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Đura Jakšić

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Đura Jakšić (Serbian Cyrillic: Ђура Јакшић, born 27 July 1832, died 16 November 1878) was a Serbian poet, painter, writer, dramatist, bohemian and patriot.

Jakšić was born in Srpska Crnja. His house has been transformed into a Memorial Museum in his honour. His early education was in Temesvár (now in Romania) and Szeged (now in Hungary). Jakšić lived for a time in Veliki Bečkerek (now Zrenjanin), where he studied painting under Konstantin Danil. Jakšić then studied fine arts in Vienna and Munich.

Jakšić is one of the most expressive representatives of Serbian Romanticism. Passionate, impetuously imaginative, emotional, rebellious and imbued with romantic nationalist sentiment, his poems about freedom, his invectives against tyranny and his verses of lyric confession resonate with romantic pathos.

He wrote about forty short stories, three full-length dramas (Stanoje Glavaš, Seoba Srbalja, Jelisaveta) and the novel Warriors.

He is one of the most talented Serbian painters of the 19th century and perhaps the most prominent representative of Romanticism in Serbian painting.

Although best known for his literature and paintings, Jakšić was also a teacher and professor. Schools and colleges throughout Serbia and the rest of the former Yugoslavia still bear his name.



Momo Kapor - Drawing of Djura Jaksic
Poésie de Djura Jakšić / Poezija Đure Jakšića


La poésie lyrique de Đura Jakšić – anacréontique, bucolique, métaphysique – s’apparente à sa peinture non seulement sur le plan des motifs mais aussi sur celui du style. Elle témoigne de plusieurs procédés techniques présents dans ses toiles aux motifs identiques : la picturalité, les saisissants contrastes du clair-obscur, la succession des épithètes et des métaphores.

Bien qu’il ait œuvré dans tous les genres poétiques avec une égale aisance, sa poésie lyrique, représentée par quelques dizaines de poèmes, forme le noyau dur de son art qui demeure dans les limites thématiques du romantisme : le moi, la solitude, la nature (Орао / L’aigle ; На липару / Au bois de tilleul), la femme aimée, la patrie (Падајте браћо / Tombez, frères ; Ћутите, ћут’те / Taisez-vous, taisez), mais aussi les figures spectrales, menaçantes, de la nuit, de la mort (Божији дар / Le don de Dieu ; Мир / Quiétude ; Поноћ / Minuit) ; voilà ses sujets essentiels. C’est le plus personnel des poètes du romantisme serbe, le plus ouvert, le plus franc. Sa poésie dépeint le conflit entre une individualité forte, une nature exaltée, une conscience de soi exacerbée et un milieu médiocre, incompréhensif, sinon hostile. L’image qui apparait dans tous les versants de son expression artistique (poème lyrique, balade, nouvelle, portrait) et qui incarne son idée romantique, est celle du personnage déterminé, concentré, figé dans l’attente. Celui-ci est près d’exploser dans une furie vengeresse.

Đura Jakšić aime autant le verbe que la couleur. Sa poésie, riche en sonorités diverses, lorsqu’elle épouse le ïambe décasyllabique, s’abandonne à l’orchestration d’effets de style, de figures, d’épithètes (Отаџбина / La patrie). Dans ses poèmes de la solitude ou de visions spectrales, dans les scènes pathétiques, dans les explosions des passions, des émotions fatales, il aime produire la sonorité rauque provoquée par l’amoncellement de la consonne « r ». Il y a là tout un crescendo de maestria rhétorique, car tout se doit d’être fort, d’être sublime (Поноћ / Minuit).

Đura Jakšić est le poète de la solitude et du mépris de la foule. Sa poésie anacréontique (Мила / Mila ) – forme qu’il introduit dans la littérature serbe – témoigne de ses souffrances privées autant qu’elle les sublime : elle est, au même titre que sa poésie patriotique, un reflet exact de la réalité humaine et sociale de son temps. Poète de la description et des contrastes – chez qui la gestuelle relève rarement de la pose ou du phrasé vide de sens – il demeure, par sa force poétique et sa grande puissance émotive, la plus dramatique des figures du romantisme serbe.


♦ Etudes et articles en serbe : Душко Бабић, Мистика српског романтизма, Ново Сарајево, Завод за уџбенике и наставна средства РС, 2004.

Boris Lazić



[de www.serbica.fr]

Peintre et professeur de dessin, poète, dramaturge et nouvelliste, Đura Jakšić est une figure romantique par excellence. Admirateur de Rembrandt et Rubens en art, de Byron et Petőfi en littérature, auteur à la forte individualité poétique, au lyrisme exalté, rebelle aux conventions, il est le poète du drame individuel et des passions inassouvies.

Profondément insatisfait de la vie, lyrique à la nature titanesque, aux explosions de colère qui baignent son œuvre telle une rivière souterraine et forment sa trame psychologique première, toute sa poésie s’exprime entre colère et langueur, fureur et nostalgie. Sa poésie se caractérise par une versification moderne, riche et variée, par un lexique dense, descriptif, par des néologismes rares et bienvenus, par une musique singulière du vers et de la diction où prédomine le thème de la solitude et d’une vive conscience de soi. Son imagination, puissante, esthétise les traces du vécu et les transmue en images, en poésie. Il y exprime sa nostalgie d’une fraternité de poètes et d’un amour apaisé, rédempteur, de la nature, de la vie, qui permettrait l’union quasi mystique de son « moi » à celui, impassible, de l’univers.

Đura Jakšić est né à Srpska Crnja, dans le Banat, en 1832. Son père est un prêtre orthodoxe, fervent patriote, enclin à la vie intellectuelle. Il financera l’ensemble des études de son fils. Đura Jakšić est dès l’âge de seize ans et à titre de volontaire, acteur des luttes armées qui, en 1848, donnent naissance à la Voïvodine de Serbie. Après des études en Arts plastiques aux académies de Budapest, Bečkerek, Vienne et Munich (1850-1853), il se consacre, en Voïvodine, à l’art de l’icône et aux portraits de ses contemporains. En 1857 il passe en Serbie, où il enseigne le dessin dans les villages du Timok, à Podgorac et Sumrakovac, puis dans les lycées et pensionnats de Belgrade et Požarevac. En 1861 il reprend ses études de peinture à Vienne. Il passe l’année suivante à Novi Sad où il se consacre à la peinture et l’écriture. De 1863 à sa mort prématurée, il enseigne le dessin dans les lycées de Kragujevac, Sabanta, Jagodina puis, à partir de 1872, est correcteur de l’Imprimerie nationale, à Belgrade.

C’est en étudiant la peinture chez Konstantin Danil, à Bečkerek, que Đura Jakšić s’adonne, dans la très riche bibliothèque du maître, à la lecture et affermit son goût littéraire, romantique. Par la suite, à Vienne, alors qu’il étudie la peinture, il fait parti du cercle intellectuel du poète Jovan Jovanović Zmaj et du philologue Đura Daničić. Il publie ses premiers poèmes en 1853. Bien qu’ils aient combattu dans des camps opposés en 1848, Jakšić ressent vivement l’idéalisme et l’engagement de Sandor Petőfi, admire l’homme et son œuvre poétique. Il s’agit d’une correspondance de tempérament et de destin qui le conforte dans son choix de vie.

Il mène de front trois carrières : celles de peintre, d’écrivain et d’enseignant. En tant que peintre, on lui doit l’iconostase de l’église orthodoxe de Srpska Crnja. Jakšić, tout en respectant les canons austères du bidermayer dominant, insuffle à ses représentations sacrales son tempérament romantique. En raison de l’incompréhension de son esthétique, ses concitoyens déchirent à deux reprises l’icône de la Mère de Dieu. Cet acte scandaleux marquera durablement sa relation aux autres. Par la suite il se consacrera essentiellement aux thèmes historiques et aux portraits de ses contemporains, aux grés de ses déplacements professionnels. Sa Девојка у плавом / Jeune fille en bleu, son Аутопортрет / Autoportrait sont des exemples types de sa maîtrise technique, de son amour du clair-obscur, de son talent d’observateur. Plusieurs de ses tableaux et de ses poèmes s’interpellent, se correspondent (cycle de Kараула / La tour de garde aux titres identiques), de même que ses portraits des figures historiques représentent les visions romantiques des héros, titanesques, farouches, déterminés, de la geste de Kosovo. Souffrant du rejet de son art sacral, de son style, il se réfugie dans l’alcool.

En littérature, il se consacre à la poésie lyrique (témoignage exact de sa vie, de sa psychologie), aux ballades, aux tragédies et nouvelles. Ses meilleurs ballades, d’une rare richesse lexicale, descriptives, suggestives et mélancoliques, se caractérisent par une vive tension dramatique et des envolées lyriques majeures (Осман-ага / Osman-aga, Невеста Пивљанина Баје / La fiancée de Pivljanin Bajo). Parmi ses trois tragédies – Станоје Главаш / Stanoje Glavaš, Сеоба Србаља / Migrations des Serbes et Јелисавета, кнегиња црногорка / Jelisaveta, princesse monténégrine – la dernière, la plus réussie, est considérée comme une des grandes pièces qui forment le répertoire théâtral du romantisme serbe. Son œuvre en prose (en particulier sa nouvelle Сирота Банаћанка / La pauvre fille du Banat), de même que sa poésie tardive (motifs du Banat), par leur réalisme psychologique et social, par le sentiment moderne de justice sociale, s’inscrivent dans l’esthétique naturaliste naissante.

Sur le plan politique, Đura Jakšić est un libéral. A partir de 1870 il s’engage dans la satyre et la nouvelle sociale et œuvre au sein du mouvement de la Jeunesse serbe unifiée, parti existant alors aussi bien en Voïvodine qu’en Serbie et au Monténégro. Bien que déjà malade et à la santé fragile, il est correspondant de guerre en 1876 sur le front de la Drina. Auteur d’une nouvelle où il pourfend la lâcheté dont un général a fait preuve sur le théâtre des opérations, il meurt des suites d’un passage à tabac exécuté sur l’ordre de ce dernier.

Boris Lazić