A côté


    Des femmes attendent, se font belles, se remontent le moral, craquent parfois, espèrent toujours. Dans la petite maison de l’association Ti-Tomm, accolée au mur de la prison des hommes, à Rennes, on attend l’heure du parloir. Les familles arrivent à l’avance, toujours. Quelques secondes de retard, et la porte de la prison restera fermée. On vient une, deux, trois fois par semaine, chaque semaine, pendant des mois voire des années. Ce sont majoritairement des femmes ; ces pénélopes des temps modernes vivent au rythme de leur homme à l’ombre. Le temps est suspendu, la vie comme arrêtée. L’arbitraire de la prison, les transferts, les interdits sont leur quotidien. La prison en creux. La vie sans l’autre. Mais sûrement pas à côté de la vie.
Dans le film documentaire « À Côté », en mélangeant photos et vidéo, Stéphane Mercurio montre les dysfonctionnements du système pénitentiaire et l’impact de la détention sur les familles de détenus.

    Le poids des règles, les dysfonctionnements de l’administration pénitentiaire surchargent le quotidien des familles de détenus. Elles qui vivent « à côté » de la prison, presque un peu criminelles aussi, comme « punies d’aimer quelqu’un qui a fait une bêtise ». La machine à imprimer les permis de visite cassée, les parloirs annulés au dernier moment, les séjours à l’hôpital dont on ne sait rien, les transferts dans une autre prison à des centaines de kilomètres… La cinéaste Stéphane Mercurio s’est installée plus de dix mois à Ti-tomm, « petite maison conviviale à côté de la maison d’arrêt des hommes de Rennes », pour recueillir les témoignages de ces proches : un ou deux pères, un ou deux fils, mais surtout des femmes, très jeunes et moins jeunes, compagnes, épouses ou mères. Elles lui ont confié leurs angoisses, leur terreur face aux bagarres et au suicide, le manque d’informations, la complexité des procédures, l’incohérence des règles, les incompréhensions avec le détenu, la peur de la sortie, l’organisation pour venir, parce qu’il y a le travail, les enfants, le trajet à payer, la nuit sur place quand on habite loin, et les fins de mois à boucler, seule…

    « À côté » frappe par ce qu’il montre : le courage de celles (et ceux) qui s’accrochent pour préserver un semblant de relation, un semblant de vie familiale malgré les hauts murs, et interpelle par ce qu’il suggère : eux, maris, fils et pères enfermés, qu’on ne verra pas.  Deux temporalités différentes en somme, qui font saisir un certain rapport au temps. À l’attente. Et à l’absence.

    Débat
    en présence de Stéphane Mercurio (réalisatrice), et de Chantal (femme de détenu).
    Pourquoi la peine s’étend-elle à celles qui représentent, bien souvent, l’unique chance de retour du détenu à une vie normale ? » (Stéphane Mercurio)









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