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Sessions

Session 1
Devenir une femme, un homme aujourd'hui
Virginie Leblanc et Thomas Roïc >13 janvier 2018

Un brouillard a envahi ce que recouvre la distinction foncière entre garçon et fille qui attrape le regard de l’enfant lorsqu’il aperçoit et voile dans le même temps la perturbation introduite par l’anatomie. Là où celle-ci était convoquée par Freud pour indexer le destin, la donne apparaît aujourd’hui quelque peu différente tant ces catégories de genre se trouvent bousculées, travaillées dans l’accélération de notre époque, jusqu’à provoquer des « troubles dans le genre » pour reprendre le titre du célèbre ouvrage de Judith Butler, qui inaugure les gender studies.

Comment accompagner cette évolution aperçue il y a plus d’un siècle, par un penseur viennois qui osait dire – sans en tirer encore toutes les conséquences – que « nous sommes bien obligés de desserrer dans nos pensées le nouage entre pulsion et objet » 1 ? Lacan nous laisse entrevoir des pistes, resserrées autour
de l’« inexistence du rapport sexuel » qui viendrait nommer l’impossibilité d’établir une écriture du « couple ».

Qu’est-ce que la psychanalyse a à en dire, elle qu’on accusa de phallocentrisme et qu’on a pu utiliser à mauvais escient au moment des débats sur le mariage pour tous ? C’est ce que nous nous proposons d’explorer dans cette session qui s’efforcera de donner à voir ce que la clinique nous enseigne dans ses formes les plus actuelles.


1 Freud S., Trois essais sur la théorie sexuelle, 1905, coll. Idées NRF, p. 31.

BIBLIOGRAPHIE
• Judith Butler, Troubles dans le genre, Le féminisme et la subversion de l’identité, Paris, La Découverte, 2005.
• Sigmund Freud, Trois essais sur la théorie sexuelle [1905], Paris, Gallimard, coll. Folio/Essais, 1987.
• Sigmund Freud, La vie sexuelle, Paris, PUF, coll. Bibliothèque de psychanalyse, 1969.
• Jacques Lacan, Le séminaire, livre XX, Encore, [1972- 1973], texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, coll. Champ Freudien, 1975.
• Fabian Fajnwaks et Clotilde Leguil (sous la dir. de), Subversion lacanienne des théories du genre, Ed. Michèle, 2015.
• Clotilde Leguil, L’être et le genre, homme/femme après Lacan, Paris, Puf., 2015


Session 2
« À vos marques ! »
Catherine Heule et Agathe Sultan >24 mars 2018

Le corps du sujet moderne est un corps en mouvement. Connectés, géolocalisés,
nos corps n’ont de cesse de s’agiter. La boussole du Nom-du-Père a laissé la place au GPS, dont les algorithmes guident des sujets hagards qui ne perdront jamais leur chemin.
Le corps se met en mouvement pour parer aux mouvements dans le corps. Lacan, visitant Vienne sur les traces du petit Hans faisait du circuit de sa phobie un circuit touristique : de n’avoir pu loger dans le langage ce qui agitait son corps et son fait-pipi, un objet externe, le cheval, permet une délocalisation. « Ce cheval qui va et qui vient, qui a une certaine façon de glisser le long des quais en tirant un chariot, est tout ce qu’il y a de plus exemplaire pour lui de ce à quoi il a affaire, et auquel il ne comprend exactement rien [...] Son symptôme, c’est l’expression, la signification de ce rejet » 1 . Ce traitement de la jouissance du corps permet un effet de signification dans la névrose. Dans la psychose, un autre traitement opère pour s’écrire un corps : de l’extraction de l’objet à la mise en circulation du corps.
Lors de cette session, nous ferons le pari que les pratiques actuelles liées aux nouvelles technologies de l’information et au web sont autant de façons de traiter le corps et son agitation pulsionnelle : traitement de l’image dans les réseaux sociaux, déplacement de libido sur un avatar en mouvement dans les jeux vidéo, rencontre et circulation des corps dans les dernières applications issues de la nouvelle économie collaborative. Minecraft, Instagram et Tinder, Deliveroo et Uber nous éclaireront à coup sûr ! Du corps marqué au corps qui marque l’espace, nous avons là toute une série de phénomènes que nous tâcherons de mettre au travail avec quelques invités.

1 Jacques Lacan, « Conférence à Genève sur le symptôme », La Cause du désir, N° 95, pp. 13-14.

Session 3
« À quoi jouons-nous ? »
Guillaume Darchy et Sophie Simon >21 avril 2018

Sans doute ne voyons-nous plus les enfants jouer de la même façon depuis que le jeu de la bobine du petit Ernst fut rapporté et analysé par son grand-père Sigmund Freud. On ne peut désormais plus ignorer que derrière la candeur des gestes et des fantaisies se livrent un combat dans lequel, par un acte de culture, le sujet engage son corps, sa parole et ses objets face aux évènements difficiles de l’existence. Entre la création et la répétition, l’enfant qui joue change le monde en même temps qu’il attend toujours le retour du même. Or à l’évidence, de cette trouvaille freudienne le monde capitaliste a fait un cheval de Troie : la fiction du jeu est devenue notre réalité ; celle des enfants comme des adultes. Plus un espace qui ne trouve pas sa face ludique : management, commerce, enseignement, rencontres amoureuses, etc. Les bobines ont déserté les terrains de jeu et laissé place aux produits manufacturés, aux algorithmes. Ainsi pouvons-nous nous demander, dans les pas de Dominique A : « pendant que les enfants jouent, nous, à quoi jouons-nous ? » 1


1 Dominique A, « Pendant que les enfants jouent », titre issu de l’album Tout sera comme avant, 2004.

BIBLIOGRAPHIE
• Sigmund Freud, « Au-delà du principe de plaisir », Essais de psychanalyse, Petite Bibliothèque Payot,
Paris, 1993, p. 41.
• Jacques Lacan, Le séminaire, livre I, Les écrits techniques de Freud, Seuil, Paris, 1975.
• Jacques Lacan, Le séminaire, livre XI, Les quatre concepts fondamentaux de la psychanalyse, Seuil,
Paris, 1973.
• D.W. Winnicott, Jeu et réalité, Folio Essais, Paris, 2002.



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