Le Cours d'introduction à la lecture de Freud et de Lacan

Dominique Holvoet, Véronique Mariage, Philippe Hellebois, Virginie Leblanc, Claude Parchliniak, 
Jean-Philippe Parchliniak, Guy Poblome et Bernard Seynhaeve

Ponctuations psychanalytiques des psychoses

Comment s’orienter dans la clinique ? Cette question constitue le champ d’investigations des Sections cliniques en 2018.

Dans ce contexte général, le Collège clinique de Lille axera plus précisément ses travaux sur la clinique de la psychose, emboîtant le pas du XIe Congrès de l’AMP. Les psychoses ordinaires et les autres, tel est le thème du prochain Congrès de l’AMP. Dans ce contexte, il nous a semblé important de lire ou de relire et de commenter les textes centrés sur les fondements de la clinique lacanienne de la psychose, mais aussi de les lire à la lanterne de l’enseignement de Jacques-Alain Miller. Comme le souligne Jacques-Alain Miller, autant Freud s’est appuyé sur à la clinique de la névrose, et plus particulièrement sur l’hystérie, pour découvrir l’inconscient et inventer la psychanalyse, autant Lacan, psychiatre de formation, est entré dans la psychanalyse par la porte de la psychose, en témoigne sa thèse de médecine, De la psychose paranoïaque dans ses rapports avec la personnalité, tout entière consacrée à la psychose. C’est très tôt, dès son Stade du miroir, que Lacan pourra formuler que l’affinité du moi est essentiellement paranoïaque, quelle que soit la structure subjective. Le premier Lacan, relisant Freud en faisant valoir le symbolique, introduit l’opérateur du Nom-du-Père qui permet de faire la distinction entre névrose et psychose, dont le Nom-du-Père est « forclos ». La seconde clinique de Lacan, celle de la fin de son enseignement, qui s’oriente sur le réel, et dans laquelle Lacan abandonne la boussole du Nom-du-Père ne se guide pas de façon univoque sur la distinction psychose/névrose, puisque, comme le fait remarquer Miller, « les propos de Lacan mettent en évidence que la folie appartient à l’essence de l’homme. C’est bien ce qui conduira Lacan beaucoup plus tard dans son Séminaire du Sinthome, commentant sa thèse sur la psychose paranoïaque, d’indiquer que la personnalité comme telle est paranoïaque.1 »
C’est Jacques-Alain Miller qui a inventé, il y a déjà vingt ans maintenant, ce qui est devenu un concept établi, celui de « psychose ordinaire ». Psychose ordinaire n’est pas une catégorie lacanienne, mais elle se déduit du dernier enseignement de Lacan orienté par le réel. Jacques-Alain Miller fait en effet remarquer qu’en tant que corps parlants, nous sommes tous égaux devant la jouissance, le psychotique n’est pas une exception. « C’est précisément cette égalité qui nous conduit à parler de modes de jouissances particuliers. On parle de modes précisément une fois que l’on fait disparaître la discontinuité des classes. Tous égaux devant la jouissance. » Il y a les psychoses clairement extraordinaires à la Schreber, mais il y a aussi toutes celles que nous ne pouvons diagnostiquer et dont nous ne pouvons repérer que les quelques signes discrets, quelques divins détails qui doivent pourtant nous mettre sur cette piste. Nous ferons cette année la lecture d’un certain nombre de textes d’orientation
qui nous serviront de boussole pour nous orienter dans notre clinique analytique.
C’est ce qui nous a conduits à définir ainsi le champ de notre investigation, la session 2018 de notre Collège clinique de Lille sera intitulée : Ponctuations psychanalytiques des psychoses.
Chaque enseignant fera l’effort d’analyser un aspect particulièrement pointu de la clinique de la psychose à partir d’une référence choisie.


1 Jacques-Alain MILLER, « Vie de Lacan » [2009-2010], L’orientation lacanienne III 12, leçon du 8 avril 2010, inédit.
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