Résumés des interventions

(par ordre alphabétique des intervenants)


Ghislaine DEL REY (Université Nice Sophia Antipolis, France)

Corps plastique : formes de la représentation. Les troubles de l'ego.

 

Cette communication proposera  d’aborder, au travers de pratiques artistiques issues des arts plastiques - arts visuels, les formes hybrides de la représentation du corps.
Nous interrogerons plus particulièrement l’œuvre d’artistes qui, dans la suite des transgressions performatives,  abordent  les notions de « créateurs », « créatures », « avatars » et questionnent, par là même, l’ego.

 Carole EGGER (Université de Strasbourg, France)
Donner corps au concept. De Calderón aux dramaturgies espagnoles

 En prenant appui sur les recherches à l’œuvre dans de nouvelles formes de dramaturgies espagnoles contemporaines, il s’agira ici de questionner les fondements et les enjeux des changements qui affectent, depuis l’invasion de formes performatives sur la scène, tous les paramètres de la structure dramatique au point de la rendre méconnaissable. Quels rapports ces nouvelles modalités de pratique artistique entretiennent-elles avec l’état actuel de la connaissance (neurosciences, physique quantique par exemple) susceptible d’influer sur elles ? Comment comprendre que ce qui se donne de plus en plus en partage comme « théâtre de l’expérience » se définisse aussi fréquemment comme espace d’expérimentation ? La présence et la prégnance de corps en scène ne renverraient-elle pas, paradoxalement, à une réalité de plus en plus abstraite ? Assiste-t-on à une oblitération, à un déplacement ou à un réagencement de la place du « théâtre » au cœur de la cité ?

 

Lars ELLESTRÖM (Université Linnaeus, Suède)
”The Role of the Body in Cognition and Signification”
”Le rôle du corps dans la cognition et la signification”

 The talk will be framed within the area of human communication and based on the idea that mind and body are profoundly interrelated. The following main areas will be considered and systematically interrelated: 1) The body as a producer of media products. All communications starts with a “producer’s mind” situated in a body that somehow creates a media product, which should be understood as the intermediate entity that makes communication among minds possible. 2) The body as a media product. Media products are necessarily material in some way, meaning that they are physical entities or processes. They may be either organic bodies, non-organic entities, or a combination of these. 3) The body as a perceiver of media products. The “perceiver’s mind” cannot get in contact with the media product in any other way than through sensory perception, which is very much a corporeal phenomenon. 4) The body in the mind perceiving media products. When bodies have the function of media products, they act as signs – In Peirce’s terminology “representamens”. However, bodies may also be the “objects” of signification; they may be represented. Communication may thus involve the representation of bodies and other concrete objects. Communication may also involve the representation of more abstracts entities such as concepts, ideas, intentions, and relations; yet, also abstract, mental notions like these are to a large extent rooted in the experience of being a body interacting with the surrounding world.

 

Amos FERGOMBE (Université d’Artois, France)
La scène à la croisée des réseaux sociaux : exhibition, exaltation de l’intimité. Nous voir nous de Guillaume Corbeil (mise en scène d’Antoine Lemaire)

Mis en scène en 2017 par Antoine Lemaire de la compagnie Thec, _Nous voir nous (Cinq visages pour Camille Brunelle)_ du québécois Guillaume Corbeil interroge notre rapport au paraître et surtout à une certaine extimité et le lieu d’un « ef-facement » de la figure humaine.

Dans un dispositif conçu comme un studio, un cyclo blanc, Antoine Lemaire incruste des corps, cinq destins aux prises avec le vertige du paraître, un « moi » devenu évanescent et met en lumière le simulacre, une déroute de l’être et des identités happées dans le maelstrom des réseaux sociaux.

Cette contribution s’intéressera à l’écriture scénique et aux images façonnées par l’artiste comme lieu d’une exploration de la porosité entre réel et fiction et d’une virtualité propice à une redéfinition des états de corps.

 

Philippe GUISGAND (Université Lille, France)
Incorporer la connaissance. Conférence dansée (5 interprètes).
Danser
The Dog Days Are Over de Jan Martens ou hériter d’une danse flamande

 

Depuis quatre ans, le programme « Dialogues entre art et recherche » (labo CEAC-Université de Lille) tente de dynamiser les liens entre un art en recherche et une recherche universitaire sur l’art. Parmi ces objectifs, il tente de donner forme à un savoir intimement lié à l’engagement dans une pratique et questionne notamment le genre de la conférence performée. Rappelant d’abord comment l’embodiement est relié à la philosophie (et particulièrement la phénoménologie, de Husserl à Billeter), à la neurobiologie (de Varela à Bruzan) mais également à la linguistique (Lakoff et Johnson), nous proposerons une mise en pratique de cette notion, sous forme de conférence dansée. Elle prendra appui sur une création de Jan Martens (The Dog Days are Over) dont certaines séquences ont été transmises à des étudiants l’an dernier par deux danseurs de sa compagnie. Il s’agira, à travers leur témoignages dansés et commentés de voir en quoi cette pièce porte encore les stigmates esthétiques de la vague flamande des années 80 (effort, travail, valorisation du souffle, prise de risque, expression d’une réalité crue ou encore postulat interprétatif original) et comment ils peuvent s’incarner aujourd’hui – à travers la transmission et l’interprétation – dans le corps de jeunes danseurs contemporains.

 Ce sont les questions que l’on examinera à partir de quelques exemples récents.

  

André HELBO (Université libre de Bruxelles ; Académie royale de Belgique)

Les termes du débat quand un corps peut en cacher un autre


Les études en spectacle vivant centrées autrefois sur le texte ont migré vers le corps. Cette mutation théorique accompagne une transformation de l’objet : beaucoup de pratiques spectaculaires considèrent aujourd’hui que le corps n’est plus « en scène»,  il est devenu la scène.
Dans bien des cas, cette émancipation du somatique entraine des formes spectaculaires indisciplinées, hybrides, « intermédiales »  qui  passent par un dialogue avec le numérique,  Cette nouvelle alliance « médiaturgique »  est paradoxale : les nouvelles technologies  renforcent l’affranchissement du corps par rapport au cocon du texte, mais accélèrent paradoxalement une crise de la représentation/présence physique.
Quelles sont les questions  suscitées par cette corporéité mixte qui s’annonce aujourd’hui à la fois dans la sujétion aux nouvelles technologies et dans la restauration du bios sous d’autres formes ?

 

François JOST (Université Paris 3, France)
La télévision mise à nu par ses animateurs, même

 Si la nudité est apparue il y a longtemps dans les programmes de stock de la télévision, elle s’est aujourd’hui déplacée vers les émissions de flux et, particulièrement, vers celles qui sont en direct ou qui le simulent. Michaël Youn, Sébastien Cauet, Cyril Hanouna, Daphné Burki… la liste est déjà longue des animateurs qui sont apparus nus sur un plateau ou dans la ville, comme Hanouna entrant totalement nu dans un supermarché. Chose remarquable, elle est plutôt le fait des hommes que des femmes.
La nudité dans tous ces cas apparaît comme le paroxysme de la performance télévisuelle. Mais que signifie-t-elle ? Que cherche-t-elle à prouver ?



Katia LÉGERET (Université Paris 8, France)
États de corps extraordinaires en scène : pour une expérience transculturelle de la danse contemporaine ?

Comment et pourquoi donner à voir sur la scène contemporaine l’expérience intime d’une corporéité extrême, qui remet en question ses limites organiques, biologiques et culturelles ? Certains processus de créations d’artistes tels que Yoann Bourgeois, Akram Khan, Kitsou Dubois et Nadia Vadori-Gauthier, s’intéressent d’une manière originale à cette question et aux enjeux actuels de la recherche, lorsqu’elle privilégie le devenir, l’interstice, le microscopique, le tempo, l’espace poétique et sensible. 

Jürgen E. MÜLLER (Universität Bayreuth, Allemagne)
Des effets de vie ou de mort : Quelques réflexions sur la pré- et la post-histoire des spectacles vivants.

 S’il est vrai que « l’effet de vie » constitue un facteur d’impact quasiment anthropologique de notre « vécu », mis en œuvre par les spectacles vivants et les énoncés médiatiques (y compris la littérature), la question se pose de savoir comment l’art devient ‘vivant’ ou ‘mort’ pour nous. Les procédés (inter-) médiatiques des arts de la présence semblent générer des « sensations et sentiments forts, associés au sens » (Münch) dont les modes d’action sont à explorer.

Dans ma conférence, je vais reconstruire des aspects (historiquement) absents et plus ou moins oubliés des spectacles préhistoriques, par exemple les interactions intermédiatiques entre le physique et l’imaginaire, entre corps humains, espaces, mouvements, sons et signes picturaux/dessins.

Les résultats de ces reconstructions seront par la suite confrontés avec les « arts de la présence » contemporains et nous serviront comme fond d’une discussion des facteurs centraux des spectacles virtuels, comme par exemple les processus d’immersion dans les « réalités augmentées ou virtuelles », de même que dans les « mondes numériques » des arts de la présence

 

José María PAZ GAGO (Universidade da Coruña, Espagne)
« ThéâtRéalité » et «Virtualité ».  Le spectacle à l`ère du posthumain

 Depuis le début du XXIème siècle, plusieurs expériences menées par différentes troupes dans le monde ont dépassé largement l’exploitation sur scène des média audiovisuels et en particulier de l’écran vidéo.

Dans un sursaut technologique naturel, c’est la réalité virtuelle qui a fait son apparition sur la scène. Plus qu’un élément du décor ou même qu’un élément du spectacle en soi, ce phénomène appelle des modes d’expérience nouveaux. C’est l’expérimentation avec les acteurs mêmes qui pose les plus intéressantes questions théoriques et pratiques.

Dans ces spectacles qui utilisent les techniques de téléprésence, les hologrammes et les images stéréoscopiques sont les nouvelles versions des acteurs réels.  Une espèce de vecteurs du cinéma numérique visibles - en creux - sur le lieu même de la représentation. Sans doute, un pas en avant est-il franchi dans le processus de dématérialisation de la corporéité sur la scène actuelle. 

Auparavant la réalité empirique se transformait en fiction scénique, aujourd’hui c’est la virtualité qui “incarne” le réel et l’imaginaire, la matière et la fiction.  Auparavant l’acteur corporel se muait en personnage fictionnel, il est maintenant supplanté par son hologramme.

Ce phénomène intensifie la crise du corps matériel, biologique, de l’acteur et même du spectateur, en substituant à la coprésence la télé-présence. Cette nouvelle matérialité numérique visible modifie à la fois l’identité du personnage et l’expérience esthétique de la réception.

 


Concepción PÉREZ-PÉREZ (Universidad de Sevilla, Espagne)
Corps théâtral, corps en fuite. Don Juan en scène

 

Figure de transgression et de séduction, Don Juan est incarné, ancré dans une incontestable réalité corporelle. Or, l’essence théâtrale de ce corps présent se double en même temps d’un corps “en fuite” dans la diachronie de l’évolution du personnage. En effet à travers ses différentes actualisations, Don Juan met en œuvre un processus de construction et de déconstruction du somatique.

Isabelle RECK (Université de Strasbourg, France)
Corps dans le noir

Pour interroger la place du corps au théâtre ou plus exactement le vécu du corps au théâtre, aussi bien du côté de l’acteur que du spectateur, nous explorerons ce qu’il en est quand l’un et l’autre sont privés du sens le plus prégnant au théâtre, la vue.

On pourrait peut-être nous objecter que finalement, en ce qui concerne le spectateur, le théâtre dans le noir complet ne serait  qu’une des formes du théâtre radiophonique qui ne joue que de l’ouie. Ce serait oublier l’une des dimensions essentielles, la place du corps du spectateur dans un espace collectif, au coeur d’une communauté d’acteurs et de spectateurs, au milieu d’autres corps, et plus encore le vécu psychologique et physique du noir complet. Éprouver le noir. Voir le noir et dans le noir. Ecouter le noir et dans le noir. Nous examinerons ce que cela fait au(x) corps et au(x) sens.

Nous voudrions réfléchir à la place du corps dans l’expérience théâtrale à partir de quelques-unes de ces expériences limites de privation totale de la vue au théâtre.

Véronique Perruchon a consacré une thèse à cette question, Noir. Lumière et théâtralité (Septentrion, Presses universitaires, coll. « Arts du spectacle-Images et sens », 2016) où elle offre de nombreux exemples. Cette question a intéressé de nombreux chercheurs, entre autres Georges Banu (Nocturnes. Peindre la nuit. Jouer dans le noir (2005)). Les expérimentations de théâtre dans le noir ne sont pas nouvelles. Le théâtre avant-gardiste du XXe siècle en a proposé quelques-unes (Le suicidé de Nicolai Erdman, 1928-1932). Elles ont été nombreuses à partir des années quatre-vingt (Dell’inferno d’André Engel (1982), Bonbon acidulé de Ricardo Sued (1996), Jesús Campos, A ciegas (1997)) et se sont multipliées au cours de ce XXIe siècle. (Existence de Bond (2002), Pascal Rambert, Memento mori (2011). Des laboratoires scéniques et théoriques se sont spécialisés dans ce type d’expériences de théâtre dans le noir. Par exemple, à Barcelone, la compagnie Teatro de los sentidos, du dramaturge et anthropologue colombien Enrique Vargas (1993), ou encore l’atelier recherche (1+1=3) de Martine Venturelli (1998).

Nous nous attacherons à explorer ces questions à partir, plus particulièrement, de l’une des pièces de 1997 de l’espagnol Jesús Campos, A ciegas, qui plonge le spectateur et les acteurs de bout en bout de la représentation dans l’obscurité la plus totale.


Jean-Pierre TRIFFAUX (Université Nice Sophia Antipolis, France)
Où est passé le vivant ? Les organes et le masque dans l’entraînement de l'acteur

Il s’agit d’examiner le corps et les organes sous l’angle des arts du spectacle et des études théâtrales. Si le phénomène théâtral a une spécificité, ne la tient-il pas du corps du comédien ? De ce noyau central qui irradie la création ; qui fait que le théâtre est un art vivant ? En quoi et comment les « organes », au sens large, concernent-ils le théâtre ? Qu’en est-il de leur éventuelle « projection hors du corps », dans l'entraînement de l’acteur avec le masque neutre ? Quel intérêt, quelles difficultés ces questions représentent-elles par rapport au phénomène théâtral actuel ? À partir d’un corpus de travaux expérimentaux et de lectures inspirées par Kantor, Ionesco, Artaud, Grotowski ou Castellucci, j’essaierai de préciser la nature et les fonctions de l’action performative mise en œuvre par l’acteur. 

 

Elodie VERLINDEN (Université libre de Bruxelles)
Corps hybrides et chorégraphie. Robot ! de Blanca Li

En juillet 2013, au festival de Montpellier, la chorégraphe Blanca Li, crée « ROBOT » un spectacle avec 8 danseurs et 7 NAO, des robots humanoïdes.
Alors que le titre du spectacle et l’apparence des NAO ne peuvent laisser le doute quant à leur nature, leur souplesse et leurs attitudes perturbent les préconceptions que l’on peut avoir d’un mouvement robotisé. Leurs gestes semblent intentionnels, leur énergie paraît relever du vivant. Ils sèment le trouble. Confrontés à la présence humaine, ils l’interrogent et la défient, nous obligeant à repenser les frontières toujours plus floues entre l’humain et la technologie ; entre le vivant et le non-vivant.