La Malaisie
La Malaisie, un vrai dépaysement

Les hauteurs de Cameroun Highland

Ce matin du 17 février, lever plus que matinal, régler la note d'hôtel puis taxi à 6h30 vers la gare de Kuala Lumpur.  Achat de billets en 2e classe dans un wagon climatisé, équipé de poste de T.V. sur lequel on passera un film américain.  Nous partons à reculons, ce qui rend l'observation du paysage moins intéressante.  Découverte du paysage malais avec sa campagne et ses îlots de pauvreté, mais aussi avec ses usines dont quelques-unes sont récentes. Jusqu'à la gare de Tapah Road, tout va bien.  Mais ensuite, les choses se gâtent un peu.  Le premier «Bas» (c'est le bus local en malais) qui nous conduit de la gare au village est une ruine ambulante;  heureusement que ce premier trajet n'est pas trop long.

Une fois au village, on doit attendre une heure avant le départ vers les hauteurs de Cameroun Highland.  Nous sommes dans une gare routière ayant comme unique caractéristique d'avoir un toit et pas de murs.  Au milieu d'un amoncellement de vieux pneus, sur des bancs d'une propreté douteuse, entre les étals de vendeurs de camelote, avec des oiseaux qui nous tournent autour de la tête sans arrêt en laissant tomber des cadeaux sur le banc, nous attendons.

Les gens nous regardent avec une curiosité non dissimulée, peu de touristes étrangers empruntent leur mode de transport.  Mais leur curiosité est saine, c'est la même qui nous habite disons, quand un étranger participe à l'une de nos réunions.  Aucune agressivité de leur part, et, de notre côté, aucun malaise, aucune crainte, même si tous nos gestes attirent les regards.  C'est dans cet environnement et imprégné d'une chaleur humide, quelque peu malodorante et sous un ciel grisâtre qu'arrive « le » bus qui nous conduira là-haut.  C'est une vieille guimbarde qui clinque et s'esquinte;  on n'y est pas aussitôt monté que l'on désirerait en redescendre.

Comme toutes les routes de montagnes, le chemin s'insinue dans le décor nous conduisant à des rencontres qui frôlent la caresse ou l'étreinte.  Louise ne se sent pas bien, elle est crispée et n'ose plus regarder les précipices qui se découvrent alternativement à gauche puis à droite du véhicule.  Tout vibre dans cette boîte ambulante qui peine vers les hauts sommets.  Enfin Cameroun Highland, l'air sec et frais, les splendeurs d'une nature que l'homme n'a pas encore trop bouleversée.  C'est la récompense au bout de la route.


Après une visite guidée des sites d'intérêt de Cameroun Highland, nous prenons un billet d'autobus pour Penang, notre prochaine escale.  Cette fois, le bus est en meilleure condition et est plus confortable, mais la route n'en est pas moins dangereuse.


 Une gare comme je les aime :  Ipoh

Samedi le 18 février 95, en fin d'après midi, nous réservons une chambre à l'hôtel Majestic, hôtel faisant partie intégrante de la gare du chemin de fer.  C'est une très ancienne gare avec ses magnifiques salles meublées de tables et de chaises datant de l'époque coloniale anglaise.  Notre chambre nous coûte 80 Ringgit Malais (RM) soit environ 40$can.  Mais c'est le grand luxe: air climatisé, T.V., téléphone et salle de bain complète.

Je remarque que la T.V. possède une entrée vidéo RCA et un interrupteur NTSC, le standard nord américain. Ce sera le seul endroit de tout ce voyage de trois mois ou je pourrai visionner une cassette vidéo.  Mais je n'ai pas de câble RCA;  j'en parle au garçon d'étage et il me promet d'en trouver.  Quand il revient, un peu plus tard, les câbles sont encore dans leur emballage, il vient de les acheter;  et il nous assure que c'est une gracieuseté de la maison.  Quelle prévenance!

Une courte visite à pied dans les environs immédiat de la gare nous permet de découvrir la splendeur et la richesse de la végétation.  L'orage du matin a nettoyé l'air et reverdi les feuillages.  Un couple de nouveaux mariés se fait photographier près d'une fontaine, parmi les fleurs.  Les enfants jouent et courent dans les nombreux sentiers du parc de la gare.  On se sent bien!

L'information de l'hôtel mentionne qu'il y a un buffet à 9RM (4.50$can) à 6 heures.  Louise est un peu réticente, mais je la convaincs qu'il faut essayer.  Quand nous entrons à 7 heures, la salle est pleine et il y règne une atmosphère très familiale.  Je me présente au buffet et on m'explique avec grâce le contenu des plats.  J'offre cette première assiette à Louise qui semble s'y intéresser et pars m'en préparer une autre.  Je trouve tout délicieux;  une seule fausse note, j'ai mis de la sauce de poisson sur mon riz et ça gâte le riz.  Mon assiette terminée, je passe aux fruits, certains connus, d'autres exotiques et curieux, mais tous délicieux.  J'essaie même un jus de couleur brunâtre à base de fèves sucrées, qu'on me dit.  C'est onctueux et agréable au goût, Louise, elle, n'apprécie pas trop.


Où téléphoner à Georgetown

La fatigue du voyage en autobus, en train puis en traversier pour aboutir à l'île de Penang nous a un peu abasourdis;  nous n'avons pas envie de chercher longtemps un hôtel dans notre gamme de prix. 

Le premier sur la liste, le E&O, est un vieil hôtel très chic datant de 1885;  très luxueux pour l'époque, avec piscine en bordure de la mer, resto extérieur sous les palmiers, salle de bal, entrée en coupole, etc.  Les négociations sur le prix n'apportent qu'une réduction de 10%;  on doit débourser 134.4RM par nuit (environ 70$can).  Demain, nous en trouverons un aussi vivable à moitié prix.

Notre préoccupation du moment, c'est de communiquer avec nos proches au Canada.  Le mieux, qu'on nous dit, c'est de se rendre au complexe de Télécom.  Nous cherchons le centre de communication et après une longue marche dans une chaleur suffocante de 37° Celcius en ville, on nous informe qu'on peut plus facilement faire cet appel de notre chambre d'hôtel.  Il nous faut revenir;  Louise est rouge et plaquée, aucun édifice climatisé en vue pour faire descendre la température de notre corps (c'est dimanche).  Il fait tellement chaud que les montures métalliques de mes lunettes me brûlent la peau des joues.  Enfin, arrêt à l'hôtel Oriental et son lobby climatisé.  C'est là que nous aménagerons demain, confort moyen, prix abordable de 75RM.

On n'a toujours pas téléphoné.  Le décalage de 13 heures avec le Canada nous oblige maintenant à attendre jusqu'à 8 heures du soir avant de téléphoner (ce qui correspond à 7 heures du matin au Québec).  Comble de malheur, le service téléphonique de l'hôtel est en panne;  on nous conduit dans une suite luxueuse d'où nous pourrons loger notre appel.  Quelle joie que de pouvoir entendre les voix des êtres chers:  nos parents de Barraute et de Rouyn.  On en a presque la larme à l'oeil, car c'est notre premier contact avec eux à partir du bout du monde.


Visite de la capitale

Ce 20 février débute par un changement d'hôtel, déménagement que l'on effectue à pied, la distance étant raisonnable.  On fait quelques emplettes, histoire de se sentir plus à l'aise:  pantalon léger pour Louise, sandales avec attaches en velcro pour moi.

C'est en «trishaw», véhicule deux places tiré par un cycliste, que nous nous rendons au terminus de bus de la ville de Georgetown.  Nous y achetons des billets pour Water Fall Garden.  C'est un jardin superbe avec des centaines de petits singes qui font des cabrioles et tentent d'être rigolos.  La végétation luxuriante nous étonne à chaque détour;  cette flore est complètement nouvelle pour un habitant du nord du 45e parallèle.  Louise est particulièrement attirée par les orchidées qui y poussent à profusion.  Quand nous franchissons la grille du jardin, sur le chemin du retour, nous sommes plein d'images magnifiques mais un peu las.

À l'hôtel, douche, lavage de vêtements et repos.  On descend ensuite souper au «Kashmir Restoran» vers 19 heures.  Ce restaurant indien deviendra notre préféré pour les jours suivants; on essaye toutes sortes de nouveaux mets et c'est excellent.  Même Louise se laisse charmer par ces goûts asiatiques, ces fumets nouveaux, ces épices inconnues.  La couleur et la consistance des mets sont si différentes qu'il faut oser cette différence, en ayant pris soin de bien s'informer des matières premières qui les constituent.

Ce soir-là, le sommeil nous coupe de la réalité dès 21 heures trente;  ce fut une bonne journée!


Une balade dans l'île de Penang

Journée bien remplie que celle de ce mardi 21 février 1995.  Elle débute par un voyage en bus public vers le temple bouddhiste de «Kek Lok Si», le plus grand de Malaisie.  Édifié à partir de 1885, on a mis près de 20 ans à le construire.  Ses couleurs jaunes, rouges et vertes ne nous laissent pas insensibles. 

Pour accéder au sommet de la pagode, on grimpe par un escalier en spirale;  si l'ascension est pénible, le coup d'oeil de la haut est magnifique.  On y admire l'ensemble du temple et notre regard peut s'étendre sur la ville en contre-bas et sur la jungle.

Pas très loin de là, une colline imposante, «Penang Hill».  On y accède par un funiculaire ou train à étage épousant la pente de la colline;  la montée dure 30 minutes.  Du sommet, on a une vue magnifique de Penang et Butterworth.  Si vous y montez et si la chance vous sourit, vous pourrez y admirer un splendide coucher de soleil.

Louise tient à visiter «Butterfly Farm», la plus grande réserve de papillon de Malaisie; la chaleur y est accablante, c'est très inconfortable.  Il aurait mieux fallu visiter cet endroit le matin.  Ici, on retrouve environ 3000 spécimens de papillons; ils vivent sous une serre géante où une jungle à petite échelle a été reconstitué.

Très impressionnante, cette visite d'une confection de «batik».  Nous y voyons les artisans à l'oeuvre, dessinant avec grâce et dextérité les arabesques de cire qui créeront les motifs multicolores sur l'étoffe soyeuse.  La chaleur et l'humidité générée par l'eau bouillante et les teintures dans lesquelles on trempe le matériel rend la visite quelque peu pénible.  Mais on ne regrette rien, ça en vallait la peine.



Rencontre du premier type

Ce vendredi matin 10 mars 1995, malgré notre maigre pécule (les banques sont fermées du jeudi midi au samedi matin 9h00 et on vient de l'apprendre) nous investissons 1 RM (environ $0.50) chacun pour prendre le bus local vers Marang, un village de pêcheurs à 20 km de Terengganu. 

Le paysage est splendide:  les vieilles rues pittoresques débouchent sur de nouveaux quartiers en construction plus modernes mais moins charmants.  Le soleil nous cuit littéralement;  j'enlève mes lunettes, car le cercle métallique de la monture m'a déjà brûlé les joues et l'expérience fut douloureuse.  Après une heure de visite et un court arrêt dans un casse-croûte typique pour un thé et une bouteille d'eau, nous retournons à l'abribus.  S'arrête près de nous un minibus Toyota d'un modèle récent.  Le conducteur nous demande si nous allons à Terengganu;  à notre réponse affirmative, il s'offre de nous y conduire, ce que nous acceptons sans hésitation.

Ce fut une rencontre des plus humanisantes et des plus instructives.  Il est sympathique, dans la vingtaine, musulman et il nous parle d'abondance de ses croyances et de ses espoirs.  Chemin faisant, il s'offre à nous servir de guide pour visiter une mosquée;  elle est toute récente, bâtie sur pilotis;  c'est une perle d'architecture.  Nous acceptons d'emblée;  tout est propre et soigneusement entretenu.  On enlève nos scandales et on visite ce haut lieu de culte qui fait la renommée du sultan de cette province du Nord-Est.

De retour en ville, il s'arrête quelques instants chez lui saluer son épouse;  il est jeune marié et nous rapporte une photo dédicacée de son mariage.  Puis, il nous dépose directement devant notre hôtel.

Des rencontre de ce genre nous réconcilient avec l'humanité;  même dans les contrées les plus lointaines, l'échange fraternel peut éclore.


Retour sur la première étape du voyage

Il faut déjà très chaud au petit jour en ce matin du 15 mars 1995.  On remet dans notre valise le linge un peu gris-blanc mais encore potable et laissons derrière ce qui est devenu inutile ou trop moche.  Pour le voyage, pantalon beige à jambes longues, chemise gris-brun et bas gris-blanc.  Il faut rappeler que le lavage dans l'évier avec du savon de toilette ne ravive pas trop les couleurs.  Les souliers de marches portent l'empreinte des longues randonnées dans la poussière des rues et des sentiers.  Un petit nettoyage est de rigueur.

Après s'être repu et désaltéré, il nous reste à régler l'addition à l'hôtel City Inn.  On part, Louise et moi, sac au dos ou en bandoulière, vers le terminus d'autobus;  il y a un départ au 20 minutes vers l'aéroport situé à quinze kilomètres du centre-ville.

On a toujours un peu de mélancolie quand on quitte un pays dans lequel on a passé un mois et auquel on s'est acclimaté.  Comme impression générale, il me reste le souvenir d'un pays aux moeurs très variées, peuplé de gens sympathiques, rieurs et d'un naturel accueillant. On s'y sent en sécurité partout, même dans les grandes villes (plus qu'à Montréal et bien plus qu'à Los Angeles).  Nous avons évité complètement les circuits touristiques, sauf Pucket et Koh Pee Pee, qui nous ont par ailleurs déçus parce qu'on y trouve trop d'exploiteurs.

À la pièce, nous avons réservé nos moyens de transport (train, bus, minibus, traversiers, bateau de pêche, bateau «long-tail», boite de camion, trishaw, etc.).  Nous avons déniché tous nos sites d'hébergement en nous guidant sur l'information du Routard, ne rencontrant des difficultés qu'à deux reprises, à l'occasion de fêtes.  Nous avons organisé nos itinéraires de visite et choisi nos centres d'intérêt;  on a défrayé le coût de seulement deux tours guidés, celui de Cameroun Highland et celui de la ville de Kuala Lumpur.  En résumé, nous nous sommes débrouillés comme on ne l'aurait pas cru possible nous-mêmes.  Beaucoup de fatigue parfois, mais pas de maladie particulière.  Nous avons pris un anti-malaria en Thaïlande, mais était-ce bien nécessaire?  La prudence élémentaire nous a conduits à ne jamais boire l'eau du robinet, toujours de l'eau en bouteille scellée.

On remarque que la chambre que nous trouvons convenable aujourd'hui, nous ne l'aurions probablement pas acceptée à notre arrivée en Malaisie;  notre vision des choses s'est relativisée, elle a évolué.  Bref, un voyage complètement sur le côté positif et sans anicroche majeure.  Très grande satisfaction personnelle et fierté dans la réalisation d'un projet audacieux.

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