Le cycliste

Je possède quatre vélos. Un noir pour la ville avec un guidon plat, des garde-boue, un porte-bagages et une sonnette. Un gris (qui fut bleu) en tubes Reynolds que mon cousin Marc monta le jour de mes 18 ans et qui a tant roulé, un beige en acier, fin et délicat, qui aime les routes plates et siffle dans le vent, et un Bianchi jaune et orange en aluminium et carbone, ramassé et brutal, avec 27 vitesses qui rêve de haute-montagne. Ils sont suspendus dans leur piaule et sortent selon l’humeur du jour.
J’ai oublié tous les autres, je les ai donnés, je les ai vendus, j’en ai cassé pas mal aussi en me cassant souvent moi-même.
Je n’ai que deux cuisses, en revanche, mais je m’en sers très régulièrement depuis très longtemps. C’est devenu une manie dont je tente de rendre compte dans Besoin de vélo.

Breaking news : Un nouveau vélo anglais vient d'entrer dans la troupe. Un magnifique Condor Moda en titane qui tourne comme une horloge. J'ai passé plus de deux heures dans la boutique à me faire mesurer et positionner sur un vélo multiforme. De la belle ouvrage. L'autre dimanche matin, alors que je roulais en imperméable dans Richmond park, parmi les cerfs et les biches, un cycliste british s'est porté à ma hauteur, a jeté un coup d'oeil connaisseur sur ma bécane et a conclu : "It's a beautiful piece of machinery that you have here, sir."