Pierre Déléage      
 
    avril 2014                  


   
    Publications


Inventer l'écriture. Paris : Graphê, Les Belles Lettres, 2013.


É
tude historique et réflexion théorique sur l’invention et l’usage d’écritures chez les Indiens d’Amérique du Nord. Entre le XVIIe et le XIXe siècles, des prophètes et des chamanes inventèrent des écritures sélectives dont les principes de notation différaient profondément de ceux des écritures qui nous sont familières – tel l’alphabet latin.

L'hypothèse du livre est que toutes les écritures, au moment de leur invention, furent des écritures attachées : elles étaient destinées à transcrire des discours rituels préexistants dans le cadre d’institutions qui en organisaient la transmission et la récitation.

Ce renversement de perspective permet de renouveler la réflexion sur l’origine des grandes écritures apparues au cours de l'histoire de l'humanité, en Mésopotamie, en Égypte, en Chine et chez les Maya. Le problème de l’invention de l’écriture s’affranchit ainsi des approches classiques qui n’ont jamais su aborder correctement les écritures sélectives et qui se contentèrent de lier l’apparition de l’écriture à la genèse de l’État.

L'écriture attachée des Mi'kmaq, 1677-1912, Acadiensis, Journal of the History of the Atlantic Region 42 (1), 2013, p. 3-36. [pdf]

Passage en revue de l'ensemble des sources documentaires concernant l'écriture catéchétique secondaire des Mi'kmaq, suivi d'une perspective comparatiste sur sa sémiotique logographique et son régime d'usage attaché. L'annexe, une liste des manuscrits en écriture mi’kmaq, n'a étrangement pas été publiée, on peut la trouver ici

Le Geste et l'écriture. Langues des signes, Amérindiens, Logographies. Paris : Armand Colin, 2013. [pdf]



Dans les années 1880, Lewis F. Hadley, professeur de dessin en Oklahoma, inventa une écriture pour transcrire la langue des signes utilisée par les Indiens des Plaines. L’idée que toute écriture est avant tout un système de notation des sonorités de la langue était, et reste, une certitude communément partagée. Dès lors une écriture des gestes est-elle seulement imaginable ? Quelle forme pourrait-elle prendre ? Dans quelle mesure serait-elle semblable aux écritures des sons ?




Transmission et stabilisation des chants rituels, L'Homme 203-204, 2012, p. 103-137. [pdf]

Approche épidémiologique de différents facteurs de stabilisation des discours et de leurs effets sur les caractéristiques des chants rituels. Les facteurs étudiés sont les techniques de standardisation du discours, les règles de distribution des chants et les différentes formes d'autorité légitimant leur transmission. Les exemples proviennent de rituels initiatiques, chamaniques et messianiques d'Amazonie.

Histoires de voir, Journal de la Société des Américanistes 98 (2), 2012, p. 256-259. [html] [pdf]

Brève présentation d’œuvres d'artistes amazoniens (yanomami et kaxinawá), assortie d'une réflexion sur la richesse des interprétations de l'écriture par certains membres de sociétés analphabètes.

Les Inuit et l'écriture, Gradhiva 15, 2012, p. 233-236. [html] [pdf] [références]


Passage en revue des différentes formes d'écritures et de textes qui, à partir du 18e siècle, se sont propagés chez les Inuit. On y trouvera également la recension d'un roman de Markoosie.


Les discours du rituelJournal de la Société des Américanistes 97 (1), 2011, p. 77-86. [html] [pdf]


Manifeste pour l’édition et la publication des textes issus de la transcription des traditions discursives amazoniennes, condition sine qua non d’une étude rigoureuse des savoirs de ces peuples et aussi de la manière dont ils envisagent ces savoirs.


Les pictographies narratives amérindiennesLes Mains de l'intellect (éd.) Ch. Jacob, Lieux de savoir 2. Paris, Albin Michel, 2011, p. 744-764. [pdf]

Étude synthétique des écritures sélectives amérindiennes. Deux exemples issus de cultures d'Amérique du Nord sont présentés en détail : les comptes d’hiver des chroniqueurs lakota (des écritures sélectives faibles) et les peintures de sable des chamanes navajo (des écritures sélectives fortes).

Rituels du livre en AmazonieCahiers des Amériques Latines 63-64, 2010/1, p. 229-250. [html] [pdf]

Étude de l’usage et de la compréhension des livres dans deux institutions rituelles : le chamanisme yine d'Amazonie péruvienne et le prophétisme kapon des Guyanes. Dans les deux cas, sans savoir déchiffrer l’écriture, chamanes et prophètes ont intégré à l'intérieur de l’épistémologie de leur savoir rituel l’idée du livre comme véhicule d’un savoir étranger. L'innovation chamanique ne s'est pas propagée à la différence de l'innovation prophétique qui s'est pérennisée selon des modalités diverses.


Une pictographie amazonienneGradhiva 12, 2010, p. 176-197. [html] [pdf]


Étude d’une écriture sélective utilisée par les Teko de Guyane française afin d'accroître la stabilité d'une de leurs traditions rituelles. Chaque signe de cette écriture dénote à la fois un nom propre chanté, une pièce musicale et une danse. La sériation linéaire de ces signes permet l’inscription des parties variables de chacun de ces modes d’expression, confiant ainsi à la mémoire la conservation des seules parties constamment répétées.


Mythe et chant rituel chez les Sharanahua, Ethnologie et linguistique à la poursuite du sens (éd.) A. Monod-Becquelin & V. Vapnarsky, Ateliers d'anthropologie 34, 2010, 23 p. [html]


Expérimentation théorique reposant sur la comparaison détaillée d’un récit mythique et d’un chant chamanique partageant le même contenu narratif. Je montre en particulier comment des différences épistémologiques très générales peuvent se traduire, au niveau linguistique, par des marquages évidentiels distincts.


Les Amérindiens et l'écritureL'Homme 190, 2009, p. 191-198. [pdf]


Passage en revue des diverses modalités d’appropriation de l’écriture alphabétique par les Indiens d’Amérique du Nord et des nombreux genres de textes qu'ils ont eux-mêmes produits entre le début du 18e et la fin du 19e siècle. On y trouvera également la recension de deux livres écrits par des Meskwaki. 

 

Pictographie, écriture et logographie chez les Amérindiens de Nouvelle-France, La Croix et les hiéroglyphes. Écritures et objets rituels chez les Amérindiens de Nouvelle-France. Paris, Aesthetica, 2009, p. 33-100. [pdf]

Étude des conditions de l’invention et de la propagation d’une écriture
 secondaire chez les Micmacs à la fin du 17e siècle. J'y propose une première approche des écritures catéchétiques secondaires en général.

L'invention de la croix micmac, La Croix et les hiéroglyphes. Écritures et objets rituels chez les Amérindiens de Nouvelle-France. Paris, Aesthetica, 2009, p. 7-32. [pdf]

Analyse de l’appropriation, par les Micmacs du 17e siècle, de la croix chrétienne dans le cadre d'un contexte interprétatif non chrétien.

Les savoirs et leurs modes de transmission dans le chamanisme sharanahuaParoles en actes (éd.) J. Bonhomme & C. Severi, Cahiers d'anthropologie sociale 5, 2009, p. 63-85. [pdf]


Étude synthétique des savoirs ordinaires et rituels des Sharanahua à propos de leur chamanisme, entreprise non plus à partir du point de vue de leur apprentissage mais à partir du tissu relationnel qui rend possible leur transmission.


Epistemología del saber tradicionalDimensión Antropológica 46, 2009, p. 69-79. [html]

L'épistémologie des savoirs traditionnelsL'animisme parmi nous. Paris, PUF, 2009, p. 147-154. [pdf]


Défense de l’idée selon laquelle l’étude des savoirs traditionnels doit être menée conjointement à l’étude de l’épistémologie explicite et elle-même traditionnelle que les détenteurs de ces savoirs se transmettent les uns aux autres à propos de ces savoirs.


Le Chant de l'anaconda. L'apprentissage du chamanisme chez les Sharanahua. Nanterre, Société d'ethnologie, 2009. [pdf]



Étude de l’apprentissage des chants chamaniques chez les Sharanahua d’Amazonie occidentale. L’argumentation porte en particulier sur la manière dont les Sharanahua se représentent eux-mêmes les variations épistémologiques entre leurs différents savoirs (ordinaire, mythique, chamanique). De nombreux chants chamaniques sharanahua sont présentés et commentés.


"Les raisons pour lesquelles ce livre est bon sont si nombreuses que je n'ai ni le temps ni la place d'exposer toute son excellence et toutes ses qualités. Aussi, tous ceux qui, mal intentionnés ou dissimulés, seraient ennemis de ce livre et voudraient le détruire, se montreraient adversaires de tous les biens qu'il contient. Telles sont donc les qualités de ce livre, et telles seraient la méchanceté et la faute de ceux qui, par malice, le combattraient".




La tradition des autobiographies chantées chez les SharanahuaBulletin de l’Institut Français des Études Andines 37 (3), 2008, p. 535-551. [pdf]


Présentation détaillée de deux chants autobiographiques sharanahua. Je montre en particulier comment ces chants peuvent être utilisés comme des modes indirects de communication.

 

A Yaminahua Autobiographical SongLife History (éd.) S. Oakdale, Tipiti, Journal of the Society for the Anthropology of Lowland South America 5 (1), 2007, p. 79-95. [pdf]

Présentation détaillée d’un chant autobiographique yaminahua. J’essaie de comprendre comment une tradition discursive extrêmement cryptée et formalisée peut néanmoins être utilisée pour exprimer les événements circonstanciels de la vie du chanteur.

La croix yekuana, Images re-vues 4, 2007, 18 p. [html] 


Analyse du rapport complexe que les Yekuana d'Amazonie vénézuélienne ont tissé entre une innovation narrative (l’intégration d’une figure christique dans leur mythologie) et la re-sémantisation d’un motif de vannerie traditionnel, la croix.

 

Les répertoires graphiques amazoniensJournal de la Société des Américanistes 93 (1), 2007, p. 97-126. [html] [pdf]


Je montre que l’on trouve, dans de très nombreuses cultures amazoniennes, les mêmes motifs graphiques simples associés aux mêmes noms (exemples : "écailles de serpent", "carapace de tortue", "arêtes de poisson", etc.). J’en déduis que ces noms doivent avant tout être compris comme des outils mnémotechniques et que cet aspect des motifs graphiques ne doit surtout pas être interprété en faisant appel à des savoirs mythiques ou rituels. Pour une recension d'ouvrages traitant de ce sujet, voir ici.


Les khipu : une mémoire locale ?Cahiers des Amériques Latines 54-55, 2007, p. 231-240. [html] [pdf]


Passage en revue des recherches récentes sur les khipu, cordelettes à nœuds qui furent utilisées dans les Andes. Je montre en particulier que la traduction correcte d’un texte du missionnaire Antonio de la Calancha constitue un nouvel argument en faveur de la compréhension des khipu en tant que technique d’inscription sélective de discours traditionnels.


Trois points de vue sur les revenants sharanahuaL'Homme 183, 2007, p. 117-146. [pdf]  


Expérimentation théorique destinée à mettre en évidence les différences sémantiques qui caractérisent une même notion sharanahua (celle de "revenants", furoyoshi) en fonction de son insertion dans des savoirs hétérogènes définis par des épistémologies distinctes (savoirs ordinaire, mythique et rituel).





    Archives



Sharanahua Language Collection, The Archive of the Indigenous Languages of Latin America, 2011. 


Cette collection entièrement accessible en ligne rassemble tous les enregistrements, transcriptions et traductions issus de mon enquête de terrain chez les Sharanahua d'Amazonie occidentale (2000-2004). On y trouvera en particulier 142 enregistrements audio et 306 pages de transcriptions originales en sharanahua rédigées par Jaime del Aguila et Oswaldo Mélendez. A ces documents sont joints de nombreuses traductions inédites, plusieurs analyses musicologiques et une grande quantité de brouillons contenant une sélection des différentes étapes du processus de transcription et de traduction de ce large corpus de discours sharanahua, l'idée étant de permettre à tout un chacun de découvrir l'atelier de l'anthropologue et d'observer les modalités d'un transfert de l'oral à l'écrit. L'accès à ces archives requiert une (rapide) inscription préalable ici


Mythologie sharanahua, 2010, version provisoire. [pdf]


Traduction du sharanahua d'un corpus d'une soixantaine de récits mythiques, classés par narrateurs : Barisuhui, Fahuido, Fasharoadi, Inahuapidi, Ishaba, Taradi, Yabafacu et Yabayahua.

Chants autobiographiques des Yaminahua et des Sharanahua, 2007, version définitive. [pdf]


Transcription et traduction d'un corpus de treize chants autobiographiques sharanahua et yaminahua. 


Le chamanisme sharanahua. Enquête sur l'apprentissage et l'épistémologie d'un rituelEHESS, 2005. [pdf]

Thèse de doctorat ; la seconde partie contient la transcription, l'analyse morphologique juxtalinéaire et la traduction d'un corpus de dix-huit chants chamaniques.




    Bibliographie



Les écritures amérindiennes - version février 2014. [pdf]

 

Bibliographie très régulièrement mise à jour dont l'objectif est de réunir et de classer l'ensemble des études concernant les différentes formes d’écritures amérindiennes et leurs usages.