LES FOSSES ROYAUX : Un peu d'histoire

Toutes ces lignes sur les fossés royaux proviennent essentiellement
du travail de Françoise Lesecq, de Beaulieu,
lui-même fortement inspiré du mémoire de Denis Lepla, de Verneuil
qui a consacré un ouvrage exhaustif sur cette question.
Merci à eux !




Introduction :


Suite à sa création en 911 par le traité de Saint-Clair-sur-Epte entre le Viking Rollon et Charles le Simple, sur une portion de l’ancienne Neustrie définie par le traité de Verdun de 843, le duché de Normandie ajouta des territoires à l’ouest : en 924, la Normandie centrale (Bessin, pays d'Auge et Hiémois) ; en 933 Cotentin et les îles, aujourd’hui « Anglo-Normandes », situées à l’Ouest du Cotentin.
Celles-ci sont restées sous la souveraineté de la couronne britannique (la Normandie et l’Angleterre n’ayant fait qu’un de 1066 à 1204) contrairement à la partie continentale rattachée au domaine royal du royaume de France en 1204. Vers 1009, les terres entre Sélune et Couesnon auparavant disputées à la Bretagne, furent rattachées à la Normandie.


La Normandie fut un important duché du royaume de France de 911 à 1204, sur lequel l’autorité du roi demeura cependant toute théorique.


Descendant de Rollon, Guillaume le Conquérant envahit, en 1066, l’Angleterre, dont il devient le souverain, sous le nom de Guillaume Ier d’Angleterre, après avoir remporté la bataille de Hastings. L’Angleterre reste ainsi associée à la Normandie jusqu’en 1204, date à laquelle Philippe AugusteJean Sans Terre en vertu du droit féodal condamnant l’acte de félonie commis par ce dernier en épousant Isabelle d'Angoulême de force. Cependant, les rois d’Angleterre conservèrent les îles Anglo-Normandes dans leur patrimoine.





Une frontière fortifiée...


Dans l’architecture militaire du XII° siècle, nous avons compris toute l’importance du rôle de la motte féodale comme symbole démonstratif du pouvoir. De part et d’autres de la frontière, les systèmes défensifs étaient équivalents au point de vue des modes de construction avec néanmoins un avantage à la Normandie quant au nombre de castra.

Ces mottes féodales établies sur des sites naturellement protégés, ajoutaient au lieu, une accumulation de terre, une butte artificielle sur laquelle s’imposait la puisance locale. Ce tertre ne se suffisait pas à lui-même, d’autres systèmes défensifs complétaient cet ensemble : les fossés et les haies.


Il est établi que c'est Henri II Plantagenêt duc de Normandie et roi d'Angleterre qui a ordonné la construction de cette fortification venant compléter la ligne de châteaux existants déjà renforcée sous le règne de Henri Ier Beauclerc.


Selon Robert de Torigny, c'est après l'incendie et la prise de Chennebrun par les troupes de Louis VII en 1168, que "le roi Henri construisit des fossés hauts et larges entre la France et la Normandie pour se garantir de l'incursion des brigands".

 
En réalité leur construction avait débuté plus de sept ans auparavant. La construction proprement dite des remparts de terre avait été précédée par des donations, voire des expropriations dès 1161.
Compte tenu de leur importance, le creusement du fossé et l'élévation du talus ont nécessité un ou plusieurs chantiers qui se sont prolongés pendant plusieurs années.


Si le roi de France Louis VII choisit Chennebrun comme place forte à prendre, c'est pour une raison non seulement symbolique, mais aussi pour une raison militaire évidente. On peut donc supposer qu'en 1168 les remparts de terre étaient finis, ce qui aurait motivé l'attaque du roi à cet endroit où les Fossés Royaux étaient particulièrement importants.


Le mode de construction est assez primitif, le travail est réalisé sans l'aide d'échafaudages, le fossé ne pouvait faire plus de 3m de profondeur, mais on peut imaginer qu'un système de relais pouvait se mettre en place : un ouvrier pouvant jeter à la pelle à 3 mètres de distance, on établissait (au fond du fossé) trois relais correspondant à une profondeur de 9 mètres. Ce système permet ainsi de creuser un fossé plus profond que 3 mètres.


Bien évidement le talus réalisé avec la terre du fossé est toujours établi côté Normandie.
Le talus a peut-être été planté d'épineux comme cela se pratiquait autour des mottes féodales, mais rien ne le prouve. 



Une citation en guise de conclusion... !

Lucien Musset dit : « une grande place forte tous les 20 kms, un château tous les 10 kms environ, c’était déjà beaucoup pour garder la frontière ; par une rare exception, on voulut sur l’Avre faire encore davantage : dans des conditions médiocrement connues, une série de grands travaux dont le Moyen  Age offre peu d’équivalents dans le domaine du génie militaire et civil, fut entreprise sur l’Avre supérieure : d’abord à Verneuil où l’on fit cette dérivation de l’Iton destinée à donner aux trois bourgs de la ville nouvelle de l’eau et des moyens de défense supplémentaires puis ces fameux fossés ».

Alors, furent érigés les « Fossés le Roy ». Furent-ils un bornage ?…une défense ?…

Leur parcours est désormais défini grâce à ceux qui ont eu le désir de faire réapparaître leur tracé tout au long de la ligne de défense frontalière.




SITUATION GÉOGRAPHIQUE


GROS PLAN SUR LES FOSSES DU ROY





Comments