Journal d'une élève d'Hypatie

Comment pourrais-je un jour remercier Palladas, cet ami si précieux aux yeux de mon père et aux miens dorénavant, de m’accueillir chez lui pour que je puisse faire ce dont j’ai toujours rêvé. Je vais, grâce à lui, pouvoir étudier les mathématiques, l’astronomie et la philosophie.

Je suis arrivée ce matin dans la capitale intellectuelle, le centre culturel de toute la Méditerranée , Alexandrie : me voilà avec le rêve de tous les étudiants : avoir l’ambition d’être reconnu dans ces trois domaines. Mais dieu que le voyage avait été long ! Fort fatigant et vraiment sans plaisir aucun. Toutes ces escales, ces détours durant un mois n’avaient fait qu’accroître mon impatience.

Mais me voilà arrivée et avide de toutes les choses que je vais pouvoir apprendre.

Palladas m’a proposé, juste après m’avoir conduite dans ma chambre pour que je m'y installe à mon aise, d’aller déjeuner en compagnie d’une amie à lui qu’il aurait aimé me présenter.

Il s’agissait d’Hypatie.

J’avais bien évidemment déjà entendu son nom : c'était la seule grande dame d’Alexandrie, grande philosophe et grande mathématicienne grecque . Elle était connue pour les cours qu’elle donnait, non plus au Musée comme son père parce qu'il avait bien souffert, mais dans une salle de lecture oblongue non loin de l'Agora, qui pouvait recevoir jusqu'à quarante élèves. J’avais vraiment hâte de voir à quoi cela ressemblait.

J’ai donc découvert mon futur professeur lors de ce fameux déjeuner qui s’est d’ailleurs admirablement bien passé. J’ai eu l’occasion de disputer sur un certain nombre de thèmes passionnants et le fait de pouvoir le faire avec une femme si cultivée et avec tellement de bon sens et de simplicité était extraodinaire. Elle m’a impressionnée et vraiment beaucoup plu. Elle connaît parfaitement son Homère, elle me parlait d’hommes comme Platon ou Eratosthène, de grands géographes contemporains ou anciens, de tous les coins de la Méditerranée, d'autres qui avaient voyagé jusqu'en Inde ou au fin fond de l'Egypte ou de la Perse. Et puis elle m'avait parlé de la situation à Alexandrie . Et tout cela avec tant de facilité que j’ eus l’impression que la difficulté aurait été la même que si elle récitait son alphabet, qu’elle connaît sûrement parfaitement à l’endroit, à l’envers et dans différentes langues.

Tout cela pour dire que durant mon séjour, j'allais être face à un être admirable et à qui je devais un respect infini.

Cette journée m’a donné un aperçu de ce à quoi ressemblera mon séjour à Alexandrie. Et je peux déjà affirmer une chose : je n’oublierais jamais cette journée qui était le commencement d’une grande aventure pour moi…..

Ainsi parla la femme...

 
  

Je prends ce mot verre et je verse dedans le mot eau, puis j’étanche ma soif avec un mot… car il s’agit bien d’un mot… qui fait moins mal qu’un autre… mais qui reste un mot parmi d’autres.

Je suis tout comme n’importe qui, une blessée du langage

Estropiée et peut-être même une handicapée du verbe

Parce que j’ai dû, dans mon plus jeune âge

Voler à mon entourage, quelque parole toxique…

Elle est là…Bien implantée dans ma cage thoracique…

Non, je n’ose pas dire cortex… parce que ça me restitue aussitôt le contexte… qui, quand, comment ? Tous les bons et les mauvais prétextes.

Oui, j’ai été écorchée vive, saignée par une parole en l’air, par un mot de trop… lequel ? Mystère !

J’ai beau le refouler, au fond du fond du fond… il reste toujours sous-jacent…

Inspirer, expirer… pour ce faire, je clique sur ma petite souris de cervelle, pour réentendre ce mot et m’assurer que je suis bien celle que je crois que je suis… un souci ! ...

 
 

Euthanasie : le mot qui fait mal !