La Thaïlande

La Thaïlande (le sud du pays)

Un premier jour difficile

Ce matin du mercredi 22 février, on se réveille à 3 heures du matin;  notre bus climatisé vient nous prendre à l'hôtel à 4h30 pour un très long trajet.  Nous traverserons les frontières, puis la partie sud de la Thaïlande en diagonale pour aboutir sur une île, après une traversée en bateau.

On peut bien en rire maintenant, mais on s'est bien fait avoir;  pour un tarif aussi dérisoire, on aurait dû s'y attendre. Pour $54RM (près de 30$CAN), un bus climatisé et le traversier pour Koh Samui, ça semblait une aubaine;  la mini-van d'un certain âge de marque Toyota qui nous a pris en charge est pleine jusqu'à la limite de la décence.  Nous sommes 13 personnes avec tous nos bagages.  Ces passagers sont des routards et ils n'ont pas dû frôler un savon depuis belle lurette.  La chaleur accablante du jour, que ne peut vaincre le faible climatiseur du véhicule, rend les odeurs encore plus saisissantes.  Entassés comme nous le sommes, il nous est impossible de bouger.  Et les arrêts se font rares, seulement quand les besoins essentiels deviennent trop pressants.

Enfin, à Surat Thani, transfert en vitesse sur un autre bus plus gros mais archiplein;  il nous mène vers les quais et le traversier.  L'embarquement se fait à la va comme je te pousse.  À bord du bateau, je me suis senti transporté dans un autre monde;  je ne me sentais pas à la bonne place, du genre "trouver l'erreur".  Que je me retrouve parmi tous ces bohèmes, ces routards, ces étrangers du pays, ces gens qui me semblaient sans patrie, ces décrocheurs de la société, vivant de l'air du temps et sans le sou, les vêtements rustres et en chamaille et dégageant des odeurs incertaines.  Je me suis dit que je n'ai pas à juger leur choix de vie.  Mais je ne me sentais pas des leurs.

Je me suis un peu refermé sur moi-même et enfermé dans la salle commune du traversier;  tout en étant ballotté par les vagues, j'ai vaguement regardé un vieux film américain traduit en thaïlandais.  J'en ai profité pour lire sur les bungalows disponibles sur l'île.  Deux d'entre eux ont retenu mon attention: Corail Bay Resort et World Bungalow à Bo Phut Beach.


Récompense après la peine

Nous sommes installés comme prince et princesse dans notre chalet #111W au World Bungalow.  Un véritable petit paradis terrestre, plage de sable fin, palmiers, soleil et la sainte paix.  La première partie du voyage nous a épuisés, ici nous retrouvons notre énergie.

Il est 16 heures sur la véranda;  le vent flirte avec les rameaux des palmiers et nous caresse légèrement la peau.  Cet air frais du large nous permet de supporter la chaleur du jour.  Une baignade à la mer, une douche pour se dépouiller du sable et du sel, on s'assoit pour profiter du décor dans une douce oisiveté et compléter ses notes de voyage.  De la bâtisse d'en face, nous parviennent les effluves d'une cuisine exotiques aux épices inconnues.  Dans le lointain, un oiseau s'égosille en émettant un son bizarre.  Louise est près de moi sur une chaise longue;  elle tente de mettre son journal à jour.

Les serveuses du restaurant  mettent les couverts;  on entend leurs joyeuses conversations entrecoupées de rires cristallins.  Les jardiniers du manoir s'affairent à nettoyer le terrain et à élaguer les branches mortes ou trop longues.  L'un d'eux se désaltère d'une noix de coco qu'il vient de couper avec sa machette;  à l'aide d'une branche servant de cuillère, il en déguste la pulpe tendre et sucrée.


La recherche d'un gîte

Départ en traversier de Koh Pee Pee à 8 heures trente pour Phuket, puis minibus jusqu'à Had Yai;  on avait prévu une longue et dure journée, elle le fut.  Louise est assise coté soleil et par pareille température, on préférerait une couverture nuageuse;  il fait bien 35 degrés dans le véhicule, l'eau nous sort par tous les pores de la peau.  Une bouteille d'eau froide garde sa fraîcheur pour à peine 15 minutes.

Arrivé à Had Yai, on prend une de ces camionnettes-taxis appelé «Tuk tuk» pour se rendre au «Pacific Hotel».  Hélas, tout est plein et des appels dans d'autres sites d'hébergement confirment notre crainte.  Pas de places disponibles, c'est le «Hari Raya», une fête musulmane semblable à notre Pâques chrétienne. Les habitants de Malaisie profitent de cette fête pour venir faire des emplettes à moindre coûts en Thaïlande, ce qui fait que les villes près des frontières connaissent un afflux de clientèle.

Pendant que Louise attend avec les bagages dans le lobby du Pacific Hotel, je fait une recherche à pieds dans les environs, en cas.  Il reste une chambre à 800 Baht ou 40$can dans le «Lee Garden Hotel», je saute sur l'occasion.  Ce sera notre plus luxueux gîte de la Thaïlande.

Le 4 mars, on doit quitter très tôt Had Yai et notre chic «Lee Garden Hotel» pour le village frontière de Sungai Kolok;  on doit être à la gare à 6 heures trente.


Seuls au bout des rails

Dans la vie et particulièrement en voyage, il faut savoir tirer profit de tout, même de ses mésaventures.  Ce matin, nous prenons notre billet de train au guichet de la gare à 5h50.  Nous avons tout notre temps, le train ne part pas avant une demie heure.  Le train express est climatisé et la durée prévue du trajet est de 3 heures trente.  La préposée aux billets nous indique dans un anglais incertain de nous diriger vers la plate-forme #1 ce que nous faisons sur le champ.

Nous entendons bien des annonces de départs en thaïlandais, on voit un train partir du quai d'embarquement #3; nous, on reste sagement sur notre banc.  L'heure prévue du départ est maintenant passé depuis 10 minutes;  je m'informe auprès d'un employé qui n'entend rien à l'anglais.  Il en rejoint un autre qui nous annonce ce que nous craignions;  le train express est parti à l'heure prévue du quai #3.

Le prochain départ est à 8h00;  sa durée est de 5 heures quinze minutes;  on s'arrêtera à tous les villages;  ce n'est pas climatisé.  On est très déçu.  Mais nous vivrons au cours de ce périple une expérience unique, celle du quotidien des gens du pays qui se déplacent d'un village à l'autre avec poulets, légumes et autres produits pour faire du troc.  Notre wagon est tout en bois, sans vitres aux fenêtres, avec des bancs durs dépourvus du moindre amortisseur.

Quelques tentatives pour amorcer une conversation demeurent vaines;  personne ici ne parle anglais.  C'est la première fois que je ressent cette incommunicabilité;  j'aimerais savoir à qui appartiennent ces plantations, quel est le mode de gestion des communautés rurales et toutes ces choses que les gestes seuls n'arrivent pas à exprimer.

Parvenu à Sungai Kolok à 13 heures trente, nous descendons sur le débarcadaire;  pas de taxis en vue, pas de kiosque d'accueil, rien. En peu de temps, les passagers qui restent se dispersent dans les environs.  C'est la fin du rail, la fin de la voie.  Nous sommes seuls au bout du monde.

Après quelques minutes, deux adolescents en mobylettes nous lancent «Malaisia!  Malaisia!» nous demandant par là si notre but est la Malaisie.  C'est exactement où nous voulons aller.  Chacun d'eux place nos bagages à ses pieds et nous montons derrière.  Je m'imagine encore cette scène aujourd'hui:  un couple d'âge mûr dans un village du bout du monde, monté avec des étrangers sur deux mobylettes se dirigeant supposément vers une frontière située à plus de deux kilomètres de là.  Pourtant, on a confiance en ces gens avec qui on communique avec moult gestes.  Un chemin mémorable que celui qui nous mène de la gare de Sungai Kolok à la frontière malaise.
 

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