennent les positions assénées depuis des mois par Manama, on peut donc aisément conclure que celui-ci a lourdement cherché à impliquer la diplomatie française, en déclarant explicitement que les positions officielles du régime de Manama étaient soutenues et encouragées par Paris. Faut-il attendre un démenti du Quai d'Orsay à ce forcing manifeste? Il est peu vraisemblable. C'est sans doute pourquoi, du côté des ONG françaises, six associations de défense des droits de l’homme (HRW, FIDH, AIF, RSF, LDH, ACAT) ont rendu publique une lettre critique adressée le 26 juillet au président de la République dans laquelle elles expriment leur inquiétude après sa rencontre avec le roi Hamad le 23 juillet  /20.






Deux activistes des droits de l'homme: Abdul al-Hadi Al-Khawaja (à g.) et Nabeel Rajab (à dr.)

Source: Bahrain Centre for Human Rights, 22/5/2011


Cette publication intervient opportunément quelques jours avant que la Haute cour d’appel de Manama n'examine l’appel introduit par le défenseur des droits de l’Homme Nabeel Rajab, condamné à trois mois de prison le 9 juillet pour avoir critiqué l'action du ministère de l'Intérieur bahreïni. En des termes qui ne sont pas très éloignés sur le fond dernier de certains chapitres du rapport de la Commission d'enquête Bassiouni. On comprend donc que de nombreuses organisations de défense des droits de l’Homme considèrent que Rajab a été condamné uniquement pour avoir exercé son droit à la liberté d’expression. Un démenti, si besoin en était, aux propos officiels lourdement répétés par Cheikh Khaled à Paris...



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ANNEXE 1 : la visite du roi Hamad à l'Elysée, vue par la Bahrain News Agency (BNA)


Paris- July23 (BNA) His Majesty King Hamad bin Isa Al-Khalifa today met French President Francois Hollande at the Elysée Palace.


« HM the King congratulated President Hollande on his election, wishing him every success in leading France and its friendly people to achieve further progress and prosperity and continue the pioneering French role in advocating the causes of global peace and security.

The two leaders discussed strong historic relations bonding both friendly countries and peoples, particularly economic, trade, defence, cultural and educational cooperation as well as investments.
They underscored the crucial importance of holding exhibitions and cultural events in building bridges between countries and peoples in the world.

They also spotlighted latest regional and international developments as well as the efforts to achieve peace and maintain security and stability in the region, stressing joint resolve to step up bilateral coordination and consultation for the sake of both countries and peoples.

“We are on visit to France to congratulate President Hollande on his election and discuss key issues relating to the Gulf security and stability, stressing the French contribution in this regard”, HM the King said.

In a statement after the meeting, HM the King said that talks focused on the importance of Bahrain-French partnership in all fields, pointing out the key French role in maintaining regional security and stability.

“We stressed the necessity to continue consultation between Bahrain and France in all fields”, he said, stressing strong bilateral relations.

The two sides voiced deep concerns over the continuous bloodshed in Syria, stressing the urgency of put an end to the Syrian Crisis.

They agreed to coordinate stances regarding energy security, free naval movement in the Arabian Gulf region, in addition to combating all forms of terror and extremism.

They also agreed on the importance of promoting democracy and human rights, combating nuclear proliferation and all forms of weapons of mass destruction and maintaining peace in the Middle East.

His Majesty King Hamad invited French President Francois Hollande to pay an official visit to the Kingdom of Bahrain.

“We look forward to bolstering Bahraini-French relations on the sidelines of President Hollande’s visit to Manama soon”, HM said.

Bahrain also requested required French technical support and expertise specialized in the strategic issues bonding the GCC and Europe.

The two sides hailed the signing of a key project to expand Alba smelter using French technology.

French BNP Paribas Bank will take part in the project in a deal costing $2.5 billion.

The two leaders agreed to consolidate bilateral military cooperation, towards achieving GCC military complementarity for the sake of regional security.

A joint committee will also be set up within the framework of military cooperation agreement sealed between both Governments.

The two sides also agreed to teach the French language at all educational standards in Bahrain.

A high joint coordination committee will also be established to follow up the implementation of the memorandum of understanding towards boosting bilateral cooperation.

In this respect, HM the King reaffirmed Bahrain’s firm resolve to continue the reform momentum in all fields towards achieving all desired ambitions and goals.

He also extended thanks to President Hollande on the warm welcome during the meeting, thus reflecting solid Bahraini-French relations. »


AHN .
http://www.bna.bh/portal/en/news/518219



ANNEXE 2: Courrier de 6 ONG au président de la République le 26 juillet 2012



«  M. François HOLLANDE
Président de la République
Palais de l’Elysée
55 rue du Fg Saint Honoré
75008 Paris


Paris, le 26 juillet 2012


Objet : Préoccupations suite à la visite non annoncée du Roi Hamad bin Issa Al Khalifa du Bahreïn le 23 juillet dernier.


Monsieur le Président,


Nous vous écrivons suite à votre rencontre, ce lundi 23 juillet, avec le Roi Hamad bin Issa Al Khalifa du Bahreïn. Cette visite n’a pas été annoncée sur le site internet de l’Elysée et aucune déclaration officielle n’a été diffusée par votre cabinet à l’issue de cette réunion. Il semble par ailleurs que les médias n’aient pas davantage été informés de cette rencontre.


Nous sommes préoccupés par le caractère quasi-secret de cette rencontre et nous nous demandons si cela traduit une intention de ne pas commenter la dégradation et la gravité de la situation actuelle des droits de l’Homme au Bahreïn. Nous étions informés de la possible venue en France du roi Al Khalifa et de la réflexion menée au sein de votre cabinet sur la réponse à donner à cette demande de rencontre.


Cette visite aurait pu être l’occasion d’exprimer publiquement, ainsi que directement au Roi Al Khalifa, les préoccupations de la France à propos de la situation des droits humains au Bahreïn. Le gouvernement de Bahreïn assure pour sa part, comme vous le savez, n’avoir reçu que des éloges pour les réformes politiques qu’il prétend avoir entreprises.


Nous nous demandons si le silence autour de cette visite témoigne d’un embarras politique de votre part - gêne qui pourrait être justifiée compte tenu de la poursuite de la répression menée par la famille régnante au Bahreïn, dont les forces de sécurité ont bénéficié par le passé de formations et d’assistance de la part de la France. À cet égard, l’annonce, telle que relayée par l’Agence de presse du Bahreïn, selon laquelle la coopération militaire bilatérale serait consolidée, nous préoccupe grandement.


Les organisations signataires vous sollicitent afin qu’une déclaration soit publiée précisant la position exprimée par la France lors de la rencontre avec le Roi Al Khalifa. Nos organisations vous appellent également à indiquer clairement que la France déplore l’échec du Bahreïn dans la mise en œuvre de recommandations les plus importantes de la Commission d’enquête indépendante du Bahreïn, à savoir la libération des personnes emprisonnées pour l’unique exercice de leurs droits à la liberté d’expression et de rassemblement pacifique, et la traduction en justice des hauts responsables impliqués dans des cas de torture et autres graves violations des droits humains.


Nous espérons que ce message sera pris en considération,


Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre très haute considération. »


Jean-Marie Fardeau, Directeur France, Human Rights Watch

Souhayr Belhassen, Présidente, FIDH - Fédération Internationale des Ligues des Droits de l’Homme

Geneviève Garrigos, Présidente, Amnesty International France

Olivier Basille, Directeur Général, Reporters sans frontières

Pierre Tartakowsky, Président, Ligue des droits de l’Homme

François Walter, Président, ACAT - Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture


http://www.ldh-france.org/section/loudeac/files/2012/08/Lettre-ONG-suite-rencontre-Hollande-avec-Roi-Bahre%C3%AFn-.pdf




NOTES DU TEXTE


1  « ÉLYSÉE.FR-L'Action du Président cette semaine <informations@lettre.elysee.fr> ». En réalité, la périodicité est quelque peu aléatoire.

7  Justin Gengler, blog: http://bahrainipolitics.blogspot.fr/ , chronique du 1/8/2012.

8   Nous reviendrons dans une chronique ultérieure sur la proposition émanant de certains acteurs officiels à Riyad comme à Manama d'une fusion entre l'Arabie et le Bahreïn -le projet est pour le moment figé.


9   On notera que les « gaz lacrymogènes » ne font pas partie de la liste des matériels militaires: ils sont exportés en grande quantité vers Manama par des firmes américaines et britanniques. Massivement utilisés par les forces de police, y compris dans des ruelles étroites et dans des espaces clos (intérieurs de maisons et d'appartements), ils sont responsables de dizaines de morts depuis l'automne 2011, situation et pratiques dénoncées par plusieurs rapports internationaux d'ONG. L'ONG "Physicians for Human Rights-PHR" a édité le 1/8/2012 un rapport sur l'usage des gaz au Bahreïn: Weaponizing Tear Gas: Bahrain’s Unprecedented Use of Toxic Chemical Agents Against Civilians

11  Les photos de l'insigne ne sont pas suffisamment précises pour que nous puissions déterminer le niveau de formation commando acquis par ce stagiaire bahreïni, dont BNA fait grand cas .

12  Ce qu'avait honnêtement dit à haute voix Rama Yade, éphémère secrétaire d'Etat aux droits de l'homme auprès du ministre des Affaires étrangères Bernard Kouchner, à l'arrivée du colonel Kadhafi à Paris.

13   On sait que le président de la République dispose désormais, à l'Elysée, d'un photographe personnel permanent.

14   Le Figaro avait peut-être ses propres motifs à répercuter le tweet -mais nous entrons là dans des considérations sur le repositionnement politique du Figaro depuis le départ d'Etienne Mougeotte, qui sortent de notre propos...

15  Foreign Minister meets French counterpart http://www.bna.bh/portal/en/news/518310

16 Sur la BICI, voir nos chroniques des 23/12/2011 et 25/1/2012

17   http://www.bna.bh/portal/en/news/518220 Trad.personnelle: « There is a great French satisfaction and support to these reforms, especially the constitutional amendments approved by the legislative power in light on the National Consensus Dialogue visions,” he stated, adding that there was an agreement to follow up on the latest developments regarding implementation of Bahrain Independent Commission of Inquiry (BICI)’s recommendations. Both sides also underlined the importance to ostracize all forms of violence and conduct a national dialogue among all components of the Bahraini society, through constitutional institutions and without any intervention of foreign parties. »

18  Sans développer plus avant, on signalera que les chiites du Koweït (30% de la population) sont sans doute plus libres et mieux intégrés que ceux du Bahreïn.

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