- Chroniques : actualité & histoire

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Billet du 11 mai 2016.   Vient de paraître

Le grand retour de l'Iran en 2015


La dernière livraison de Politique internationale consacre plusieurs articles au Moyen-Orient (Sykes-Picot, Yémen, Daech, Iran), ainsi qu'à la diplomatie de la Russie, dont on a pu mesurer en Syrie en 2015 l'engagement militaire et diplomatique croissant. Nous développons dans ce numéro l'analyse de la place de plus en plus affirmée de l'Iran dans les enjeux régionaux moyen-orientaux.

> JP.Burdy,  « Le grand retour de l'Iran»,  Politique internationale no 151, printemps 2016, 382p., p.233-250.



Billet du
26 avril 2016.   Vient de paraître

Cartographier l'Iran en 2015-2016

La Documentation française vient de mettre en ligne les cartes de la livraison de Questions internationales no 77, janvier-février 2016, consacrée à « Iran, le retour ». Dont notre carte géopolitique sur « L'Iran dans les tensions de son environnement régional fin 2015 » :http://www.ladocumentationfrancaise.fr/cartes/conflits/c001781-l-iran-dans-les-tensions-de-son-environnement-fin-2015

Par ailleurs, le site Géo-Confluences de l'ENS de Lyon consacre ce 26/4/2016 une page aux cartes et articles récents sur l'Iran :http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/veille/l2019iran-cartes-et-articles-recents


Billet du 15 avril 2016.   Vient de paraître


  L'Etat islamique en 2016 :

territorialisation contenue, essaimage globalisé



En juin 2014, l'Etat islamique (EI, Daech) s'empare sans combat de Mossoul, et y proclame un califat irako-syrien : une irruption médiatisée qui bouscule les lignes. Pour la coalition occidentale qui se forme alors contre Daech, le départ de Bachar Al-Assad n'est désormais plus prioritaire. Deux ans plus tard, alors que la stratégie des Occidentaux reste peu lisible, et que la Russie est intervenue directement en Syrie, l'emprise territoriale de l'EI a régressé - la reprise de Palmyre par le régime de Damas en mars 2016 ressortant cependant plus de l'argument propagandiste que d'une bataille décisive. Mais cette attrition de l'EI est contrebalancée par un essaimage djihadiste, sous la forme d'une séquence terroriste globalisée, des capitales européennes à l'Afrique sub-sahélienne, de la Turquie au Pakistan...


> JP.Burdy,  « L'Etat islamique en 2016 : une territorialisation contenue, un essaimage globalisé», in Géopolitique du terrorisme , Les Grands dossiers de Diplomatie no 32, avril-mai 2016, 98p., p.26-30.




Billet du 25 mars 2016.   Vient de paraître

  La Russie au Moyen-Orient:

quelles logiques régionales & internationales?



Le 18 décembre 2015, pour la première fois depuis 2011, une résolution pour un processus de paix en Syrie est adoptée à l'unanimité du Conseil de sécurité. C'est l'une des premières conséquences de l'intervention militaire directe de Moscou en Syrie, le 30 septembre ; et une nouvelle illustration du retour de la Russie sur la scène internationale. Aux premiers jours de l'intervention, les bulletins météo télévisés de Moscou se sont réjouis, cartes à l'appui, du « beau temps sur la Syrie ». Pourtant, cet engagement militaire ne paraît guère susceptible de modifier radicalement la donne sur le terrain, en particulier dans la lutte contre l'Etat islamique. Et, dans une région où les précédents sont nombreux, de l'Afghanistan à l'Irak et au Yémen, les risques d'un enlisement russe sont loin d'être négligeables. Quand à l'annonce russo-américaine du 26 février sur la suspension des hostilités, suivie de l'annonce-surprise du retrait de l'armée russe de Syrie par V.Poutine le 14 mars, seul le recul permettra d'apprécier leurs logiques affichées ou cachées. Par ailleurs, la livraison no 30, avril-juin 2016 de la revue "Moyen-Orient" est consacrée à "La Russie au Moyen-Orient".

> JP.Burdy,  « “Beau temps sur la Syrie” ? L'intervention de la Russie, au risque de l'enlisement », in Que fait la Russie au Moyen-Orient? , Diplomatie no 79, mars-avril 2016, 98p., p.50-54


Billet du 15 janvier 2016.   Vient de paraître


La realpolitik, une constante de

la politique régionale iranienne



L'accord sur le nucléaire du 14 juillet 2015 a certes ouvert la possibilité d’une reprise des relations entre l'Iran et les Etats-Unis, et la levée progressive des sanctions internationales à partir du début 2016. Dans un Moyen-Orient déjà nucléarisé, il bloque la prolifération pendant une décennie, Mais la question nucléaire ne détermine ni les relations bilatérales de l'Iran avec ses voisins (Russie, Turquie, Pakistan), ni les conflits irakien et syrien (dans lesquels la République islamique est désormais lourdement impliquée), et elle est peu susceptible de remettre en cause la guerre froide régionale qui oppose l'Iran et l'Arabie saoudite, illustrée par la crise diplomatique du début janvier 2016.

> JP.Burdy,  « La realpolitik, une constante de la politique régionale iranienne », in Iran, le retour, Questions internationales no 77, janvier-février 2016, 128p., p.44-52



Analyse du 9 janvier 2016 par Jean Marcou

Gros temps sur les relations turco-iraniennes



Recep Tayyip Erdoğan et le roi Salmane à Riyad le 30 décembre 2015

La crise entre l’Iran et l’Arabie Saoudite est-elle en train d’avoir des répercussions sérieuses sur les relations turco-iraniennes ? Le 7 janvier 2016, l’ambassadeur de la République islamique n’a certes pas été "convoqué", mais simplement "convié" à une réunion au ministère turc des affaires étrangères. Toutefois, à cette occasion, la Turquie n’en a pas moins demandé instamment à l’Iran de faire cesser les allégations de certains de ses médias officiels, établissant un lien direct entre la récente visite (le 30 décembre) de Recep Tayyip Erdoğan à Riyad et l’exécution du dissident chiite saoudien, Nimr Baqr al-Nimr (le 2 janvier)...

 Lire l'analyse de Jean Marcou ...



Analyse du 31 décembre 2015 par Jean Marcou

Le bilan 2015 de la politique étrangère

de la Turquie

     Aviation russe déployée sur l'aérodrome de Lattaquié-Hmeimin, Syrie, 30/9/2015

En 2015, le voisinage des crises syrienne et irakienne a handicapé plus fortement encore qu'en 2014 la diplomatie turque, contribuant directement à la détérioration de ses relations avec la Russie notamment, sans pour autant permettre le rétablissement de rapports confiants avec ses alliés occidentaux. (…) Plus encore qu’en 2014, l’instabilité du voisinage de la Turquie a contribué à raviver la question kurde, en favorisant la renaissance d’une situation de guérilla permanente et l’apparition de zones d’instabilité dangereuses, dans le sud-est du pays.

Lire l'analyse de Jean Marcou...



Billet du 1er octobre 2015.   Vient de paraître


Manama, capitale de Bahreïn

Une métropole du Golfe

polycentrée et confessionnalisée




Cité-État post-pétrolière de la rive arabe du golfe Persique, Manama est la capitale du royaume de Bahreïn. L’histoire et la morphologie urbaines rendent compte des cycles économiques successifs (la perle, le pétrole, la finance) qui ont produit une ville aux configurations sociales complexes. « Ville globale », la conurbation de Manama, à la fois continue et polycentrique, présente des traits communs à toutes les métropoles de la région. Mais l’histoire politique et confessionnelle de l'archipel - une dynastie sunnite s'imposant à une population majoritairement chiite, y a inscrit des dimensions spécifiques, et des tensions anciennes exacerbées par la répression du « printemps de la place de la Perle » en 2011. Autrefois principal hub commercial, financier et aéroportuaire du Golfe, Manama est désormais supplantée par d’autres métropoles, Dubaï, Abou Dhabi ou Doha.

> JP.Burdy, «Manama, capitale de Bahreïn. Une métropole du Golfe polycentrée et confessionnalisée» , Moyen-Orient no 28, octobre-décembre 2015, 98p., p.84-91

Voir une carte urbaine et confessionnelle publiée avec cet article...




Billet du 1er août 2015 – Vient de paraître


Guerre froide au Moyen-Orient.

« Existe-t-il un croissant chiite ? »



Publiée par Estudios de Politica Exterior (Madrid) et l'Instituto Europeo del Mediterraneo (IEMed, Barcelone), la revue trimestrielle Afkar / Idées, no 46, été 2015, consacre son dossier central à la « nouvelle guerre froide » opposant l'Arabie saoudite et la République islamique d'Iran sur presque tous les terrains du guerre de la région : Irak, Syrie, Yémen, en particulier. Une série de questions (La République islamique d'Iran cherche-t-elle à renforcer un « croissant chiite » allant de Téhéran au Liban en passant par l'Irak et la Syrie? Si la réponse est positive, quels seraient les objectifs à long terme de la construction de ce « croissant chiite » ? 2- La défense des intérêts de puissance de l'Iran dans la région passe-t-elle par des relations privilégiées avec les acteurs chiites ? 3- Les communautés chiites du Golfe se sentent-elles plus attachées à l'Iran chiite ou à leur pays d'appartenance ? Peut-on dire que l'Iran essaie de les instrumentaliser ? 4- Avec la montée en puissance de Daech en Syrie et en Irak, la cohabitation entre chiites et sunnites dans la région MENA peut-elle être affectée ?) nous donc ont été posées sur ce thème, ainsi qu'à Ali Mamouri, chercheur et journaliste ?


> JP.Burdy, « Existe-t-il un croissant chiite ? », in « Guerre froide au Moyen-Orient », Afkar / Idées, Revue trimestrielle pour le dialogue entre le Maghreb, l'Espagne et l'Europe, no 46, été 2015, p.24-31




Billet du 15 juillet 2015.   Vient de paraître:




Extrait de l'éditorial de Guillaume Fourmont:

« L’Arabie saoudite et l’Iran ont gagné. À force de répéter que le Moyen-Orient est divisé selon des critères religieux, surtout entre sunnites (hanbalites wahhabites) et chiites (duodécimains), la prophétie s’est réalisée. Alors que cela est historiquement, géographiquement et démographiquement faux, les deux puissances ont réussi à imposer cette grille de lecture à toute question du monde arabo-islamique, laissant les intérêts géopolitiques régionaux guider toute initiative, faisant oublier des populations en quête de pain et de démocratie. Ce pour quoi finalement elles s’étaient soulevées en 2011. (...) Entre-temps, un monstre est né de cette guerre froide saoudo-iranienne : l’organisation de l’État islamique ou Daech, en arabe, dont les racines étaient pourtant bien visibles depuis le déclenchement de la guerre en Irak en 2003. Considéré aux yeux du monde comme un mouvement terroriste, cet « État », autoproclamé « califat » en juin 2014, n’est plus seulement cela. (…) Daech a réussi un tour de force en un temps record : devenir un acteur légitime en rendant la guerre « attractive et séduisante », sur une base idéologique religieuse (ou supposée) étrangère aux pays où ses combattants l’imposent. »

> "Bilan géostratégique 2015" Moyen-Orient  no 27, juillet-septembre 2015, avec des fiches-pays de Jean Marcou (Turquie) et de Jean-Paul Burdy (Bahreïn et Oman)



Billet du 1er juin 2015. Vient de paraître


OMAN : « Une diplomatie de petit État » :

quatre décennies de politique étrangère




La diplomatie du sultanat d'Oman est méconnue, au-delà de quelques dépêches qui retiennent brièvement l'attention : ainsi en 2013, l'accueil à Mascate de rencontres secrètes américano-iraniennes ; ou, à l'été 2015, le rôle du sultanat dans la libération d'une otage française au Yémen, et la présence simultanée à Mascate de représentants des deux principales parties au conflit yéménite.


Construite dans les tensions régionales de la Guerre froide, la politique étrangère omanaise mérite pourtant attention. Quand, en 1970, Qabous bin Saïd renverse son père et devient sultan d'Oman, son pays est inconnu et isolé : protectorat britannique, il n'a aucune ambassade à l'étranger, et les seuls consulats à Mascate sont ceux de l'Inde et du Royaume-Uni. Pourtant, entre Golfe persique et océan Indien, il partage avec l'Iran le contrôle du détroit d'Ormuz : une situation dont la valeur stratégique est allée croissant.


Pragmatique, le sultan va fonder une politique étrangère sur des considérations de long terme : sécuriser le territoire par une reconnaissance diplomatique garantie par Londres et Washington ; refuser les conflits idéologiques ou confessionnels qui divisent la région ; maximiser par le bon voisinage et la coopération les avantages d'un « petit Etat » occupant une position stratégique. En 2015, à l'heure des incertitudes sur la succession du sultan, notre article revient sur l'historique et les perspectives de cette « diplomatie de petit Etat »...


> JP.Burdy, "« Une diplomatie de petit Etat » : quatre décennies de diplomatie omanaise ", Diplomatie no 74, mai-juin 2015, p.13-19



Analyse du 31 mars 2015 par JP.Burdy et Jean Marcou

La Turquie et le Yémen (Volet 2)

Une tentative de réintégration diplomatique

d'Ankara au Moyen-Orient sunnite ?



2 mars 2015, Riyad: le président Erdoğan et le roi Salmane d'Arabie

Les déclarations récentes du président Erdoğan annonçant l'engagement de la Turquie dans la coalition anti-houthie menée par l'Arabie saoudite du roi Salmane posent questions. Au-delà d'un "néo-ottomanisme" qui se réfèrerait à l'histoire du Yémen au temps des Ottomans (cf. le Volet 1, ci-dessous), il faut plutôt lire une volonté turque de participer à un « bloc sunnite » (mais arabe) enfin (?) unifié, mais au prix cependant d'une stigmatisation du chiisme, et d'une confessionnalisation toujours accrue des conflits régionaux. Ou encore la recherche d'une réconciliation avec l'Egypte du maréchal al-Sissi, mais qui passerait alors par une relance des tensions bilatérales avec la République islamique d'Iran, accusée « d'hégémonisme régional ». Le tout, en Turquie même, dans un contexte d'ambiguïtés institutionnelles et politiques entre le nouveau président et son gouvernement, dans une République qui n'est pas présidentielle. Les choix annoncés de R.T.Erdoğan laissent donc perplexe sur les évolutions en cours de la diplomatie d’Ankara au Moyen-Orient, principalement en direction de Riyad, du Caire et de Téhéran, mais aussi sur les transformations annoncées du régime politique turc.


Lire l'analyse développée...


Analyse du 30 mars 2015 par JP.Burdy et Jean Marcou

La Turquie et le Yémen (Volet 1)

Une histoire aussi ancienne que conflictuelle

avec les « rebelles zaïdites »...


1911: Officiers ottomans et "gendarmes yéménites"


A l'automne dernier, au plus fort de la bataille de Kobanê, la Turquie a refusé de participer aux frappes de la coalition menée par les Etats-Unis contre l'Etat islamique. Ce week-end, Ankara s'est félicité de la prise de la ville d'Idlib, au nord-ouest de la Syrie, par les opposants au régime de Bachar menés par Jabhat al-Nosra, la branche syrienne d'Al-Qaeda. Au même moment, la Turquie annonce bruyamment sa participation à la coalition « Tempête de fermeté » menée par l'Arabie saoudite contre les rebelles zaïdites (chiites) houthis qui, après s'être emparé de Sanaa, s'approchaient d'Aden. Familier des déclarations péremptoires depuis toujours, mais plus encore depuis son élection à la présidence de la République, Regep Tayyip Erdoğan a donc prononcé quelques phrases martiales pour annoncer et la participation de la Turquie à l'opération saoudienne contre les houthis, et l'envoi de conseillers militaires à Doha. En ajoutant une vigoureuse dénonciation de la « tentation hégémonique régionale » de l'Iran chiite, au risque évident de dégrader les relations bilatérales Ankara-Téhéran. Ces déclarations et ces choix amènent à revenir sur les tenants et les aboutissants de la politique yéménite d'Ankara. Un retour à l'histoire n'est pas sans intérêt (Volet 1), avant d'interroger de possibles évolutions de la diplomatie turque au Moyen-Orient, principalement en direction de Riyad, du Caire et de Téhéran (Volet 2).


Lire le volet historique développé....


Billet du 21 mars 2015

Le Yémen & la « yéménologie »,

entre guerres locales & djihad globalisé


La mosquée Badr de Sanaa le 20 mars 2015 ©AFP


Si l'on cherchait, parmi les nombreux conflits ouverts au Moyen-Orient, celui qui est susceptible de dérouter même le spécialiste le plus aguerri, le Yémen emporterait sans doute la palme. Depuis que les miliciens chiites houthis du nord se sont emparés de la capitale Sanaa à l'automne 2014, et continuent de progresser vers le sud (ils viennent de prendre le contrôle de la grande ville de Taëz), en direction d'Aden (où se sont réfugiés, en février, dans une situation sécuritaire précaire, le président Abd Rabo Mansour Hadi, et les ambassadeurs des pays du Golfe), le pays plonge dans une guerre civile qui fait ressurgir de vieilles lignes de fracture présentées en général de manière binaire: le Nord et le Sud, l'imamat et la république, Sanaa et Aden, les chiites et les sunnites, les tribus du nord-ouest et les confédérations tribales du centre, etc. Avec des acteurs géopolitiques régionaux anciens (l'Arabie saoudite & wahhabite voisine, qui entretient le chaos anti-chiite, donc anti-iranien) ou plus récents (l'Iran, à l'offensive par opportunité contre Riyad). Avec des concurrences nouvelles lourdes de menaces: par les sanglants attentats-suicides de vendredi contre deux mosquées de Sanaa fréquentées pour l'essentiel par des chiites (près de 150 morts), les djihadistes sunnites de l'Etat islamique ont marqué un grand coup dans l'affirmation de leur supériorité stratégique sur leurs rivaux, les djihadistes sunnites « historiques » d'Al-Qaeda dans la Péninsule arabique (AQPA). 


Le "printemps de Sanaa" avait chassé, début 2012, au bout d'un an de mobilisation de rue relativement pacifique, l'inamovible président Ali Abdallah Saleh. Mais depuis trois ans, au-delà des schémas binaires rappelés ci-dessus (et qui sont loin d'être totalement obsolètes), les alliances "contre nature", et plus encore les innombrables et improbables retournements d'alliances, défient souvent et le sens commun, et les observateurs avertis.  Olivier da Lage, rédacteur en chef à RFI et grand spécialiste de la région, rappelle donc, dans son dernier post de blog que l'imbroglio yéménite est encore plus compliqué qu'on ne croit, et que cela ne date pas d'hier...


Lire le « Petit précis de yéménologie » d'Olivier da Lage...




Analyse du 16 mars 2015

Sunnites, chiites, wahhabites, salafistes djihadistes...


Le Moyen-Orient est-il entré


dans une «Guerre de Trente ans» ?




L'idée est de plus en plus fréquemment exprimée que le Moyen-Orient est entré dans une guerre de Trente ans, en référence donc à la « guerre civile européenne » qui, de manière discontinue, a ravagé le continent de 1618 à 1648. Deux causes principales intriquées ont fondé ce très long conflit. L'une, chronologiquement première, était confessionnelle: la révolte des protestants tchèques de Prague contre le joug des Habsbourg catholiques d'Autriche s'est développée en conflit généralisé entre protestants et catholiques en Europe centrale. L'autre était géopolitique : le jeu des Puissances régionales autour d'un conflit principalement confessionnel. Tous les Etats européens ont été impliqués en soutien à l'un ou l'autre camp, avec des stratégies propres parfois surprenantes : par hostilité à la dynastie des Habsbourg, la France catholique, qui avait déjà noué une alliance de revers avec le sultan ottoman musulman, a ainsi soutenu pendant la guerre de Trente ans les Etats protestants anti-habsbourgeois.


Lire le texte présenté au colloque Syrie à Lyon le 16 mars...



Billet du 1er mars 2015


Yachar Kemal (1923-28 février 2015)


romancier & militant, turc & kurde




« Une plume de terre et de violence » titre Marc Semo dans Libération ce 1er mars après le décès hier, à 92 ans, de Yachar Kemal... Journaliste et romancier de réputation internationale, infatigable militant politique de gauche, Kemal Sadik Gökçeli (Kemal Sağdık Göğceli) est né en 1923 à Osmaniye, un village de Turkmènes de Cilicie (sud-est méditerranéen, dans les monts Taurus), dans une famille pauvre d'origine kurde. Enfant, il est marqué par les récits et épopées des bardes ambulants d'Anatolie (les aşık -achoug ou achouq, littéralement les « amoureux », qui hantent aussi le Caucase azéri). Sorti de l’école primaire kémaliste, il est successivement ouvrier agricole, ouvrier d’usine, employé du gaz, écrivain public dans la ville d’Adana. Il y rencontre des spartakistes turcs ayant fui l'Allemagne nazie, et assignés là à résidence. Il découvre la littérature mondiale à travers les traductions des grandes oeuvres de la littérature occidentale, surtout les auteurs "réalistes" (Dostoïevski, Flaubert, Zola, Gorki...).


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Analyse du 19 février 2015 par Jean Marcou


Le meurtre d’Özgecan Aslan 

plonge la Turquie dans un deuil protestataire


Özgecan Aslan (22/10/1995-11/2/2015)


Le meurtre d'Özgecan Aslan, 19 ans, violée, assassinée et brûlée par trois hommes à Mersin, a provoqué depuis le 13 février une vague d'indignation sans précédent en Turquie. Des dizaines de milliers de personnes, hommes et femmes, ont défilé dans tout le pays pour dénoncer le meurtre d'Özgecan et les violences faites aux femmes, qui vont statistiquement se multipliant ces dernières années. Le 14 février, au contraire de toutes les traditions islamiques et malgré les protestations des imams, le cercueil d'Özgecan a été porté en terre par des femmes. Samedi 21 février, des hommes en jupes ont défilé sur l'avenue Istiklal à Istanbul pour « soutenir toutes les femmes  Mis en cause, le gouvernement islamo-conservateur de l'AKP a promis de punir sévèrement les auteurs des faits. Mais l'opposition et les mouvements féministes reprochent au président Recep Tayyip Erdoğan, à nombre de ses ministres (femmes incluses) et à son parti, au pouvoir depuis 2002, d'entretenir, sinon d'encourager, les violences contre les femmes par leurs déclarations réactionnaires répétées sur « la place des femmes », « le rire des femmes », la maternité, la mixité, etc., multipliant les stéréotypes patriarcaux et religieux discriminant les femmes. JPB


Lire l'analyse de Jean Marcou au 19 février...



Billet du 12 février 2015


Moyen-Orient : RSF,

ou l'état calamiteux de la liberté de la presse



Reporters sans Frontières (RSF) a publié ce matin son « Classement mondial de la liberté de la presse 2015 » et une carte interactive (http://index.rsf.org/#!/ ) qui rendent compte d'une dégradation globale de la situation par rapport à l'année précédente, dont l'ONG hiérarchise les principaux facteurs. Saisissant un état des lieux à un moment t, le rapport de RSF peut, comme tout classement, être critiqué dans ses critères et ses méthodologies. Mais sa régularité permet de mesurer des évolutions pluriannuelles. Sur les 180 Etats répertoriés, les pays du Moyen-Orient, en y englobant la Turquie, l'Iran, et quelques régions voisines (Caucase, Asie centrale, Corne de l'Afrique) se situent très largement en queue de liste (en noir & rouge sombre sur la carte), les ondes de choc des « printemps arabes » et du conflit syrien ayant presque partout aggravé la situation. Comme en 2014, seuls le Liban, Oman, la Tunisie et le Maroc améliorent quelque peu leur score, ces quatre pays restant cependant encore (très) mal classés. En queue de peloton (149e), la progression de la Turquie peut surprendre, mais le classement RSF n'a pas pu prendre en compte les rafles de journalistes en fin d'année, qui augurent très mal de son classement en 2016 (voir la chronique du 16 décembre)...


Sur 180 pays, la France étant (mal) classée 38e (elle gagne une place: +1), on relève :

Koweït 90e (+1- Liban 98e (+8) - Israël 101e (-5) - Qatar 115e (-2) - Algérie 119e (+2) - Emirats EAU 120e (-2) - Tunisie 126e (+7) - Oman 127e (+7) - Maroc 130e (+6) - Palestine 140e (-2) - Jordanie 143e (-2) Turquie 149e (+5) – Libye 154e (-17) - Irak 156e (-3) - Egypte 158e (+1) - Pakistan 159e (-1) - Azerbaïdjan 162e (-2) - Bahreïn 163e (=) - Arabie saoudite 164e (=) - Yémen 168e (-1) - Iran 173e (=) - Syrie 177e -(=)...





Billet du 30 janvier 2015 – Vient de paraître


L'Etat islamique et les dynamiques de

la conflictualité au Moyen-Orient en 2014




Le tournant de 2013 au Moyen-Orient s'était produit pendant l'été, en Syrie (la bataille de Qussair, favorable au régime de Bachar Al-Assad), puis en Egypte (le coup militaire du maréchal Al-Sissi contre le président Mohamed Morsi et les Frères musulmans). Le tournant de 2014 s'est produit au début du mois de juin quand, à l'étonnement général, quelques milliers de combattants de l'Etat islamique (EI), aidés par des tribus sunnites, s'emparent de Mossoul, la capitale de la province de Ninive et deuxième ville d'Irak, avant de proclamer un nouveau califat effaçant les frontières établies par les accord Sykes-Picot près d’un siècle auparavant. Cette irruption de l'EI bouscule les lignes, et amène les Occidentaux à un nouvel engagement militaire. L'Etat islamique a donc acquis une remarquable centralité géopolitique, qui fait passer au second plan les suites chaotiques et répressives des Printemps arabes de 2011, et qui a aussi largement occulté la guerre menée par Israël contre Gaza, dans un conflit israélo-palestinien qui apparaît désormais totalement découplé de son environnement régional.


> "L'Etat islamique, ou les dynamiques multiples de la conflictualité au Moyen-Orient en 2014 ", Diplomatie no 72, janvier-février 2015, p.8-13





Analyse du 26 janvier 2015



Arabie saoudite, Qatar, Yémen


Prosélytisme et retours de boomerang



La Kaaba, la grande mosquée, et les gratte-ciel de La Mecque



Chefs d'Etat, chefs de gouvernement, ministres et personnalités se sont pressés ces derniers jours à Riyad pour exprimer leurs condoléances officielles et/ou personnelles après la disparition du roi Abdallah, et assurer le nouveau monarque Salman de la continuité des relations de leur pays avec l'Arabie saoudite. Sans craindre la contradiction, le président Hollande est ainsi passé directement du Forum de Davos (où il venait d'appeler à renforcer la lutte contre le financement du terrorisme djihadiste) à Riyad, confirmant le tropisme saoudien qui caractérise la diplomatie française depuis 2012, effet-miroir de la priorité au Qatar de la décennie précédente -priorité qui commence d'ailleurs à faire l'objet de critiques croissantes, bien que tardives, au sein de la classe politique française, en particulier du côté de l'UMP. Le nouveau monarque saoudien, dont l'âge et la santé notoirement précaire laissent présager un énième « règne de transition », a d'emblée annoncé qu'il maintiendrait les caps politique et diplomatique de son défunt frère. Or la transmission adelphique du trône, qui fait l'originalité de la pléthorique dynastie saoudienne au sein des pétromonarchies du Golfe, se produit dans un environnement géopolitique régional difficile pour Riyad. En particulier sur deux de ses frontières : au nord avec l'Etat islamique, au sud avec la poussée houthiste au Yémen...


Lire l'analyse développée...



Analyse du 20 janvier 2015



Arabie saoudite et Bahreïn


Arrestations et condamnations politiques



Manifestation pro-Badawi, Washington DC, 15/1/2015



L'état des droits de l'homme reste calamiteux dans les monarchies du Golfe. Emprisonné depuis juin 2012, le jeune blogueur saoudien Raif Badawi a été condamné à 10 années de prison et 1000 coups de fouet, à échelonner en 20 séances, dont la première a eu lieu à Djeddah le 9 janvier. La mise en œuvre de la sentence a entraîné la montée en puissance d'une campagne internationale dénonçant les violations des droits de l'homme et l'absence des libertés fondamentales dans le royaume wahhabite. Au Bahreïn voisin, protectorat de Riyad, le régime sunnite des Al-Khalifa a incarcéré le 28 décembre 2014 sheikh Ali Salman, secrétaire général charismatique du grand parti d'opposition chiite légaliste al-Wefaq. Il est désormais accusé de complot contre la sûreté de l'Etat. Dans la foulée, l'une des principales figures de la défense des droits de l'homme, Nabeel Rajab a été condamné à six mois de prison pour un tweet. Le régime de Manama semble ainsi vouloir se venger du boycott des élections législatives de novembre dernier par l'opposition chiite. D'autres condamnations comparables pour des déclarations publiques ou privées, des blogs, des poèmes, des tweets, ont été relevées ces derniers mois au Qatar, au Koweït et aux Emirats Arabes Unis. On n'oubliera pas, sur la rive orientale, l'absence d'amélioration de la situation des droits de l'homme en Iran, 18 mois après l'élection du président réformateur Hassan Rohani. Celui-ci était pourtant très attendu sur ce dossier- mais, dans la République islamique, ce sont le Guide et les « conservateurs » qui gardent la haute-main sur les institutions et organes de force...


Lire le texte développé...



Billet du 15 janvier 2015


SeSaMO, Venise, 16-17 janvier 2015

Une conférence internationale "Moyen-Orient"

La Société italienne pour les études sur le Moyen-Orient (SeSaMO) organise à Venise, à l'Université Ca'Foscari, les 16 et 17 janvier 2015, une conférence internationale sur „Le Moyen-Orient au-delà des Printemps de 2011“. Dans un panel sur „Les partis politiques dans le monde arabe“, nous présenterons un panorama des „Partis et forces politiques au Bahreïn des années 1950 aux législatives de novembre 2014“. Le programme détaillé de la conférence est disponible sur : http://www.sesamoitalia.it/2015-conference-venice/programme/



Analyse du 5 janvier 2015 par Jean Marcou


  Turquie: Le bilan 2014 


de la politique étrangère


"12. Cumhurbaskani Recep Tayyip Erdoğan ile Başbakan Ahmet Davutoğlu"



Si l’année 2013 avait largement révélé les déboires des fleurons de la nouvelle politique étrangère turque, notamment ceux de la fameuse « komşularlar sıfır sorun politikası »  politique du zéro problème avec nos voisins »], l’année 2014 aura montré que cet échec était plus grave que ce que l’on avait pu prévoir. Au cours de l’année écoulée, la guerre civile syrienne a eu des effets encore plus dévastateurs, pour la Turquie, que ceux des deux années précédentes. Elle s’est accompagnée d’une déstabilisation inattendue de l’Irak, les deux crises se confortant pour complexifier la question kurde et rendre plus incertains les efforts engagés par Ankara pour essayer de mettre un terme à la guérilla du PKK qui sévit depuis 1984 dans les départements du sud-est du pays.


Lire l'article de Jean Marcou publié sur l'OVIPOT...




Billet des 7, 8 & 9 janvier 2015

Ailleurs aussi...


Rabat, rue du Caire, soirée du 9 janvier (photo G.Gillot)

Alep, 8 janvier (Image Le Monde)


Téhéran, dessin d'Hosseinpour, 8 janvier (image Le Monde)


7 janvier


Analyse du 16 décembre 2014 par Jean Marcou


Turquie : rafle chez les journalistes

« Un jour noir pour la démocratie »...



La Une de Zaman le 15 décembre


La purge continue en Turquie : après la police et la justice, soumises à une large épuration depuis la révélation fin 2013 d'affaires de corruption touchant au cœur du pouvoir de l'AKP et du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan, c'est la presse, autour du groupe Zaman, qui a été soumise à un vaste coup de filet policier. Le prétexte en est toujours le même : il s'agirait de démanteler « un vaste complot contre l'Etat turc et ses institutions », qui serait piloté depuis les Etats-Unis par le prédicateur Fethullah Gülen, autrefois allié politique du premier ministre, mais que celui-ci considère désormais comme son ennemi juré. En réalité, le « sultan Erdoğan », régulièrement soutenu à toutes les élections par la moitié de l'électorat turc, fort de sa récente élection dès le premier tour à la présidence de la République, et peut-être de son installation dans le pharaonique palais présidentiel Aksaray d'Ankara, consolide un pouvoir de plus en plus personnalisé et autoritaire, et qui sape peu à peu les libertés fondamentales qu'il avait pourtant affermies au début de la décennie 2000. Pas de quoi rassurer l'Union européenne, dont la Haute représentante Federica Mogherini était il y a peu à Ankara pour envisager la relance d'un processus d'adhésion au point mort depuis des années. Critiqué par Bruxelles pour ses atteintes répétées aux libertés publiques et aux « valeurs européennes », le « sultan » a rétorqué  : « Qu'ils s'occupent de leurs affaires ! »  -du moins selon la traduction diplomatique... Un an et demi après la répression du grand mouvement de Gezi, la notion de « poutinisation », de plus en plus  utilisée pour qualifier l'évolution du régime turc, semble bien faire sens.  JPB


Lire l'analyse de Jean MARCOU parue sur l'OVIPOT...


Analyse du 2 décembre 2014


  Législatives au Bahreïn (2e tour)


Après le boycott des islamistes chiites,

les « élus indépendants » balaient

les islamistes sunnites... et les partis politiques




On y voit désormais plus clair avec la publication des résultats du deuxième tour du 29 novembre. Relevons l'essentiel : pour 40 sièges, 36 « indépendants », presque tous de jeunes « nouveaux », et qui ont évité de mettre en avant leur appartenance confessionnelle ; 4 islamistes sunnites (2 salafistes, 2 proches des Frères musulmans ; ils étaient 15 en 2010). Donc, outre l'absence des islamistes chiites du Wefaq (ils boycottaient l'élection, alors qu'ils étaient 18 en 2010) : les sortants sont balayés (et plusieurs candidats qui étaient en tête au premier tour ont été éliminés au 2e tour); le coup de balai est évident contre les islamistes sunnites (encartés ou pas), pourtant en principe pro-régime ; il y a quasi disparition des partis politiques (5 boycottaient, 9 se présentaient, 2 sont représentés); et un peu moins de femmes (3 au lieu de 4, sur 23 candidates). Et, d'après les comptages locaux, 27 sunnites et 13 chiites (dont les 3 femmes). L'analyse peut être à triple entrée : un retour sur la participation et le boycott ; les conséquences de l'ingéniérie électorale du pouvoir ; les choix des électeurs/électrices (ou, du moins, de ceux/celles qui n'ont pas boycotté).


Voir l'analyse développée....




Analyse du 25 novembre 2014


  Législatives au Bahreïn (1er tour) 


Quelle participation réelle pour le

premier tour des législatives du 22 novembre ?



Circonscription de Muharraq, 16/11/2014


52,6 % - chiffre officiel du Haut comité électoral ? 30 %, plus ou moins 5 % -chiffre du grand parti d'opposition chiite Al-Wefaq ? Il fallait s'y attendre. L'enjeu principal du premier tour des élections législatives qui s'est tenu au Bahreïn samedi 22 novembre était celui de la participation. Pour le régime, la dynastie sunnite et pro-saoudienne des Al-Khalifa, il s'agissait, à travers une forte participation, de démontrer, à usage interne et pour les observateurs internationaux (par ailleurs interdits de visas d'entrée), que la situation politique était « normalisée » quatre ans après la « révolution de la Place de la Perle », écrasée dès la mois de mars 2011. Et que la « démocratie électorale » ne cessait de se renforcer depuis 2002, année de la constitution octroyée par le roi, et des premières élections générales. Pour l'opposition « légaliste » (dans sa diversité : chiite, sunnite, nationaliste, laïque), il s'agissait au contraire, à travers l'appel au boycott des élections lancé à la mi-octobre, de souligner que rien n'avait changé depuis 2011 : répression policière et judiciaire permanente, absence de réformes structurelles de démocratisation, manipulations électorales. Un faible taux de participation attestant alors de la faible assise politique du régime. Nous avons suivi sur place la dernière semaine de campagne électorale. Nous analysons ici les principales données politiques de ce premier tour. Nous publierons ensuite un « carnet de partie de campagne », puis quelques « choses vues ».




Billet du 19 novembre 2014


Oman : le sultan Qabous n'était pas présent

pour la fête nationale du 18 novembre




C'est le 23 juillet 1970 que Qabous bin Saïd al-Busa'idi, reclus depuis des années dans le palais de Salalah, au Dhofar, renverse son père le sultan Saïd bin Taimour avec l'aide de ses conseillers britanniques. Il prend la tête du sultanat de Mascate et Oman, rapidement renommé sultanat d'Oman, et rejoint pour la première fois de sa vie sa capitale, la ville de Mascate. Mais, pour éviter que la fête nationale du 23 juillet ne commémore une révolution de palais, elle est décalée dès 1972 au 18 novembre, anniversaire de la naissance de Qabous en 1940. Le régime omanais est dit « autocratique éclairé », avec quelques amorces de consultation de la population dans la dernière décennie. Le développement d'un Etat-providence pétro-rentier et la politique d'unification nationale reposent depuis 1970 sur un pouvoir monarchique ultra-personnalisé. Le sultan, omniprésent et omnipotent, incarne la nahda (la renaissance) du pays.


Le 18 novembre 2014 marquait donc le 44e anniversaire de son arrivée au pouvoir -c'est le dirigeant arabe en fonction depuis le plus longtemps. Or, pour la première fois depuis 1970, il n'a pas pu être présent dans le pays, et n'a pas pu prendre la parole en public. Il s'est adressé au peuple omanais pas un message télévisé enregistré. En effet, le sultan est soigné depuis des mois en Allemagne pour « une longue maladie ». Alors que le pays était couvert de banderoles aux couleurs nationales et de portraits du sultan, cette absence prolongée n'a pas manqué d'attrister et d'inquiéter la population. Car derrière l'extraordinaire personnalisation du pouvoir se pose avec une acuité croissante la question de la succession de Qabous qui, brièvement marié (et rapidement divorcé), n'a pas d'héritier, ni de frère. Les règles de succession ont évolué au fil du temps. Alors qu'un « conseil de la famille régnante » doit choisir un successeur dans les trois jours, le sultan avait annoncé en 1997 qu'il avait mis « deux noms, par ordre de préférence, dans deux enveloppes scellées, déposées dans deux régions différentes .»  En 2011, le sultan a désigné par décret un conseil de cinq personnalités (dont les présidents du Conseil d'Etat, du Majlis as-Shura et de la Cour suprême) chargées de trancher sur le choix du nom en cas de désaccord au sein du conseil de famille. Une procédure successorale unique dans la région du Golfe, donc.


Quelques images de la fête nationale du 18 novembre....



Billet du 28 octobre 2014

Un colloque international à Lyon
les 3 & 4 novembre

Le résumé des interventions et le podcast sont accessibles sur:
http://crisyr.hypotheses.org/243


Analyse du 18 octobre 2014

Arabie saoudite: une condamnation à mort rallume les tensions politico-confessionnelles


Lucknow, Uttar Pradesh (Inde), 15 octobre 2014


Mercredi 15 octobre, un tribunal spécial de Riyad a condamné à mort le dignitaire chiite saoudien Nimr Baqer al-Nimr (ou Namr Baqr al-Namr), pour « terrorisme, port d'armes, sédition, désobéissance au souverain, insulte aux savants en loi islamique ». Al-Nimr, qui risque donc la décapitation ou la crucifixion est, depuis des années, l'une des principales figures de la contestation chiite dans la Province orientale du royaume, et un critique virulent de la dynastie wahhabite des Saoud. Il avait été particulièrement actif lors des manifestations de 2011 dans la province du Hasa, concomitantes de celles du Bahreïn voisin. Il avait d'ailleurs dénoncé l'intervention militaire saoudienne contre le « Printemps de la Perle », à Manama. Comme lors d'épisodes précédents (2004, 2006, 2009), son arrestation mouvementée en juillet 2012, puis sa longue grève de la faim, avaient provoqué des rassemblements de soutien dans toute la région, au-delà du seul royaume. Sa condamnation à mort a immédiatement relancé les manifestations de protestation dans le monde chiite, du Bahreïn à Londres, de Téhéran à Bagdad et à Beyrouth, du Yémen au Pakistan et à l'Inde. L'événement rallume donc les tensions confessionnelles dans les périphéries intérieures et régionales du royaume saoudien.


Lire l'analyse développée...




Analyse du 11 octobre 2014

Kobanê et le Rojava syrien : rien n'est simple

dans les évolutions de « la question kurde ».



Salih Muslim, dirigeant du PYD syrien, à Moscou en décembre 2013,

sous le portrait d'A.Öcalan, leader du PKK turc


A Kobanê, malgré des bombardements américains sur leurs positions, les forces de l'Etat islamique (EI) sont peut-être en train de réduire la résistance des milices kurdes liées au PYD syrien et au PKK turc. En Turquie même,  les manifestations de soutien aux Kurdes de Kobanê ont fait près de quarante morts ces derniers jours, lors de violents affrontements soit avec les forces de police, soit avec des groupes ultra-nationalistes turcs qui veulent en découdre avec le PKK, ou quelques groupes pro-djihadistes soutenant l'Etat islamique, ou encore des forces soutenant le régime de Damas... Au plan international, les manifestations pro-Kobanê de la diaspora kurde sont nombreuses (le plus souvent sous l'égide du PKK), et les pressions internationales se multiplient sur Ankara pour que l'armée turque intervienne en franchissant la frontière syrienne. Mais la « question kurde », revenue au premier plan de l'actualité depuis l'irruption des djihadistes de l'EI à Mossoul (Irak) en juin, et le siège de Kobanê (Syrie) en septembre, est loin d'être simple. Elle est traversée de tensions et de contradictions politiques, à la fois internes et liées aux acteurs régionaux et extérieurs. Pour des questions politiques internes, Ankara a toutes sortes de raisons de ne pas intervenir à Kobanê ; et encore moins d'intervenir seule en Syrie à la fois contre l'EI et le régime de Damas. Pas plus que « l'opposition modérée » syrienne (arabe et kurde, que la coalition occidentalo-arabe entend soutenir contre l'EI), du fait des choix ambigus du PYD vis-à-vis du régime de Damas, et de ses pratiques politiques hégémoniques. Et pas plus que les forces politiques du Gouvernement régional kurde d'Erbil, en Irak, lequel se méfie d'une montée en puissance du PKK au "Rojava" (Rojavayê Kurdistanê -Kurdistan occidental)...


Lire l'analyse développée....



Analyses des 6 et 7 octobre 2014 par Jean Marcou

Turquie-Etat islamique-Question kurde-Assad :

de quoi la bataille de Kobanê est-elle le nom ?



Carte AFP  © , 4/10/2014



Depuis un mois, les forces de l'Etat islamique resserrent peu à peu leur étau sur la ville syrienne à forte majorité kurde de Kobanê (appellation kurde, Aïn al-Arab en arabe, renommée Aïn al-Islam par l'EI), à la frontière de la Turquie. Près de 200000 Kurdes syriens ont fui la région pour s'entasser côté turc dans des camps, ou chez des compatriotes kurdes (dont la frustration contre l'inaction d'Ankara va croissant). En sens inverse, plusieurs centaines de combattants armés du PKK turc ont franchi les barbelés, pour porter assistance à leurs homologues syriens des milices du YPG (bras armé du parti kurde PYD qui, depuis 2011, n'a jamais levé les armes contre le régime de Damas -pas plus que l'Etat islamique). Quelques bombardements américains sur les djihadistes sont restés sans effet ces derniers jours. Si Kobanê tombe, l'Etat islamique contrôlerait désormais une grande proportion de la très longue frontière syro-turque ; les Kurdes syriens du PYD (qui ont imposé à partir de 2012 leur hégémonie aux autres formations politiques) subiraient une lourde défaite, y compris au plan politique, ce qui pourrait amener le leader du PKK, A.Öcalan, emprisonné depuis 1999, à rompre le processus de dialogue ouvert avec le gouvernement AKP à Ankara. Et la Turquie sera plus encore interpellée sur ses « ambiguïtés » (au moins depuis 2013), puis sur son « inaction » (depuis le vote de jeudi dernier de l'Assemblée nationale turque autorisant d'éventuelles interventions militaires en Syrie et en Irak) . Car au-delà de Kobanê, c'est bel et bien la question de la politique d'Ankara vis-à-vis de la "question kurde" (en Turquie et en Syrie), du régime de Bachar Al-Assad (dont la chute est la préoccupation principale de la Turquie) et, en troisième lieu seulement, de l'Etat islamique (djihadiste, certes, mais sunnite) qui est posée. Dans une longue analyse publiée sur le site de l'OVIPOT le 6 octobre, Jean Marcou revient sur ce dossier complexe, et développe le 7 octobre sur les relations turco-américaines. Alors que les drapeaux noirs de l'Etat islamique commencent à flotter sur Kobanê, devenue ville-symbole pour de très nombreux Kurdes de Syrie, de Turquie et de la diaspora en Europe.  JPB


Lire l'analyse de Jean Marcou le 6 septembre sur la Turquie et Kobanê...

                        Lire l'analyse de Jean Marcou le 7 septembre sur Ankara-Washington...



Cartographie du 3 octobre 2014 par Fabrice Balanche

Espaces et dynamiques de l'Etat islamique :

une représentation cartographique





Fabrice Balanche, géographe, directeur du laboratoire GREMMO (Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon), grand connaisseur de la Syrie depuis sa thèse sur La région alaouite (2006), décrypte le conflit syrien depuis 2011, dès ses premiers jours. Il a plus spécialement travaillé sur la territorialisation et la cartographie d'une guerre civile et régionale complexe. L'exercice cartographique est tout particulièrement difficile, aux enjeux imbriqués, à la fois spéculatifs et épistémologiques, mais aussi souvent idéologiques, du côté des soutiens ou des ennemis du régime de Damas. Dans Libération du 3 octobre 2014, F.Balanche propose une carte des dynamiques de territorialisation de l'organisation « Etat islamique », à cheval sur la Syrie et l'Irak : une territorialisation transfrontalière post-Sykes-Picot, qui différencie « Daech » de la matrice déterritorialisée Al-Qaeda.


Voir quelques références sur la cartographie des conflits et du conflit syrien...





Analyse du 22 septembre 2014 par JP.Burdy et Jean Marcou

Libération des otages turcs de l'Etat islamique :

Beaucoup plus de questions que de réponses...



Le 20 septembre, les 49 otages (46 Turcs et 3 employés irakiens) de l’organisation Etat islamique ont été libérés après 101 jours de captivité, à l'issue de « négociations diplomatiques », selon le président de la République Recep Tayyip Erdoğan . Ils étaient en effet aux mains des djihadistes depuis que ceux-ci s'étaient emparés sans coup férir de Mossoul, la grande métropole du nord Irak, le 10 juin dernier. L'heureuse conclusion de cette prise d'otages, surtout comparée aux récentes exécutions d'otages occidentaux, ne laisse pas cependant de susciter de nombreuses interrogations. Car, du début à la fin de cette affaire, le gouvernement turc, dirigé par R.T.Erdoğan, puis par Ahmet Davutoğlu (jusque là ministre des Affaires étrangères), a maintenu une opacité totale sur les événements, et imposé un embargo absolu aux médias turcs.

Les questions sont donc légion. Pourquoi avoir gardé le consulat général de Turquie ouvert (avec les familles des diplomates), alors que tous les autres représentants étrangers avaient quitté Mossoul en toute hâte? Quelles relations en 2012-2013 entre Ankara et ce qui était alors encore l'Etat islamique en Irak et au Pays de Cham (EIIL) -on aura remarqué que jamais Ankara n'a qualifié l'EI de « terroriste » ? Quel rôle les très actifs services secrets turcs (le MIT) ont-t-il joué vis-à-vis de l'EI ces derniers mois, et avant même la prise d'otages ? Quelles contreparties d'Ankara à l'Etat islamique pour obtenir la libération des otages, lors de « négociations diplomatiques », formule qui établit d'ailleurs l'organisation Etat islamique comme véritable "Etat" ? L'Etat islamique est-il redevable à Ankara d'un soutien particulier en Syrie en 2012-2013, voire au-delà ? Ankara a-t-il négocié la libération en échange (tacite) d'une non-participation de la Turquie d'abord à l'accord de Djeddah du 11 septembre, puis à la coalition internationale lors de la conférence de Paris du 15 septembre (cf.notre analyse du 17 septembre 2014) ? Ou de la promesse de ne pas mettre un terme à la très active contrebande pétrolière vers la Turquie qui abonde les finances de l'EI, alors que Washington presse Ankara de le faire? L'avenir des régions kurdes d'Irak (KRG) et de Syrie (où l'EI vient de lancer à Kobanê - 'Aïn al-Arab une offensive-éclair amenant au 22 septembre au soir plus de 130000 Kurdes syriens à se réfugier précipitamment sur le territoire turc) a-t-il été « discuté » entre Ankara et l'EI ? JPB

Voir l'analyse de Jean MARCOU au 21 septembre...


Analyse du 17 septembre 2014

Retour sur une photo de groupe :

la « Conférence internationale sur

la paix et la sécurité en Irak »,

Paris, Quai d'Orsay, 15 septembre 2014





La réunion à Paris, lundi 15 septembre, d'une conférence internationale d'une trentaine de participants, à l'invitation française et en co-organisation par les présidents français et irakien, avait un double objectif : de communication et d'image d'abord, en permettant une « photo de famille » parisienne attestant d'un début de structuration d'une coalition d'Etats répondant à un appel initial américain à intervenir en Irak contre « Daech » ; politico-militaire ensuite, de définition des formes et objectifs de réponse sur le terrain à l'installation de l'Etat islamique au Nord-Irak - au-delà donc des seules zones syriennes qu'il contrôlait jusque-là. A l'exemple de ce que nous avions tenté pour la coalition anti-Kadhafi en septembre 2011, il y a trois ans jour pour jour, (mais il s'agissait alors, il est vrai, d'une « coalition victorieuse » de 62 participants invités à l'Elysée par le président Sarkozy, aux fins de reconstruire « la Libye nouvelle » post-Kadhafi : voir notre texte du 9 septembre 2011), l'observation de la « photo de famille » des ministres des Affaires étrangères suscite quelques réflexions. Sur les présents, bien sûr ; et sur les absents, peut-être plus encore. Nous laisserons de côté la faible présence féminine sur le cliché, bien qu'elle mériterait un commentaire sur le fait que la politique étrangère reste à l'évidence « une affaire d'hommes »...


Voir l'analyse développée...




Billet du 15 septembre 2014

"L'Iran, nouvelle puissance régionale?"




La montée en puissance idéologique et territoriale de l'Etat islamique, à cheval sur le nord-est de la Syrie et le nord de l'Irak, traduit l'affaiblissement impressionnant de plusieurs des principaux Etats arabes de la région  - la Syrie, l'Irak, mais aussi l'Egypte. Cette déliquescence endogène et exogène des Etats, qui s'accompagne d'une remise en cause des frontières héritées des partages d'influence de Sykes-Picot en 1915-1916, résulte de facteurs multiples et intriqués, internes (l'épuisement total des idéologies nationales-arabes des années de la décolonisation ;la délégitimation de régimes républicains devenus dictatures claniques kleptocratiques et aux prétentions dynastiques ; le choix de politiques néo-libérales qui laissent à l'abandon la majorité des populations et des territoires périphériques, alors que les clans au pouvoir accaparent les richesses, etc.) et externes (les prétentions récurrentes de certaine puissance occidentale à « imposer la démocratie » et le néolibéralisme au « Grand Moyen-Orient » ; la manne financière des pétromonarchies du Golfe, aux fins de propagation du salafisme sunnite radical, etc. ). Dans la dernière décennie, l'Iran, du fait de son programme nucléaire, a été abondamment présenté comme la principale menace pour la sécurité régionale, voire pour l'Occident. A l'heure où Daech est installé à Paris ce 15 septembre comme la « nouvelle menace terroriste radicale » pour l'Occident, il est sans doute important de relire, au-delà des stigmatisations idéologiques intéressées, le rôle que l'acteur étatique iranien joue et peut jouer au Moyen-Orient. D'où l'intérêt de la livraison de septembre-octobre 2014 de Diplomatie-Affaires stratégiques et relations internationales, qui consacre son dossier central à « L'Iran, nouvelle puissance régionale ? », auquel nous avons contribué.


Voir une synthèse du dossier de Diplomatie...





Billet du 18 août 2014


« Places au peuple »

Une série d'été de



Manifestation contre la guerre à Gaza, place Rabin, Tel Aviv, 26 juillet 2014


De Tiananmen en 1989 au Maïdan à Kiev en 2014, en passant par l’Hôtel de Ville de Paris sous la Commune, par la Puerta de Sol à Madrid, ou encore la place Syntagma à Athènes, Libération consacre un feuilleton d'été en 15 épisodes sur des lieux de rassemblement devenus symboles, où les citoyens ont défié les autorités au nom de la démocratie et des libertés. La liste complète de ces lieux d'histoire et de mémoire :

http://www.liberation.fr/Places-au-peuple,100429


Dans la zone Méditerranée-Moyen-Orient qui intéresse ce blog, nous avons plus particulièrement retenu :

- La Place Tahrir au Caire, par l'écrivain Asiem El Difraoui

- L'Avenue Bourguiba à Tunis, par l'historienne Kmar Bendana 

- La Place Rabin à Tel Aviv, par l'écrivaine Ronit Matalon 

- Les rues de Téhéran, par la journaliste et écrivaine Masih Alinejad

- La Place de la Perle à Manama, par nous-même


Voir les .pdf de notre contribution page 1 et page 2 ...


Billet du 15 août 2014

  Deux interventions sur la politique


de la France au Proche-Orient :


Dominique de Villepin, 2003 & 2014



Conférence de presse, Palais de l'Elysée,  27 novembre 1967

Le discours de Dominique de Villepin devant le conseil de sécurité de l'ONU, le 14 février 2003 est resté dans les annales de l'institution internationale, et dans les mémoires politiques françaises et arabes. Le ministre des Affaires étrangères du président Chirac (désormais avocat d'affaires, et très lié à la famille régnante du Qatar "à titre personnel et non professionnel")  y exprimait le refus français d'une intervention américano-britannique contre l'Irak : faire la guerre, c'est avant tout risquer «d'aggraver les fractures entre les sociétés, entre les cultures, entre les peuples, fractures dont se nourrit le terrorisme». Une décennie plus tard, le spectaculaire effondrement de l'Irak est très largement le produit de cette intervention américaine sans mandat international, et surtout de la décision irresponsable du proconsul américain Paul Bremer, en mai et août 2003, de dissoudre le Baas et l'armée irakienne -en réalité l'Etat irakien. La vigoureuse prise de position de Dominique de Villepin dans Le Figaro du 31 juillet 2014 sur les événements de Gaza mérite donc d'être lue attentivement. Elle rappelle utilement, face au tropisme pro-israélien répété du président Hollande, les positions de principe posées par le général de Gaulle d'une diplomatie à la fois indépendante, équilibrée et volontariste au Proche et Moyen-Orient.


Lire la tribune de 2014 sur Gaza, et relire le discours de 2003 sur l'Irak...



Revue de presse du 13 août 2014


Gaza, éléments de bilan d'étape



(6) La France:


déséquilibre & renoncement ?



Paris, 19 juillet 2014


C'est la déclaration initiale du président Hollande qui a,  d'entrée, le 8 juillet, posé problème, tant elle est apparue excessivement unilatérale au profit de la seule puissance israélienne. Le discours présidentiel a  ensuite tenté une fausse symétrie entre les belligérants, alors que, bien évidemment, Israël et Palestine ne sont pas à égalité, ni au plan militaire, ni au regard du droit international. A droite comme à gauche, le président français a reçu une volée de bois vert pour ses prises de position pendant la crise de Gaza. Car elles ont été analysées comme affaiblissant encore plus, si besoin était, la possibilité pour la diplomatie française d'essayer de peser sur les événements...


Lire l'analyse développée...



Analyse du 11 août 2014

Gaza, éléments de bilan d'étape

(5) L'Iran se repositionne



Ismaïl Haniyeh à Téhéran, février 2012


Avant les « printemps arabes » de 2011, les soutiens principaux du Hamas se trouvaient du côté de Téhéran, de Damas et du Hezbollah libanais. Les  révolutions arabes ont changé la donne, quand le Hamas déclare soutenir les rebelles sunnites contre le régime de Bachar Al-Assad, et que son bureau politique quitte Damas pour s'installer à Doha. S'il n'y a pas eu alors de rupture formelle entre Téhéran et le Hamas, les relations se sont refroidies, les Iraniens continuant cependant à alimenter Gaza en missiles. La crise actuelle permet aux acteurs de se repositionner. Sans précipitation, et alors que les premiers appels sont venus de l'opposition, des manifestations pro-palestiniennes se sont tenues en Iran, à l'appel du régime. Et Téhéran profite de l'opération israélienne pour se « relancer » sur la question palestinienne, dans une forme de « front par procuration ». La République islamique ne manque pas de se poser, une fois de plus, en puissance régionale stabilisatrice potentielle, donc incontournable.


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Analyse du 10 août 2014


Gaza, éléments de bilan d'étape

(4) Le Qatar, désormais très discret




Les relations entre le Qatar et le Hamas avaient connu leur heure de gloire le 23 octobre 2012, lors de la spectaculaire visite de l'émir Hamad bin Khalifa Al-Thani (et de son épouse sheikha Moza) dans l'enclave (photo). Outre qu'elle  adoubait politiquement le Hamas, et qu'elle abondait d'un chèque de 400 millions de dollars la reconstruction des infrastructures et des logements dévastés par l'opération israélienne "Plomb durci" en 2008-2009, cette visite affichait la prééminence conjoncturelle de la diplomatie qatarie dans les dossiers brûlants du Moyen-Orient. Mais, deux ans plus tard,  après l'abdication de l'émir Hamad au profit de son fils Tamim, et les rapports de force régionaux ayant fortement évolué, les choses ont bien changé: la diplomatie qatarie n'est plus ce qu'elle était, et Doha n'est plus l'épicentre régional des médiations dans les conflits ouverts. Sa quasi invisibilité dans l'actuelle crise de Gaza en porte témoignage.


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Analyse du 9 août 2014

Gaza, éléments de bilan d'étape

(3) La Turquie, un acteur hors-jeu?


R.T. Erdoğan reçoit Khaled Mechaal et Ismaïl Haniyeh en juin 2013


La Turquie a longtemps été, avec l'Iran du shah, un des très rares pays musulmans entretenant des relations diplomatiques avec Israël. Pour autant, elle n'a jamais renié son appartenance au monde musulman, et son soutien aux Palestiniens, par exemple à travers l'Organisation de la conférence (actuellement : coopération) islamique (OCI). A partir de 2007, l'AKP a pu déployer sa propre diplomatie sur le dossier palestinien. Les relations sont devenues de plus en plus tendues avec Jérusalem, et Ankara a noué des relations privilégiées avec le Hamas, faisant en quelque sorte du sort de Gaza l'axe premier de sa politique palestinienne. Mais la Turquie n'a pas eu l'opportunité de concrétiser ces choix stratégiques, ni Israël, ni l'Egypte, n'entendant laisser Ankara jouer le moindre rôle dans le dossier gazaoui. Depuis un mois, les déclarations virulentes du premier ministre turc Erdoğan contre Israël et pour le Hamas sont apparues essentiellement à usage politique interne, sans le moindre effet sur la crise. Une preuve de plus que la diplomatie turque est désormais très à la peine dans un Moyen-Orient déchiré par les conflits, que ce soit en Syrie, en Irak ou en Palestine.



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Analyse du 8 août 2014

Gaza, éléments de bilan d'étape

(2) L'Egypte, un médiateur affaibli & ambigu


Mohammed Morsi reçoit Khaled Mechaal et Ismaïl Haniyeh en juin 2013



Les relations inter-palestiniennes, et entre les Palestiniens et Israël, sont largement passées, pendant des décennies, et pour des raisons multiples, par l'intermédiaire des tentaculaires services de renseignement égyptiens. Le Caire a pu ainsi, lors de précédentes crises majeures autour de Gaza, jouer un rôle de médiateur engagé, car intéressé. Qu'en est-il dans la crise de l'été 2014, alors que l'Egypte, plongée depuis 2011 dans une crise politique et économique majeure, a très largement perdu de sa capacité diplomatique et politique à peser dans les dossiers régionaux ? Au-delà de cessez-le-feu précaires, peut-elle vraiment être un médiateur, alors que ses relations avec le Hamas, qui s'étaient améliorées sous le président frériste Morsi, sont désormais exécrables depuis le coup militaire de juillet 2013 ?


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Analyse du 7 août 2014

Gaza, éléments de bilan d'étape

(1) Le Hamas politiquement remis en selle ?




                      Bombardement sur Gaza, 29 juillet 2014 (crédit photo AFP)


A l'heure d'un cessez-le-feu peut-être très provisoire : côté palestinien, près de 1900 morts (à 80 % des civils), 9000 blessés, 300000 déplacés (soit 1/6 de la population), des milliers de maisons écrasées et des infrastructures détruites ; côté israélien, 67 morts dont 3 civils, 3500 roquettes lancées sur Israël, vers Tel Aviv, Jérusalem et jusqu'à Haïfa. Prison à ciel ouvert, en droit international toujours sous la responsabilité de la puissance ex-occupante mais qui y maintient son blocus, la bande de Gaza, une fois de plus, ravagée par une pluie de bombes: "un carnage" reconnu par le premier ministre israélien ce 7 août sur i-Télé, au nom de la lutte antiterroriste... Après 2008-2009, puis 2012 (cf. notre analyse du 28 novembre 2012) : une fois de plus, «un  désastre humanitaire», selon des responsables de l'ONU, de l'UNRWA, et des ONG présentes. Au-delà du bilan humain et des crimes de guerre imputés par B.Netanyahu au seul Hamas (après tout, le tyran Bachar Al-Assad fait bien pire depuis 2011, mais qui en parle encore?), on peut esquisser des bilans politiques et géopolitiques provisoires. Si les données israélo-palestiniennes restent identiques à celles des épisodes précédents, l'environnement régional a évolué dans le contexte des révolutions arabes. Nous traiterons successivement du Hamas, puis de quelques acteurs régionaux (Egypte, Turquie, Qatar, Iran), puis de la diplomatie française.


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Billet du 15 juillet 2014.   Vient de paraître:





Moyen-Orient  no 23, juillet-septembre 2013, avec des fiches-pays

de Jean Marcou (Turquie & Egypte) et de Jean-Paul Burdy (Bahreïn)




Billet du 14 juin 2015


« Mission accomplie (en Irak) ! »

Ne confondons pas G.W.Bush (2003)

et G.H.W.Bush (2014)



Ce samedi 14 juin, le secrétaire américain à la Défense Chuck Hagel a ordonné l'envoi d'un porte-avions dans le Golfe, accompagné de son escadre, au cas où une intervention militaire serait nécessaire en Irak pour sauver le soldat Maliki à Bagdad. Il s'agit, en l'occurrence, du porte-avions nucléaire USS George H.W. Bush, qui croisait jusque-là en mer d'Oman. Une précision s'impose immédiatement, l'annonce ayant semé la confusion sémantique chez certains commentateurs pressés. Il s'agit bien du USS George Herbert Walker Bush, du nom du 41e président des Etats-Unis (1989-1993), né en 1924, et qui fut pilote d'aéronavale pendant la Deuxième guerre. Qu'on ne confondra donc pas avec son fils George Walker Bush («George W.»), né en 1946, 43e président des Etats-Unis (2001-2009).  Le « gendarme du Golfe persique » de 2003 n'est pas le potentiel «gendarme du Golfe et de l'Irak »  de 2014.  Rappel à l'histoire:


Après les attentats du 11 septembre 2001, George W. lance la « Global War on Terrorism » d'abord en Afghanistan le 7 octobre 2001 (sous mandat de l'ONU), puis en Irak le 20 mars 2003 (« Operation Iraqi Freedom », sans mandat international, mais sous la pression et les mensonges bellicistes des néo-conservateurs). Saddam Hussein ayant été rapidement renversé, le président américain organise, dès le 1er mai, un grand show médiatique. En rade de San Diego (Californie), il apponte avec un jet baptisé « Navy One » sur le porte-avions nucléaire USS Abraham Lincoln, retour du Golfe. Il quitte sa combinaison de pilote de l'aéronavale, puis annonce « la fin des opérations majeures de combat.» Le tout télévisé en direct, sur fond d'une grande bannière « Mission Accomplished ». L'épisode, resté célèbre sous ce nom de « Mission accomplie », a provoqué moultes controverses, l'annonce de la fin des combats en Irak paraissant alors quelque peu précipitée, même si le président avait précisé que « la guerre contre le terrorisme n'était pas terminée »... Et de fait, les premiers attentats éclatent en Irak, en même temps que la rébellion anti-américaine prend corps. Dans une interview à CNN le 11 novembre 2008, pour le Veterans Day, George W.Bush exprimera d'ailleurs ses regrets sur « l'ambiguïté du message porté sur la bannière », ajoutant : « I regret saying some things I shouldn't have said »... L'actualité irakienne impose effectivement de relativiser, 11 ans plus tard, le slogan « Mission Accomplished »... Sauf, bien sûr, si "l'agenda caché" de Washington à l'époque était la disparition de l'Irak en tant qu'Etat ?






Analyse du 13 juin 2014

Irak : le grand ayatollah Ali al-Sistani

appelle à la mobilisation générale des chiites.


        
Le grand ayatollah Ali Sistani sur son site internet en 2011


La situation st très mouvante en Irak depuis le début de la semaine. Chaque partie au conflit cherche à avancer ses pions (l'EIIL en descendant vers Bagdad et en s'emparant au passage de Tikrit, ville natale du clan de Saddam Hussein et... du grand Kurde Saladin ; les peshmergas kurdes du Kurdistan autonome en s'emparant de Kirkouk, y compris avec des chars lourds) ; ou à consolider des lignes de défense avancée (le premier ministre chiite Nouri al-Maliki, en regroupant une partie de son armée débandée, et en armant de nouvelles milices de volontaires chiites ; les Iraniens en dépêchant au nord de Bagdad des éléments de la force d'intervention Al-Qods); ou encore à mobiliser les cœurs et les esprits.


Ce 13 juin, on aura tout particulièrement relevé l'appel à la mobilisation du grand ayatollah de Najaf Ali al-Sistani, une des figures majeures du chiisme duodécimain, dont l'audience dépasse de très loin les frontières irakiennes. Lors du prêche hebdomadaire du vendredi à Kerbala, au sud de Bagdad, il a fait savoir par son porte-parole que "les citoyens qui peuvent porter les armes et combattre les terroristes pour défendre leur pays, leur peuple et leurs lieux saints, doivent se porter volontaires et s'enrôler dans les forces de sécurité pour mener cet objectif sacré."


Il faut croire que l'heure est grave vue de l'Irak chiite, car le marja'a ("source d'imitation") Ali al-Sistani, grande figure spirituelle et morale, n'est pas réputé être belliqueux, et encore moins belliciste, ni tenant de l'intervention permanente des clercs dans la vie politique... Au contraire, d’origine iranienne (il est né à Meched en 1930), mais résidant à Najaf depuis 1951, il a succédé au grand ayatollah al-Qhoeï en 1992, comme représentant le plus influent du courant chiite quiétiste transnational. Opposé donc à la théorie khomeyniste du velayat-e faqih / wilayat al-faqih («le pouvoir du juriste-théologien») qui est le fondement doctrinal du régime de la République islamique depuis 1979, et donc du pouvoir successif des Guides iraniens Khomeyni puis Khameneï. La parole directement politique d'Ali al-Sistani est rare, et donc scrutée avec attention, et suivie par des millions de fidèles. Son appel du 13 juin n'en prend que plus de relief : il légitime la mobilisation de nouvelles milices chiites armées, dans le Grand Bagdad bien évidemment, mais peut-être aussi, si la menace d'EIIL se confirmait, dans tout le sud de l'Irak, très majoritairement peuplé de chiites. Du coup, le célèbre frère musulman (sunnite) égyptien Youssef al-Qaradawi, il y a encore peu téléprêcheur vedette sur Al-Jazeera, au Qatar où il est installé, a mobilisé une peu connue "Union internationale des savants musulmans" (sunnites), également basée à Doha, pour condamner sévèrement la fatwa d'al-Sistani: "une fatwa sectaire appelant nos frères chiites à prendre les armes [qui va mener] à une guerre confessionnelle dévastatrice."


On ne saurait être plus clair. Difficile donc de nier la dimension confessionnelle des événements qui, au Nord-Irak, prend la forme d'une sanglante revanche des sunnites méprisés ou harcelés par Bagdad. Là encore, comme au Bahreïn ou en Syrie depuis 2011, la confessionnalisation des conflits politiques et sociaux par les régimes en place, et par certains de leurs opposants, est devenue militairement opératoire. Sur ce plan aussi, la situation irakienne rejoint celle de la Syrie voisine.


Pour le moment, dans la région, c'est la Turquie qui reste en première ligne, principalement à cause des 49 personnes « retenues » dans les locaux du consulat général de Turquie à Mossoul depuis trois jours.


                            Jean MARCOU fait le point sur la situation de la Turquie ce 13 juin...



Analyse du 12 juin 2014

Nord-Irak : l’EIIL inquiète la Turquie, mais aussi les Kurdes, les chiites, les chrétiens, les yazidis, l'Iran, l'Arabie saoudite, les Occidentaux, etc.

Ou pourquoi on peut relire la carte de Peters...



© Armed Forces Journal, 2006

Dix ans après la calamiteuse intervention américaine en Irak, dont on n'a sans doute pas fini de mesurer les effets déstabilisateurs dans toute la région, plusieurs scénarios de recomposition doivent être envisagés à partir de l'offensive de l'EIIL au Nord-Irak, dont on lit déjà des pistes ces dernières heures: 


1-  L'esquisse, sur la carte du jour, d'un "Sunnistan" radical à cheval sur la Syrie et l'Irak qui, à défaut de  rétablir un califat dont certains musulmans sont orphelins depuis 1924, remet potentiellement en cause les frontières mandataires tracées au lendemain de la Première guerre. Et ce, même si l'EIIL reste fondamentalement une organisation irakienne, largement issue du démantèlement irresponsable de l'Etat baasiste -mais Etat irakien- par le proconsul américain Paul Bremer en 2003-2004. Toutes proportions gardées, on en arrive à une large similitude des situations en Syrie et en Irak: les djihadistes sunnites au nord, les Kurdes au nord-est, les pouvoirs chiites/alaouites au centre-sud;


2- Le renforcement d'un Kurdistan d'Irak autonome et quasi indépendant de facto, qui pourrait profiter de l'occasion pour aller vers une indépendance de jure, surtout si son contrôle des pétroles de Kirkouk se confirmait. La séculaire "question kurde" pourrait prendre une nouvelle dimension au niveau régional, y compris en Turquie, où le processus de dialogue initié ces dernières années s'enlise à l'évidence ces derniers mois,  avec la reprise d'incidents armés dans l'Est;  


3- Après avoir été à plusieurs reprises sous Saddam Hussein (1988, 1991) une région envoyant des dizaines de milliers de Kurdes fuyant la répression vers des camps de réfugiés principalement en Turquie, dorénavant le Kurdistan irakien abrite des camps de réfugiés sur son territoire: des milliers de Kurdes fuyant le nord de la Syrie depuis 2012, et maintenant des centaines de milliers de personnes de toutes origines (en particulier des chrétiens et des yézidis) fuyant Mossoul, Qaraqosh et la province de Ninive, abandonnées par une armée irakienne en pleine débandade face à l'EIIL. L'intervention des OIG et ONG, déjà débordées par la catastrophe humanitaire syrienne, va sans doute être nécessaire auprès de ces populations en fuite;


4- La coagulation de nouveaux intérêts communs partagés par la Turquie et l'Iran, qui ne peuvent guère envisager sans réagir l'établissement d'un "Djihadistan sunnite" à leurs frontières; et Ankara comme Téhéran doivent gérer à terme la montée en puissance stratégique du Kurdistan autonome d'Irak. Quand à l'Arabie saoudite pro-américaine, anti-iranienne et antichiite, elle est vouée aux gémonies par l'EIIL: mais elle a désormais des centaines de kilomètres de frontière commune avec des djihadistes sunnites anti-saoudiens (l'EIIL), concurrents des djihadistes sunnites (partiellement liés à al-Nosra, branche "officielle" d'al-Qaeda en Syrie) financés par Riyad, le Qatar et "des fortunes privées du Golfe"... 


5- La nécessité peut-être, pour l'Iran, de devoir ouvrir en Irak un second front, après le front syrien: Téhéran a délégué en urgence à Bagdad des chefs de la force Al-Qods des Gardiens de la révolution, et aurait déployé une brigade de combattants au nord de Bagdad. Et le président iranien Hassan Rohani, tout juste rentré d'Ankara, appelle solennellement à "combattre le terrorisme sur tous les fronts" . Préoccupation qui, une fois de plus, pourrait être partagée avec Washington, la République islamique (chiite) n'ayant jamais eu de quelconques affinités avec les djihadistes sunnites, tout aussi anti-occidentaux que ceux-ci se proclament... Les plus hautes autorités chiites s'inquiètent, comme en témoigne le 13 juin l'appel du grand ayatollah de Najaf Ali al-Sistani à la mobilisation générale des chiites pour défendre les lieux saints chiites. Il est évident que la percée de l'EIIL a une dimension de revanche des sunnites sur les chiites arrivés au pouvoir après 2005, et que l'antichiisme viscéral  (et l'antialaouisme dans la Syrie de Bachar al-Assad) est un des axes structurants majeurs de l'EIIL.


6- La nécessité, pour "l'Occident" de prendre en compte la montée en puissance d'un djihadisme radical, nouveau en ce qu'il est désormais ouvertement entré en rivalité politique avec al-Qaeda, tend à se territorialiser entre Syrie et Irak, et exerce un inquiétant tropisme de proximité chez de jeunes djihadistes radicalisés en Europe. En 2003, G.W.Bush avait, entre autres arguments, excipé des liens entre al-Qaeda et Saddam Hussein:  la menace djihadiste en Irak était totalement imaginaire en 2003, elle est réalité dix ans plus tard...


7- Les réunions en urgence de l'OTAN (à la demande des Turcs, mais l'organisation a déjà déclaré ne pas être géographiquement concernée par les événements irakiens) et du conseil de sécurité de l'ONU (à la demande des Américains, ce qui donne l'occasion au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov de stigmatiser le fiasco américain au Moyen-Orient depuis 2003) ne suffiront donc certainement pas à gérer les nouvelles dimensions de l'héritage de 2003, reconfiguré par la guerre civile en Syrie depuis 2012.


En attendant, même si elle a, en son temps, beaucoup alimenté la thèse du grand complot américain au Moyen-Orient, il n'est peut-être pas sans intérêt de revenir à la désormais célèbre carte d'un possible nouveau Moyen-Orient par le lieutenant-colonel (ER) Ralph Peters, dans l'Armed Forces Journal de 2006 (ci-dessus). Car on y lit, au-delà d'une Syrie maintenue: un grand Kurdistan indépendant (irako-irano-turc), et un Irak sunnite séparé d'un Irak chiite élargi aux rives du Golfe, une Arabie saoudite démantelée...  A l'époque, les Turcs, les Iraniens et les Saoudiens -et quelques autres- n'avaient pas du tout  aimé ces hypothèses. Rappelons le titre précis de l'article de Peters en 2006: "Frontières de sang: à quoi ressemblerait un meilleur Moyen-Orient."...



Analyse du 11 juin 2014 par Jean MARCOU


Nord-Irak : la Turquie face à la prise

de Mossoul par les djihadistes de l’EIIL



                 Convoi de l'EIIL au nord-Irak, province d'al-Anbar, janvier (?) 2014


Métropole commerciale et industrielle du nord de l’Irak, Mossoul est, avec environ 1,8 millions d’habitants (une large majorité d’Arabes sunnites, une importante minorité kurde, des Assyriens chrétiens, des Turkmènes -ou Turcomans, des chiites, des yézidis), la deuxième ville du pays, et le chef lieu de la province de Ninive. Elle a toujours été surveillée avec attention par la Turquie, qui a perdu le contrôle de ce vilayet ottoman en 1918, mais l'a revendiqué jusqu'en 1925. Initialement attribué au mandat français sur la Syrie par les accords secrets Sykes-Picot (1916), le vilayet est finalement attribué par la SDN à l’Irak sous mandat britannique (1926). La France est dédommagée par un quart des parts de l'ex-Turkish Petroleum Company (fondée en 1911), et par une participation à l’exploitation du pétrole, qui jaillit près de Kirkouk en 1927. La chute de Saddam Hussein et du régime baasiste en 2003, et la prise de Mossoul par les milices kurdes (avril 2003) ont alors ranimé les craintes de la Turquie d'une indépendance du Kurdistan irakien qui s’annexerait Mossoul, Kirkouk, et leurs ressources pétrolières. Ankara a donc initialement défendu le statu quo, le maintien d'un Etat irakien unitaire, et la non-attribution des deux villes et du pétrole aux Kurdes. Puis la Turquie a pris acte de la fédéralisation du pays après 2005, et noué des relations politiques et économiques étroites avec Erbil, capitale d'un Kurdistan autonome (GRK), mais sans Mossoul et Kirkouk.


La prise de contrôle fulgurante de Mossoul et de la province de Ninive par les djihadistes de l'EIIL, les 10 et 11 juin 2014, et la prise de Kirkouk le lendemain par les peshmergas du GRK (tout aussi cosmopolite que Mossoul, Kirkouk était la capitale du Kurdistan indépendant envisagé par le traité de Sèvres en 1920 !), rebattent radicalement les cartes au Nord-Irak. A Bagdad, le pouvoir du chiite Nouri al-Maliki est brutalement fragilisé par le basculement de tout le nord-ouest du pays sous la coupe des djihadistes sunnites: il paie là sa politique sectaire, dont les sunnites, presque toutes tendances confondues, ont été largement victimes. Après avoir soutenu en Syrie en 2012-2013 certaines oppositions radicales à la dictature de Bachar al-Assad qui se sont fixées le long de la frontière turque, la Turquie se retrouve, à son corps défendant, directement impliquée dans un nouveau guépier, au Nord-Irak cette fois-ci : des dizaines de camionneurs turcs ont été capturés par l'EIIL et, plus grave, le consulat général de Turquie à Mossoul a été envahi, et une cinquantaine de personnes, dont le consul général, sont désormais « retenues » par l'EIIL.  Savoir qu'on "a eu le temps de détruire les documents confidentiels avant l'invasion complète du consulat" ne consolera certainement personne...


                           Jean MARCOU analyse sur OVIPOT, le point de vue turc au 11 juin ...



Analyse du 1er juin 2014


Un colloque à Prague sur


« Les mouvements de protestation 


au Moyen-Orient »





L'Oriental Institute de l'Académie des sciences de la République tchèque, et le Centre français de recherche en sciences sociales de Prague (CNRS-Ministère français des Affaires étrangères et européennes), avec la participation du centre de recherche GREMMO (Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon), du Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) et de l'Institut MEDEA (Bruxelles), ont organisé , les 29 et 30 mai 2014, à Prague, deux journées d'étude sur « Les mouvements de protestation au Moyen-Orient. ». Parmi les thèmes abordés par une trentaine d'intervenants : le rôle des mouvements sociaux ; l'adaptation des forces politiques ; les réactions des Etats ; la question de la légitimité en période de transition ; les armées et les autocraties face aux soulèvements populaires ; l'islam, l'islamisme et la question du pouvoir, etc. Dans le panel sur « Le rôle limité des élections comme vecteur de la contestation », nous avons présenté une communication sur « La participation et le boycott des élections au Bahreïn depuis 2002. »


Lire le résumé de notre communication à Prague...




Billet du 13 mai 2014: vient de paraître...



L'idée reçue selon laquelle il n’y a pas de clergé en islam ne concerne que le sunnisme, car le chiisme connaît depuis deux siècles un processus de cléricalisation rapide, à la fois global et différencié selon les régions du Moyen-Orient. Parallèlement à leur organisation interne, les dirigeants religieux chiites font également preuve d’une implication croissante dans les affaires politiques. Celle-ci s'incarne dans une institution, la marja’iyya, parfois qualifié de « Vatican collégial », et dont l'influence polycentrée (Najaf, Kerbala, Qom) s'étend aux chiites du monde entier, dans ses points focaux bien sûr -l'Irak, l'Iran et le Liban, mais aussi du Maroc à l'Inde, du Brésil aux côtes africaines. Pierre-Jean Luizard, chercheur au CNRS spécialiste reconnu de l'Irak et de l’islam contemporain, présente de manière très claire un éclairage historique sur cette instance méconnue, et pourtant centrale. Il traite de la lutte des clercs contre l’expansionnisme et le colonialisme européens tout au long des XIXe et XXe siècles, de la célèbre « grève du tabac » en Perse en 1890-1891 à la révolution constitutionnelle à Tabriz et Téhéran en 1906 ; de son opposition à la fondation d’un État-nation arabe gouverné par les sunnites en Irak sous mandat britannique après 1920, au soutien à la grande figure nationaliste iranienne Mossadegh entre 1950 et 1953 ; de la révolution islamique en Iran (marquée par la victoire de la théorie khomeyniste du velayat-e faqih, imposée aux clercs quiétistes de Qom ou de Najaf) à l’essor du Hezbollah au Liban dans les années 1980 (avec la figure centrale de son guide spirituel, le très progressiste Sayyid Fadlallâh). Il analyse enfin les courants qui parcourent les mouvements d’opposition chiites dans le Golfe, et tout particulièrement au Bahreïn, épicentre s'il en est des tensions confessionnelles; et la reconstruction après 2003, sous patronage américain, d’un État irakien dominé par les partis religieux chiites. Mais Luizard n'oublie pas de rappeler que la centralité de la marja’iyya, et la grande visibilité des clercs depuis 1979 se sont aussi paradoxalement accompagnées de la sécularisation rapide de la plupart des sociétés majoritairement chiites : l'Iran en offre le meilleur exemple dans les dernières décennies.


> LUIZARD Pierre-Jean, Histoire politique du clergé chiite, XVIIIe-XXIe siècles, Paris, Fayard, 2014, 324p.



Analyse du 16 avril 2014


Iran : après l'accord 5+1 à Genève,

Washington entend bien

fausser « la libre concurrence »...





Vendredi 11 avril, le Centre de recherche et de documentation sur l'Europe (CEDRE) de l'Université Galatasaray d'Istanbul organisait ses 11e Journées européennes. A travers l'exemple de la visite d'une importante délégation du MEDEF (Mouvement des entreprises de France, principale organisation patronale française) à Téhéran du 3 au 5 février 2014, visite qui a fait couler beaucoup d'encre, nous avons présenté à Galatasaray une communication sur les affrontements économiques entre Occidentaux qui accompagnent d'ores et déjà la possible réintégration de l'Iran dans le jeu international. En effet, les Etats-Unis sont à la manœuvre pour réinvestir le marché iranien, y compris en utilisant les sanctions internationales encore en vigueur pour bloquer le retour des Européens en Iran. Les entreprises françaises étant tout particulièrement visées par ce protectionnisme américain à peine dissimulé...


Voir le résumé de notre intervention à Istanbul...



Analyse du 14 avril 2014

Les contradictions s'affichent au sein


du Conseil de coopération du Golfe (suite)


                    Mouharraq (Bahreïn), quartier sunnite, 2012 (Photo JPB)


La crise ouverte début mars au sein du Conseil de coopération du Golfe (CCG, cf. notre chronique du 6 mars) , et opposant principalement Riyad, Manama et Abou Dhabi à Doha, autour du soutien apporté par le Qatar aux Frères musulmans fait désormais ressortir un certain nombre de contradictions qui fragilisent l'organisation régionale, isolent très relativement, le Qatar, sans pour autant offrir de gain significatif à l'Arabie saoudite. D'autant que Riyad avait déjà subi peu de temps auparavant une sévère rebuffade de ses partenaires sur l'avenir des relations entre les pétromonarchies.


Voir l'analyse développée...



Analyse du 8 avril 2014

Les États-Unis dans le Golfe,

entre antiaméricanisme et sécurité régionale




L’antiaméricanisme a été largement inexistant lors des premiers mois des « printemps arabes », en 2011. Il est pourtant une région, le Golfe, où il a été très vif. Le cas du Bahreïn permet d’analyser l’argumentaire de campagnes a priori paradoxales, dans une région où la sécurité des pétromonarchies est garantie depuis le milieu du XXe siècle par les États-Unis. Cet antiaméricanisme a été alimenté par les interventions militaires en Afghanistan (2001-2014) puis en Irak (2003-2011), et relancé par les évolutions de la diplomatie de Washington à l’égard de l’Égypte et de l’Iran. L'hypothèse d'un « pivot iranien » du président Obama irrite au plus haut point.


Voir notre analyse dans Moyen-Orient no 22 ...



Analyse du 6 avril 2014

Bahreïn, trois ans après :

derrière le Grand Prix de Formule 1,

les violences & le blocage politique continuent.




Le 14 février 2014 a marqué le 3e anniversaire du début de l'occupation de la Place de la Perle à Manama. Triste anniversaire pour les opposants qui, dans des nuages de gaz lacrymogène, n'ont pu manifester comme à l'habitude que dans quelques quartiers chiites lointains, toute manifestation étant interdite dans la capitale. Les médias locaux et internationaux n'en ont que très peu rendu compte. Car, nettement plus que le 14 février, le temps fort de l'année politique et médiatique est l'épreuve annuelle du Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn, ce 6 avril, sur le circuit de Sakhir. La bonne tenue du Grand Prix est l'occasion pour la monarchie sunnite des Al-Khalifa de démontrer que la situation sécuritaire est « normalisée » ; et pour les opposants, de prouver par leurs manifestations que la contestation du régime reste vigoureuse. En réalité, l'illusion de normalité ne peut masquer la montée des violences, la persistance de la répression, et le blocage politique...


Voir l'analyse développée....




Analyse du 31 mars 2014

Turquie : L’AKP remporte nettement
les élections locales du 30 mars 2014


Toutes les élections municipales ne conduisent pas nécessairement à la défaite du parti majoritaire, et à l'affaiblissement du pouvoir en place. A preuve la Turquie, où les élections locales du dimanche 30 mars ont confirmé un large soutien du corps électoral au premier ministre Erdoğan et à son parti AKP, au pouvoir depuis 12 ans : les 45 % obtenus lui permettent de conserver de très nombreuses municipalités et communautés métropolitaines, à commencer par celles d'Istanbul (15 millions d'habitants) et d'Ankara (3,5 millions). L'Anatolie vote massivement AKP ; le parti d'opposition kémaliste CHP (28%) reste influent dans les municipalités égéennes et méditerranéennes ; les nationalistes d'extrême-droite du MHP (16%) conservent leurs bastions traditionnels, de même que le parti kurde BDP, faible en moyenne nationale (5%) mais qui obtient des scores très élevés dans le sud-est à forte population kurde. Le régime de R.T. Erdoğan a été fortement contesté ces derniers mois dans la rue (réprimée), dans les médias (largement sous tutelle) et sur les réseaux sociaux (qu'il s'emploie à museler) pour de grands projets urbains destructeurs, pour de multiples affaires de corruption au coeur du pouvoir, par une lutte féroce avec la confrérie Gülen au sein de l'appareil d'Etat. Rien n'y a fait. Après avoir remporté toutes les élections locales ou nationales depuis 2002, il sort une nouvelle fois conforté de ces élections municipales à valeur de test, qui précèdent de quelques mois une élection présidentielle dont le premier ministre entend bien sortir vainqueur. Au risque manifeste d'un autoritarisme répressif croissant : certains observateurs hésitent de moins en moins à qualifier l'évolution du régime depuis 2011 de « poutinisation de la Turquie ». Une perspective qui n'est pas nécessairement très rassurante...


L'analyse détaillée des élections locales turques par Jean Marcou....




Chronique du 7 mars 2014

Le Sultanat d'Oman, une diplomatie


régionale originale au sein du CCG


Le sultan Qabous d'Oman avec le président iranien Rohani,

Téhéran, 27/8/2013



Après l'ambassadeur de la République islamique d'Iran, S.E. Ali Ahani, le 21 octobre 2013, c'est l'ambassadeur du Sultanat d'Oman à Paris, S.E. Humaid Al Maani qui vient à Sciences Po Grenoble, lundi 10 mars 2014, présenter la diplomatie de son pays. L'occasion de rappeler quelques traits distinctifs d'un Sultanat assez différent des cinq autres membres du Conseil de coopération du Golfe. A la fois sur les plans de l'histoire du pays, de sa composition ethnique et confessionnelle, mais surtout sur le terrain de la diplomatie régionale...


Quelques fiches et lignes directrices sur Oman...




Analyse du 6 mars 2014


5 mars 2014: Le Qatar mis en accusation.


Une crise politique sans précédent au sein


du Conseil de coopération du Golfe




"Merci Al Jazeera ! " Place Tahrir, Le Caire, février 2011


A l'issue d'une «  réunion houleuse » des ministres des Affaires étrangères du Conseil de coopération du Golfe (CCG) à Riyad le 4 mars, trois des six Etats membres ont annoncé, mercredi 5 mars, qu'ils rappelaient leurs ambassadeurs à Doha : l'Arabie saoudite, les Emirats arabes unis (EAU) et le Bahreïn reprochent au Qatar ses « ingérences directes et indirectes dans les affaires intérieures de ses voisins. ». L'épisode est inédit depuis la création du CCG en 1981. Fondé sur des problèmes anciens mais rarement évoqués, il traduit l'exacerbation des tensions depuis le début des « Printemps arabes » en 2011, principalement autour de la question du rôle des Frères musulmans et du soutien à leur apporter ou à leur refuser. Et c'est le coup des militaires en Egypte le 3 juillet 2013 qui a été le détonateur de la crise qui vient de s'ouvrir, et qui pourrait bien durer...



Voir le texte développé...




Compte-rendu du 20 janvier 2014

De la Bekaa à la guerre en Syrie :

le Hezbollah et « l'Axe de la résistance »



                      Logos du Hezbollah et des Gardiens de la Révolution iraniens

Enseignant à l'Université Libre de Bruxelles (ULB)  et chercheur à l'Ecole Royale Militaire de Belgique (ERM) , Didier Leroy a soutenu en 2010 une thèse de sciences sociales et politiques sur le Hezbollah libanais, publiée en 2012 sous le titre : "Hezbollah, la résilience islamique au Liban" (Editions L'Harmattan). Il est intervenu le 17 janvier 2014 devant le séminaire de recherche du GREMMO, à la Maison de l'Orient et de la Méditerranée (Lyon). Synthèse de son intervention sur « La réalité de « l'Axe du refus » à travers l'exemple du Hezbollah,  de la révolution islamique aux soulèvements arabes »  par Jean-Paul Burdy et Jean Marcou (Sciences Po Grenoble, master Méditerranée-Moyen-Orient, MMO).

Lire le compte-rendu intégral....



Billet du 10 janvier 2014.  Vient de paraître, par Jean MARCOU:



« Vingt ans de changements en Turquie » est à l’origine le titre d’un colloque,  organisé le 24 mars 2012, en Sorbonne par l’Université de Paris I et le Consortium d’appui à l’Université Galatasaray, afin de célébrer le vingtième anniversaire de cette institution. Seul établissement d’enseignement supérieur francophone de Turquie,  cette université, liée au célèbre lycée de Galatasaray, créé sous l’Empire ottoman,  a vu le jour en effet en 1992, à Istanbul, sur la base d’un accord bilatéral signé par les Présidents Mitterrand et Özal.  Animé par des experts turcs et français développant le plus souvent des analyses complémentaires, le colloque-anniversaire du 24 mars 2012, a ainsi été l’occasion de revenir sur les multiples évolutions qui en Turquie ont accompagné les vingt premières années d’existence de l’Université Galatasaray.


Depuis le début des années 1990, en effet, la Turquie s’est profondément transformée, aussi bien du fait du « retournement du monde », provoqué par la fin de la Guerre froide, que dans le cadre, plus spécifique, de la progression de sa candidature à l’Union européenne (UE). La dernière décennie a également été marquée par le règne de l’AKP, porteur de nouvelles dynamiques internes qui se sont ajoutées aux évolutions de nature régionale et internationale.


Dirigé par Jean Marcou et Füsun Türkmen, cet ouvrage rend donc compte de cette évolution telle qu’elle a été abordée par les travaux de cette manifestation. Son premier volet aborde le changement politique et social, qui s’est opéré de manière irréfutable dans ce pays, pendant les deux dernières décennies. Son deuxième volet met l’accent sur les paradigmes de la « nouvelle politique étrangère turque », en quête d’une place au soleil, aussi bien au niveau régional que mondial. Enfin, la troisième et dernière partie du volume concerne les nouveaux domaines de rayonnement médiatique et culturel qui se sont récemment ouverts à la Turquie.


Voir le plan de l'ouvrage...



Billet du 5 janvier 2014.  Vient de paraître:




Depuis le déclenchement en mars 2011 de la contestation en Syrie, son immédiate et sanglante répression par le régime de Bachar Al-Assad, et la guerre civile régionalisée puis internationalisée qui a suivi, ont fait à ce jour plus de 130000 morts, 4 à 6 millions de déplacés, plus de 2,5 millions de réfugiés dans les pays environnants, pour certains fragilisés ou déstabilisés par cet afflux (le Liban, la Jordanie), et parfois de plus en plus impliqués dans la crise (l'Irak). Bouleversant les lectures initiales des « printemps arabes » de 2011, clairement différent de la guerre en Libye, ce conflit cruel qui entraîne la Syrie dans une spirale mortifère et une paupérisation absolue, affecte également les équilibres d'une région stratégique. Cette nouvelle « guerre sans fin », alimentée par les jeux cyniques des grandes puissances et les jeux d'intérêts des États régionaux, se révèle d'autant plus malaisée à décrypter qu'elle fait l'objet de toutes sortes de manipulations intéressées.


Dirigé par François Burgat, spécialiste des islamismes, et par le chercheur Bruno Paoli, cet ouvrage réunit les contributions de vingt-huit spécialistes de différentes disciplines, pour la plupart rattachés à l'Institut français du Proche-Orient (IFPO). Avec une vraie diversité d'angles d'attaque, ils apportent des clés de compréhension des racines historiques du conflit, et des multiples ressorts politiques, économiques et idéologiques de la crise. Non sans exprimer des sensibilités différentes, échos de la diversité des réactions face à ce drame. Certains, qui avaient très tôt pointé les risques de dérives sectaires et d'instrumentalisation de la révolte par des puissances étrangères, craignent pour la Syrie un avenir « d'irakisation » -ce que tendrait à confirmer en ce début 2014 la poussée insurrectionnelle des djihadistes de l'Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) à la fois en Irak (à Fallouja et Ramadi) et dans l'est syrien (de Deir ez-Zor à Raqqa et Alep). D'autres, sans écarter une telle issue, estiment que l'extrémisme des activistes des deux camps n'empêchera pas l'émergence d'une société civile capable de résister aux sirènes empoisonnées de la division confessionnelle ou du radicalisme djihadiste, largement suscités dès le départ, et constamment entretenus depuis trois ans par le régime de Bachar Al-Assad. A la veille de (l'hypothétique?) conférence dite "Genève 2", qui devrait se réunir sous peu à Montreux, sans que l'on sache d'ailleurs qui tient vraiment à y participer, nous avons donc là un ouvrage important, malgré une bibliographie qui aurait pu être plus exhaustive.


Voir le plan détaillé de l'ouvrage....




Analyse du 13 novembre 2013 par Jean-Paul Burdy et Jean Marcou


La Turquie, l'Irak et les chiites (suite).


Une visite d' Ahmet Davutoğlu à Bagdad

et à Najaf , les 10 & 11 novembre 2013.


                      Le ministre turc avec Moqtada al-Sadr à Najaf, 11/11/2013


Depuis plusieurs semaines le gouvernement turc clame son intention de restaurer des liens avec l’Irak, passablement endommagés par plus de deux ans de querelles incessantes entre les deux pays. Dans cette perspective, le ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, a effectué, les 10 & 11 novembre 2013, une visite officielle en Irak, à la fois dans le cadre des relations bilatérales, et pour réaffirmer quelques principes généraux d'action, alors que la guerre en Syrie continue, mais évolue au profit du régime de Damas. La période retenue n'est pas sans importance non plus pour des raisons religieuses : c'est le début de muharram, le premier mois du calendrier lunaire, qui est marqué par les grandes cérémonies du deuil chiite de l'achoura, rappel du martyre de Ali et de Hussein. Si on laisse de côté la recherche par le premier ministre irakien Nouri al-Maliki d'une restauration de son image régionale (dans la perspective des prochaines élections générales en Irak), et donc de la restauration de relations bilatérales correctes avec la Turquie et les Etats-Unis, le déplacement d’Ahmet Davutoğlu est l'occasion de faire un point d'étape sur un des volets de la diplomatie régionale d'Ankara : les relations avec le monde chiite du Moyen-Orient .


Voir le texte développé...


Billet du 11 novembre 2013
Turquie-Iran : la mixité dans
les résidences universitaires.

Ou pourquoi M. Erdoğan a du souci à se faire...

Résidence des garçons, Université Azad islamique d'Ispahan,

janvier 2004 (photo  © JP.Burdy: cliquez pour agrandir)


Le premier ministre turc vient de vitupérer la mixité dans les résidences universitaires de son pays (voir l'analyse de son discours par Jean Marcou sur le blog OVIPOT : http://ovipot.hypotheses.org/9506 ). Nous apportons ici notre modeste contribution au débat. Voici une photographie prise un soir (très tard...) de janvier 2004 dans la résidence des garçons de l'Université Azad islamique d'Ispahan, République islamique d'Iran, où nous étions hébergé. Dans cette résidence, certaines chambres sont à quatre lits, et on laisse ses chaussures sur le seuil. Notre photographie se passe de longs commentaires... Quand on connaît la surveillance morale en vigueur dans les universités iraniennes, a fortiori dans les résidences universitaires, surtout dans le réseau Azad islamique, et surtout en province, on comprend pourquoi M. Erdoğan a effectivement quelque raison de s'inquiéter....

Deux compléments...


Billet du 7 octobre 2013

Une journée d'études à Sciences Po Grenoble
autour de la crise syrienne, le 18 octobre 2013


Le master « Méditerranée-Moyen-Orient » (master MMO) de Sciences Po Grenoble,

- avec une mise en œuvre logistique par le service des Relations internationales de l'IEP;
- en association avec Sciences Po Lyon, l'Université de Lyon et le centre de recherche GREMMO (Maison de l'Orient et de la Méditerranée, Lyon) ;

- en collaboration avec Radio France International (RFI), qui enregistrera deux séquences de l'émission « Géopolitique » ;

- et avec le soutien financier de la Région Rhône-Alpes,


organise, le 18 octobre 2013, de 9h à 18h, une journée internationale d'études et de débats sur « Les recompositions au Proche-Orient autour de la crise syrienne » .

Le programme détaillé de cette journée est accessible sur ce lien


Billet du 23 septembre 2013

Une conférence-débat à Grenoble sur
"Révolutions arabes et droits de l'homme"


Le  Master 2  "Histoire, théorie et pratique des droits de l'homme" de la Faculté de droit de l'Université Pierre-Mendès-France de Grenoble a organisé, pour sa séance inaugurale du 23 septembre 2013, une conférence-débat sur les révolutions arabes et les droits de l'homme. Trois axes successifs ont été développés:

1/ Un bilan provisoire des révolutions arabes au travers principalement des cas de la Tunisie, de l'Egypte, du Maroc et du Bahreïn.

2/ De manière générale, mais principalement autour de la crise en Syrie, un bilan de l'intervention des acteurs régionaux (Iran, Turquie, Arabie Saoudite, Qatar);  des "puissances"  (Etats-Unis, Russie, Royaume-Uni, France); et des organisations régionales et multilatérales (Ligue arabe, ONU, OTAN, UE...)

3/ Les scénarios envisageables pour la guerre civile en Syrie

Cette conférence-débat de 130 minutes a été mise en ligne par l'Université de Grenoble. http://www.canal-u.tv/video/service_tice_universite_pierre_mendes_france_grenoble_2/revolutions_arabes_et_droits_de_l_homme.12970


On trouve sur le même site une première conférence-débat organisée le 31 mars 2011 :


Analyse du 1er septembre 2013

"Les pays du Conseil de coopération du Golfe"

Un colloque à Paris le 6 septembre 2013


                  Juillet 2011: les 4 ennemis du Bahreïn d'après les partis sunnites



La revue Moyen-Orient, l'Institut MEDEA et le Cercle des chercheurs sur le Moyen-Orient (CCMO) organisent, le 6 septembre 2013, un colloque sur le Golfe. Nous y présentons une communication sur l'antiaméricanisme au Bahreïn, dont voici le résumé:


La boîte de doughnuts du conseiller politique américain.

Washington et l’antiaméricanisme  à l’épreuve du Bahreïn (2011-2013)


Dés le début de 2011, le discours de Washington sur les événements au Bahreïn a été en retrait du soutien globalement apporté à la démocratisation initiée par les « Printemps arabes ». Pourtant, les Américains semblent bien mal récompensés pour leur prudence, et une véritable campagne de US Bashing se développe dans l'archipel, portée par des groupes salafistes sunnites proches du pouvoir et pro-saoudiens –et non par l’opposition chiite.  L’ironie de l’histoire veut que le point de départ de cette campagne anti-américaine remonte à une manifestation des contestataires (majoritairement chiites) de la place de la Perle devant l’ambassade américaine à Manama: ils entendaient protester contre l’absence de soutien des Etats-Unis à leurs revendications de démocratisation du régime. Le conseiller aux Affaires politiques de l’ambassade Ludovic Hood est alors sorti à la rencontre des manifestants pour entendre leurs revendications –avec une boîte de doughnuts qu’il aurait offert à ses interlocuteurs. Largement diffusé sur la toile, le récit (enjolivé) de l’épisode des doughnuts a enflammé les forums sunnites et salafistes, qui en ont fait LA preuve que les Américains, loin de soutenir le régime dans l’épreuve du complot iranien et hezbollahi, soutenaient en fait les opposants chiites. Mais l'antiaméricanisme n'est pas limité au Bahreïn: il est plus ou moins récurrent au sein d'un Conseil de coopération du Golfe  sous houlette saoudienne, où de nombreux acteurs soutiennent depuis des années la thèse des convergences objectives d'intérêts entre Washington et Téhéran....



Analyse de Justine Lemahieu du 18 juillet 2013

Un isolement croissant du Hezbollah libanais

depuis l’intervention en Syrie ?

             "Ahmadinejad, Nasrallah et Bachar tomberont ensemble". Syrie, avril 2013

Après avoir annoncé dès l’été 2011 qu’il soutenait politiquement Bachar Al-Assad contre la rébellion syrienne (alors démocratique et pacifique), le Hezbollah libanais a commencé en 2012 à intervenir à travers ses cadres et ses miliciens  sur le terrain syrien, conseillant un régime fragilisé, et protégeant « lieux saints » et villages chiites. Un tournant militaire a ensuite été pris au début 2013 : la participation du parti chiite à la sanglante bataille de Qoussair (mai-juin 2013),  puis à la nouvelle tentative de reconquête de Homs (depuis le 28 juin 2013), a été active, massive, et surtout très publiquement assumée. Dès lors, l’argumentaire classique du « parti de Dieu » -« la résistance à Israël »- paraît caduque ; et l’image positive que le Hezbollah avait pu construire auprès des opinions publiques arabes de la région est sérieusement écornée : car il mène désormais une guerre ouverte contre d'autres musulmans (qui ne sont pas tous des djihadistes sunnites), en coordination avec l’Iran chiite, et au profit d’un régime syrien qui écrase son pays sous un déluge de feu…

Justine Lemahieu, étudiante de l’IEP de Lille, en stage « Initiation à la recherche » au sein du master « MMO-Méditerranée-Moyen-Orient » de l’IEP de Grenoble, revient sur les choix stratégiques opérés par le Hezbollah depuis 2011 autour du conflit syrien, et sur leurs implications au Liban et dans la région.

Voir l’analyse de Justine Lemahieu…


Billet du 12 juillet 2013.   Vient de paraître:


Moyen-Orient  no 19, juillet-septembre 2013, avec des fiches-pays de Jean Marcou (Turquie & Egypte) et de Jean-Paul Burdy (Iran et Bahreïn)




Analyse du 10 juillet 2013

Le coup du Caire

vu d’Ankara, de Damas et de Téhéran

                              Le nouveau gouvernement, Le Caire, 15 juillet 2013

Le président Mohamed Morsi, légalement élu il y a un an, vient d’être destitué par ce qu'il faut bien qualifier de coup d'Etat militaire, même si les Etats-Unis, dans une posture calculée,  et l'Union européenne, dans sa prudence toujours excessive, ne veulent pas utiliser le terme. Dès le 3 juillet, Barack Obama a appelé l’armée égyptienne « à en revenir rapidement à un gouvernement civil démocratiquement élu » ; et le 4 juillet, Michael Mann, porte-parole de la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, déclare : « Nous ne sommes bien sûr pas en faveur des interventions militaires. » Quoi qu’il en soit, le coup, s'appuyant sur une très forte mobilisation populaire préalable autour de la pétition anti-Morsi lancée par le mouvement « Tamarod » (« Rébellion ») vient de déboucher dans un premier temps sur la formation d'un gouvernement civil, associant politiques et technocrates –les Frères musulmans ayant refuser d’y participer malgré des appels réitérés des nouveaux responsables. Mais les événements du Caire, étape supplémentaire dans le processus révolutionnaire ouvert en janvier 2011, et qui marquent le grand retour de l'armée contre les Frères musulmans, suscitent des réactions aussi immédiates que divergentes dans trois capitales de la région : Ankara, Damas et Téhéran...



Revue de presse du 8 juin 2013

Le monde selon Erdoğan :

un pastiche de  caserne ottomane +

un centre commercial + une mosquée géante...



Sans doute faudra-t-il un jour analyser la conception du monde urbain futur que recouvre ce projet erdoğanien de (re)construire sur la place Taksim (haut lieu symbolique de la modernité kémaliste dans la ville) une pseudo-caserne ottomane abritant un centre commercial (un mall  à la dubaïote de plus, dans une métropole qui en regorge déjà...), en attendant évidemment la mosquée géante promise depuis deux décennies... Plus souvent comparée aux « mouvements des Indignés » qu'aux « printemps arabes », la mobilisation contre l'autoritarisme du premier ministre Recep Tayyip Erdoğan persiste en Turquie. Celui-ci vient de rentrer d'une tournée au Maghreb, dont le moins que l'on puisse dire est qu'elle n'a pas été très convaincante : certains observateurs estiment d'ailleurs que Rabat, Alger puis Tunis ont profité de l'occasion pour faire payer au dirigeant turc une certaine arrogance de « donneur de leçons » lors des « printemps arabes » de 2011... Alors qu'à Ankara le président de la République Abdullah Gül et le vice-premier ministre Bülent Arinç (tous deux de l'AKP) essayaient de calmer le jeu, au Maroc, en Algérie puis en Tunisie, le premier ministre a multiplié les déclarations contre « les voyous », « les apprentis-terroristes », « les vandales », « les agents de l'étranger », etc. Vocabulaire de l'intransigeance butée qui, s'ajoutant à la violence extrême de la répression policière dans les premiers jours de la mobilisation, n'a pas convaincu les alliés ou partenaires de la Turquie de la capacité du premier ministre à gérer politiquement la crise autrement que dans une confrontation aux perspectives inquiétantes. Sans parler du soutien à peine pervers du régime syrien aux « revendications démocratiques légitimes du peuple turc », de Washington à Bruxelles, de Paris à Berlin, les appels au calme se sont donc multipliés...


Références d'une sélection d'analyses parues depuis une semaine...



Analyse du 2 juin 2013 par Jean MARCOU

Que se passe-t-il à Istanbul et en Turquie?
#occupygezi , un "printemps turc"?


Istanbul a vécu 48h d’émeutes et de manifestations, après que la police a très violemment expulsé les occupants pacifiquement installés dans le parc de Gezi à Taksim, pour protester contre une opération « d'aménagement urbain » brutal visant à reconstruire sur cet espace vert déjà chétif une ancienne caserne ottomane - abritant en réalité un énième centre commercial de luxe. L’agitation a gagné une cinquantaine d'autres métropoles turques : Izmir, Ankara, Konya, etc. La Turquie n’est pas un pays où les révolutions sont fréquentes. Raison de plus pour prendre ces événements au sérieux et essayer d’en comprendre le sens, au-delà du « ras-le-bol » citoyen de la spéculation immobilière et des projets pharaoniques sans concertation qui bouleversent le visage de la métropole stambouliote : critique par la société civile de l'idéologie à la fois néo-ottomaniste et ultra-libérale du pouvoir? Crise de l'autoritarisme conservateur croissant du régime AKP ?  Contestation plus spécifique des ambitions présidentielles de l'inamovible premier ministre Recep Tayyip Erdoğan ? Voire, faute de consistance de l'opposition politique parlementaire, amorce d'un « printemps turc », par référence « printemps arabes » ?

Sur le blog de l'OVIPOT, Jean MARCOU livre une première analyse des événements.

Voir l'analyse développée...


Analyse du 26 mai 2013


L'Iran à la veille des élections présidentielles

Volet 2- L'élection présidentielle :

686-2 = 8

Une équation désormais sans inconnue ?


Les 8 candidats validés par le Conseil des gardiens le 21 mai 2013



Bien que les sanctions internationales pèsent de plus en plus lourdement sur l'économie et la société iraniennes, le dossier nucléaire est dans l'impasse. La République islamique est impliquée de manière croissante dans une guerre civile syrienne désormais largement régionalisée. L'élection présidentielle de juin 2013 était annoncée comme une échéance politique importante, jusqu'à ce que deux des principaux candidats à la candidature soient éliminés d'entrée par le Conseil des gardiens, ne laissant dans l'arène que des conservateurs liés au Guide Khamenei … Deuxième volet d'un état des lieux au début de la campagne électorale.


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Analyse du 25 mai 2013

L'Iran à la veille des élections présidentielles

Volet 1 : Le nucléaire, les sanctions, la Syrie


                  Almaty (Kazakhstan), 26 février 2013: Catherine Ashton et Saïd Jalili


Bien que les sanctions internationales pèsent de plus en plus lourdement sur l'économie et la société iraniennes, le dossier nucléaire est dans l'impasse. La République islamique est impliquée de manière croissante dans une guerre civile syrienne désormais largement régionalisée. L'élection présidentielle de juin 2013 était annoncée comme une échéance politique importante, jusqu'à ce que les deux principaux candidats à la candidature soient éliminés d'entrée par le Conseil des gardiens, ne laissant dans l'arène que des conservateurs liés au Guide Khamenei. Eléments d'état des lieux en ce début de campagne électorale en deux volets..




Analyse du 10 mai 2013

Bahreïn: au-delà du Grand Prix de F1,

l'impasse politique



Manifestation contre le Grand Prix, Manama, 20 avril 2013

L'édition 2013 du Grand Prix de Formule 1 de Bahreïn s'est déroulée le 21 avril sur le circuit de Sakhir. Au-delà de la compétition sportive, cette course est devenue depuis 2011 le temps fort de l'année politique dans le petit royaume, nettement plus que le 14 février, anniversaire du début du mois d'occupation de la place de la Perle en 2011. Car, pour l'occasion, la monarchie sunnite des Al-Khalifa entend démontrer que la situation politique est « normalisée », alors que ses opposants veulent prouver par leurs manifestations que la contestation du régime reste vigoureuse. Le Grand Prix permet donc de dresser un état des lieux, deux ans après l'écrasement du « Printemps de Manama », et alors que les réunions du « Dialogue national » tenues depuis février 2013 confirment qu'on est toujours bel et bien dans l'impasse politique ouverte par la répression de l'été 2011...


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Analyse du 1er mai 2013

Syrie. La régionalisation et

les enjeux internationaux d'une guerre imposée


«C’est le peuple syrien qui fixe la forme et l’avenir de son Etat» :

banderole de l'opposition à Alep, 12/4/2013 (source CNS)



La Syrie est entrée dans la troisième année d'une guerre civile de longue durée, d'emblée imposée à sa population par le régime de Bachar al-Assad. Dans le paysage des « révolutions arabes » ouvert début 2011, le conflit syrien fait figure d'exception : moins par sa durée que par sa violence extrême, et par ses dimensions régionales et internationales. En ce printemps 2013, et sauf basculement imprévisible, ni le régime dans sa résilience, ni les oppositions dans leurs divisions, ne disposent des moyens politiques et militaires leur permettant de « faire la différence » à court terme sur le terrain. Le conflit déborde de plus en plus sur l'ensemble de la région : par le flot croissant des réfugiés (plus d'1,5 million) vers la Turquie, le Liban, la Jordanie et l'Irak ; par la circulation transfrontalière de combattants et d'armements. Mais aussi par l'implication directe d'acteurs régionaux, étatiques ou non: le Hezbollah libanais et la République islamique d'Iran; la Turquie, la Jordanie et Israël; le Qatar et l'Arabie saoudite ; et par celle de grandes puissances à la manœuvre pour maintenir (la Russie) ou recomposer (les Etats-Unis et leurs alliés) les équilibres stratégiques du Moyen-Orient. En réalité, le conflit syrien a désormais largement dépassé les enjeux internes et de sa périphérie immédiate. Car la Syrie est désormais le terrain d'un ample bras de fer entre un groupe d'Etats arabes sunnites menés par le Qatar et l'Arabie saoudite, et la République islamique d'Iran : conflit de puissances régionales, dont la qualification confessionnelle -« le bloc sunnite » contre « l'arc chiite »- est loin de suffire à rendre compte de tous les enjeux géopolitiques.


La revue EurOrient  no 41, mai 2013, publie une livraison entièrement consacrée à la Syrie, sous la direction de Jean-Paul Burdy et d'Emel Parlar Dal. Nous livrons ici un extrait de l'introduction générale.


                                                                                         Voir le texte développé...



Billet du 20 avril 2013


Vient de paraître:

La nouvelle Egypte. Idées reçues sur un pays  en mutation, par Jean Marcou




L'excellente petite collection des « Idées reçues », éditée par Le Cavalier bleu, prend un nouveau départ, avec des volumes de plus grande taille, incluant désormais des documents photographiques. Sous le titre «  La nouvelle Egypte », Jean Marcou, ancien directeur de la filière francophone de la faculté d'économie et de science politique de l'Université du Caire, et actuellement responsable du master « Méditerranée-Moyen-Orient » à l'IEP de Grenoble, publie donc une édition revue et augmentée de « L'Egypte contemporaine », paru en 2008. Cette actualisation est de grand intérêt, car elle permet à l'auteur d'intégrer des réflexions stimulantes sur la période 2011-2013, qui a vu le renversement du président Moubarak par une forte mobilisation populaire non réprimée par l'armée, puis un processus électoral chaotique qui a permis au Frère musulman Mohamed Morsi d'accéder au pouvoir. Mais Jean Marcou ne cache pas les contradictions de cette « révolution arabe » qui a amené une Egypte économiquement exsangue et traversée par de très fortes tensions politiques et sociales, à une situation proche de l'anarchie.


Jean Marcou, La Nouvelle Egypte. Idées reçues sur un pays en mutation, Paris, Le Cavalier bleu, avril 2013, 208p.



Analyse du 12 mars 2013 par Jean Marcou

Davutoğlu l'Ottoman. Ou le retour de l'histoire ottomane dans la Turquie de l'AKP...


 Photo de famille sur le site officiel du ministère turc des Affaires étrangères...


Alors qu’il se trouvait à Londres pour rencontrer son homologue William Hague et donner une conférence à la London School of Economics, le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu, a reçu, le 7 mars dernier, lors d’un dîner à l’ambassade de Turquie, une vingtaine de représentants de la famille Osmanoğlu, qui a régné pendant plusieurs siècles sur l’Empire ottoman. S’exprimant après ce dîner historique, le chef de la diplomatie turque a déclaré : «Je suis heureux de rencontrer la famille Osmanoğlu qui n’a pas perdu le contact avec la Turquie en dépit du fait qu’elle réside à l’étranger depuis longtemps. J’aurais aimé vous rencontrer plus tôt. J’espère que nous pourrons nous revoir plus régulièrement


Cet épisode n'était pas que mondain. Il est l'occasion pour Jean Marcou d'évoquer, sur le site de l'OVIPOT, le retour de l'histoire ottomane dans la Turquie du XXIe siècle, parfois qualifié de néo-ottomanisme, voire d'ottomania...


                                                                                     Voir l'article de Jean Marcou...



Brève du 1er mars 2013


L'Afghanistan en 2014 :

éléments de bilan et perspectives





A l'approche de l'échéance de 2014, les publications vont se multiplier sur l'Afghanistan. A la fois pour tirer de nouveaux bilans de la longue intervention militaire internationale, et pour esquisser des perspectives d'évolution d'un conflit qui est depuis toujours beaucoup plus « AfPak » que strictement afghan. C'est l'objet de la 40e livraison de la revue EurOrient (publiée par L'Harmattan et disponible à partir du 4 mars), dont la rédaction a été dirigée par David Rigoulet-Roze, enseignant de géopolitique et chercheur à l'IFAS, et Ata Ayati, directeur éditorial à L'Harmattan. Une douzaine d'articles géopolitiques s'intéressent plus spécifiquement au jeu bi- et multi-latéral des acteurs régionaux et internationaux de « l'AfPak ». Les autres contributions abordent des problématiques sociétales, à la fois civiles et culturelles, par exemple les enjeux de la (mal)gouvernance, des drogues, ou du statut des femmes.


Voir le sommaire détaillé de la revue...




Analyse du 16 février 2013


 CIO-Turquie : la lutte retirée des JO de 2020 ?
Un coup en dessous de la ceinture (d'or) des pehlivan...


La Turquie a vivement réagi après l’annonce, par le Comité international olympique (CIO), mardi 12 février, de la suppression des épreuves de lutte aux Jeux Olympiques de 2020 -pour l'organisation desquels Istanbul est ville candidate. «Nous ne le permettrons jamais», a clamé dès mercredi le président de la Fédération turque, Hamza Yerlikaya. «Nous allons travailler pour que cette erreur et que cette idée soient abandonnées. Organiser des JO à Istanbul sans la lutte est absolument impensable». La Grèce, l'Iran et le Japon ont aussi dit leur indignation. Ankara n'est donc pas seule à avoir protesté : mais dans ce pays, la « lutte turque » ou « lutte à l'huile », tient une place toute particulière. Et ce, sans discontinuité, depuis le milieu du XIVe siècle ! Ce qui explique son récent classement par l'UNESCO au Patrimoine culturel immatériel de l'humanité...

Lire l'article développé...



Analyse du 7 février 2013

Iran-Egypte :

Décidément, le courant ne passe pas !


M.Ahmadinejad, sévèrement tancé par le recteur d'al-Azhar,

échappe à un double lancer de chaussures...




Mahmoud Ahmadinejad s'est rendu mardi 5 février au Caire pour participer au 12e sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI). Même si elle s'inscrivait dans ce cadre multilatéral, c'était aussi -et surtout- la première visite d'un président iranien en Egypte depuis 1979. Et avant son départ, M.Ahmadinejad avait dit espérer que son déplacement ouvrirait la voie à une reprise des relations irano-égyptiennes, rompues depuis plus de 30 ans, et que Téhéran cherche à rétablir depuis la chute du président Moubarak. Avec la radicalisation de la guerre en Syrie, l'Iran se démène pour trouver sinon des alliés, du moins quelques soutiens, dans la région. Mais le bilan du passage au Caire apparaît pour le moins mitigé : si le président Morsi a reçu son visiteur avec les honneurs réglementaires, il ne semble pas que se profile pour autant un rétablissement des relations diplomatiques, eu égard aux divergences majeures sur la Syrie. Mais c'est à la célèbre université islamique (sunnite) d'al-Azhar que la déconvenue a été la plus forte. Avant même de lire les commentaires sur la rencontre, on pouvait d'ailleurs inférer des photos officielles que le recteur d'al-Azhar n'était pas enchanté de recevoir le président iranien. Euphémisme : car il a littéralement tancé M.Ahmadinejad au nom du monde arabe et de l'islam sunnite ! Et pour couronner le tout, le président iranien a échappé de peu à un lancer de chaussures en sortant de la mosquée al-Hussein...


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Interview le 29 janvier 2013

Turquie : où en est le projet de « constitution civile » ?

Un entretien avec le professeur Ibrahim Kaboğlu


Constitutionnaliste réputé, Ibrahim Kaboğlu est professeur à la Faculté de droit de l’Université de Marmara, à Istanbul. Avocat au barreau d'Istanbul, ancien président du Conseil consultatif des droits de l’homme, il est aussi, depuis des années, une figure de la société civile turque, théoricien et praticien des droits de l’homme et de la citoyenneté, dans les champs des libertés d'association et d'expression , du droit à l'environnement et des droits sociaux. A l'occasion de son passage à l'IEP de Grenoble comme professeur-invité, nous l'avons interrogé sur l'état d'avancement du projet de nouvelle constitution (dit antérieurement  projet de « constitution civile »), qui vise soit à amender profondément la très sécuritaire constitution de 1982 (rédigée dans le sillage du coup d'Etat militaire du 12 septembre 1980), soit à rédiger un texte constitutionnel entièrement nouveau. 

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Analyse du 12 janvier 2013 par Jean Marcou

Le bilan 2012 de la politique étrangère turque

                    Ahmet Davutoğlu et Hillary Clinton à Washington le 13 février 2012

Amorcée en 2007, mais surtout développée à partir de 2009, la « nouvelle diplomatie de la Turquie » est incarnée par l'infatigable ministre des Affaires étrangères (et universitaire spécialiste des relations internationales) Ahmet Davutoğlu. A partir de sa théorisation du « zéro conflit » et de la « politique du bon voisinage », Ankara a effectivement fait sensiblement évoluer sa politique régionale en direction du monde arabe. La réconciliation avec la Syrie en a été l'illustration la plus spectaculaire à la fin de la décennie 2000. Mais,  dès le printemps 2011, le mouvement de fond des « révolutions arabes » a progressivement déstabilisé cette diplomatie turque . Et la guerre civile sanglante imposée par Bachar Al-Assad à son peuple a achevé de saper la politique arabe d'Ankara. Dans une synthèse publiée sur le site de l'OVIPOT, Jean Marcou dresse un bilan de l'année 2012 de la politique extérieure turque.

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Analyse du 12 janvier 2013


Iran-Pakistan.

La « bombe islamique » pakistanaise,

une « bombe sunnite » par procuration ?



Le Dr Abdul Qadeer Khan sur un camion pakistanais (1998)



L'actuelle exacerbation de l'affrontement fondamentalement géopolitique du « bloc sunnite » (idéologiquement dominé par Riyad et Doha) avec « l'axe chiite » (piloté par Téhéran) n'est trop souvent lue que sur les terrains « occidentaux » du Golfe persique, et de la guerre civile syrienne. Or, l'affrontement a aussi une dimension « orientale » ambivalente, autour de la bombe nucléaire pakistanaise, dont la paternité est attribuée au célèbre Dr. Abdul Qadeer Khan. L'Iran a certes profité d'une partie des technologies pakistanaises du "Dr A.Q." pour son propre programme nucléaire. Mais en même temps, Téhéran n'a pu que s'inquiéter des origines saoudienne et golfienne de l'essentiel du financement de la « bombe islamique » d'Islamabad : une  « bombe sunnite », donc ?...

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Chronique du 1er janvier 2013

Iran-Golfe.  Norman Schwarzkopf Jr. & Sr., et

le « coup tordu » de la CIA à Téhéran en 1953...


M.Mossadegh, "Homme de l'année 1951" pour Time Magazine


Le Conseil de coopération du Golfe (CCG) a tenu à Noël une réunion au sommet au Bahreïn, à la tonalité très sécuritaire, mais aux communiqués finaux étiques. A défaut de traiter de la répression anti-chiite dans le royaume, on a ressorti, pour l'occasion, le vieux dossier des trois îles et îlots du détroit d'Ormuz (Abu Moussa, la Grande Tomb et la Petite Tomb) occupés par l'Iran depuis 1971, et revendiqués par l'émirat de Sharjah (EAU). Sans surprise, le communiqué final du CCG somme l'Iran de mettre fin à ses ingérences dans les affaires intérieures des Etats du Golfe. Les Iraniens, quand à eux, menaient, au même moment, de grandes manoeuvres navales au large de leurs côtes, destinées à prévenir tout agresseur potentiel de la République islamique de la capacité de celle-ci à se défendre. On préfèrera à la redondance des communiqués du CCG l'analyse de l'évolution des Etats du Golfe qu'Olivier da Lage, très bon connaisseur de la région, vient de poster sur son blog (http://odalage.wordpress.com/). Pour notre part, nous avons retenu dans l'actualité régionale de cette fin d'année l'annonce du décès du général Norman Schwarzkopf Jr., « héros de la première guerre du Golfe ». Occasion de rappeler que son père, Norman Schwarzkopf Sr., avait été le héros d'un autre épisode de l'histoire de la région: le « coup tordu » de la CIA contre le Dr.Mossadegh en Iran en 1953...

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Analyse du 25 décembre 2012 par Jean Marcou


Noel Baba (le Père Noël) doit-il revenir

vers son Anatolie natale ?



Statue de "Noel Baba" sur la place principale de Demre (Turquie)



On ne le sait pas nécessairement, mais Nicolas (Saint-Nicolas), avant de mener une carrière internationale de Père Noël, en Occident d'abord, dans le monde entier ensuite, a d'abord été évêque de Myra en Lycie, l'actuelle ville de Demre, sur la côte méditerranéenne de la Turquie. C'était au IVe siècle. Puis ses reliques, réputées miraculeuses, ont été dérobées par des marchands italiens, qui les ont transférées à Bari. C'était au XIe siècle, alors que les Turcs seldjoukides confortaient leur pouvoir en Anatolie. Or, certaines voix s'élèvent en Turquie ces derniers temps pour demander le retour des reliques de Nicolas dans sa ville natale et sa « mère-patrie ».. La demande est moins anecdotique qu'il y paraît, car elle s'inscrit dans un mouvement croissant de revendication par les autorités turques d'une « restitution » à la Turquie d'artefacts archéologiques ou historiques détenus en Occident. Dans une livraison récente du blog de l'OVIPOT, Jean Marcou argumente le dossier des reliques de Saint-Nicolas, et l'inscrit dans un débat désormais international sur la restitution des biens archéologiques et culturels.


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Analyse du 17 décembre 2012

17 décembre 2012- Tunisie & Palestine:

début de l'An III de la décomposition &

de la recomposition dans le monde arabe

Ce 17 décembre 2012, venu à Sidi Bouzid sur la tombe de Mohamed Bouazizi, puis commémorer le deuxième anniversaire de la révolution, le président tunisien Moncef Marzouki a été accueilli par des jets de pierres et de tomates, et par des cris: « Dégage! Dégage ! » -le mot d'ordre qui avait mobilisé le pays jusqu'au départ de Ben Ali le 14 janvier 2011, avant de se répandre dans nombre d'autres pays de la région, à commencer par l'Egypte... Sous la double pression de manifestants salafistes d'abord, syndicalistes ensuite, M.Marzouki a du être exfiltré de la tribune officielle vers le bâtiment du gouvernorat. Ce même jour, le pape Benoît XVI reçoit au Vatican Mahmoud Abbas: le président de l'Autorité palestinienne effectue une tournée en Europe pour remercier les pays qui ont voté pour l'admission de la Palestine comme Etat observateur non membre lors de l'Assemblée générale de l'ONU le 29 novembre dernier. Mais la veille, 16 décembre, alors que les résultats du référendum sur la nouvelle constitution déchiraient l'Egypte, le régime de Bachar al-Assad avait bombardé le quartier de Yarmouk, à Damas, le plus grand camp palestinien de Syrie: cette attaque sanglante alimentant des combats fratricides inter-Palestiniens. Deux ans après l'évènement fondateur du 17 décembre 2010, la décomposition et la recomposition politiques n'en sont qu'à leur tout début dans le monde arabe, au Maghreb comme au Machrek. Deux coups de projecteur, l'un sur la Tunisie, l'autre sur la Palestine...

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Reportage du 1er décembre 2012

    Turquie-  Une achoura chiite  à  Istanbul très  politique et à fortes résonances régionales


La petite communauté chiite ja'farie turque est peu connue et peu étudiée, car souvent confondue avec la communauté alévie. Originaire de l'Est de l'Anatolie et de Transcaucasie azérie, désormais largement installée à Istanbul, elle a gagné en visibilité religieuse ces dernières décennies, et en puissance politique plus récemment. A la fois parce qu'elle s'inscrit dans la plus grande visibilité du chiisme au Proche et Moyen-Orient; parce qu'elle a quelques leaders dynamiques entrés en relations avec l'Iran et l'Irak; et parce que l'AKP (représentant pourtant l'islam sunnite hanéfite) semblait il y a peu vouloir lui accorder une forme de reconnaissance semi-officielle. Samedi 24 novembre s'est tenue à Istanbul la cérémonie d'ouverture de l'achoura (așura) des chiites de la métropole. L'achoura, qui commémore le martyre de Hussein est le temps fort du mois du deuil (moharram) dans toutes les communautés chiites du Proche et du Moyen-Orient. Impressions par Jean-Paul Burdy (IEP de Grenoble) aidé par Sebnem Cansun (Université Sabahattin Zaim, Istanbul) sur une cérémonie radicalement politique...

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Analyse du 20 novembre 2012


Gaza-Israël-Egypte-Syrie:

Le grand retour du Caire sur la scène régionale?



La résolution politique du conflit israélo-palestinien ne sera atteinte que sur la base d'une égalité des droits et des devoirs fondée sur le droit international. Les Israéliens ont ainsi le droit fondamental de vivre en paix et en sécurité dans un Etat reconnu par leurs voisins et par la communauté internationale, à l'intérieur de frontières définies et garanties par les résolutions de l'ONU adoptées depuis 1948. Et donc, dans une réciprocité absolue, et sur la base des mêmes principes, des mêmes valeurs et des mêmes résolutions, les Palestiniens sont légitimes à bénéficier des mêmes droits, dans les frontières de 1967, à l'heure où l'Autorité palestinienne, après l'échec de 2011, va revenir devant l'Assemblée générale de l'ONU avec de bonnes chances d'obtenir le statut « d'Etat non-membre observateur ». La nouvelle offensive militaire israélienne contre le Hamas à Gaza, quatre ans après l'opération « Plomb durci », doit s'analyser dans ce contexte. Au-delà des considérations électorales israéliennes évidentes dans cette affaire, nous mettrons ici l'accent sur les dimensions régionales du conflit...


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Billet du 6 novembre 2012

Une journée d'étude à l'IEP Grenoble:

Recompositions diplomatiques & stratégiques        après les Printemps arabes





Sciences Po Grenoble a organisé le 5 novembre, avec le think tank d’Istanbul TESEV (Turkish Economic and Social Studies Foundation) et la Région Rhône-Alpes, une journée d’étude sur « Les recompositions diplomatiques et stratégiques en cours après les printemps arabes, et autour du conflit en Syrie ». Les intervenants turcs, égyptiens, américain et français ont montré en quoi les évènements (imprévus) du monde arabe ont contraint les politiques étrangères d'Ankara et de Paris à des repositionnements parfois majeurs. La notion de « modèle turc » a été déconstruite au regard des évolutions politiques au Maghreb et au Machrek. Deux exposés remarqués se sont attachés à une toute première analyse de la « nouvelle diplomatie égyptienne », consécutive à l'arrivée au pouvoir du président M.Morsi et des Frères musulmans. La candidature de la Turquie à l'Union européenne a été abordée sous différents angles, soulignant en particulier que les évolutions autoritaires en Turquie même pesaient négativement, y compris auprès des soutiens à cette candidature, par exemple au Parlement européen. L'importance régionale et internationale de la crise syrienne a été également débattue, en même temps qu'était soulignée la nécessité de sortir des analyses simplificatrices sur le jeu des acteurs locaux et régionaux, trop souvent réduit à l'affrontement binaire « bloc sunnite » versus « arc chiite ».

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Analyse du 2 novembre 2012


Notre communication  au colloque de Lyon

Villes, acteurs & pouvoirs dans le monde arabe & musulman 



La place de la Perle à Manama, ou l'impressionnante  territorialisation

confessionnelle de l'affrontement politique au Bahreïn en 2011-2012.

 En février-mars 2011, l'épisode le plus remarqué du  « printemps de Manama »  a été l'occupation de la place de la Perle, souvent comparée à celle de la place Tahrir, au Caire. Mais, le conflit politique au Bahreïn restant très largement fondé sur des tensions socio-confessionnelles, la Perle était moins une centralité urbaine que le point de convergence des quartiers chiites de la périphérie de Manama.  Alors que le pouvoir et la base sociale de la dynastie tribale sunnite des Al Khalifa sont surtout installés dans un « bastion sunnite » au centre de l'île, hors de la ville capitale, l'opposition, majoritaire et chiite, est ancrée dans le vieux centre ville de Manama et  dans les « villages chiites » du nord-ouest et du nord-est.  La séquence bahreïnie des « révolutions arabes » de 2011 est donc restée fondamentalement marquée par le conflit chiites-sunnites, dans des formes et une inscription dans l'espace urbain qui rappellent celles du conflit d'Irlande du Nord, à Belfast par exemple.

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Billet du 30 octobre 2012

Villes, acteurs et pouvoir

dans le monde arabe et musulman

Un colloque international

 


Les villes, dans leur diversité de tailles et de statuts, ont été au cœur des processus de mobilisation politique de 2011, débouchant sur les « révolutions impensables » que l’on sait. Car c’est la ville qui permet la cristallisation des réseaux, des solidarités, des opportunités, en convergences horizontales ; et c’est la grande ville qui mobilise les sans-pouvoir, agglomère les contestations, et permet l’effet de masse qui débordera les forces de sécurité des régimes autoritaires. Le colloque international « Villes, acteurs et pouvoir dans le monde arabe et musulman », qui s’est tenu à l’IEP de Lyon les 29 & 30 octobre était donc des plus opportuns. Organisé par Fabrice Balanche et Karine Bennafla du Groupe de recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient (GREMMO) de la Maison de l’Orient et de la Méditerranée de Lyon, avec une synthèse assurée par Myriam Catusse (IREMAM Aix) et Marc Lavergne (GREMMO), le but du colloque était, à travers une quarantaine d’interventions, de comprendre le gouvernement des villes dans le monde arabe et musulman, à la lumière des défis urbains et des évolutions politiques récentes. Le premier volet du colloque a permis de souligner la diversité du gouvernement des villes, d'identifier les différents acteurs, leurs pouvoirs respectifs et leurs marges de manœuvre. Le second objectif était d'identifier les processus en cours sur le moyen et le long terme : comment évoluent le gouvernement des villes et les pouvoirs qui s'exercent sur elles ? Quelles mobilisations, et quelles non-mobilisations en 2011 ? Quel impact des « Printemps arabes » sur les sociétés urbaines, et sur les pouvoirs sur et dans la ville ?

 

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Billet du 26 octobre 2012

Vient de paraître: Emel Parlar Dal (dir.)

« La politique turque en question »



Après avoir dirigé en 2011 une première livraison collective sur « La nouvelle politique extérieure turque entre le mythe européen et la nostalgie ottomane », Emel Parlar Dal, docteure en relations internationales et enseignante au Département de sciences politiques de l'Université de Marmara, à Istanbul, publie un second ouvrage: « La politique turque en question. Entre imperfections et adaptations » (Paris, L'Harmattan, octobre 2012, 256p.). Son approche présente le grand intérêt de souligner « la transitivité entre politique intérieure et politique extérieure » (E.Parlar Dal). Les contributions des onze auteurs s'attachent donc à corréler les évolutions internes (L'AKP et l'islamisme, la question démocratique, le poids de la mémoire collective, la place de l'armée, etc.) et leurs dimensions régionales et européennes. Dans cette optique, une attention particulière est portée aux minorités et groupes ethnico-religieux: Arméniens, Grecs, Kurdes, chiites jafaris, alévis. L'ouvrage ouvre donc des pistes  stimulantes, à l'heure où l'autoritarisme se renforce en interne, et où la « nouvelle diplomatie » développée par l'AKP depuis 2007 est sérieusement remise en cause par les « Printemps arabes », et tout particulièrement par la crise syrienne.

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Analyse du 25 octobre 2012

Qatar-Gaza:  L'émir du Qatar (et cheikha Moza)

dans le « Grand Jeu » régional

 

La visite de l'émir Hamad Ben Khalifa Al-Thani à Gaza mardi 23 octobre a été brève –six heures. Elle n'en est pas moins un coup politique d'importance aux dimensions plurielles:  dans la « question palestinienne », elle apporte un soutien de poids au Hamas, au détriment d'une Autorité palestinienne déjà très affaiblie; dans le nouveau « Grand Jeu » qui oppose nombre d'Etats sunnites de la région à l'Iran et à son « arc chiite », elle conforte indubitablement le premier ensemble; dans un conflit syrien en cours de régionalisation, elle atteste indirectement de l'affaiblissement de Damas et de ses alliés libanais. Plus globalement, cette visite très médiatisée illustre l'activisme diplomatique du Qatar dans les recompositions en cours au Moyen-Orient. Et la deuxième épouse de l'émir, cheikha Moza, dont la présence à Gaza a été insuffisamment relevée, est une actrice de plein exercice de cette stratégie qatarie...

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Analyse du 20 octobre 2012


           Jordanie-Bahreïn: deux monarchies           face à des corps électoraux clivés.


                    Abdallah II de Jordanie & Hamad Al-Khalifa du Bahreïn (8/2011)

Les monarchies arabes ne sont pas toutes logées à la même enseigne. Si le roi du Maroc a su opérer une remarquable récupération du mouvement contestataire du printemps 2011 en toilettant la constitution, en organisant un référendum triomphal en juillet, puis des élections législatives non contestées en novembre, les monarques jordanien et bahreïni ont beaucoup plus de mal à gérer électoralement la contestation politique. On connaît la célèbre formule de Bertolt Brecht après les manifestations révolutionnaires du 17 juin 1953 contre le régime communiste d'Allemagne de l'Est:      «  Est-ce que ce ne serait pas plus simple pour le gouvernement / de dissoudre le peuple / et d'en élire un autre ? ». Peut-être les souverains jordanien et bahreïni se posent-ils la question, confrontés tous deux à la même équation insoluble: comment régner et gouverner en s'appuyant sur une base sociale et électorale minoritaire, alors que les opposants seraient susceptibles d'emporter les élections législatives si les conditions d'organisation des scrutins respectaient les normes démocratiques?

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Billet du 18 octobre 2012

        Yémen-Turquie: Tawakul Karman,                 Nobel de la paix, devient citoyenne turque !


La nouvelle ne manquera pas de surprendre: la Yéménite et militante féministe islamiste Tawakul Karman, figure de proue du « Printemps de Sanaa » en 2011, et récompensée pour son action par le prix Nobel de la Paix 2011 (cf. notre chronique du 28 décembre 2011, sur ce site), a récemment reçu une carte d'identité de la République de Turquie. Dans un billet intitulé «Tawakkul Karman devient turque », Jean Marcou revient sur l'évènement, vu sous l'angle de la « diplomatie néo-ottomane » du ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu. Sur le blog de l'OVIPOT: http://ovipot.hypotheses.org/7972...



Brève du 23 septembre 2012

Bahreïn: Gargamel, ou l'ennemi intérieur

au royaume des Schtroumpfs ?


                                                                     © Peyo

Les bulldozers avaient été largement mis à contribution dans la répression du « Printemps de Manama », en mars-avril 2011: démolition du monument de la place de la Perle pour supprimer le symbole de l'agora démocratique; démolition d'une cinquantaine de mosquées et de matam (maisons de prières) chiites... A l'inverse de ce tropisme destructeur, le quotidien bahreïni Gulf Daily News de ce 23 septembre apporte un heureux contrepoint: la prochaine construction de 30 maisons de 50m2, plus un palais et un château. Ensemble immobilier qui ne portera pas, comme il est habituel, le nom d'un des émirs de la tribu au pouvoir, mais celui de « Village-champignon ». Il est vrai qu'il s'agit d'édifier... un village de Schtroumpfs dans un parc d'atttraction. Dans le « Prince Khalifa ben Salman Grand Garden » (du nom du premier ministre en poste depuis 1971), donc dans le bastion sunnite du centre de l'île, à Rifaa-Ouest, au milieu des innombrables palais de la dynastie régnante - qui poussent, eux aussi, comme des champignons. Mais on s'en voudrait de faire du mauvais esprit politique en se demandant si l'infâme Gargamel, toujours de noir vêtu et toujours en train de comploter, n'allait pas dans cet affaire représenter aux yeux des enfants une forme d'ennemi intérieur (chiite) dans le petit royaume des Schtroumpfs...

                                                                                        La source de notre billet...


Analyse du 18 septembre 2012

Liban : le Hezbollah, le pape, le film. Et la Syrie.

 


Le Hezbollah libanais a participé de plein exercice à l’accueil du pape Benoît XVI : par plusieurs déclarations de bienvenue ; au plan protocolaire et politique ; par le pavoisement de la banlieue sud de Beyrouth ; par les ovations de spectateurs amenés là par l’organisation ; par la large couverture réservée à l’évènement par son groupe de médias audio-visuels, al-Manar ; et, plus indirectement, par la présence des autorités chiites aux côtés des autres dignitaires musulmans lors des réceptions officielles. Le pape  à peine reparti, Hassan Nasrallah a appelé à la télévision à une semaine de manifestations contre le film islamophobe sur le Prophète. Il a également demandé  la réunion d’urgence de différentes instances régionales, dont la Ligue arabe. Ces différents positionnements, non contradictoires, doivent s’apprécier dans le contexte  des incertitudes politiques ouvertes pour le Hezbollah par la crise syrienne…

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Billet du 9 septembre 2012

Iran-Syrie-Bahreïn: « Traduttore, traditore... »


  Sur la traduction du discours de M.Morsi



                      La délégation du Bahreïn à Téhéran (au centre. Source: BNA)

La presse internationale a fait ses délices de « l’affaire de la traduction du discours de M.Morsi » au 16e sommet des Non-Alignés à Téhéran le 30 août dernier. Résumons les faits : alors que le président égyptien dénonçait vigoureusement les exactions du régime de Damas contre le peuple syrien, les traducteurs iraniens de l'arabe au persan ont systématiquement remplacé « Syrie » par « Bahreïn ». Peu auparavant, le discours du secrétaire général de l'ONU avait également fait l’objet d’un traitement assez particulier: Ban Ki-moon aurait ainsi souligné et loué « la pleine et entière coopération de l’Iran avec l’AIEA »…. Problème: il avait dit exactement le contraire. Décidément, à Téhéran, « traduire, c'est trahir »! ...

                                                                                            Lire le texte développé...


Analyse du 6 septembre 2012

L'Egypte, la Syrie et l'Iran.

Ou quand Mohammed Morsi

joue les Recep Tayyip Erdoğan à Téhéran…



La récente visite de Mohammed Morsi à Téhéran a confirmé que le nouveau président égyptien est dans une phase politique et diplomatique ascendante. Quelques semaines après avoir fait acte d’autorité face à l’armée qui prétendait le réduire à la portion congrue, il est allé spectaculairement défier les Iraniens devant la conférence des Non-Alignés, un peu à la manière du premier ministre turc Erdoğan mouchant les Israéliens à Davos en janvier 2009, ou jouant les sultans à la Ligue arabe lors de son passage au Caire, en septembre 2011. Jean-Paul Burdy et Jean Marcou reviennent sur cette « sortie iranienne » de Morsi, et sur les développements politiques internes qui l’ont précédée....

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Analyse du 5 septembre 2012

Iran : le 16e sommet des Non-Alignés.

   « Une démonstration de force face à l'arrogance globale »?



Le moins que l'on puisse dire, c'est que la République islamique n'a pas lésiné sur les moyens médiatiques pour annoncer en amont, urbi et orbi, que la réunion à Téhéran du 16e sommet des Non-Alignés, du 26 au 31 août, allait être « une démonstration de force », un épisode majeur, voire même un tournant, dans les relations internationales. Publiant, en particulier, des listes impressionnantes de participants, dont le seul nombre ne pouvait que faire pâlir d'inquiétude « l'arrogance globale ». Et de focaliser, tout particulièrement, sur la venue de deux guest stars de premier plan: Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations unies, et surtout Mohammed Morsi, le nouveau président égyptien. Les « blogs amis » de la République islamique se sont donc empressés de relayer, et d'amplifier, ces bonnes nouvelles prospectives. Puis, comme il se doit, une fois de plus, l'histoire a été le tombeau de la prospective. Car la réunion ne s'est pas tout à fait déroulée comme prévu, et le bilan pour Téhéran apparaît pour le moins mitigé...

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Analyse du 3 septembre 2012

 Tunisie: « Ennahda, dégage ! »

        Sidi Bouzid, ou les (vraies) urgences           de la Tunisie nouvelle

9 août, Sidi Bouzid: manifestation contre les coupures d'eau

Décidément, il n’est pas inutile de suivre au quotidien l’actualité à Sidi Bouzid. Cette ville des Hautes Steppes de Tunisie est désormais mondialement connue pour avoir été, après l’immolation de Mohamed Bouazizi le 17 décembre 2010, le point de départ du mouvement de contestation populaire qui a d’abord chassé Ben Ali, puis balayé l’ensemble du monde arabe. Or, ces derniers mois et ces dernières semaines, « l’agitation » politique et sociale n’y a jamais cessé. L'avant-dernier épisode, le 23 août, a été une descente punitive de salafistes armés dans un quartier pauvre qui, la veille, les avait empêché de kidnapper un ivrogne dans la rue pour le rosser d’importance "selon les règles de la charia". Le dernier épisode date du 3 septembre: la saccage par les salafistes d'un hôtel dont le bar servait encore des boissons alcoolisées. La fermentation permanente dans cette ville à fort pouvoir symbolique, confronte donc le pouvoir des islamistes d’Ennahda à des urgences économiques, sociales et politiques (voire sécuritaires), bien éloignées des débats parfois surréalistes des comités de la Constituante sur « l’atteinte au sacré » ou « la complémentarité de la femme par rapport à l’homme »… Car c’est bien à Sidi Bouzid que l’on a entendu il y a peu, pour la première fois, le slogan : « Ennahda, dégage ! »…

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Analyse du 16 août 2012

Iran-Syrie: Drôles de pèlerins…

Téhéran s'inquiète pour son « axe de la résistance »

Le roi Abdallah et le président Ahmadinejad à l'OCI le 14 août 2012

Le délitement du régime de Bachar al-Assad, et l’hypothèse désormais de moins en moins invraisemblable de sa disparition –quelle qu’en soit l’échéance, suscitent une certaine fébrilité à Téhéran en cette fin de ramadan 2012. Et c’est sans doute moins la disparition possible de Bachar lui-même, que celle de l’alliance irano-syrienne, qui inquiète de plus en plus la République islamique. Ce dont témoignent trois évènements consécutifs récents: l’enlèvement de « 48 pèlerins » iraniens  à Damas (annoncée le 4 août); puis la tenue d’une « conférence consultative sur la Syrie » à Téhéran (le 9 août) ; puis la tenue d’une réunion extraordinaire de l’Organisation de la coopération islamique à La Mecque (les 14-15 août). Mais le faible nombre de participants à la conférence de Téhéran (une douzaine ?) contraste avec les 107 participants à la 3e conférence des Amis du peuple syrien réunie à Paris le 7 juillet dernier ; et, plus encore, avec le vote, par l’Assemblée générale de l’ONU le 3 août, d’une résolution condamnant fermement (autant que symboliquement) le régime syrien : 133 Etats ont voté pour. Et 12 ont voté contre : la Syrie, la Russie, la Chine, l’Iran, la Biélorussie, la Birmanie, la Bolivie, la Corée du Nord, Cuba, le Nicaragua, le Venezuela, le Zimbabwe…

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Analyse du 14 août 2012

Tunisie, 13 août 2012 :

La Journée de la femme « complémentaire »

 

En Tunisie, le 13 août est – « traditionnellement », serait-on tenté de dire, la Journée de la femme tunisienne. Jour férié commémorant l’adoption, en 1956, du Code du statut personnel (CSP), monument du « féminisme d’Etat » et du progressisme bourguibistes, qui a fait de la Tunisie le pays arabe où les femmes disposent des droits les plus avancés, quoi qu’en prétende curieusement, mais obstinément, le voisin algérien. Mais la Journée 2012 a été marquée par une importante mobilisation militante et plusieurs manifestations, suite à la révélation de l’adoption par la commission des droits et libertés de l’Assemblée constituante, sur proposition des député(e)s islamistes d’Ennahda, d’un projet d’article 28 définissant la femme comme « complémentaire de l’homme au sein de la famille ». A l’heure où l’agitation sociale et politique bouillonne dans le pays (et singulièrement à Sidi Bouzid, ville de départ du grand mouvement des « Printemps arabes », le 17 décembre 2010), cette focalisation des islamistes sur une définition réactionnaire (au sens premier du terme) du statut des femmes est significative et de leur positionnement sociétal conservateur (ce qui n’est pas une découverte), mais peut-être surtout d’un décalage croissant avec les urgences sociales et économiques à traiter dans le pays…

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Analyse du 1er août 2012

France-Bahreïn:

Retour sur le tweet d'une journaliste à l'Elysée...


© Capture d'ecran / Bahrain News Agency

Mais que faisait donc le président de la République le 23 juillet 2012 au matin ? Décidément, le site www.elysee.fr, qui nous envoie aimablement depuis quelques années sa lettre hebdomadaire, ne nous paraît guère plus fiable sous « la présidence normale » qu'au temps de « l'hyperprésidence » de Nicolas Sarkozy. Sous ce dernier, au début 2011 (mais peut-être était-ce l'effet d'un « Printemps arabe » en plein développement ?), on a ainsi vu disparaître du site tout un ensemble de photographies et de communiqués concernant les visites officielles à l'Elysée de quelques chefs d'Etat: par exemple, celle, fin 2007, du Guide Mouammar Kadhafi -pourtant un grand moment d'histoire encore présent dans toutes les mémoires; et celles du président Bachar el-Assad en juillet 2008, puis en novembre 2009, et encore en décembre 2010. Or, le 23 juillet 2012, il faut que nous recevions le tweet avec une « photo (presque) volée » d'une journaliste de l'AFP à l'Elysée, relayé par le seul lefigaro.fr, pour apprendre que le président de la République François Hollande a reçu dans la matinée le roi du Bahreïn Hamad ben Issa Al-Khalifa. Heureusement, le site de la Bahrain News Agency (BNA) est beaucoup plus prolixe que celui de l'Elysée. Retour sur cet épisode, sous divers angles de lecture...

                                                 Voir le texte développé et un peu d'iconographie...


Billet du 1er août 2012

Turquie: la machine répressive

tourne à plein régime pendant l'été...


En Turquie, il n'y a pas de pause estivale, ni de pause du ramadan, en matière d'atteintes aux droits de l'homme. La machine policière et judiciaire du gouvernement islamo-conservateur de l'AKP tourne donc à plein régime, au détriment de droits fondamentaux pourtant inscrits dans les textes constitutionnels, et en contradiction avec les grands textes internationaux dont la Turquie est signataire. Avec, depuis deux ans, une véritable litanie de groupes et d'individus concernés par les arrestations (certaines méritant d'ailleurs le qualificatif de rafles), et des procès par fournées pour « atteinte à la sûreté de l'Etat »: des Kurdes, des élus municipaux, des universitaires, des éditeurs, des journalistes, des étudiant(e)s, des militaires, des avocats, des syndicalistes... On a parfois le sentiment de se retrouver trente ans en arrière, après le coup d'Etat militaire de 1980 ! Faute de pouvoir les évoquer tous, certains cas retiennent plus particulièrement notre attention d'universitaire: le harcèlement judiciaire contre la sociologue Pınar Selek; le procès en cours contre notre collègue historienne et politologue de l'Université de Marmara, Büşra Ersanlı (qui a partagé sa cellule avec une étudiante de science politique de la même université, Büşra Beste Önder); et l'arrestation, le 9 mai dernier, d'une jeune étudiante franco-turque lyonnaise, Sevil Sevimli (photo), en échange Erasmus à l'Université d'Eskisehir...

Quelques références....




Analyse du 25 juin 2012

Une tension partagée entre l'Iran et le Pakistan:

la question du « Grand Baloutchistan »



De même que le "Grand Pachtounistan" suscite depuis des décennies des tensions entre l'Afghanistan et le Pakistan -en réalité depuis le tracé de la célèbre "Ligne Durand" à la fin du XIXe siècle-, la question du "Grand Baloutchistan", un peu plus au sud,  génère des tensions internes en Iran et au Pakistan, et pèse sur les relations bilatérales entre Téhéran et Islamabad. C'est l'un des innombrables héritages de la mosaïque complexe des confins occidentaux de l'Empire des Indes britanniques, à proximité, qui plus est, du détroit d'Ormuz, accès éminemment stratégique au Golfe persique....




Analyse du 10 juin 2012

Afghanistan: l'Iran et la perspective

du retrait de la coalition internationale


Islamabad, février 2012: H.Karzaï, A.Zardari, M.Ahmadinejad

Le départ de la coalition internationale étant a priori acquis (même si les Etats-Unis sont susceptibles de garder des facilités militaires après 2014), la relation de l’Iran à l’Afghanistan reste fondée sur l’impératif stratégique que ce pays ne puisse pas être utilisé comme plate-forme pour une déstabilisation de l’Iran, ni par un djihadisme sunnite anti-chiite, ni pour une attaque contre les installations nucléaires iraniennes. Puissance régionale, entretenant de bonnes relations politiques et commerciales avec New Delhi, l'Iran développe donc une politique d'ouverture vers ses voisins orientaux -Kaboul et Islamabad, en recherchant en même temps les soutiens russe et chinois...

                                                                                                 Voir l'article développé...


Analyse du 9 juin 2012

« Af-Pak »: la Ligne Durand  et la question du "Grand Pachtounistan"

 Drapeau du "Grand Pachtounistan", Afghanistan, années 1950

A partir du XIXe siècle, un peu à la manière de deux plaques tectoniques, la poussée russe vers le sud  et la poussée britannique vers le nord-ouest, se sont rencontrées et heurtées en Afghanistan. Apparu à la fin du XVIIIe siècle, l’Emirat d’Afghanistan est donc érigé dans les années 1830 en Etat-tampon (« Buffer State ») entre l’Empire russe colonisant le Turkestan, et l’Empire britannique des Indes. Il sera dès lors, tout au long du siècle, l'un des principaux terrains du « Grand Jeu », le « Great Game », un des épisodes les plus célèbres des relations internationales au XIXe siècle, popularisé en 1901 par Rudyard Kipling, auteur du « Livre de la Jungle », mais surtout chantre littéraire de l’impérialisme britannique. A la fin du siècle, alors que les limites orientales de l’Emirat étaient des plus floues, les Britanniques vont estimer nécessaire de tracer une démarcation frontalière visible sur le terrain, et internationalement reconnue : ce sera la fameuse « Ligne Durand », du nom du colonel et diplomate britannique Sir Henry Mortimer Durand (1850-1924). A quelques infimes modifications près, c’est l'actuelle frontière afghano-pakistanaise. Ou, plus précisément, c’est l’enveloppe extérieure des célèbres « zones tribales pakistanaises », peu à peu devenues l’épicentre du conflit « Af-Pak », et des frappes des drones américains….

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Billet du 8 juin 2012

L'Euro 2012, ou les frontières

(très particulières) de l'Europe du football...



L'Euro 2008 (cliquez pour agrandir)

« Où sont les frontières orientales de l'Europe ? » : sujet classique d'un Grand Oral de Sciences Po, ou des épreuves de « Questions européennes » des concours. L'Euro 2012, commence aujourd'hui, co-organisé par la Pologne (membre de l'UE et de l'Espace Shengen) et l'Ukraine (balançant depuis 1991 entre un tropisme nationaliste ouest-européen et la tentation « orientale », autoritaire et russophile): de quoi apporter une touche d'originalité à la réflexion du candidat élaborant son plan en deux parties et deux sous-parties. Quelles sont donc les frontières de l'Europe du football? Née en 1954, en pleine Guerre froide, l'UEFA compte actuellement 53 fédérations-membres: la liste en est aisément accessible, et elle dessine les contours d'une Europe du ballon rond aussi surprenante que très géopolitique. En Europe occidentale, signalons l'absence d'un « Equipe nationale du Royaume-Uni », celui-ci étant représenté par l'Angleterre, l'Ecosse, le Pays de Galles et l'Irlande du Nord. Gibraltar est « membre associé »,au grand dam de l'Espagne. Monaco n'est pas membre de l'UEFA, mais d'un improbable « Groupe de travail des petites nations de la FIFA ». Si San-Marin est membre, pas d'équipe officielle de l'Etat de la Cité du Vatican. Plus sérieusement, pour revenir à la question initiale, mentionnons parmi les membres « européens » orientaux --nous avons volontairement formé des couples parfois improbables: l'Azerbaïdjan et l'Arménie; la Géorgie et la Russie; la Biélorussie et le Kazakhstan... Ainsi que la Turquie (candidate à partir de 1959, Ankara est « full member » depuis 1962, après 8 ans au sein de la Fédération asiatique) et Israël (« full member » depuis 1994, après son expulsion de la même Fédération asiatique en 1974)... Le Kosovo n'est pas encore intégré, mais « peut recevoir des matchs amicaux », ce qui n'est pas le cas de la République turque de Chypre du Nord, non reconnue par l'UEFA, pas plus que les fédérations de football de Transnistrie, d'Abkhazie, d'Ossétie du Sud et du Haut-Karabagh. Bref, l'inventaire des fédérations membres -et des absents- de l'UEFA nous donne une belle leçon de géographie historique européenne...

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Analyse du 21 avril 2012

« Bloody Formula 1 » : Jours de colère autour

du Grand Prix de Formule 1 du Bahreïn


Bahreïn, avril 2012: Fresque appelant au boycott du Grand Prix

Le maintien du Grand Prix de Formule 1 sur le circuit de Sakhir, au Bahreïn, a été annoncé par la Fédération internationale de l'automobile à peine huit jours avant le week-end des épreuves (les essais de qualification les 20 et 21 avril, la course dimanche 22 avril). Et ce, après des mois de polémiques sur la situation sécuritaire réelle dans le royaume : le régime prétendant l’ordre revenu, et utilisant pour le faire savoir de grandes agences anglo-américaines de communication ; l’opposition entendant rappeler aux yeux du monde que la répression engagée il y a un an n’avait rien résolu, et que les revendications démocratiques étaient toujours d’actualité ; les éminences grises de la FIA s’inquiétant surtout des pertes financières que l’annulation entraînerait, la question des droits de l’homme et de la démocratie n’étant, à l’évidence, pas de leur ressort… Etat (provisoire) des lieux, à la veille de la compétition, alors que l’opposition a appelé à « Trois jours de colère », et que l’activiste des droits de l’homme Abdoulhadi al Khawaja, est en grève de la faim en prison depuis 72 jours….

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Analyse du 16 février 2012

       Après les « printemps de 2011 », une période difficile           pour les femmes du monde arabo-musulman?

Un entretien avec la professeure Fadia Kiwan.


Marrakech, Maroc, 8 mai 2005

Madame Fadia Kiwan, professeure de science politique, directrice de l'Institut des sciences politiques de l'Université Saint-Joseph à Beyrouth, et militante pour la promotion des droits des femmes dans le monde arabo-musulman, et pour leur participation à la vie politique, a bien voulu nous accorder un long entretien à l'occasion de son récent séjour à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, invitée par les masters « Méditerranée-Moyen-Orient » et « Organisations internationales ».

Lire l'entretien avec Fadia Kiwan...



Chronique du 14 février 2012


Bahreïn-Iran, 14 février 2012

Jours tranquilles à Manama et à Téhéran...


Téhéran, 1er février 2012: 33 ans après, un Khomeyni en contreplaqué rentre en Iran

Ce mardi 14 février 2012 marque un double “premier anniversaire” dans deux pays peu éloignés l'un de l'autre, qui ont une longue histoire aussi partagée que conflictuelle, et qui prétendent tous deux à la "normalité de la situation": le Bahreïn et l'Iran. L'occasion de rendre hommage à Henry Miller, même si, à Manama comme à Téhéran, l'on est bien loin de Clichy ...



Analyse du 25 janvier 2012

Bahreïn : un an après le 14 février 2011,

où en sont les chiites et les sunnites?


             Manama, 12 janvier 2012: alam (bannière) pour l'arbaïn chiite (photo JPB)

Le 14 février 2012 marquera le premier anniversaire de l’éphémère “Printemps de Manama”, dans le royaume du Bahreïn. L’épisode principal en a été l’occupation de la place de la Perle par des milliers de manifestants réclamant, pour l’essentiel, une démocratisation politique et sociale - une minorité radicale appelant au remplacement de la monarchie par une république. Le mouvement a été brisé dès le 15 mars 2011 par l’intervention concomitante des forces de sécurité bahreïnies et des troupes saoudiennes, sous couvert de la force “Bouclier du Golfe” du Conseil de coopération du Golfe (CCG). Un an après, les tensions et la répression persistent au quotidien, dans une évolution qui renvoie à “l’intifada chiite” des années 1990. En effet, la grille de lecture la plus fréquente des évènements oppose la monarchie sunnite des al-Khalifa (soutenue par l’Arabie saoudite et les Etats sunnites du Golfe) à des opposants chiites (derrière lesquels se profilerait la République islamique d’Iran) : le Bahreïn serait ainsi le microcosme d’une compétition pour l’hégémonie régionale entre les monarchies arabes du Golfe, soutenues par les Etats-Unis et la République islamique d’Iran.

Le recul d’une année permet à la fois de valider globalement l’approche confessionnelle (chiites/sunnites), mais de la nuancer sérieusement. En effet, si les racines historiques de l’opposition confessionnelle sont anciennes, le mouvement du printemps 2011 a clairement cherché à les dépasser. C’est le régime lui-même qui, par la stigmatisation des chiites et du rôle supposé de l’Iran, a « reconfessionnalisé » les oppositions politiques et sociales. Mais, ayant radicalisé pour cela une population sunnite tétanisée, le monarque se trouve désormais pris dans des contradictions qui obèrent ses tentatives de sortie de l’impasse politique...

Ce texte a été rédigé pour le site "Les Clés du Moyen-Orient" ...

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Billet du 24 janvier 2012

                          Bahreïn, janvier 2012: 

               Ne cherchez plus une pièce de 500 fils à Manama !


En ce début 2012, les épiciers indiens ou pakistanais de Manama sont réticents à plonger  dans leur caisse à la recherche d'une pièce de 500 fils (environ un euro). Car la probabilité d'en retrouver une est pratiquement nulle. Emise à partir de 2000, elle n'est pourtant pas très ancienne, et elle était d'un usage courant au quotidien. Elle est désormais introuvable: l'Autorité monétaire bahreïnie (BMA) a brusquement décidé de la retirer en totalité de la circulation. Parce que cette pièce portait au revers le dessin du monument de la Perle, symbole de la mobilisation massive du “printemps de Manama”, du 14 février au 15 mars 2011. Sur la place du même nom (Dawar al-Lulu, Place de la Perle), le monument, érigé en 1981, célébrait les six Etats du Conseil de coopération du Golfe, et la perle naturelle, ressource principale de la région avant le pétrole. Après la proclamation de l'état d'urgence, le 15 mars, l'une des premières mesures décidées par les tenants de la ligne dure avait été de détruire le monument, et de transformer la place circulaire en voie rapide. Mais, même disparu physiquement, le monument reste omniprésent au Bahreïn. Les opposants essaient  toutes les semaines d'approcher le site, rebaptisé ("Carrefour al-Farooq"), strictement interdit d'accès par des barbelés et des barrages des forces spéciales. La silhouette du monument est partout visible, taguée sur tous les murs de l'archipel, malgré les efforts des brigades nocturnes chargées de recouvrir les slogans anti-monarchiques. Et, dans les quartiers chiites, on érige régulièrement des modèles réduits du monument, de quelques décimètres à plusieurs mètres. Les hardliners ont voulu supprimer un monument symbolique: à  l'évidence, ils ont échoué. Le monument de la Perle est désormais devenu un lieu de mémoire politique hors sol...

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Chronique du 28 décembre 2011

« Printemps arabes » : la part des femmes.

Quel « women empowerment » en 2011?


Sanaa, printemps 2011: Tawakul Karman et ses trois filles


Le 7 octobre dernier, l'attribution du prix Nobel de la Paix 2011 à la militante yéménite Tawakul Karman, co-récipiendaire avec deux Libériennes, n'a guère inspiré les commentateurs français. Il est vrai que cette activiste des droits humains, des droits des femmes et de la liberté de la presse, n’avait abandonné le niqab pour le foulard qu’en 2004, qu’on l’a souvent vue en 2011 sur la Place du Changement à Sanaa manifestant contre le président Saleh à la tête de milliers de femmes yéménites en niqab, qu’elle est membre du parti islamiste al-Islah, proche des Frères musulmans, et qu’elle a déclaré, à l’occasion de la remise de son prix à Oslo, serrer pour la première fois la main d’un homme … De quoi rester perplexe au regard des grilles traditionnelles d’analyse des mobilisations féminines et féministes. Plus globalement, on a peu lu, en France en 2011, sur la place des femmes dans les « révolutions arabes ». Il a fallu attendre le 23 octobre, et deux « coups de tonnerre » supposés, pour que l'on s'intéresse –enfin- à la part des femmes dans l’évènement. Mais plutôt sur le ton de la déploration quand à leur sort à venir…

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Analyse du 23 décembre 2011

Bahreïn : « What next ? » . Que faire du rapport  de la commission d’enquête de la BICI?

 


Le 23 novembre 2011, M.Cherif Bassiouni a officiellement rendu au roi Hamad al-Khalifa, en présence du prince héritier et du premier ministre, le rapport de la Bahrain Independent Commission of Inquiry (BICI), commission internationale indépendante chargée d’enquêter sur les évènements de février-mars 2011 et sur l’état d’urgence. Fait unique dans le monde arabe, la BICI avait été instituée fin juin par un décret royal. Son rapport était très attendu: par la majorité des opposants, par le régime (ou, plus exactement, par certaines composantes du régime), et par des observateurs extérieurs estimant que le texte pourrait offrir une piste de sortie d’un conflit totalement bloqué.

Un mois après, on peut esquisser un premier bilan. Sans aller jusqu’à nommer les responsables politiques (ce qui n’était pas dans sa mission), le rapport Bassiouni a indéniablement clarifié et la chronologie, et le rôle des acteurs des évènements. A travers ses préconisations, il a peut-être jalonné quelques pistes pour une reprise du dialogue politique. Pourtant, la manière dont le texte a été présenté par la presse officielle, et les acteurs officiels qui s’en sont prioritairement emparé, permettent cependant d’être dubitatif sur la suite des évènements.

Voir le texte intégral…


Analyse du 9 décembre 2011


La Ligue arabe contre la Syrie:

« Bloc sunnite »  versus « Arc chiite » ?


Octobre 2010, Beyrouth, visite de M.Ahmadinejad: "L'arc chiite"


« L'arc chiite » revient en première page des gazettes, à l'occasion de la condamnation de la Syrie par une Ligue arabe habituellement plus timorée. L'une des grilles d'analyse privilégiée ces derniers jours est que l'on se trouverait désormais dans une confrontation entre « un bloc sunnite », dont l'Arabie saoudite serait le chef de file (« un axe Riyad-Le Caire-Ankara » lit-on parfois), et « l'arc chiite » piloté par l'Iran depuis trois décennies (« l'axe Téhéran-Bagdad-Damas-Beyrouth »), dont la Syrie serait actuellement le maillon faible, mais toujours inquiétant par sa capacité de nuisance régionale. Cette schématisation binaire est contestable, car simplificatrice. Un retour aux fondamentaux de la realpolitik des acteurs étatiques nous paraît donc nécessaire...




Chronique du 3 décembre 2011

Iran/Téhéran: Les curieuses adresses

de certaines ambassades occidentales




L'attaque de l'ambassade du Royaume-Uni à Téhéran le 29 novembre est l'occasion de s'intéresser à quelques plaques de rues de la capitale iranienne. On le sait peu, mais il est au moins un militant nord-irlandais dont le nom est bien connu en Iran. Et une paisible commune des Yvelines (France) dont tout Iranien vous détaillera les caractéristiques. Certes, si l'on consulte le site officiel du Foreign Office britannique, l'ambassade britannique serait installée « 198, Ferdowsi Avenue ». Mais n'importe quel taxi de Téhéran vous conduira en réalité « Bobby Sands Street ». Quant à l'ambassade de France voisine, elle est sise « Nofel-Lochato Street ». Explications...


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Billet du 1er décembre 2011

Pékin/Damas/Téhéran:

De la liberté d'attaquer les ambassades...

Il en va à Téhéran comme à Pékin ou à Damas. Quand, à plusieurs reprises dans la décennie 2000, des manifestants chinois se sont « spontanément réunis  » pour lancer slogans et projectiles divers sur l'ambassade du Japon, devant des caméras de télévision convoquées la veille, il n'est venu à l'esprit de personne de douter que c'est le régime communiste qui « organisait la spontanéité » avec l'efficacité (et, en l'espèce, la retenue nécessaire) qu'on lui connaît. A preuve, sur un simple coup de sifflet ou un ordre bref énoncé avec autorité, on a vu les manifestants replier des banderoles soigneusement calligraphiées, tourner les talons, et quitter les lieux sans barguigner. Quand à Damas, en septembre dernier, des manifestants saccagent la chancellerie saoudienne, caillassent l'ambassade de France ou les consulats turcs, tout le monde comprend bien évidemment que ce sont là de « simples citoyens syriens en colère », pour reprendre l'aimable langue de bois de l'agence de presse officielle syrienne SANA, décidément digne héritière de l'ATA (Agence télégraphique albanaise !) au temps de feu "le grand dirigeant Enver Hoxha".

Et donc quand, à Téhéran, le 29 novembre, des « étudiants en colère » (selon la terminologie officielle. Vu leur âge apparent, ils poursuivent sans doute des études longues...) envahissent la représentation diplomatique du Royaume-Uni en escaladant grilles et murs d'enceinte, s'y livrent à des déprédations qui touchent au symbolique (brûler l'Union Jack, fouler aux pieds le portrait de la reine, déménager les armoiries royales), et procèdent au saccage d'une partie des locaux tout en menaçant les personnels présents, nul ne doit douter non plus de l'organisation de leur « colère spontanée » par une des fractions du régime iranien. Qui connaît un peu les lieux (le quartier diplomatique: l'ambassade de Russie est de l'autre côté de la rue, l'ambassade de France un peu plus loin sur le même trottoir) sait que des forces de police sont stationnées en permanence et en nombre devant les grilles de la « rue Bobby Sands ». Leur passivité exemplaire le 29 novembre signe le crime de violation d'une enceinte diplomatique. Dans un pays où certes il y a un précédent fondateur (la prise d'otages de l'ambassade américaine, du 4 septembre 1979 au 20 janvier 1981), mais où il n'est de manifestations politiques qu'organisées par le régime, ou violemment réprimées dans tout autre cas.

Ceci posé, reste une question: pourquoi l'agence de presse officielle iranienne FARS a-t-elle jugé utile de diffuser sur son fil international cette image de Pulp Fiction de Quentin Tarantino ??? Pour le coup, nous avouons notre perplexité !

                                                                     Voir sur les relations anglo-iraniennes...


Chronique du 20 novembre 2011

Bahreïn: entre impasse politique et intifada rampante, une “nord-irlandisation” du conflit?


               Septembre 2011: quartier chiite de Tubli, érection d'une "mini-Perle"

Le Bahreïn continue d'être un angle mort des « révolutions arabes ». Alors que l'attention internationale est légitimement focalisée sur la régionalisation et l'internationalisation du conflit en Syrie, et que les commentateurs occidentaux s'inquiètent prioritairement des résultats « islamistes » sortis des urnes tunisiennes, marocaines et égyptiennes, la situation au Bahreïn reste totalement absente des médias. Or, depuis la première « contre-révolution arabe » à la mi-mars 2011, malgré une répression qui ne s'atténue pas,  les tensions politiques persistent dans le royaume, où les oppositions continuent à manifester pratiquement quotidiennement. Sans débouché politique prévisible à cours terme, avec une confessionnalisation accrue du conflit: au risque donc d'un enlisement de type nord-irlandais...



Billet du 2 novembre 2011

Arrestations en Turquie: une très inquiétante régression des libertés fondamentales

Loin d'évoluer vers une solution politique et constitutionnelle, comme on pouvait l'espérer il y a trois ou quatre ans, la « question kurde » est de plus en plus gérée par le gouvernement de l'AKP comme une question sécuritaire de lutte antiterroriste. L'acharnement policier et judiciaire était déjà spectaculaire dans nombre de poursuites contre des militants politiques ou de la société civile, des intellectuels et des journalistes. Il prend ces derniers mois une ampleur qui ne peut laisser indifférent, et qui dépasse d'ailleurs désormais largement le seul dossier kurde.

« L'affaire Pınar Selek » est exemplaire, qui vise une sociologue accusée de complicité dans un attentat en 1998. Notre collègue a déjà été acquittée à trois reprises, la dernière fois en février 2011. A chaque fois, et encore en septembre dernier, et malgré une campagne internationale de pétitions et de mises en garde des ONG de défense des droits de l'homme, le procureur a fait appel de l'acquittement, dans un acharnement qu'il faut bien qualifier de politique. Et qui dure depuis 13 ans.

Depuis 2009, sur ordre, les autorités judiciaires ont lancé une vaste procédure antiterroriste tous azimuts qui a abouti à des milliers d'arrestations dans « des milieux pro-kurdes », soupçonnés de « complicité avec le PKK »: citoyens ordinaires ou de la société civile, enfants et adolescents, militants politiques et élus locaux, intellectuels et journalistes, se retrouvent embastillés, et traînés dans des procès qui valent à la Turquie une liste interminable de condamnations par la Cour européenne des droits de l'homme.

Ces derniers jours, la rafle a visé des personnalités éminentes, activistes notoires des droits de l'homme et des minorités: la traductrice Ayşe Berktay, l'éditeur Ragip Zarakolu, l'historienne et constitutionnaliste Büşra Esranlı (professeure à l'Université de Marmara, à Istanbul)... Au prétexte de la « lutte antiterroriste », et dans une logique sécuritaire aux racines nationalistes anciennes, la politique du gouvernement de M. Erdoğan devient donc des plus inquiétantes au regard des droits de l'homme et des libertés publiques. Il va bientôt falloir parler d'un « contre-modèle turc » qui dégrade en permanence les avancées démocratiques du début de la décennie 2000, en partie liées à la candidature de la Turquie à l'Union européenne...



Analyse du 25 octobre 2011    

Libye : Omar al-Mokhtar (1862-1931),

héros de Kadhafi et... des rebelles de Benghazi


8 juin 2009: Kadhafi à Rome, avec la photo d'al-Mokhtar sur son uniforme

Lors de l’arrestation-lynchage de Muammar Kadhafi, jeudi 20 octobre, on a pu voir de nombreuses images d’un jeune thuwar (révolutionnaire) brandissant en guise de trophée le pistolet 9mm plaqué or du colonel. La crosse dudit pistolet s’ornait du portrait d’Omar al-Mokhtar. Celui-ci aura donc décidément accompagné Kadhafi jusqu’au dernier jour. Et pourtant, nombre de Libyens estimaient depuis des décennies qu’il s’agissait d’une véritable captation d’héritage anticolonialiste par Kadhafi. Au point que les « rebelles de Benghazi », désormais au pouvoir, en avaient fait depuis le printemps leur figure de référence, au même titre que le drapeau tricolore de la dynastie sénoussie, redevenu depuis peu le drapeau de « la nouvelle Libye libérée »…




Billet du 28 septembre 2011

Quelques acteurs hors organigramme

de la diplomatie française au Proche-Orient


BHL à Benghazi, 15 septembre


Les acteurs de la politique étrangère ne sont pas tous des permanents apparaissant sur les organigrammes de la cellule diplomatique de l'Elysée ou du Quai d'Orsay. Des affaires récentes ont ainsi rappelé l'existence (ancienne) de conseillers occultes et autres porteurs de valises. Mais il existe aussi, depuis toujours, des acteurs (et actrices) tout à fait officiels, chargé(e)s de missions d'ampleur variable, et de plus ou moins longue durée. Autour du conflit proche-oriental, et des « révolutions arabes », les dernières semaines en ont donné plusieurs exemples, auxquels les étudiants préparant l'épreuve de « Questions internationales » des concours administratifs ont pu prêter attention.


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Analyse du 25 septembre 2011

« Washington, We 've Got a Problem... »

Obama à l'ONU (2) Le Bahreïn


Le roi Hamad du Bahreïn et le président Obama à l'ONU le 21 septembre


Dans son discours à la tribune de l'Assemblée générale, le président Obama a cherché à valoriser le soutien américain au mouvement populaire de démocratisation qu'est « le printemps arabe », Ce qui, dans une démarche téléologique -donc à déconstruire, est un effort discursif pour faire oublier que les Etats-Unis avait soutenu jusqu'il y a peu des régimes arabes autoritaires ou dictatoriaux. Jusqu'à ce que la prise en compte réaliste (et plus rapide à Washington qu'à Paris !) du mouvement des peuples, amène à lâcher Ben Ali -un pion mineur-, mais surtout Moubarak, pilier de l'influence américaine dans la région. Et amène ensuite les Etats-Unis à intervenir en Libye (en arrière-plan toutefois), et à soutenir Yéménites, Syriens et Iraniens contre leurs régimes respectifs. Il y a cependant deux accrocs sérieux dans cette auto-célébration américaine: l'absence de soutien aux Palestiniens (1), et la question du Bahreïn (2)....


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Analyse du 24 septembre 2011

« Washington, We 've Got a Problem... »

Obama à l'ONU (1) la Palestine


23 septembre 2011: M.Abbas remet à Ban Ki-moon la demande officielle de reconnaissance de la Palestine comme 194e Etat membre.

Ce 21 septembre 2011, Barack H.Obama a beaucoup déçu au Proche et au Moyen-Orient. Son discours devant l'Assemblée générale de l'ONU n'a, certes, pas surpris grand monde. La position américaine sur la question centrale de la session 2011 -la demande officielle de l'Autorité palestinienne d'une reconnaissance de la Palestine comme Etat membre- était connue depuis quelques semaines: quoi qu'il arrive, Washington y opposera au Conseil de sécurité, si besoin est, son veto. Les observateurs (et observatrices) ont noté l'accueil pour le moins mitigé que la grande majorité des délégués ont réservé au discours du président américain. Son propos a, en effet, signifié l'abandon évident de quelques objectifs essentiels du début du mandat. Et mis en exergue quelques contradictions américaines face aux « révolutions arabes ». Focus sur la Palestine (1), et sur le Bahreïn (2)...

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Billet du 23 septembre 2011

Vous voulez devenir le 193e Etat membre de l'ONU en moins d'une semaine?

Pas de problème! Mode d'emploi.


Le président Salva Kiir Mayardit intervient le 23 septembre 2011 à la tribune de l'ONU, juste avant le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas (capture d'écran).

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Analyse du 20 septembre 2011

La France, la Turquie et le monde arabe: deux politiques étrangères en phase de redéfinition

Le Caire, 14 septembre: R.T.Erdoğan chez le pape copte Chenouda III

Il s'est dit, « dans certains milieux français autorisés », que l'un des critères de fixation, au dernier instant, de la date du voyage-éclair de Nicolas Sarkozy (et de David Cameron) en Libye, jeudi 15 septembre, était que ce déplacement devait à tout prix précéder l'arrivée à Benghazi du premier ministre turc. On le sait, Recep Tayyip Erdoğan a effectué à la mi-septembre une tournée arabe -successivement en Egypte, puis en Tunisie, et enfin en Libye-, qui a été abondamment commentée par les médias internationaux et par les spécialistes de la région. La concomitance des visites en Libye permet de faire un point d'étape sur les recompositions contraintes de l'action diplomatique des deux pays dans le monde arabe...

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Billet du 9 septembre 2011

            Retour sur une photo de groupe :                   la « Conférence sur la Libye nouvelle »,      Palais de l’Elysée, 1er septembre 2011

 

Les photos des grandes réunions familiales permettent d’apprécier la mise en scène, de relever les présences, de s’étonner des absences, de commenter les vêtements, les attitudes. La photographie officielle prise au Palais de l’Elysée le 1er septembre dernier, à l’occasion de la « Conférence de soutien à la Libye nouvelle », mérite d’être regardée avec attention. On ne résiste pas à l’envie d’essayer de mettre un nom sur chacun des 62 visages. Et, dans sa composition, le cliché sollicite le commentaire...

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Billet du 8 septembre 2011

« Afghanistan.

Gagner les coeurs et les esprits »

Paru le 8 septembre 2011




Cet ouvrage collectif est publié 10 ans après les attentats du 11 septembre, à l'origine de la deuxième guerre d'Afghanistan. Il reprend largement les interventions d'une passionnante journée d'étude organisée à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble par Pierre Micheletti, ancien président de Médecins du Monde. Elle avait permis de confronter les analyses d'universitaires, les hypothèses de spécialistes de l'Afghanistan, les retours d'expérience de militaires français, et surtout de praticiens de l'humanitaire, engagés là parfois depuis 1979.


La coalition militaire internationale va se retirer d'Afghanistan. Son bilan sera discuté. Du maréchal Lyautey à David Galula, « Gagner les coeurs et les esprits », est une antienne de la contre-insurrection à la française (et à l'anglaise, depuis la  Malaisie :        « Win Hearts and Minds »), bien antérieure donc au « US Marines Corps Counterinsurgency Field Manual » co-signé en 2007 par le général David Petraeus, fort de son expérience irakienne. Les militaires ne sont évidemment pas les responsables premiers de l'impossibilité de convaincre les Afghans de la légitimité de cet objectif ambigu. Dès à présent, il faut d'autres acteurs, et d'autres projets, pour reconstruire la relation du « royaume de l'insolence » (Mike Barry) au reste du monde...


Voir la présentation détaillée de l'ouvrage...

co-édité par les Presses Universitaires de Grenoble

et Radio-France International...



Analyse du 6 septembre 2011

Bahreïn 2011, Qatar 2011, Iran 2012

Participer aux élections, ou les boycotter ?

 

Septembre 2011, Manama: pancarte officielle appelant
à participer aux législatives partielles  du 24 septembre

Au Qatar, en mai dernier, c'est l'indifférence politique qui l'a emporté chez les nationaux, peu nombreux à s'inscrire sur les listes électorales pour les municipales. Au Bahreïn, la principale « société politique » chiite d’opposition, al-Wefaq (63% des suffrages exprimés aux législatives d’octobre 2010, et 45% des sièges de députés, soit 18 sur 40) a décidé de boycotter les élections législatives partielles prévues le 24 septembre, qui doivent pourvoir aux 18 sièges laissés vacants depuis mars par la démission collective de ses députés (ils entendaient protester ainsi contre la répression du mouvement démocratique de la place de la Perle). En Iran, le régime de Mahmoud Ahmadinejad semble lâcher un peu de lest en direction de l’opposition, apparemment pour prévenir un boycott massif par le corps électoral des législatives prévues en mars 2012. Dans ces deux derniers pays, pourtant très différents, le même débat divise les opposants démocrates depuis des années -voire des décennies : faut-il participer au « jeu électoral », pourtant institutionnellement et politiquement faussé d’entrée ? ou faut-il le boycotter, en estimant que la démocratisation ne passera jamais par les urnes ?  A voir les fluctuations assez spectaculaires des taux de participation dans la dernière décennie, c’est un vrai dilemme politique, sans réponse simple, pas plus à Manama qu’à Téhéran …

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Chronique du 2 septembre 2011, par Jean Marcou


Être Turc et fêter l’Aïd à Sarajevo…

                La « Question d’Orient »                    est-elle vraiment obsolète ?

 

1908: L'Autriche-Hongrie annexe la Bosnie et Herzégovine (Le Petit Journal)

L'expression « Question d’Orient » s’appliquait au XIXe siècle au destin des territoires balkaniques sur lesquels la tutelle ottomane régressait peu à peu, à la fois sous la poussée des nationalismes locaux, et sous l’action intéressée d’autres empires ou Etats – pour l’essentiel l’Autriche-Hongrie, la Russie, la France et l’Allemagne. Les traces et la mémoire de la longue présence ottomane sont restées importantes. dans les Balkans Et les recompositions nées de la fin du communisme, puis de l’éclatement de l’ex-Yougoslavie, ont rouvert à la Turquie des fenêtres d’opportunités, et les moyens d’une nouvelle influence régionales

L’article publié par Jean Marcou sur le site de l’OVIPOT en donne une bonne illustration, à l’occasion de la fête de l’Aïd el-Fitr à Sarajevo, pour la fin du ramadan 1432H-2011…

                                         Voir l’article de Jean Marcou sur OVIPOT…


Chronique du 1er septembre 2011

         Bahreïn:  Premier ministre depuis...1971 !       Qui dit mieux?

Deux premiers ministres à l'Hôtel de Matignon, Paris, 14 octobre 2009

Les 29 et 30 août 2011, une fois de plus, la rumeur a couru dans quelques organes de presse du Golfe dont la fiabilité n'est pas nécessairement la qualité première (en l'occurrence: le service francophone de la radio officielle iranienne IRIB) : Khalifa ben Salman al-Khalifa, premier ministre du Bahreïn depuis 40 ans, aurait été « écarté de son poste par le roi ». Si elle était un jour confirmée, ce départ contraint marquerait un vrai tournant dans la vie politique du Bahreïn, car il modifierait les rapports de force politique au sein de la famille régnante des al-Khalifa. La rumeur (qui s'est révélée sans fondement) fournit en tous cas l'occasion de rappeler quelques éléments de la biographie politique du personnage...

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 Analyse du 12 août 2011                                                                           

Les chiites ja’faris de Turquie,  entre      politique intérieure et diplomatie régionale

2002: Fête de l'achoura chiite dans le quartier d'Halkalı, Istanbul

En ce début de ramadan, on ne le trouvait plus au Bahreïn. Certains le disaient parti pour Londres, depuis longtemps ville de repli pour les opposants au régime sunnite de  Manama. En réalité, sheikh Ali Salman, le jeune dirigeant charismatique du parti chiite al-Wefaq, formé au chiisme duodécimain par sept années d’études à Qom (Iran), était à Istanbul. Ou, plus précisément, vendredi 5 août, il rendait visite aux chiites ja’faris de la mosquée Zeynebiye, dans le quartier populaire d’Halkalı. Une visite discrète, mais très politique, dans le contexte de l’écrasement du « printemps de Manama », et du soutien à ses « frères chiites bahreïnis » malmenés que le leader de la communauté ja’farie, Selahattin  Özgündür, avait à plusieurs reprises bruyamment manifesté. Le 16 décembre dernier, la même mosquée avait reçu le premier ministre R.T.Erdoğan, lors des cérémonies de l’achoura. Ces rencontres sont l’occasion de donner un coup de projecteur sur une communauté chiite turque peu connue –car souvent confondue avec la communauté alévie; et peu étudiée. Pourtant, cette petite communauté ja’farie monte en puissance religieuse et politique. Et mène une intéressante « diplomatie régionale », qui coïncide largement avec celle menée par l’AKP…

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Chronique du 5 août 2011

Publi-reportages:  Edouard Herriot en Ukraine en 1933, et Yasmina Khadra au Bahreïn en 2011.



En 1933, Edouard Herriot, grande figure du radicalisme français, inamovible maire de Lyon, maintes fois ministre et président du conseil, part pour « l’Orient ». Après une visite guidée de la Turquie kémaliste et laïque -dont il chante les louanges sur 150 pages, il continue son périple par l’Ukraine. Il décrit alors avec entrain des exploitations collectives respirant la prospérité, des kolkhoziens et kolkhoziennes resplendissant de santé et d’enthousiasme… Problème : on est en plein dans l’un des pires épisodes de la période stalinienne : la famine organisée qui accompagne la collectivisation des terres en Ukraine, dont le bilan est compris, selon les sources, entre 2,6 et 6 millions de morts. Herriot n’a rien vu, ou plutôt, n'a rien voulu voir de gênant…

En juillet 2011, Yasmina Khadra, ancien officier, romancier algérien prolifique, reconnu par ses lecteurs et par plusieurs récompenses américaines et françaises, provoque une polémique en Algérie, et quelques réactions en France, en publiant un long « reportage » dithyrambique sur le royaume du Bahreïn : « Le Bahreïn est un dommage collatéral du printemps arabe (…) A Bahreïn, des fanatiques obscurs ont cherché à renverser un roi trop clément qui leur a tout donné… », écrit l’auteur, qui est allé recevoir à Manama, des mains de la ministre de la Culture, le prix de la Création littéraire 2011...

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Analyse du 1er août 2011


Le « dialogue national » au Bahreïn

Une impasse politique annoncée

(Juillet 2011)




Comme on pouvait le craindre dès le départ (Voir notre chronique du 3 juillet 2011), le « dialogue national » ouvert à Manama le 2 juillet, et clos à la veille du ramadan, n’a pas tenu ses promesses. Censé amorcer, par des réformes de démocratisation, un processus de réconciliation politique et sociale après des mois de tensions et de répression, il n’a débouché que sur ce que l’on pourrait qualifier de « mesurettes ». Bien loin donc des objectifs qui avaient été listés par l’opposition, et qui étaient d’ailleurs assez largement ceux que le prince-héritier Salman ben Hamad avait mis sur la table le 13 mars, à la veille d'une intervention saoudienne et d'un état d’urgence qui l'ont politiquement marginalisé...

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Analyse du 21 juillet 2011

L’Iran et la Turquie face aux « révolutions arabes ». Un point d’étape en juillet 2011     Volet 2/ Des relations bilatérales dégradées?


M.Ahmadinejad & Bachar al-Assad, Damas, octobre 2010

Comme l’a fait remarquer le ministre turc des Affaires étrangères Ahmet Davutoğlu à Téhéran le 12 juillet: « Nous, les pays de la région, sommes comme des maisons en bois adossées l’une contre l’autre. Nul ne peut sérieusement penser que l’incendie qui se déclare dans une de ces maisons se limitera à ce foyer. Un incendie chez l’un d’entre nous nous affectera tous »

Après six mois de « printemps arabes », il est possible d’amorcer une analyse sur l’état des relations bilatérales turco-iraniennes, pour apprécier convergences et divergences au regard des bouleversements en cours et, en particulier, des séquences bahreïnie, libyenne et syrienne. Pour le moment, la balance des bénéfices nous paraît pencher paradoxalement plutôt du côté de Téhéran. Mais c’est l’évolution de la question syrienne qui sera déterminante pour la région…

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Analyse du 20 juillet 2011

L’Iran et la Turquie face aux « révolutions arabes ». Un point d’étape en juillet 2011
Volet 1/ Des analyses et des impacts divergents



R.T.Erdoğan, l'émir du Qatar et Bachar al-Assad, Damas, mai 2010

La tournée moyen-orientale du ministre turc des Affaires étrangères, Ahmet Davutoğlu entre le 2 et le 12 juillet, fournit l’occasion de faire un point d’étape sur les positions turque et iranienne au bout de six mois de « printemps arabes » qui ont rebattu les cartes. Comme l’ont largement souligné les observateurs, ces « printemps arabes » - et particulièrement l’évolution des crises libyenne et syrienne-, ont certes déstabilisé la « nouvelle diplomatie » menée ces dernières années par Ankara au Moyen-Orient. Mais il ne faudrait pas oublier non plus qu’après un enthousiasme initial auto-entretenu par Téhéran pour les soulèvements arabes, le régime iranien s’est retrouvé confronté au risque majeur de perdre son point d’appui principal au Proche-Orient avec le soulèvement populaire contre le régime de son allié Bachar el-Assad. Si l’on cherche à faire le départ entre les perceptions turque et iranienne des « printemps arabes », c’est sans doute autour du futur souhaitable des mouvements en cours, et des actions à entreprendre, que les divergences apparaissent clairement…

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Analyse du 18 juillet 2011 :

Bahreïn -  « al-tajnis al-siyasi » :
quelles « naturalisations politiques » ?

Bahreïn: le formulaire du recensement de 2010 (capture d'écran JPB)

Il n’y a pas qu’en France où la question des conditions de « l’acquisition de la nationalité »,  et celle du refus de la « naturalisation des étrangers », font débat, et sont instrumentalisées par certains acteurs politiques bien au-delà de ce que les règles législatives, et les nécessités sociales et économiques exigeraient. En effet, quand on analyse le « Printemps de Manama », mais aussi les tensions politiques de la  dernière décennie au Bahreïn, on ne peut manquer de relever la fréquence des polémiques sur l’accession des étrangers à la citoyenneté : le mot « tajnis » (naturalisation), et l’expression « al-tajnis al-siyasi » (« les naturalisations politiques »)  reviennent telles une litanie.

 Commune, dans des proportions variables, aux autres pétro-monarchies du Golfe, la question n’est pas uniquement liée au pourcentage important de non-nationaux dans la population : il est de 54% au Bahreïn, mais ce pourcentage d’étrangers peut atteindre 80% au Qatar et aux Emirats arabes unis. En réalité, elle interfère avec la « question confessionnelle » : les chiites sont convaincus que la très grande majorité des quelques 10000 naturalisations accordées annuellement concerne des demandeurs (ou des bénéficiaires) sunnites, et parce que sunnites. La naturalisation serait donc une arme confessionnelle dirigée contre les chiites…

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Analyse du 17 juillet 2011

Le Maroc, l’Iran et le Bahreïn.
Un
« modèle marocain » pour le Golfe ?


Le 17 juin 2011, le roi du Maroc annonce une constitution et un référendum

Au-delà du système monarchique (musulman sunnite) que partagent ces deux Etats, on pourrait s’étonner qu’une chronique soit consacrée aux relations du Maroc et du Bahreïn. Les rivages du Golfe (que nous nous garderons ici de qualifier d’arabe, ou de persique, pour ne fâcher personne…) sont, en effet, bien éloignés des côtes atlantiques de la monarchie chérifienne. Mais quelques rappels chronologiques, et quelques dépêches d’agences de ce mois de juillet 2011, permettent sans peine d’alimenter le propos.

Le « modèle turc » a beaucoup été vanté au tout début des « printemps arabes », tunisien et égyptien surtout. Il connaît ces dernières semaines de sérieuses turbulences avec les crises libyenne, et surtout syrienne, cette dernière remettant en cause l’un des piliers principaux de la « nouvelle diplomatie » dite « néo-ottomane » menée par Ankara ces dernières années. Il est donc assez ironique de voir émerger, en ce début juillet 2011, un « modèle marocain » -celui de la monarchie constitutionnelle entérinée par le référendum du 1er juillet, qui pourrait effectivement intéresser, au-delà du seul cas du Bahreïn, toutes les monarchies arabes. Ou plutôt leurs populations…

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Analyse du 14 juillet 2011 :

Bahreïn:

«Le chiisme : combien de divisions Statistiques et occultation

Bahreïn: Pins du "Printemps de Manama"

On connaît la célèbre formule de Staline en 1945, rétorquant à Churchill qui lui demandait de respecter la liberté religieuse en Europe centrale : « Le Pape, combien de divisions ? ». Elle peut aisément s’appliquer au chiisme en général, dont le chiisme du Golfe, et au chiisme bahreïni en particulier.

Pour des raisons politiquement diamétralement opposées, et que l’on imagine aisément, les régimes d’obédience sunnite ont tendance à minorer l’importance de la composante chiite de leur population -quand ils ne nient pas purement et simplement son existence ; et les communautés chiites ont logiquement tendance à surestimer leur propre importance, ne serait-ce que pour dénoncer par les chiffres l’infériorisation sociale et politique, voire les discriminations, dont ils sont (ou seraient) les victimes. Les estimations du pourcentage de chiites dans l’ensemble d’une population vont ainsi fréquemment du simple au double. 

Le problème est particulièrement aigu pour le Bahreïn, dirigé par une dynastie sunnite: le pourcentage de chiites y varie ainsi, selon les sources, de moins de 50% à 75%. La fourchette de 65% à 70% est la plus fréquente dans les nombreux articles consacrés depuis février 2011 au « Printemps de Manama » et à ses suites. Or, derrière les chiffres, les enjeux sont de taille. Il faut certes se garder résolument d’une grille de lecture exclusivement communautariste et mécaniquement statistique. Mais dans le cas d’espèce, minoritaire, le chiisme de l’archipel, ou plus précisément les organisations politiques qui le structurent, ne mérite(rait) pas plus que la portion congrue que la séance d’ouverture du Dialogue national au Bahreïn lui a réservée. Nettement majoritaire, dans un pays où l’appartenance confessionnelle a historiquement un sens social et politique, le chiisme serait en droit d’exiger une représentation proportionnelle, ou à tout le moins nettement supérieure à ce qu’elle est actuellement, dans les instances de pouvoir. Le débat vient de rebondir à Manama en ce début juillet 2011…

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Analyse du 10 juillet 2011:

La Turquie, ou:

quand la politique reste une affaire d'hommes...




Meeting électoral de l'AKP à Gaziantep, avril 2011. Au centre R.T.Erdoğan

                Mme Şahin est la 6e à partir de la gauche (Source: site Mme Şahin)



Deux chiffres pour situer le problème: 9% de femmes députées; 1 femme ministre.


La confirmation de tou(te)s les député(e)s n'ayant pas encore pu avoir lieu à la suite d'un contentieux politique sur de nouveaux élus poursuivi en justice, on ne dispose pas encore, à la mi-juillet, du nombre exact de femmes élues lors des législatives du 12 juin dernier: ce sera entre 50 et 60. C'est, au pire le même nombre (50), au mieux une légère augmentation, par rapport à la législature précédente. Mais sur 550 sièges, cela ne représente toujours que 9 à 10% de femmes députées.


D'autre part, le premier ministre Recep Tayyip Erdoğan a rendu publique le 6 juillet la composition de son nouveau gouvernement: sur 26 ministres, une femme. Parlementaire depuis 2002, élue AKP de Gaziantep, madame Fatma Şahin prend la tête d'un nouveau ministère, les Affaires familiales et sociales. Hiérarchiquement elle est en 6e position dans la liste des ministres. Par rapport au gouvernement précédent (formé après les législatives de 2007, déjà marquées par la victoire de l'AKP), le nombre de femmes ministres est donc... divisé par deux. Comme l'ont relevé certains  éditorialistes de la presse turque, et plus encore les mouvements féministes, le moins que l'on puisse dire, c'est que l'on ne progresse pas en matière de parité au sein de l'Assemblée et des gouvernements turcs...


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Analyse du 3 juillet 2011 :


Bahreïn, 2 juillet 2011 :

l'ouverture d'un « dialogue national »

indispensable, mais fragile...



Essentiellement protocolaire, mais très attendue, la première séance du « dialogue national », s'est tenue samedi 2 juillet à Manama. Destiné à amorcer un processus de réconciliation politique et sociale au Bahreïn, le « dialogue national » avait été annoncé par le roi Hamad le 1er juin, en même temps qu'il annonçait la suspension de l'état d'urgence instauré le 15 mars dernier. Le 29 juin, le roi avait également annoncé la création d'une « commission d'enquête indépendante », composée d’experts internationaux des droits humains, et chargée de faire la lumière sur les violences de février-mars. Au même moment a été faite, de manière officieuse, l'annonce du « redéploiement » des troupes du Conseil de coopération du Golfe (CCG), qui étaient intervenues à la mi-mars, à la veille de l'écrasement du mouvement de la place de la Perle par les forces de sécurité bahreïnies.

Ces différentes annonces et ces gestes concrets, dont la concomitance n'est évidemment pas fortuite, sont les premières nouvelles positives qui parviennent de Manama après un tunnel de violences politiques et de répression de plus de quatre mois. Elles traduisent peut-être une évolution du rapport des forces, moins d'ailleurs entre les composantes socio-confessionnelles de la société bahreïnie, qu'entre les tendances qui divisent la famille régnante sur le fonctionnement politique du royaume, et ce, en partie sous la pression de Washington. Pour autant, les signaux contradictoires n'ont pas manqué jusqu'à la veille de l'ouverture du dialogue, et la détente paraît pour le moment structurellement et politiquement bien fragile...


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Analyse du 17 juin 2011


Le « discours du balcon »

du « nouveau sultan » turc: quels contours

pour le « néo-ottomanisme » au 12 juin 2011?



                        La Turquie de 2011 superposée à l'Empire ottoman en 1560



« [Les élections turques] ont été suivies de très près, et leur résultat salué, à Bagdad, à Damas, à Beyrouth, à Amman, au Caire, à Tunis, à Sarajevo, à Skopje, à Bakou, à Nicosie (...) Croyez-moi, aujourd'hui Istanbul a remporté une victoire, mais c'est aussi une victoire pour Sarajevo, pour Izmir comme pour Beyrouth, une victoire pour Ankara comme pour Damas; une victoire pour Diyarbakır comme pour Ramallah, Naplouse, Jénine, pour la Cisjordanie, pour Jérusalem et pour Gaza... Aujourd'hui, c'est la victoire de la Turquie et du Moyen-Orient, du Caucase et de l'Europe. »


Au soir du 12 juin, après la large confirmation par les électeurs de la victoire annoncée de l'AKP aux législatives, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan, son épouse Emine en foulard à ses côtés, a prononcé au siège de son parti à Ankara ce que la presse turque a baptisé « le discours du balcon » (Balkon konuşması). Ce discours de soirée électorale mérite une lecture attentive, en particulier parce qu'il offre indirectement une définition du « néo-ottomanisme », appellation que l'on accole volontiers depuis 2007 à la « nouvelle diplomatie » d'Ankara...



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Analyse du 25 mai 2011 

Turquie-Arménie:  un signal négatif

La démolition du « monument à l’Humanité »

de Kars 



Le "monument à l'Humanité" dominant Kars

Le 8 janvier dernier, en visite pré-électorale dans la ville de Kars (nord-est, une ville disputée s'il en est depuis deux siècles), le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan qualifie à plusieurs reprises de « monstruosité esthétique » une grande statue en cours d'érection sur une colline, et demande sa démolition. Or, ce monument entend célébrer l'amitié entre la Turquie et l'Arménie, ou la réconciliation des Arméniens et des Turcs. La démolition, qui a commencé le 26 avril, a ouvert une polémique nationale, et des articles critiques dans la presse internationale. Ce sont principalement des considérations de politique intérieure qui ont incité le premier ministre à une telle initiative: à la veille des législatives du 12 juin 2011, il s'agit de capter à droite des voix islamistes et ultra-nationalistes. Mais l'affaire de Kars renvoie aussi au blocage du dossier des relations entre la Turquie et l'Arménie, que l'on pensait en voie d'amélioration depuis 2008-2009: le conflit du Karabagh (et donc les relations Turquie-Azerbaïdjan), et la négation étatique du génocide des Arméniens, sont en arrière-plan de l'affaire. En tous cas, la violence symbolique de cette démolition est malvenue: elle a amené à des comparaisons avec le dynamitage des Bouddhas de Bâmiyân par les talibans afghans en 2001; et à l'épisode plus récent (le 18 mars dernier), de la démolition du monument de la Perle à Manama, à l'occasion de la répression du mouvement démocratique au Bahreïn. Kars est donc un mauvais signal , qui s'ajoute à plusieurs autres....

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Analyse du 15 mai 2011

Enfin un syndicat qui recrute de nouveaux adhérents! L'élargissement du Conseil de coopération du Golfe à la Jordanie & au Maroc


                                          Réunion du CCG à Riyad, 2011

Réunis à Riyad le 10 mai dernier, les dirigeants des six pays membres du Conseil de coopération du Golfe (CCG: Arabie saoudite, Bahreïn, Emirats Arabes Unis, Koweït, Oman et Qatar) ont annoncé, par la voix d'Abdellatif ez-Zayani, secrétaire général du Conseil, la proposition d'élargissement de celui-ci à deux nouveaux membres: le Royaume hachémite de Jordanie et le Royaume du Maroc (mais pas au Yémen, pourtant candidat !). Si la candidature de la Jordanie apparaît comme compréhensible ne serait-ce que par la proximité géographique, celle du Maroc est a priori plus surprenante. Sauf à considérer que la logique de cet élargissement annoncé est prioritairement la consolidation sécuritaire du syndicat des monarchies arabes conservatrices  dans le contexte déstabilisant des "printemps arabes"...




Chronique du 14 mai 2011

Qui ne se ressemble (apparemment) pas, s'assemble  cependant...  Cheikh Hamad, roi du Bahreïn  et Bachar al-Assad, président syrien


                    Le président Assad et quelques-uns de ses soutiens régionaux                     (Photo Agence de presse syrienne, 27/3/2011, capture d'écran JPB)


On pourrait penser que tout oppose cheikh Hamad ben Isa al-Khalifa, le monarque sunnite conservateur du royaume de Bahreïn, pro-américain et ennemi juré de l'Iran voisin; et Bachar al-Assad, le président alaouite et baasiste de la République de Syrie, allié principal de l'Iran dans la région, entretenant des relations pour le moins difficiles avec les Etats-Unis. Il n'en est rien: confrontés à la revendication démocratique de leur population, ils réagissent par la répression, et font assaut d'amabilités...



Billet du 13 mai 2011

Bahreïn:

pendant la répression, les démolitions continuent...


            Démolition de la mosquée Emir Mohammed Baraighi (capture d'écran, JPB)

Après avoir détruit le monument de la Perle pour se venger d'un mois d'agora populaire (notre billet du 18 mars), le régime du Bahreïn, appliquant une forme de punition collective à sa population, a fait démolir depuis début mai une trentaine de mosquées et lieux de culte chiites. Le ministre de la Justice et des Affaires islamiques, cheikh Khaled ben Ali ben Abdallah al-Khalifa, a expliqué : « Ce ne sont pas des mosquées. Ce sont des constructions illégales. ». Problème: la plupart d'entre elles étaient répertoriées sur le site officiel des waqf (les biens religieux), accessible en ligne. Et parmi les bâtiments détruits se trouve la petite mosquée Emir Mohammed Baraighi, bien connue des visiteurs puisque sur la route principale qui traverse l'île, près du village chiite d'Aali (célèbre pour ses fours de potiers): les guides la datent en général du XVIIe siècle ! A moins que ces destructions ne soient une mesure de salubrité publique: le 1er mai, dans l'officieux Gulf Daily News, un lecteur comparaît les chiites à des termites, à traiter comme tels, c'est-à-dire à exterminer... Confirmant par ces démolitions son discours d'occultation confessionnelle de la question démocratique, le régime bahreïni semble s'être engagé dans une véritable guerre de religion anti-chiite -soit contre 70% de la population de l'île. Mais en réalité, là comme ailleurs -en Syrie par exemple- l'instrumentalisation de la question confessionnelle n'est qu'une dimension d'une répression qui est d'abord et avant tout politique et sociale.


Analyse du 20 avril 2011

          La Turquie,  l'Irak, les chiites et le Golfe :                   le premier ministre turc à Najaf ...


R.T.Erdoğan au mausolée d'Ali, Najaf, 29 mars 2011

Dans le cadre de la « politique de bon voisinage » développée depuis 2007, le premier ministre turc Recep Tayyip Erdoğan s’est rendu en visite officielle en Irak les 29 et 30 mars 2011. L'étape à Bagdad a été assez convenue. L'étape à Erbil, capitale de la région autonome du Kurdistan d'Irak, a confirmé l'importance des relations politiques, mais surtout économiques, développées avec le pouvoir kurde. Mais c'est sans doute l’étape intermédiaire du 29 mars qui était la plus intéressante: la visite du premier ministre à Najaf, la principale « ville sainte » du chiisme duodécimain irano-irakien, célèbre par son pèlerinage au mausolée d'Ali, et par ses zawiya (écoles théologiques) dirigées par les marja’a, les grands ayatollahs « sources d’imitation » au rayonnement spirituel transcendant depuis des siècles les frontières étatiques régionales.

Deux moments forts ont marqué l’étape de Najaf. R.T. Erdoğan s’est rendu au mausolée d'Ali, cousin et gendre du Prophète Mahomet, et a prié devant son tombeau: aussi loin que l’on remonte dans l’histoire arabe et ottomano-turque, c’est la première fois qu’un « dirigeant sunnite » venait dans ce mausolée. Le premier ministre a ensuite rendu visite à la plus grande figure spirituelle du chiisme contemporain, le grand ayatollah quiétiste Ali al-Sistani, à la parole politique est aussi rare que respectée.

Intervenant quelques jours après l'écrasement du mouvement démocratique au Bahreïn, l’étape de Najaf a donc revêtu une triple dimension: de politique intérieure turque, de politique bilatérale turco-irakienne, et de géopolitique régionale dans le Golfe. Elle a envoyé une série de messages qui permettent d’enrichir et de nuancer, tout en la rendant encore un peu plus complexe, l’analyse de la contribution turque aux « printemps arabes »…

Voir l'article publié dans l'OVIPOT...

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Analyse du 5 avril 2011


Trente ans après, l'Iran et l'Egypte

 pourraient rétablir leurs relations diplomatiques




Pays de poids démographique équivalent, poids lourds dans la région du Moyen-Orient, l'Iran et l'Egypte n'ont pourtant  pas entretenu de relations diplomatiques pendant trois décennies: Téhéran manifestant ainsi principalement son refus du traité de paix signé par le président Sadate entre l'Egypte et Israël.  Après le départ forcé du président H.Moubarak le 11 février 2011, Jérusalem s'est d'ailleurs inquiété du sort qui pourrait être réservé à ce traité de paix par un futur régime égyptien potentiellement  moins bien disposé à son égard que le successeur de Sadate.


Le quotidien égyptien al-Ahram a annoncé lundi 4 mars 2011 le rétablissement prochain des relations diplomatiques entre l'Egypte et l'Iran, annonce confirmée peu après à Téhéran, mais dont le calendrier et les modalités restent à préciser. Ce serait là une des premières conséquences de la "révolution égyptienne" en matière diplomatique - et ce, au moment même où, suite à la répression du mouvement démocratique au Bahreïn, on frôle la rupture des relations diplomatiques entre Téhéran et les six Etats du Conseil de coopération du Golfe.


S'agit-il d'un renversement des options diplomatiques égyptiennes, comme le craignent depuis quelques semaines déjà certains commentateurs israéliens?  Les orientations stratégiques régionales sont-elles en train d'évoluer au profit d'un camp des "durs"? ...



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Analyse du 31 mars 2011

Fitna, ou l'enjeu chiite:

une lecture confessionnelle

de certaines « révolutions arabes » est-elle légitime?


Place de la Perle, Manama, Bahreïn, début mars 2011


Dans la grille d'analyse déjà nécessairement complexe des "révolutions arabes" en cours, faut-il introduire un questionnement supplémentaire autour du facteur confessionnel? On n'a pour l'essentiel retenu jusqu'à maintenant, en Occident, que la problématique de l'islamisme sunnite -son rôle dans les processus en cours, et son devenir éventuel. Et, plus précisément, on a surtout évoqué, pour s'en inquiéter, la « menace islamiste » que les régimes autoritaires ou dictatoriaux se faisaient forts de contenir ou d'écraser: l'Ennahda de Rached Ghannouchi en Tunisie; les Frères musulmans en Egypte, en Jordanie et en Syrie; les islamistes de diverses obédiences en Libye, en Algérie et au Maroc.


Mais la géographie confessionnelle de l'islam au Proche et au Moyen-Orient, avec « l'arc chiite » Liban-Syrie-Irak-Golfe-Iran-Yémen, impose d'y ajouter un éventuel « facteur chiite ». Et de formuler quelques questions: y-a-t-il, au-delà de sa dimension sociétale infrastructurelle, une dimension proprement chiite dans les évènements en cours? la fitna (la « discorde », la « division »  la « guerre civile » au sein de l'islam) est-elle un élément d'analyse pertinent pour certains des processus? au-delà de ses revendications discursives, la République islamique d'Iran, où le chiisme est religion d'Etat depuis le XVIe siècle, joue-t-elle un rôle effectif dans les processus en cours?....


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Analyse du 24 mars 2011

Ecraser Manama, soutenir Benghazi ?
 Une géométrie variable face à l’enjeu démocratique


15 mars 2011: le roi Hamad al-Khalifa proclame l'état d'urgence au Bahreïn
(capture d'écran, JPB)

Au Bahreïn, le « printemps de Manama » aura duré un mois, du 14 février au 16 mars. Il a été brisé en une brève séquence: l'arrivée de troupes saoudiennes lundi 14 mars; la proclamation de l'état d'urgence par le roi du Bahreïn mardi 15 mars; l'intervention violente de la police pour évacuer la place de la Perle, épicentre de la mobilisation, mercredi 16 mars. La violence symbolique qui clôt localement cette séquence aura été la destruction du monument de la Perle sur la place éponyme le vendredi 18 mars.

Cet épisode peu médiatisé des "révolutions arabes" , provisoirement clos, a clarifié les objectifs de Riyad face aux chiites et à l'Iran. Il interpelle sur le rôle de l'Arabie saoudite et du Conseil de coopération du Golfe d'abord; sur l'attitude des Etats-Unis ensuite. Omniprésent au Bahreïn et dans le Golfe, Washington a laissé les pétromonarchies  écraser le mouvement démocratique de Manama, et a revalorisé de fait le discours alarmiste sur "le croissant chiite" et le rôle de l'Iran.

Force est donc de considérer que le soutien américain à la démocratisation est  différentiel: politiquement proactif à Tunis et au Caire, militairement interventionniste -mais sans enthousiasme- à Benghazi et Tripoli, totalement absent à Manama, et silencieux à Sanaa. Quel est, dès lors, le critère déterminant de l'engagement démocratique américain:  la sécurité des routes du pétrole? le maintien en place des pétromonarchies? une "menace chiite" instrumentalisée par l'Iran? ... 


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Billet du 18 mars 2011

Plus fort que Bertolt Brecht...

Peu après les manifestations révolutionnaires du 17 juin 1953 contre le régime communiste d'Allemagne de l'Est, durement réprimées avec l'aide des chars soviétiques, Bertolt Brecht propose ironiquement, dans son poème La Solution (Die Lösung), une formule restée célèbre: « Le peuple / a trahi la confiance du régime / et devra travailler très dur / pour regagner cette confiance./ Mais est-ce que ce ne serait pas plus simple pour le gouvernement / de dissoudre le peuple / et d'en élire un autre ? »

Après avoir appelé à l'aide les blindés saoudiens, le 18 mars 2011 au matin, le roi du Bahreïn a envoyé sa police expulser les manifestants qui campaient pacifiquement depuis un mois sur la place de la Perle (Pearl Roundabout/Dawar al-Lulu), à Manama.

Puis il a décidé... de dissoudre la place de la Perle. Le monument -une perle (la ressource principale de l'archipel avant le pétrole) portée par six voiles (les six Etats membres du Conseil de coopération du Golfe)- a été abattu « afin de faciliter la circulation ». Ou comment supprimer la revendication démocratique en supprimant l'agora, l'espace urbain d'expression de la revendication démocratique...

Plus fort que Bertolt Brecht, décidément !


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Chronique du 20 mars 2011

        "Eid-e noroozetan moubarak  !"

Joyeux Nowrouz   Le nouvel an iranien.  Identités

et politique  en Turquie, en Azerbaïdjan et en Iran.



Rites et symboles anté-islamiques (Nowrouz 2007)

Nowrouz (Newroz, dans les langues kurdo-iraniennes, Nevruz en turc et en azéri) est, le 21 mars (en réalité entre le 20 et le 23 mars selon les régions), la fête du « nouvel an iranien » dans une vaste aire qui couvre principalement l’Anatolie, le Caucase, l’Iran et les régions kurdes. Le solstice de printemps y est célébré à travers des rituels du feu et de la lumière, du bruit , de plantes en germination , et d'une série d'objets ou de signes polysémiques autour de quatre éléments: la terre, le feu, l'eau, l'air.

En 2009, l'UNESCO a classé nowrouz au titre du "patrimoine culturel immatériel de l'humanité" : un patrimoine dont les formes et la sémiologie sont en évolution permanente. Ainsi, les trajectoires politiques récentes de cette fête anté-islamique confirment, en Turquie comme  en Transcaucasie et en Iran, que les identités sont des inventions sans cesse recomposées...




Analyse du 15 mars 2011 

 L’intervention militaire saoudienne au Bahreïn      La Sainte-Alliance contre-révolutionnaire est-elle en marche ?

 

                          Entrée des troupes saoudiennes au Bahreïn, 14 mars 2011
(capture d'écran, JPB)

Lundi 14 mars 2011, une colonne de véhicules blindés saoudiens d’un millier d’hommes -appartenant à la "Force Bouclier du Golfe"- est entrée dans le royaume du Bahreïn par le pont-digue de 25km qui relie le continent à l’archipel. Cette opération témoigne, comme nous l’avions souligné dans notre chronique du 5 mars, de l’extrême sensibilité du royaume saoudien au développement du mouvement de contestation de la monarchie bahreïnie.

Si d'autres troupes du Conseil de coopération du Golfe  venaient également à intervenir au Bahreïn pour mater la contestation politique,  on entrerait alors dans  une logique contre-révolutionnaire qui était celle des monarchies de la Sainte-Alliance née du Congrès de Vienne de 1815.

Mardi 15 mars, intervenant en direct à la télévision, le roi a proclamé l'état d'urgence pour 3 mois.   Cette annonce, concomittante de  la contre-offensive du colonel Kadhafi contre les insurgés de Cyrénaïque, et d'une intervention saoudienne au Bahreïn dont il reste à mesurer l’ampleur et la portée, rappelle à l’historien qu’après le « Printemps des Peuples », de 1848 il y a eu, dès la fin de l'année, et surtout en 1849, un « Automne des Peuples »….

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Analyse du 5 mars 2011

                          Le Royaume du Bahreïn est-il                   vraiment un émirat comme les autres?

                         Manama, occupation de la place de la Perle, mars 2011

Dans le contexte des révolutions arabes initiées en Tunisie, puis en Egypte, la contestation politique dans le Golfe a commencé au Bahreïn le 4 février 2011. L'émirat est présenté comme symptomatique de ce qui pourrait se passer dans les autres pétro-monarchies du Golfe. Mais le Bahreïn présente des caractéristiques originales, et son devenir ne sera pas nécessairement celui des autres Etats...

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Chronique du 16 février 2011

La Turquie et l'Iran,  et la révolution en Egypte :       Les limites d’une realpolitik de "bon voisinage"



                           Appel de l'opposition verte à manifester pour la démocratie
                                    Téhéran, 14 février 2011 / 25 bahman 1389


Membre de l
’OTAN, candidate à l’Union européenne, la Turquie entretient paradoxalement des relations de bon voisinage avec la République islamique d’Iran, jusqu'à signer un accord sur le nucléaire iranien en mai 2010. Cette realpolitik ne va pas sans certaines ambiguïtés...




  Analyse du 14 octobre 2010

 Afghanistan: la guerre & les routes régionales de la drogue

Au cœur du « Croissant d'Or », l'Afghanistan aurait produit en 2007 plus de 8200 tonnes d’opium, soit 93% de la production mondiale ! Dès lors, les énormes bénéfices d’un trafic des opiacés à dimension internationale sont une des composantes structurantes des conflictualités régionales...


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Analyse du 1er octobre 2010

                         L'Asie centrale face à l'Afghanistan.         Un « ventre mou » autoritaire, au risque de la déstabilisation islamiste

Le renversement du président kirghize Kourmanbek Bakiev (avril 2010), suivi, dans le contexte d'une transition difficile pilotée par Mme Rosa Otounbaïeva, d'émeutes sanglantes principalement dirigées contre la minorité ouzbèke de la région d'Osh, dans le Ferghana kirghize (juin 2010), a reposé la question sensible des bases et facilités aériennes utilisées, en Asie centrale, par la coalition internationale intervenant en Afghanistan. Les républiques d'Asie centrale ex-soviétique, caractérisées par l'autoritarisme et la mauvaise gouvernance, ne sont pas des actrices directes du conflit afghan. Mais partageant 2000km de frontières communes avec l'Afghanistan, elles ne peuvent échapper à l'impact multiforme des guerres afghanes...


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Analyse du 5 avril 2010

                   Laïcité, islam et identité nationale :           la liberté de conscience en Turquie

En Turquie, république constitutionnellement laïque depuis 1937, sociologiquement musulmane à 99,8%, mais largement sécularisée, la question de la liberté de conscience est étroitement corrélée à celle des libertés religieuses. A l'heure de la candidature à l'UE, la Turquie n’est pas encore totalement aux normes européennes et universelles en la matière....

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Analyse du 1er février 2005

La Turquie & le génocide des Arméniens
entre négation nationaliste et société civile

Les massacres massifs d’Arméniens de l’Empire ottoman, en 1915-1916, répondent largement aux critères de définition du génocide par le droit international (Convention de l’ONU, 1948). La République kémaliste a fait silence sur cette question pendant des décennies. Aux revendications parfois virulentes de la diaspora arménienne exigeant la reconnaissance du génocide, et aux Etats et institutions relayant cette demande, l’Etat turc oppose actuellement un argumentaire de déni nationaliste, mis en œuvre par une série d’acteurs étatiques et para-étatiques, dont « l’Etat profond ».

Les associations de la communauté arménienne de Turquie inscrivent, quant à elles, leur démarche de « socialisation » de la « question arménienne » dans celle de la société civile non gouvernementale turque, qui travaille à la démocratisation politique, sociétale et sociale, en profitant de la candidature européenne du pays. Ce travail passe donc par des actions diverses, s’appuyant entre autres sur les travaux d’universitaires, de chercheurs et de journalistes turcs non-Arméniens. L’écriture scientifique de l’histoire du génocide reste difficile pour les historiens, trop souvent sommés de prendre parti sans nuances.
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Article du 27 janvier 1994


CEMOTI. Laïcité(s) en France et en Turquie, 1995


« Laïcité(s) en France et en Turquie », Introduction, avec Jean MARCOU, au no thématique, et co-direction de l’ensemble: Laïcité(s). Actualité et problèmes de la laïcité en France et en Turquie, Cahiers d'Etudes sur la Méditerranée orientale et le monde turco-iranien -CEMOTI no 19, AFEMOTI/CERI, Paris, 1995, 558p., p.5-34.

Résumé: Reconnaissance de l'altérité, de la diversité et de la liberté d'expression égale pour tous, la laïcité n'est pas ce vide idéologique et spirituel auquel on la réduit trop souvent. Par définition, elle est valeur universaliste et humaniste, positive et inclusive (affirmation des libertés individuelles et publiques) avant d'être négative (séparation des Eglises et de l'Etat) ou exclusive (libre-pensée). Elle a toujours été contestée: sur son principe, dès l'origine; dans sa pratique, dès qu'on est passé au stade de son institutionnalisation. Elle l'est, à nouveau, et de manière parfois virulente, depuis quelques décennies, par des discours religieux, idéologiques et politiques qui lui imputent la responsabilité partielle ou totale de la crise des valeurs, du matérialisme, et des échecs sociaux et politiques des sociétés contemporaines nées de la modernité occidentale.  


 


La laïcité est une construction historique. S'inspirant de principes définies à l'époque des Lumières et de la Révolution française, la France comme la Turquie ont inscrit la laïcité dans leurs législations et leurs textes fondamentaux: au début de ce siècle pour la France, au milieu de l'entre-deux-guerres pour la Turquie. Rares sont les Etats de la planète à l'avoir fait: à peine une dizaine en tout. Ce n'est pas le seul point commun entre les deux républiques et Etats-nations. La mise en application du principe de laïcité -dans des conditions historiques évidemment spécifiques à chacun des pays- y a été contestée dès l'origine, sur des terrains communs: la place de la religion dominante dans l'Etat et dans la société; la laïcité du système scolaire public et l'enseignement religieux, etc. La récurrence de la "querelle scolaire" en France (laïque, mais néanmoins longtemps "Fille aînée de l'Eglise catholique"), et le retour dès les années 1950 du refoulé islamique dans une République turque dont les fondations restent kémalistes un demi siècle après la mort d'Atatürk, en témoignent d'évidence. Le dernier avatar de cette contestation dans le champ social, et plus précisément scolaire, la querelle dite des "foulards islamiques" en France, du port du "türban" en Turquie, est, chronologiquement, quasiment parallèle.

Ce dossier des CEMOTI est partiellement issu d'une table ronde franco-turque qui s'est tenue à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble en janvier 1994. Son objectif était de mettre en parallèle et de confronter l'histoire et l'actualité de la laïcité en France et en Turquie, tout d'abord en termes de définitions et de problématiques comparées; puis dans le champ des espaces urbains, toujours favorables à la mesure historique et sociologique des attitudes et des pratiques sociales; et enfin, à travers une approche des agents et vecteurs de la laïcité et de sa contestation. 


Texte intégral : http://cemoti.revues.org/sommaire1677.html