Le Parler

     
                                                                   
Le patois borain fait partie de la grande famille picarde, le picard appartenant lui-même au groupe des ‘langues d’oïl’. , c’est-à-dire l’ensemble des dialectes romans parlés  dans la moitié nord de la France et dans la partie francophone de notre pays : notamment le picard, le wallon, le champenois, le lorrain, le francien (dialecte de l’ Ile de France au Moyen-Âge et  l’origine du français), le normand, le bourguignon, le morvan etc.

Le parler dialectal de Pâturages est une forme de picard que l’on peut appeler le borain central, c’est-à-dire le parler commun à 9 communes : Cuesmes, Jemappes, Quaregnon, Wasmuel,.Hornu, Wasmes, Warquignies, Pâturages et Flénu, qui peuvent être considérées comme faisant partie du même groupe dialectal, malgré quelques nuances de village à village.

Ce parler qui était le véhicule linguistique courant jusqu’à la fin du 19ème siècle. Il a commencé à se franciser, surtout après l’ application effective de la loi instaurant l’instruction obligatoire en 1921, l’apparition des média modernes : journaux, radio, télévision et les contacts de plus en plus fréquents avec d’autres régions du pays. Actuellement le nombre d’habitants ayant une connaissance active du borain s’amenuise de plus en plus. Toutefois, surtout chez les personnes âgées, un certain nombre d’habitants ont encore une connaissance passive du parler borain.

Voici un exemple de francisation : « fermer la porte » chez Raveline se dit « clower l’uch », qui va devenir « clore l’uch » et ensuite « frumer l’ uch » et actuellement « frumer l’ porte » .

Ajoutons que pas mal de mots et expressions sont devenus obsolètes. Exemples : s’ambrokier (s’assoupir, s’endormir), bougner (s’) : (se quereller), daler su lès grosses  (rouspéter à haute voix, gronder), etc.  

Quelques caractéristiques du parler borain :

a) Il est des mots, locutions ou expressions qui ne signifient pas la même chose, ou pas

exactement la même chose en borain qu’en français. Par exemple, si un borain dit

qu’il est bié d’bôché ne vous imaginez pas qu’il se livre à la débauche ; il veut simplement

dire qu’il est triste, désolé, inconsolable.

Autre ex. : fatâl (formidable, énorme, extraordinaire, fameux) :’T’as fait in fatâl niqué l’après-deinner!

b) Richesse du parler borain : Certains concepts peuvent parfois être exprimés par plusieurs mots ou locutions. Par ex. une ‘volée de coups, une raclée’ peut se traduire d’au moins huit façons :  dëguëzine ; docsinâde ; docsinée ; douye ; doublûre ; (ë)rplotûre ; ranse ; rapasse.

c)  Le borain est souvent un parler très imagé :  ‘prendre un instant de repos’ peut se dire : ‘fē toubak’.autre ex. I n’ d’ ara gné pou én saclot :cela ne va pas prendre beaucoup de temps, cela sera rapide.

d)  Pas mal d’expressions imagées ont leur origine dans les métiers ou les jeux : Rmète ël taye dwate : ‘redresser une situation, un état de choses qui laisse à désirer ’). (charbonnage). I tire à deux pièrces : = il mène deux activités de front, presque toujours avec une connotation

péjorative. (tir à l’arc)

e) D’autres expressions imagées font allusion à des animaux : èl cat èst dins l’órlóje (il y a de la discorde dans le ménage) 

f) le borain transforme parfois la prononciation de certains mots français :

Par aphérèse, (chute d’un phonème au début d’un mot) :Ex.: ‘arène’ au lieu de « narine » :

Par prosthèse (ou prothèse) (adjonction, à l’initiale d’un mot, d’un élément non étymologique, sans modification sémantique) :‘dèscandale’ au lieu de « scandale » 

En interchangeant les consonnes liquides l et r. Ex.:  carculer’ au lieu de « calculer ».

ou le contraire : ‘colidor’ au lieu de « corridor »

Par altération du mot :  ‘filimète’ au lieu de   « millimètre » ; Mathieu Salé’ au lieu de « Mathusalem » (étymologie populaire).

g) Le subjonctif imparfait est resté d’usage courant en borain, alors qu’il est moribond en français,.. i folot que d' cantisse, d' finichisse .On le trouve même là où l’on attendrait un subjonctif présent : « i faut que d’ dalisse »

h) Le tutoiement. en bor., ne se pratique qu’entre égaux habitués à vivre ensemble (enfants. frères et soeurs, compagnons de travail). Il est rare entre époux. D’enfants à parents, il constitue un manquement grave. De parents à enfants et de supérieurs à inférieurs,  il est un témoignage de vif mécontentement. En borain, « tutoyer » se dit  atuire. Ex :il atuit s’ pé come én djône de tché.

i) La 2e pers sg. s’emploie parfois pour s’adresser à plusieurs personnes. Ex. Tou vas morî… T’es deûs losses… T’as volu tromper l’ diâbe

j) Parfois absence du pronom  pers sujet dans les interrogations :ex : Savéz bié que s’n ome a sté cwaché à fosse ?;  Comint dalones widjer dë d’ci?

k) Absence de préposition entre possédé et possesseur lorsque celui-ci est un prénom, un patronyme ou un sobriquet. Ex : Lès solées Motée ; Ël barake Crassé Fèsse.

       

Pour plus de détails voir en pièce jointe des «Extraits du texte d’une conférence du 18/01/06 au Cercle Archéologique de Mons »  et l’article de Pierre Ruelle Le patois borain dans Pierre Ruelle et le Borinage, p.3.
 
André Capron


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Philippe Capron,
3 mai 2009 à 09:47
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