14-2-2012-Bahreïn-1er-anniversaire


Bahreïn-Iran, 14 février 2012

Jours tranquilles à Manama et à Téhéran...

 Ce mardi 14 février 2012 marque un double “premier anniversaire” dans deux pays peu éloignés l'un de l'autre, qui ont une longue histoire aussi partagée que conflictuelle, et qui prétendent tous deux à la "normalité de la situation": le Bahreïn et l'Iran. L'occasion de rendre hommage à Henry Miller, même si l'on est loin de Clichy ...

A Manama, le premier anniversaire du début de l'occupation de la place de la Perle se déroule comme il était prévisible depuis des semaines. Les autorités ont refusé de délivrer des visas de presse aux nombreux correspondants de médias internationaux qui voulaient se rendre dans le royaume, et ont refoulé quelques activistes des droits de l'homme arrivant à l'aéroport. Brandissant sur internet et sur leurs banderoles le symbole du monument de la Perle détruit le 18 mars, les oppositions à la monarchie autoritaire, à la fois affaiblies et radicalisées, parlent de revenir sur la place, voire de la réoccuper. Pari impossible, compte tenu du quadrillage sécuritaire de l'archipel, et du verrouillage de tous les accès au centre de Manama. Les nombreuses manifestations se dérouleront donc, comme à l'habitude quotidienne, autour des quartiers et villages chiites, seront noyées dans des nuages de gaz lacrymogènes, et les tirs de grenades assourdissantes et de balles en caoutchouc provoqueront leur lot habituel de blessés, et peut-être de morts. Les sunnites, soutiens du régime, tout aussi radicalisés que les chiites, défileront de leur côté, à partir de leurs fiefs en ville ou des lotissements de la banlieue sud, autour des palais des al-Khalifa, tout en brandissant les portraits du premier ministre et du monarque saoudien. Interviewé par Der Spiegel, le roi Hamad déclare: “Il n'y a pas d'opposition à Bahreïn (...). Une telle expression n'est pas dans notre constitution. Nous avons seulement des gens avec des vues différentes, et c'est bien comme ça.”. Et d'ajouter dans al-Wasat: “Puisque certaines parties en Iran veulent porter atteinte à la sécurité et à la stabilité de Bahreïn, (...), les armées saoudienne et émiratie déployées à Bahreïn protègent les installations essentielles et assurent la stabilité du pays." Tout est dit...

A Téhéran, juste après les grandes cérémonies de commémoration du 33e anniversaire de la République islamique, et tout en bloquant l'accès de nombreux Iraniens à internet et à leurs mails, les autorités iraniennes ont averti qu'elles réprimeraient toute manifestation organisée pour le premier anniversaire de l'assignation à résidence des dirigeants du Mouvement Vert, Mirhossein Moussavi et Mehdi Karoubi, figures dans l'été 2009 de la contestation du trucage des élections ayant permis la réélection du président Mahmoud Ahmadinejad. Le 14 février 2011, trois jours après que le régime a organisé des manifestations officielles de soutien aux « la lutte des peuples arabes pour l'instauration de régimes islamiques, anti-américains et anti-sionistes », les opposants Vert avaient manifesté leur soutien aux « peuples arabes en lutte pour la démocratie ». Derrière la nervosité du pouvoir ce 14 février, il y a d'autres enjeux. Une lutte de clans féroce déchire le sommet du pouvoir conservateur, entre partisans du Guide suprême Ali Khameneï, tentés de se débarrasser d'un président de la République encombrant qui manoeuvre pour terminer son mandat (en 2013), placer ses hommes -surtout des Pasdarans- dans tous les rouages de l'appareil d'Etat, et préparer les législatives du 2 mars. Il s'agira du premier scrutin national depuis 2009: il pourrait permettre de mesurer le degré de popularité respectif des partisans d'Ahmadinejad et de ceux du Guide. Comme ils l'avaient déjà fait lors de certains scrutins précédents (aux municipales de 2003, aux législatives de 2004, aux présidentielles de 2005), mais pas lors des présidentielles de 2009 (le taux de participation avait alors été de plus de 85%), les « réformateurs » ont annoncé qu'ils boycotteraient le scrutin, leurs revendications en faveur d'élections "libres et justes" ayant été ignorées. Le dilemme des opposants: « boycott ou participation aux élections faussées? » étant donc un trait d'union entre Manama et Téhéran...


Nos analyses à l'occasion du premier anniversaire
de l'occupation de la place de la Perle



1/ Analyse dans la page "Rebonds" de Libération, le 14/2/2/2012

http://www.liberation.fr/monde/01012389755-un-an-apres-ou-en-est-bahrein


2/ Entretien dans LePoint.fr., le 14/2/2/2012, avec Armin AREFI


3/ Entretiens avec RFI, Radio France Internationale

*  le 14 février 2012, avec Véronique GAYMARD:

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120214-an-apres-bahrein-sous-tension-revolution-oubliee-continue

* le 30 janvier 2012, avec Achim LIPPOLD:

http://www.rfi.fr/moyen-orient/20120129-bahrein-greve-faim-detenus-contre-repression-manifestations


4/ Analyse sur le site Atlantico.fr, le 15 février 2012

http://www.atlantico.fr/decryptage/bahrein-revolution-perle-arabe-golfe-persique-14-fevrier-2011-jean-paul-burdy-282770.html


5/ Dossier sur le site Les clés du Moyen-Orient, le 25 janvier 2012:

http://www.lesclesdumoyenorient.com/Un-an-apres-le-14-fevrier-2011.html



> Pour mémoire, visibles en ligne pour une première approche des évènements de 2011-2012 , deux documentaires d'al-Jazeera (English) qui se complètent :

1/ Diffusé le 4/8/2011: "Bahrain: Shouting in the Dark", qui avait provoqué une forte tension diplomatique entre Manama et Doha:

http://www.aljazeera.com/programmes/2011/08/201184144547798162.html

2/ Diffusé le 16/2/2012: "Bahrain: the Audacity of Hope":

http://www.aljazeera.com/programmes/listeningpost/2012/02/2012217112626131152.html



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