12-7-2017-Fourmont-Moyen-Orient-19

Bilan géostratégique 2013, Moyen-Orient no 19, juillet-septembre 2013


Editorial de Guillaume Fourmont, rédacteur en chef
et enseignant au master "Méditerranée-Moyen-Orient-MMO" de l'IEP de Grenoble


En l’espace de quinze jours, en juin 2013, deux événements majeurs ont eu autant de portée médiatique que les révolutions arabes de 2011 : d’une part, un soulèvement citoyen contre la machine économique turque et les excès autoritaires et religieux du Premier ministre Recep Tayep Erdogan et de son mouvement, le Parti de la justice et du développement (AKP) ; d’autre part, l’élection du réformateur Hassan Rohani à la Présidence iranienne, alors que la communauté internationale s’attendait à l’arrivée d’un pantin soumis à la volonté de l’ayatollah Ali Khamenei. Décidément, le Moyen-Orient réserve bien des surprises.

Ces « réveils » en Turquie et en Iran appellent à l’optimisme. Ils incarnent la force de sociétés civiles refusant d’être déconnectées du monde. Toutefois, ces faits ont eu lieu dans deux pays bien différents et qui se distinguent des nations arabes. Il serait erroné de voir, à Istanbul comme à Téhéran, une similitude avec ce qu’il s’est passé à Sidi Bouzid et sur la place Tahrir du Caire. Car en Tunisie comme en Égypte, les défis sont énormes : il faut redéfinir le rôle même de l’État afin de trouver le chemin d’une bonne gouvernance, d’une démocratie, ce qui ne se fera pas sans une relance de l’économie. Si les islamistes ont su occuper la scène politique, grâce à une forte capacité mobilisatrice, cela ne les rend pas nécessairement « bons » ou « mauvais » ; ils seront jugés sur leurs capacité à sortir de la crise des pays embourbés dans le marasme économique en leur évitant, surtout, de sombrer dans l’anarchie. La situation en Égypte l’a montré, avec le départ du président Mohamed Morsi, destitué par l’armée, sous pression de la rue, le 3 juillet 2013. Enfin, contrairement à ce que les meilleurs connaisseurs du monde arabe pensaient, la région s’enfonce peu à peu dans un conflit avec la religion (à propos de sa place dans la société) et entre les confessions (notamment entre sunnites et chiites).

Plus de deux ans après le début du « printemps arabe », le Moyen-Orient se trouve ainsi bien isolé, seul face à des crises politiques sans précédent. Et il ne faudra pas sous-estimer l’onde de choc syrienne : la guerre civile est appelée à durer, malgré la reconnaissance par la France et les États-Unis, en juin 2013, de l’usage d’armes chimiques par l’armée de Bachar al-Assad. En 1939, après avoir refusé d’intervenir durant trois longues années en Espagne, les Occidentaux avaient accepté comme un moindre mal la dictature de Francisco Franco. Si la comparaison est osée, un livre mérite d’être lu pour bien comprendre ce que vit chaque jour le peuple syrien et les conséquences du conflit pour la région : Hommage à la Catalogne (1938), de George Orwell. Ou l’histoire d’un jeune combattant pétri d’idéaux de libertés, victime des enjeux géopolitiques internationaux.


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