3- L'expansion de la pêche harenguière

Grâce aux révolutions techniques des années 1860, Boulogne devient le premier port harenguier français. La dimension des dundees s'accroit par étapes, jusqu'à 25 m de longueur, 130 tx de jauge brute. Leur nombre également, qui atteint une centaine dans les années 1890.
 
Quelques armements importants se constituent, comme Bouclet, Vidor, Altazin-Fourny, avec au maximum une dizaine de harenguiers. L'industrie de la salaison et de la conserve se développe.
 
La campagne harenguière commence en juin au large des côtes écossaises. Les harenguiers ramènent leur pêche, salée en tonnes, en partie braillée (salée et non vidée) en vrac. Ils font ainsi deux ou trois voyages, en descendant progressivement vers le sud. En septembre ils sont sur les bancs de Flandre, et ils peuvent ramener une partie de leur pêche en caisses, avec de la glace. Mi-octobre et novembre ils pêchent devant Boulogne, et rentrent tous les jours ou tous les deux-trois jours, selon l'importance de leur pêche. En décembre et janvier, ils pêchent sur les côtes normandes, et amènent leur poisson à Dieppe, Fécamp ou Saint Valery en Caux. Parfois également, ils salent à bord et ramènent à Boulogne la pêche de quelques jours, en partie salée, en partie glacée ou fraiche. La pêche peut se poursuivre en décembre et janvier en baie de Seine. Au total, ils auront fait 4 ou 5 voyages à la pèque sale (salée) entre le port et les lieux de pêche, et trois à quatre mois à la pêche "dans nos mers" ou "en aval".
 Après le désarmement, les bateaux sont réarmés au maquereau, et partent début mars pour les côtes d'Irlande, pour finir en avril à l'entrée du canal Saint-Georges. Ils font ainsi deux ou trois voyages, ramenant du maquereau salé, vendu à Fécamp le plus souvent, et du maquereau en glace, vendu à Boulogne en général.
 
A partir des années 1890, l'usage de la glace à bord permet de débarquer plus de poisson frais au détriment du salé.
 
 
Départ pour la pêche du hareng avec salaison à bord
 
 

 
Débarquement de hareng frais à l'automne, vers 1905, sur les quais de Boulogne
 
Au cours des années 1880 la pêche de la morue sur le Dogger Bank devient une alternative à la pêche du hareng d'Ecosse. Les bateaux font un ou deux voyages sur le Dogger Bank, entre l'Ecosse et la Norvège, le plus souvent de mai à mi-août. La pêche de la morue se fait du bord, à la colle (ligne à main), comme sur les côtes d'Islande. La morue est salée et paquée en tonnes, et souvent vendue à Dunkerque. Les bateaux pratiquant la pêche de la morue arment plus tard que les autres pour la pêche du hareng d'Ecosse. A mesure des années 1880 cette pêche devient mixte : on arme pour la morue mais quand celle-ci ne donne pas, on pêche le hareng aux filets dérivants. Inversement, sur les côtes d'Ecosse, durant les quelques temps morts de la pêche du hareng, l'équipage pêche la morue à la ligne à main.
 
Au début des années 1890 la pêche de la morue sur le Dogger Bank perd de l'importance et n'est bientôt plus pratiquée que par les chalutiers à voile. L'embarquement de glace à bord des harenguiers explique probablement ce déclin : la glace permet de rapporter du maquereau et du hareng frais, mieux vendu que le salé, et allonge donc dans le temps la pêche du maquereau, jusque fin mai, et hâte celle du hareng, à partir de juin, ne laissant plus de place à celle de la morue. Pour les chalutiers à voile, la pêche de la morue avec salaison à bord reste la meilleure solution pour les mois d'été (mai-juin à août-septembre), où le poisson frais se conserve mal et se vend mal. La morue est souvent débarquée et vendue à Dunkerque.
 
La flotte harenguière décline progressivement à partir de 1900 du fait de la concurrence des drifters à vapeur. Pour résister à cette concurrence les armateurs commandent aux chantiers boulonnais, encore vers 1910, des grands harenguiers, comme l'Aimée et l'Austerlitz, qui font près de 200 tx et 30 m de coque. A l'inverse plusieurs armateurs portelois achètent en Angleterre, ou font construire en Angleterre (Porthleven) puis à Boulogne, des dundees de 30 à 55 tx, plus petits que les grands harenguiers de 80 à 100 tx et plus). Avec ces "PL" (les premiers ont été achetés à Peel), ils font de mars à mai la pêche du maquereau de Plymouth, ou celle du maquereau frais en mai-juin devant les côtes normandes. Puis en juillet-août, ils font le Dogger Bank ou le hareng d'Ecosse. En octobre-novembre, au moment où Boulogne déborde de hareng, ils font le maquereau "de Tamise" aux filets dérivants, puis le hareng en décembre-janvier. Ces PL seront les derniers voiliers utilisés à Boulogne pour la pêche du maquereau et du hareng avec salaison à bord.
 
Décimée par la guerre 1914-1918, la flotte de voiliers est finalement éliminée par le développement du hareng de chalut. Le dernier grand voilier boulonnais armé pour la pêche du hareng est le Saint-François-d'Assises, un dundee portelois, en 1924.
 
 

 
Le B2389 Marguerite, armement Armand Coppin, dundee harenguier, construit en 1896, naufragé en 1899
 
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