Le Rouissage et les Routoirs

Le rouissage est la macération que l'on fait subir aux plantes textiles telles que le lin, le chanvre, etc., pour faciliter la séparation de l'écorce filamenteuse d'avec la tige. On fait rouir le chanvre ou le lin dans un routoir ou roussoir. Le terme rouir vient du francique rotjan, qui signifie pourrir.

Jusqu'au XXe siècle, pratiquement chaque ferme possédait son routoir appelé parfois « mare au chanvre ». Près des forêts se trouvaient aussi des « mares aux poutres » dans lesquelles trempaient les troncs destinés aux charpentes et constructions.

Le chanvre s'arrachait en deux fois : le chanvre mâle, cueilli en juillet et août rouissait plus promptement que le chanvre femelle qui lui n'est mûr qu'en septembre et octobre. L'extrémité des tiges rouit plus lentement que les parties voisines de la racine, les gros brins exigeant moins de temps que les petits. La moyenne pour le rouissage du chanvre est de 8 à 10 jours en mai, de 6 à 8 jours en août et de 10 à 12 jours jours en octobre. On peut en dire autant pour le lin qui rouit plus vite que le chanvre. La durée moyenne du séjour au routoir est un peu plus courte.

Le rouissage est suffisant quand les fibres se séparent facilement les unes des autres sur toute la longueur de la tige. Il était important que la fermentation soit arrêtée à ce moment car, si elle durait plus longtemps, la filasse prenait une teinte brune et perdait sa force de résistance. Comme il est difficile de déterminer le moment exact où le rouissage est terminé, et comme, d'autre part, une fermentation trop prolongée enlève aux fibres une grande partie de leur valeur, on n'attendait jamais que la plante soit complètement rouie pour la sortir de l'eau. On achevait l'opération en l'étendant sur la prairie pendant quelques jours.

  • Le Rouissage (2) :
     
    C'est une opération qui consistait à immerger la plante dans l'eau pendant plusieurs jours.
    Il s’effectue sur sol humide ou dans l’eau à 25°.
     
    Son but est de décoller la fibre (faisceau de fibriles) de l'aubier (bois de la tige) en dissolvant le ciment (pectose) qui le lie.
     
    Cette FERMENTATION se fait grâce à un bacille appelé amylobacter.
     Or ce bacille est anaérobique, il prend donc l'oxygène dont il a besoin dans l'eau dans laquelle la plante est trempée. La réaction détruit donc le liant entre fibre et aubier, ce qui permet de  séparer d’un côté les fibres, de l’autre côté, le bois et l’écorce.
     
    Ce bacille qui vit en temps ordinaire sous terre à une certaine profondeur est apporté dans la plante par ses racines. C'est la raison pour laquelle, nous vous l'avons dit plus haut, le lin doit être arraché ET NON COUPÉ.
     
    Les techniques modernes ont permis de se libérer de cette contrainte. Mais cette opération de « trempage » avait des inconvénients pour la faune et la flore aquatiques, la disparition de l'oxygène de l'eau n'était pas sans conséquences. En outre, les odeurs nauséabondes se faisaient remarquer loin à la ronde.

    Ce phénomène a provoqué très tôt des réactions de la part des autorités.[1]
     
    Quelques techniques de rouissage :
     
    a - Rouissage à terre : Les tiges avec leurs graines étaient laissées sur le sol afin que s'y développe, grâce à l'alternance du soleil, de la rosée et des pluies, une fermentation fongique qui permettait le décollement de la couronne fibreuse du bois central (opération qui durait de 3 à 5 semaines). Cette méthode était plutôt appliquée pour les lins de basse qualité.
     
    b) - Rouissage en eaux courantes : Le lin est alors immergé. Il fallait déplacer des pierres dans le cours des fleuves ou rivières pour créer des barrages artificiels et lester les bottes de lin (sources de nombreux différends). Ce procédé qui donnait d'excellents résultats était dû essentiellement à la qualité de l'eau peu calcaire, exempte de sel et de fer qui favorisait le développement du bacille. En contrepartie, il impliquait une forte pollution des eaux. La technique d'immersion consistait dans un premier temps à mettre le lin en bottes. Celles-ci étaient liées deux par deux de manière à ce que la tête de l'une voisine avec le bas des tiges de l'autre ; cela formait un « bonjeau » d'un poids voisin de 8 kg. Ces derniers étaient placés verticalement dans des ballons ou caisses en bois à claire-voie, ouvertes sur le dessus et sur un côté, contenant 1.200 à 1.600 kg de lin. On entassait les bottes et l’on couvrait le tout de paille. Pour empêcher le tout d'être emporté par les courants, on chargeait l'ensemble avec de lourdes pierres jusqu'à ce que le tout soit complètement immergé.
     
    c) - Rouissage en eaux dormantes : Le lin était placé dans des trous plus ou moins prévus à cet effet. De très fortes odeurs nauséabondes se dégageaient.
    Dans tous les cas, ce procédé, très efficace et qu'il fallait parfaitement maîtriser, amenait une forte pollution des eaux. Il fut progressivement abandonné en raison de la nécessité de changer souvent les eaux stagnantes pour éviter le développement de ferments putrides, dangereux pour les animaux.
     
    d) - Rouissage chimique : Il avait deux objectifs : diminuer le temps de rouissage classique et éviter la pollution des eaux.
    Plusieurs techniques furent, là encore, employées. L'une d'entre elles consistait à tremper les bottes dans un mélange d'eau et d'acide sulfurique, peu acide qui était souvent agité. Elle donnait de bons résultats, mais était particulièrement fastidieuse puisqu'il fallait plonger les bottes à plusieurs reprises, les retirer et les égoutter à chaque fois. Il fallait en outre laver impérativement ces bottes à l'eau claire avant chaque immersion. Un rinçage final dans une préparation alcaline faite d'eau, de potasse ou de soude assez peu concentrée était indispensable.

    [1] C'est en août 1669 qu'est connue la première ordonnance traitant du sujet. Bien d'autres arrêts seront promulgués avant que les lois d'août 1790 et juillet 1791 ne viennent renforcer la réglementation. Mais c'est surtout au début du XIX° siècle que les arrêtés (notamment préfectoraux) seront légion puisqu'ils seront parfois l'objet de volte-face spectaculaire sur les directives données. Ainsi le 18 juin 1840, le Préfet de L. I. écrivait : « L'intérêt général qui doit toujours guider l'Administration, quoiqu'elle soit encore obligée de le concilier le plus possible avec l'intérêt particulier, exige que le rouissage du chanvre et du lin ne soit pas totalement interdit ». Après avoir reconnu un an plus tard que les mesures répressives liées au rouissage « ont dépassé le but, en imposant des conditions qui rendaient impossible cette utile culture » et s'être demandé « jusqu'où devaient s'étendre les limites de sa sévérité », il traite d'un ouvrage qu'il qualifie lui-même d'extrêmement remarquable et dans lequel on peut lire : « 1° Les exhalations fétides dues au rouissage du chanvre n'ont aucune influence fâcheuse sur la santé ; 2° Les eaux des routoirs peuvent être bues sans danger par les hommes et les animaux quelque infectes qu'elles soient (mais oui, vous avez bien lu)… 5° L'eau corrompue et stagnante des routoirs perd son odeur infecte et reprend sa limpidité quatre ou cinq semaines après qu'on y a déposé du chanvre ».

    Ces préambules terminés, les articles suivants assoupliront la réglementation sur les manières autorisées de procéder au rouissage.
Synthèse effectuée par Maryse Claeys
Un routoir ou roussoir est un endroit où l'on rouit les plantes textiles, notamment le lin.

Le routoir était tantôt un trou creusé au bord d'une mare, un étang, un petit cours d'eau. Les eaux qui le formaient étaient stagnantes ou courantes.

Avec des eaux stagnantes, on obtenait un résultat plus rapide mais la filasse était de moins belle qualité et surtout moins résistante. Dans les eaux courantes, le rouissage était plus lent mais l'on obtenait des fibres presque blanches et très solides.

Toutes les eaux courantes n'étaient pas bonnes au rouissage. N'étaient pas utilisées les eaux acides provenant des tourbières, des landes, des bois ou les marais les eaux calcaires, les meilleures étant les eaux claires et à courant peu rapide.

L'eau des routoirs devenait rapidement de couleur brun-jaunâtre, se putréfiait et était un foyer infect où se dégageaient des gaz délétères qui empestaient tous les alentours. La réglementation exigeait que les routoirs soient creusés à une certaine distance des habitations.

Les eaux qui ont servi au rouissage étaient réputées excellentes pour l'irrigation ; les détritus solides qui se déposaient au fond du routoir sous forme de vase constituaient un engrais énergique.


Routoir en ruine dans la Forêt du Mesnil
non loin du Mesnil des Bois

La forêt du Mesnil se situe en Bretagne, au nord de l'Ille et Vilaine, à cheval sur les communes de Tressé (35720) et de Le Tronchet (35540).

Le nom Mesnil vient du mot maison. En effet dans cette forêt des moines ont jadis construit une maison et défriché une clairière de 11 hectares. Puis cette forêt est devenue la propriété de Robert Surcouf, le célèbre corsaire malouin. Ce n'est qu'en 1933 que l'État l'a achetée et qu'elle est donc devenue une forêt domaniale. Cela signifie qu'elle est gérée par l'État.

C'est une petite forêt qui ne s'étend que sur 592 Hectares.

Cette forêt est surtout connue pour l'allée couverte de la Roche aux Fées, également appelée "Maison es Feins" ou "Maison des Fées".




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