Dante Divine Comédie chant XXXIII

un extrait de
LA DIVINE COMÉDIE : III. LE PARADIS, chant XXXIII
On peut entendre ces ultimes vers de la COMMEDIA  de DANTE (1265-1321)
à la fin du 2e acte de l'opéra PETRARCA mis en musique par PATRICK CRISPINI,
ci-dessous dits par VITTORIO GASSMAN

[...] O somma luce che tanto ti levi
da' concetti mortali, a la mia mente
ripresta un poco di quel che parevi,

e fa la lingua mia tanto possente,
ch'una favilla sol de la tua gloria
possa lasciare a la futura gente :

ché, per tornare alquanto a mia memoria
e per sonare un poco in questi versi,
più si conceperà di tua vittoria.

Io credo, per l'acume ch'io soffersi
del vivo raggio, ch'i' sarei smarrito,
se li occhi miei da lui fossero aversi.

E' mi ricorda ch'io fui più ardito
per questo a sostener, tanto ch'i' giunsi
l'aspetto mio col valore infinito.

Oh abbondante grazia ond'io presunsi
ficcar lo viso per la luce etterna,
tanto che la veduta vi consunsi !

Nel suo profondo vidi che s'interna
legato con amore in un volume,
ciò che per l'universo si squaderna :

sustanze e accidenti e lor costume,
quasi conflati insieme, per tal modo
che ciò ch'i' dico è un semplice lume.

La forma universal di questo nodo
credo ch'i' vidi, perché più di largo,
dicendo questo, mi sento ch'i' godo.

Un punto solo m'è maggior letargo
che venticinque secoli a la 'mpresa,
che fé Nettuno ammirar l'ombra d'Argo.

Così la mente mia, tutta sospesa,
mirava fissa, immobile e attenta,
e sempre di mirar faceasi accesa.

A quella luce cotal si diventa,
che volgersi da lei per altro aspetto
è impossibil che mai si consenta ;

però che 'l ben, ch'è del volere obietto,
tutto s'accoglie in lei, e fuor di quella
è defettivo ciò ch'è lì perfetto.

Omai sarà più corta mia favella,
pur a quel ch'io ricordo, che d'un fante
che bagni ancor la lingua a la mammella.

Non perché più ch'un semplice sembiante
fosse nel vivo lume ch'io mirava,
che tal è sempre qual s'era davante ;

ma per la vista che s'avvalorava
in me guardando, una sola parvenza,
mutandom'io, a me si travagliava.

Ne la profonda e chiara sussistenza
de l'alto lume parvermi tre giri
di tre colori e d'una contenenza ;

e l'un da l'altro come iri da iri
parea reflesso, e 'l terzo parea foco
che quinci e quindi igualmente si spiri.

Oh quanto è corto il dire e come fioco
al mio concetto ! e questo, a quel ch'i' vidi,
è tanto, che non basta a dicer 'poco'.

O luce etterna che sola in te sidi,
sola t'intendi, e da te intelletta
e intendente te ami e arridi !

Quella circulazion che sì concetta
pareva in te come lume reflesso,
da li occhi miei alquanto circunspetta,

dentro da sé, del suo colore stesso,
mi parve pinta de la nostra effige :
per che 'l mio viso in lei tutto era messo.

Qual è 'l geomètra che tutto s'affige
per misurar lo cerchio, e non ritrova,
pensando, quel principio ond'elli indige,

tal era io a quella vista nova :
veder voleva come si convenne
l'imago al cerchio e come vi s'indova ;

ma non eran da ciò le proprie penne :
se non che la mia mente fu percossa
da un fulgore in che sua voglia venne.

A l'alta fantasia qui mancò possa ;
ma già volgeva il mio disio e 'l velle,
sì come rota ch'igualmente è mossa,

l'amor che move il sole e l'altre stelle.
[...] Ô suprême lumière qui veille bien au-delà
des visions mortelles, confie encore à ma pensée
un peu de ce que tu lui fis entrevoir,

et conforte ma langue à tel point
qu'une parcelle infime de ta gloire
puisse être transmise aux générations futures :

qu'en me revenant un peu en mémoire,
et résonnant de même dans ces vers,
ta victoire puisse être mieux comprise.

Je crois, par l'intensité que je ressentis
de ce rayonnement, que je me serais égaré,
si j’avais alors détourné le regard.

Et je me souviens que je m'enhardis
pour cette raison à le soutenir tant et si bien
que mon être se confondit avec la puissance infinie.

Ô abondante grâce par laquelle j’osai
fixer ma vue sur la lumière éternelle,
à ce point qu'elle eût pu s'y consumer  !

Je vis qu'en elle est rassemblé
lié ensemble avec amour,
tout ce qui est disséminé dans l’univers :

matières et hasards et leurs principes,
tous ensemble confondus de telle manière
que ce que je dis n'en rend qu'une pâle lueur.

La forme universelle de ce nœud,
je crois l'avoir vue, tellement qu'en l'évoquant
je me sens empli de joie.

Un instant seul me cause un plus grand oubli
que vingt-cinq siècles face au moment
où Neptune s'émerveilla de l’ombre d’Argo.

C'est ainsi que mon esprit en suspens,
regardait fixement, immobile et attentif,
et s'embrasait à fixer toujours plus.

À cette lumière tellement lié,
que de s'en détourner pour autre chose,
devient impossible même si on le voulait ;

parce que le bien, unique objet du vouloir,
y réside tout entier, alors que fait défaut hors d'elle
tout ce qui s'y trouve là à la perfection.

Désormais ma parole, accordée à mon souvenir,
se fera aussi balbutiante que celle de l’enfant
qui tète encore à la mamelle.

Non que la vive lumière que je contemplais
ne soit pas plus qu'une simple vision
étant toujours ce qu'elle était auparavant ;

mais parce qu’au fur et à mesure que la vision
se précisait en moi, une apparence unique,
en se transformant en moi
, y faisait son travail.

Dans la dense et claire permanence
de la sublime lumière m’apparurent trois cercles
de trois couleurs et de même dimension ;

et comme dans l'arc-en-ciel
l’un semblait refléter l'autre, et le troisième
était comme un feu émanant de partout à la fois.

Ô comme la parole est maladroite et faible
pour rendre ma pensée ! et face à ce que j'ai vu,
ne suffit même pas  à dire « un peu ».

Ô lumière éternelle unique source de toi-même,
seule à t'entendre, tu aimes et souris
à n'être intelligible et comprise que par toi !

Cette énergie toute jaillissante
qui semblait naître de ta propre lumière,
circulant tout autour de mes yeux,

à l'intérieur d'elle-même en sa propre couleur,
me parut peinte de notre propre image :
si bien que tout mon visage se confondait en elle.

Tel le géomètre tout entier appliqué
à mesurer le cercle, et ne retrouve pas,
dans sa réflexion, la règle dont il a besoin ;

de même étais-je face à cette vision nouvelle :
je voulais voir comment s'accorde
l’image au cercle, et comment elle s'y confond ;

mais pour cela manquaient les ailes appropriées :
sinon qu'aussitôt mon esprit fut parcouru
d’un fulgurant
éclair qui combla son désir.

Là mon imagination perdit son pouvoir souverain,
mais déjà mon désir tournait ainsi que volonté,
tout comme, tel une roue en mouvement,

l'amour qui anime le Soleil et les autres étoiles.


(Traduction : Patrick Crispini)