Rencontre extraterrestre

  Voici Comment Pierre Monnet a rencontré les Extraterrestres de Véga :

    
 
 
  Cela se passait une nuit de juillet. J’étais à Courthézon,   petit village de Provence situé à dix-huit kilomètres d’Avi-

 gnon. Je me trouvais sur le bord de l’ancienne nationale 7 qui traverse le village et borde une petite place au centre de laquelle trône une fontaine circulaire. Non loin de là s’élève une porte médiévale sur laquelle est encastrée une pendule électrique qui marquait, au commencement de mon aventure, 1 h 30  du matin. A cette période de l’année et pour l’époque, la circulation automobile était relativement intense par rapport à l’habitude c’était la saison touristique et en même temps, le festival d’Orange, ma ville natale située à sept kilomètres de là.

   La route entre Courthézon et Orange est rectiligne à partir  du premier kilomètre. Je la parcourais habituellement en  quinze à vingt minutes et parfois plus ou moins, selon mon  humeur et mon courage du moment. A cette époque-là, je  n’avais qu’une bicyclette. J’effectuais ce parcours deux fois par semaine, les mêmes jours et approximativement aux mêmes  heures, pour rendre visite à ma fiancée, devenue par la suite  mon épouse.  

 

    Soucieux de vérifier mes performances, au départ et à  l’arrivée d’où que ce soit, je comparais toujours l’heure de ma  montre aux horloges des lieux où je me trouvais ; c’était devenu une habitude. li est bien connu que lorsqu’on est jeune, on  cherche toujours à se surpasser, ne serait-ce que pour pouvoir  « esbrouffer» le lendemain auprès des copains en leur apprenant, éventuellement, que le record de la veille avait été battu.

    Ce jour-là, je ne fis pas exception et. après les vérifications  habituelles, j’enfourchai mon vélo. Mais cette fois-ci cela ne  se passa pas comme les autres jours.

    J’eus l’ahurissante surprise d’être instantanément « téléporté »  cinq kilomètres plus loin, toujours sur le bord de la route  nationale 7, à l’entrée d’une vaste, sinueuse et profonde carrière  de sable et de gravier. Je connaissais l’existence de cette carrière,  mais je n’y avais jamais mis les pieds. Celle-ci se situait en  bordure de la route à environ trois ou quatre kilomètres d’Orange.

  La distance de la route à la carrière était d’environ dix à quinze  mètres, et entre les deux s’élevait une haie d’épaisses broussailles et d’arbres de toutes essences et de moyenne importance.

    Cette « téléportation » instantanée me laissa pantois. Je  sentais mon cerveau vide. J’étais comme hébété. Puis, à la manière d’un homme dépassé par les événements, mais malgré  tout conscient de la réalité de la situation et de moi-même,  comme si j’étais dirigé par une force irrésistible, j’empruntai le  large chemin en pente qui pénétrait dix mètres plus bas dans la  canière sinueuse. Je ne sais pourquoi, arrivé en bas de la pente,  au niveau du fond de la carrière, je descendis de vélo et me dirigeai à pied plus avant en poussant mon véhicule à deux roues.

   Je me sentais d’une extrême légèreté. J’avais l’impression  que mes pieds ne touchaient pas le sol. J’étais très calme et décontracté malgré l’aspect insolite de la situation. Je me sentais  comme quelqu’un qui attend quelque chose d’imminent. Je ne  percevais aucune fatigue. L’émotion me raccourcissait le souffle  et mon coeur battait plus vite. Pourtant, je n’avais aucune peur;

au contraire, une certaine paix intérieure semblait m’habiter.   

 

   Curieusement, plus j’avançais et plus j’avais l’impression  que l’on ressent lorsqu’on entre dans l’eau pour la première  fois c’est-à-dire comme une légère oppression au niveau des  poumons. Et, chose bizarre, de façon progressive, les sons  extérieurs s’estompaient au fur et à mesure que j’avançais sur  le fond de la carrière, comme si je savais avec pr&ision où  j’allais...

    A un détour de celle-ci, à une soixantaine de mètres devant  moi et derrière l’un des multiples îlots de terre que les bulldozers avaient contournés, j’aperçus une certaine lueur... J’approchai toujours et, arrivé à une douzaine de mètres de l’îlot  que j’avais contourné, à une quinzaine de mètres de distance,  je vis devant moi, « flottant », en sustentation à une distance  de cinquante à quatre-vingts centimètres au-dessus du sol, un  disque de forme lenticulaire mesurant environ quinze à vingt  mètres de diamètre.

    Ce disque était surmonté d’un renflement central en forme  de dôme. De la base au sommet, cet engin devait bien mesurer  trois mètres de haut. Le disque irradiait, par pulsations lentS,  une couleur «blanc-argent-bleuté» éclairant nettement les parois de la carrière distantes d’une dizaine de mètres. Cette irradiation paraissait prendre sa source dans l’âme-même du métal insolite dont semblait être fait cet engin extraordinaire et d’une  beauté fascinante. H émanait de ce disque une puissance diffi  cilement concevable pour qui ne l’a pas vu de ses propres yeux.

    Le « métal » du disque semblait à la fois matériel et imma tériel, ou tout au moins d’une structure atomique interne constamment en mouvement... Presque quelque chose de vivant.

  C’était impressionnant, inquiétant et beau à la fois...    Lentement, très lentement, je m’approchai de cette chose  qui semblait m’attirer. Par la suite, lorsque je me suis trouvé  très près (six à sept mètres), je pris conscience qu’un silence  total s’était établi depuis déjà longtemps autour de moi. Je  n’entendais plus le bruit de la circulation automobile sur la  route qui n’était pourtant qu’à soixante mètres de là. Je n’entendais plus le chant des oiseaux de nuit et des grillons, ni le  bruit de mes pas et le crissement des pneus de ma bicyclette  sur le gravier. Ce silence total me donna l’impression que l’on  m’avais mis sous cloche... Complètement isolé. Je n’entendais  que les bruits de ma respiration, des battements de mon coeur  et de la circulation de mon sang dans mes veines.

   Malgré tout, je me sentais bien... Emerveillé par ce que je  voyais, j’avançais toujours. Très calme. Probablement trop fasciné par cet engin, je ne m’étais pas rendu compte que, devant  et un peu sur le côté de celui-ci, se tenaient, là, debout, quatre êtres humains non terrestres. Ceux-ci étaient vêtus d’une combinaison collante, constituée d’un «tissu » souple argenté et  luminescent formé « d’écailles ». Cette combinaison éclairait le sol autour d’eux jusqu’à au moins cinq mètres alentour.

    Je bifurquai légèrement sur la droite en les apercevant. Tout  en les examinant j’avançai calmement jusqu’à n’être plus qu’à  environ trois mètres de ces quatre êtres magnifiques.

   Je ne sentais plus mon corps... Immobile devant eux, je  déposai ma bicyclette au sol, près de moi, et contemplai ces  quatre êtres vivants d’aspect parfaitement humain tout en  n’étant pas d’origine terrestre; ça, je le savais! Ne me de-  mandez pas pourquoi, je serais incapable de vous répondre...

    Ils étaient pieds nus, mains nues et ne portaient aucun cas  que de respiration quel qu’il soit. Ils étaient grands; de forme  athlétique. Ils devaient bien mesurer au minimum un mètre  quatre-vingt-cinq (je ne suis pas allé les mesurer de près... qui  sait... Ils auraient pu se vexer... Humm I) Tous les quatre se  ressemblaient. Ils étaient parfaitement proportionnés et de  même corpulence. De véritables duplicatas... Leur chevelure  était à la fois blonde et blanche, descendant de façon bien  ordonnée sur les épaules. Leur visage était très beau et très fin.

  Ils pouvaient bien avoir environ vingt-huit à trente ans. Leur  regard était d’une clarté, d’une douceur et d’une franchise que  je n’ai encore jamais vues chez nos semblables, les Terriens.

  En me regardant approcher, ils me souriaient. Ils étaient d’une  si grande finesse et d’une si grande beauté que sur le moment,  mise à part l’absence de seins (au sens féminin du terme), pendant les toutes premières secondes je fus embarrassé pour  déterminer s’ils appartenaient au sexe féminin ou masculin.

  Mais après une courte hésitation, on ne pouvait s’y tromper;  c’étaient bien des « mâles ». Il émanait deux une impression  générale de grande force à la fois intérieure et extérieure; ils  étaient bâtis comme des athlètes et souriaient, étaient rayonnants de tranquillité, de gentillesse et de bonté. Une paix profonde semblait tes habiter. L’aspect sympathique de ces Etres d’Outre-Espace était communicatif; j’avais envie de me précipiter dans leurs bras, comme si je les avais toujours connus.

   Puis, ils levèrent le bras droit dans ma direction, horizon-  talement, la paume de la main tournée vers le haut. Ils avaient  fait ce mouvement presque ensemble et toujours dans le plus  parfait silence.

    Cette attitude pour le moins sympathique me mit en parfaite  confiance. Ils venaient de faire ce geste comme vous l’auriez  fait lors de la visite d’une personne chez vous, pour l’inviter à  entrer ou à s’approcher.

    Toutefois, j’eus un mouvement de recul et un grand frisson  me parcourut de la tête aux pieds, car ils venaient de s’exprimer en moi sans avoir ouvert la bouche... J’entendais très puissamment leurs pensées à l’intérieur de mon cerveau et de  mon être tout entier... C’était d’une netteté, d’une clarté extraordinaire. En même temps, je savais instantanément que les  pensées ne s’exprimaient pas en mots mais étaient comme des  impulsions codées mêlées d’images et de concepts profonds qui  m’étaient étrangers quoique familiers. Ils me faisaient participer pour la première fois à un processus de communication  télépathique auquel je n’étais pas habitué et dont je ne com  prenais pas le « mécanisme »; processus qu’ils m’assurèrent   être des plus naturels, qui existe depuis le commencement des  temps, mais que l’homme de notre planète a perdu depuis sa  chute hors des lois universelles. Le « mécanisme» de ce Faces-sus permettait, si je puis m’exprimer ainsi, une surimpression  des éléments phonétiques de mon vocabulaire sur les pensées  émises par ces êtres que je n’allais pas tarder à qualifier de « merveilleux »...

    En admettant même que nous trouvions dans notre pauvre langage les mots précis capables de traduire parfaitement ce  qui m’a été « dit » (exprimé est un mot plus juste), la quantité  de ce qui m’a été révélé en un bref laps de temps que j’évalue à  une vingtaine de minutes, ne pouffait être réexprimée dans notre langage que dans un temps beaucoup plus long... J’évalue  celui-ci à un an ou deux à la cadence de huit heures par jour  de discours...

    Il m’est, dune part, difficile de traduire ce qui a été imprimé  en moi à cause de la pauvreté de notre vocabulaire, d’autre part impossible de tout dire à l’heure actuelle. Je vous laisse le soin  d’imaginer le nombre de volumes qu’il me faudrait créer pour  que la retransmission soit vraiment complète... Dois-je m’attendre à un « déblocage linguistique » ultérieur ?... Je dois  humblement avouer que, pour l’instant, je suis au bout de mes  possibilités et je le regrette beaucoup... Car il a été déposé en moi, non pas des mots, mais comme des pensées et des  concepts codés, sous forme d’impulsions pour lesquelles je ne  trouve les mots de traduction que très lentement au fil des ans;  sauf pour quelques phrases isolées que j’ai pu traduire instantanément parce que cela était nécessaire dans telles ou telles  situations urgentes lors de certains contacts.

  La traduction des concepts qui ont été déposés en moi le  jour de ce premier contact physique n’a commencé à se faire  que deux ans après. Mais voici quelques phrases éparses que  j’ai pu comprendre immédiatement au moment où elles ont été  émises :   

 

    «.. Nous sentons de la crainte en toi... Que cette crainte te  quitte, nous voulons le bien de tout être vivant, surtout s’il  n’est pas agressif .. »

 

    « Ne t’approche pas davantage de notre véhicule; il est

  dangereux pour tout être vivant qui n’est pas accordé à sa

  longueur d’ondes. Les vibrations qu’il émet détruiraient les

  cellules de ton corps... »

 

    « Lette entrevue avec nous va, par la suite, te causer des désagréments qui influeront sur ta santé; tu aurasdes troubles  nerveux pendant un certain temps et cela passera. Après quoi,  notre conversation s’éclaircira et tu pourras transmettre aux  hommes de la planète ce que nous t’avons dit... »

 

   « . Nous savons que vous employez entre vous le langage  par le canal de l’écriture. Si ce mode te paraît plus rapide,  emploie le, mais fais attention de ne pas te laisser aller à  l’adoption de tes concepts habituels, notre message en serait  faux par déformation... »

 

    « . . Nous t’avons longuement parlé...tu  mettras longtemps  pour traduire, mais quand tu l’auras fait, dis aux hommes de  ta planète ce qui t’est permis de dire... »

 

    « .. Nous sommes là pour le bien des hommes de cette  planète... Fais le leur comprendre. »

 

    « . Ce message est déposé en toi de façon indélébile...  Sache t’en servir avec sagesse et nous serons heureux de ta  collaboration...»

 

    « . . Tu n’es pas le seul de ta planète à avoir conversé avec  nous... Hélas, la plupart refusent de parler de nous et les  autres ne sont pas crus par les tiens... »

   

 

      "Au fur et à mesure de ta traduction, écris et fais savoir  qui nous sommes et ce que nous sommes... »

 

    « Ne crains pas, mais sois prudent envers les tiens lorsque  tu parleras de nous... »

 

    «.. Nous te protégerons du mieux possible, à condition que  tu gardes le contact avec nous, comme nous te l’avons appris... »

 

 

   Les Etres cessèrent  d’émettre des pensées... Très attentif  jusque là à les « recevoir », je ne m’étais pas rendu compte  qu’une ouverture était apparue sur le devant du dôme. Cette  ouverture pouvait contenir deux hommes côte à côte dans son  encadrement. A l’intérieur régnait une lumière de couleur blanc-orangé presque insoutenable au regard. Les quatre Etres étaient  toujours là, devant moi, toujours souriants et silencieux...

    C’est alors que, sans même les saluer, je relevai mon vélo, fis demi-tour et remontai la pente à pied jusqu’à la route.

  Arrivé à la nationale 7, j’enfourchai mon véhicule à deux roues  et, pour la deuxième fois, je me retrouvai instantanément téléporté à l’entrée de la ville d’Orange où j’avais mon domicile.