Eurojournal interview

Patrick Crispini, chef d’orchestre :

le trait d’union & le contemple-actif.

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C'est ainsi qu'il se définit. Chef d'orchestre et compositeur, PATRICK CRISPINI partage son existence entre l'Italie de ses origines, Paris où il est établi et Genève, ville de son enfance studieuse. Portrait d'un homme pressé – pèlerin sur des chemins de foi et de passions -  pour qui la musique est raison de vivre.

- PATRICK CRISPINI, vous voilà de retour en France pour un prochain concert comme vous les affectionnez : itinéraire à clés, puzzle, affinités électives... Comment concevez-vous vos programmes ?

A la vérité, je me laisse guider par la recherche de rencontres musicales éclectiques, des correspondances secrètes. Vous savez, ma vie est ainsi : disparate en apparence, mais en fait concentrée vers une unité qui soutient tout. J'aime mettre les êtres en sympathie, j’aime être un trait d’union. De même, dans mes programmes, rechercher l’harmonie tout en suscitant des rapprochements réactifs me passionne. Disons que je recherche à ce qu’un concert soit soutenu par une ligne invisible, un fil conducteur, un thème parfois, mais j’apprécie par dessus-tout qu’il se déploie comme une mosaïque aux reflets multiples. L’harmonie doit être une récompense, pas une source d’alanguissement.

- Pour votre prochain concert, je vois BRITTEN et STRAWINSKY…

Pour moi, dans les deux œuvres (ndr : Britten/Sinfonie da Requiem – STRAWINSKY : Symphonie de Psaumes), il y a une volonté manifeste de détourner la question du sacré (une "symphonie" n'est pas un Requiem! ),un peu à l’image de notre époque qui tente de « désacraliser » les valeurs. Mais, perceptible à l'oreille, il y a dans les deux cas une démarche obstinée et libératrice d'aller vers une certaine lumière. Après avoir beaucoup fréquenté le Requiem tout en pastels de Gabriel FAURÉ (qu’il appelait lui-même « une berceuse de la mort »), je recherchais des teintes plus franches, une ambiance plus hiératique. Que dire d'autre? Peut-être est-ce la tonalité de « ré » qui imprègne les deux œuvres qui secrètement les relie. Résonner en musique, n'a rien à voir avec raisonner...

- Vos intentions sont autant philosophiques que musicales. Est-ce là un engagement de votre part ?

Je me méfie des chefs de file, des leaders, des écoles ... De même, je pense que l'engagement du musicien doit être sans parti pris. La vérité du moment présent que nous essayons d'installer dans un lieu donné, à un moment donné, avec la complicité d’un public particulier rend le l’instant du concert unique. Dans un monde où tout est copié et multicopié à l’infini, où tout est virtuellement fixé, n’y a-t-il pas un privilège de pouvoir partager des instants fragiles non reproductibles ? Chaque concert est unique comme chaque être humain est unique. Dans cette fusion avec un public, quand tout va bien nous créons un corps doté d’un âme éphémère : une sorte de solidarité de l’indicible.

Croire et pouvoir parfois vivre cela, est-ce un engagement philosophique ? Peut-être…

- Le miracle se produit-il toujours ?

Non, bien sûr. Le reste du temps nous sommes des artisans plus ou moins laborieux. Funambules et saltimbanques, un peu bouffons, peut-être inutiles puisque qu’à part servir la pensée d’un auteur nous ne servons à rien, dans un monde où tout a son prix et tout est à vendre...

- Votre métier de chef d'orchestre vous apparaît-il comme un privilège ?

Dans l'expression "chef d'orchestre", c'est le mot "orchestre" qui m'intéresse. Le pouvoir suranné qui demeure encore attaché à cette fonction est un peu ridicule. Les maîtres que j'ai pu rencontrer sur ma route ‑ du moins les grands, les "magnétiques"‑ m'ont conforté dans la conviction que la vraie grandeur de ce métier consiste dans la simplicité, l'humilité, le labeur acharné. Il y a trop de doutes sur la route pour exiger, imposer. Je dirais que nous sommes là pour servir la pensée souveraine du compositeur, seul vrai créateur: notre rôle est d'être le plus intensément possible un passage entre cette pensée abstraite et la réalité présente. Pas de quoi fanfaronner. Mais de quoi remplir toute une existence, assurément. « Ce qui n'est pas fixé n'est rien. Ce qui est fixé est mort », disait, je crois, Paul VALERY. Notre boulot est d’osciller comme un funambule entre ces deux points à la recherche d’un équilibre fugace, notre privilège c’est d’avoir un filet pour pouvoir tomber et nous relever sans nous faire (trop) de mal…

- Comment définiriez-vous votre besoin de faire de la musique ?

Indéfinissable. Aussi vital que le besoin de respirer. C'est simple: sans elle, je meurs déjà…

- Les musiciens de l’orchestre qui jouent sous votre baguette ont-ils conscience de tout cela, alors qu'ils doivent "faire du cachet",entrer dans le rang, chercher des places rares à travers des concours de plus en plus redoutables ? N’y a-t-il pas quelque chose d’ingrat et d’injuste dans ce métier ?

Bien sûr ! Même s'ils ne le formulent pas avec des mots, vous savez, tous les musiciens savent qu'ils ont entre les mains les clés d’accès à un mystère colossal. Pourquoi travailleraient-ils autant autrement ? Il reste, c'est vrai, les lois ingrates du marché, de l'offre, de la demande, les agents, les sponsors, toutes choses qui vous rappellent qu'avant l’état de grâce, il y a l’état de fait. Personnellement, je pense qu'il faut faire simplement les choses pour lesquelles on est fait et viser la légèreté. L’adhésion vient peu à peu d’une sorte de contagion passionnelle, jamais d’un coup de force. Je crois à la noblesse de l’acte qui, s’il est juste, devient évidence. Tout le reste, c’est du vent…ou des paroles.

- Vous qui aimez les mots, parlez-vous beaucoup en répétitions ?

Encore trop. Un geste issu d’une pensée claire devrait se suffire à lui-même. Mais parfois, l’œuvre « travaille » en nous. C’est peut-être ce doute, cette recherche sans certitude qui font de nous des êtres humains et non pas des machines à battre. Mais les musiciens actuels veulent des bons techniciens, des leaders opérationnels. Le temps de travail est compté. Il faut donc se battre et se débattre au secret dans sa chambre  avec la partition, mais ensuite dans l’arène, peu importe le discours, seule compte « la battue » : si elle est mauvaise, c’est l’hallali ! N’emploie-t-on pas aussi le mot « battue »dans la chasse à courre ?

- le chef d’orchestre idéal ?

Les plus grands ne sont pas toujours les plus savants. « Que de choses il faut ignorer pour pouvoir agir » dit Paul Valéry ! Un musicien de rang vous dira que le chef d’orchestre idéal est celui qui ne dirige pas ! Il y a dans cet art du geste quelque chose du cavalier. On n’apprend pas au cheval à sauter l’obstacle, il sait le faire d’instinct :On s’emploie donc à faire corps avec lui et à doser l’effort exact afin que le saut soit osmose et non pas corps à corps. Il est vrai que quand on débute dans ce métier, on a tellement envie de bien faire que l’on oublie parfois de ménager sa monture !  Tout cela et mille choses encore font que l’apprentissage de ce métier est long et fastidieux. Le chef d’orchestre idéal est donc plutôt sage, d’un âge avancé et plutôt sourd : voilà ce que je puis vous dire !

- Venons-en à votre parcours. En apparence, il semble décousu, pas linéaire pour un sou. D'autre part, je sais que vous dessinez, que vous faites des musiques pour le cinéma, que vous enseignez, que vous réalisez des émissions de radio. Et même du théâtre!. Est-ce bien raisonnable ?

Certainement pas. Dans notre monde d’hyper spécialistes, les farfelus dans mon genre sont considérés comme des touche-à-tout ! Si je vous disais que je n'ai rien voulu, que toutes ces voies se sont, pour ainsi dire, imposées à moi au fur et à mesure des rencontres. Pour paraphraser Monod, je dirais : les hasards et les nécessités.. Un spectacle abandonné à la dernière minute par un partenaire financier m'a contraint de réaliser moi-même les décors de notre production. J'ai écrit un opéra pour lequel j'ai cherché sans succès un librettiste : le sujet n'intéressait pas, n’était pas « porteur », je m’y suis donc collé et ainsi de suite. Il faut dire aussi que j’aime bien cheminer par circonvolution, « tourner autour du pot ». Étant un peu insomniaque, je peux mener plusieurs vies en une ! Pourquoi m’en priverais-je ? Et puis, il faut bien faire bouillir la marmite, lorsqu'on est, comme c'est mon cas, sans logistique ni patrimoine financier important. La diversité, c’est un peu le prix à payer. Cela dit, je rêverais de pouvoir dire, comme Rodin à Rilke « que je ne me suis occupé sérieusement que d’une chose : car les mêmes lois sont à l’œuvre en toute chose »…

- Pourquoi vos productions restent- elles encore si confidentielles ?

Allez savoir... Sans doute suis-je un peu trop dans la marge, un peu trop « volatile », peut-être, n’étant vraiment pas un bon vendeur de moi-même,  n’ai-je pas encore rencontré dans ce domaine l’âme sœur ? Qui vivra verra...

- À propos de votre orchestre, j'ai vu dans le programme que vous parliez de "marins d'audace" pour vos musiciens...

(Rire) J'aime bien me référer au langage maritime. « La musique souvent me prend comme une mer » écrivait Baudelaire... Pour moi, il y a dans la suggestion de la mer quelque chose dont j'ai un besoin quotidien.  Quand à l’audace !  Il en faut pour tenir dans une telle embarcation, contre vents et marées, non ?

- Vous êtes d'origine italienne, mais vous avez fait une partie de vos études à Genève. Vous ne parlez guère de la Suisse, y a-t-il un malaise de ce côté ?

Malaise, oui on peut le dire.  J’ai écrit une petite nouvelle là-dessus : ça s’intitule « lcare et la république casanière » ! J’ai voulu opposer dans le petit labyrinthe bancaire et protestant qu’est Genève – où j’ai pas mal vécu - l’aspiration de voler d’Icare englué dans la vision à court terme d’un petit monde de nantis un peu frileux, qui ne supportent pas de voir un épi dépasser dans le champ de blé consensuel, et leur acharnement à tenter de l’éradiquer pour que tout redevienne « propre en ordre ». La Suisse est un pays magnifique habité par des gens généralement charmants et accueillants. Mais c’est un pays sur la défensive – voyez son armée ! – qui a peur et se referme sans cesse dans son réduit national au-dessus de ses coffres d’or. Je me suis laissé dire que c’est aussi le pays où chaque citoyen possède le plus grand nombre d’assurances de toutes sortes. Là où l’on craint, là où l’on a peur, là ne peut pas être le territoire de l’épanouissement de l’art. L’art, c’est le doute, c’est le tâtonnement, c’est l’insécurité ! Dans ce pays de « valeurs sûres », seuls les artistes déjà installés et reconnus peuvent espérer quelque chose. Quelqu’un a dit : « peu de carrières commencent en Suisse, presque toutes y finissent » …

- Pourtant c’est en suisse que vous avez créé vos chœurs puis votre orchestre ?

Eh oui ! Erreur de jeunesse, sans doute. Je me souviens qu’après plusieurs saisons d’activité quasiment clandestine, mais soutenue par un public de plus en plus fidèle et de bons échos de presse, nous avions tenté d’obtenir une subvention municipale. La responsable de ce dicastère, après « étude du dossier »,  nous avait alors répondu que si notre fanfare avait un beau projet de défilé à travers la ville, nous pourrions peut-être revenir la voir (rire) ! Notre « fanfare », en fait, se consacrait alors à une sorte d’intégrale des madrigaux de Monteverdi ! Vous voyez en quelle considération était tenu notre travail !

Plus tard, enfin annexés après des années de palabres et de dossiers parmi les saupoudrés de la République, on nous fit l’aumône, remise en question chaque année, de quelques deniers. « Tolérés » mais toujours pas vraiment « en cour »,malgré les soutiens réitérés d’artistes comme Emil Guilels, Tom Krause, Katia Ricciarrelli, Marcel Landowski ou Jean Desailly, et des listes signées par de nombreux mélomanes, on nous sucra un beau matin de la liste des heureux bénéficiaires à l’occasion d’un changement politique. De ce haut fait, nous ne fûmes prévenus…que par voie de presse alors que notre saison était déjà engagée ! Après 15 ans d'activité dans la cité, de guerre lasse, la coupe étant pleine, j’ai alors pris la décision de nous transporter sous d'autres cieux... Aujourd'hui, l’ORCHESTRE DES CONCERTS EUROPEENS se porte bien. L’Europe lui a tendu des mains plus généreuses. À vrai dire, de toute cette aventure helvétique je n'ai qu'un regret : il est pour tous ces bénévoles qui se sont dépensés sans compter pour faire vivre ce groupe musical et dont le travail ne fut récompensé que par une polie mais indécrottable indifférence. Dommage !.

- Les artistes suisses sont donc condamnés à faire carrière hors de leur pays...

Nul n’est prophète etc… mais j’ajouterais aussitôt : « heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage »…

- Revenons à ce qui vous passionne :quels sont vos projets, PATRICK CRISPINI ?

Je me considère un peu comme un trait d’union. J'aimerais donc tendre à créer des synergies entre les différents domaines qui me passionnent, des passerelles de sens, des ponts entre les styles, entre les disciplines, entre les écoles, les genres, les formes…Voilà pourquoi j’ai créé le projet des « ÉTOILES DE LA VOIX », véritable plate-forme interactive autour de la voix, voilà pourquoi j’ai aussi suscité TRANSARTIS, une structure souple et modulable qui permette de rassemble dans des lieux en résonance parfaite des événements fédérateurs entre les mondes artistiques et industriels, culturels et spirituels etc… En dehors de cela, j’aimerais pouvoir me fixer un peu avec une formation orchestrale de bon niveau pour pouvoir conduire à long terme une vraie programmation artistique et des concerts avec une colonne vertébrale. Il y aura de nouveaux enregistrements, des concerts comme free-lance, des productions avec E.C.O., et ce travail de transmission et de communication évoqué plus haut. Bref, j'aimerais donc pouvoir contribuer à susciter de tout mon cœur de belles chorégraphies de vie, avec l'énergie que je puise à servir la dignité de l’homme à travers la musique.

- Et la création prochaine d'un opéra de vous inédit, à ce qu'on m'a dit ?

On ne peut rien vous cacher... Effectivement, si Dieu et quelques mécènes le veulent bien, j'aurai le bonheur de voir un travail déjà ancien se concrétiser au printemps prochain. Disons que cela tourne autour de la rencontre métaphysique et le difficile « passage du témoin » entre BOCCACCIO et PETRARQUE, à l’aube de la Renaissance. Est-ce un opéra ? Je ne sais pas vraiment. Les matériaux sont polyvalents, la musique, elle, reste strictement acoustique ! cela parle aussi du passage du témoin entre ces deux univers complémentaires et incompatibles. Disons que tout cela se répercute, s'interfère, se métamorphose... J'ai écrit tout cela il y a 10 ans, un peu dans la fièvre. Est-ce qu'il restera encore quelque chose de cette ardeur aujourd’hui pour le public, je l’espère.

- Votre activité de compositeur prendrait-elle peu à peu  le dessus ?

Il est vrai que je me suis un peu détaché des circuits ces trois dernières années, car j’essaie de terminer un autre projet assez considérable : une sorte de « carte postale » emblématique de notre époque basée sur une biographie réelle et imaginaire du citoyen et génial réalisateur Orson Welles, à travers l’histoire de l’image et du cinéma. Le titre en sera : « Citizen Welles ». Une sorte de regard sur le passé vingtième siècle pour éclairer le présent. Mais chut pour l’instant.

- PATRICK CRISPINI, êtes-vous un musicien heureux ?

Je voudrais développer un peu cette question, si vous le permettez. Pardonnez-moi d’être un peu long et lourd à propos d’un sujet dont on devrait parler élégance et légèreté.D’abord, qu’est-ce qu’une vie à l’échelle d’une seule étoile ? Devant cette interrogation, l’homme subit, se courbe et finit par ployer…ou bien il se résout à agir, à se dresser, il se déploie.  Alors : agir pour être heureux ? Bien sûr, il y a le « carpe diem », mais je crains que cette formule n’en cache une autre, plus insidieuse : « après moi le déluge » !

Agir, oui, mais en surnageant dans un monde bouffi, sursaturé, surinformé, projetant sans cesse son trop plein sur des écrans en apparence brillants, mais vides ? Agir en laissant s’accumuler en nous des images incessantes qui semblent refléter le monde, mais n’en sont souvent qu’une illusion virtuelle ? Agir pendant que deux tiers du monde survivent en instance de mort par maladies ou famines, par guerres ou misères de toutes sortes et qui n’ont pour toute vision d’avenir que le risque de pas survivre à aujourd’hui ?

Sachant tout cela, comment dire, en conscience, que je suis un musicien « heureux », vivant dans la partie du monde la plus rassasiée et repue ? Aurais-je le droit devant tant de détresse de bouder mon plaisir de vivre, de me prétendre malheureux ? La moindre des choses ne serait-elle pas au moins de célébrer, pour tous les autres qui ne le peuvent pas, dans les plus petites choses quotidiennes, par la musique par exemple, la grâce merveilleuse d’être au monde ? La musique nous aide, comme dit Rilke, peu à peu à « savoir tomber de la hauteur des mots dans l’unique et commune mélodie ».

Voyez-vous, quitte à paraître rétrograde, je crois sincèrement aux bienfaits de l’effort, au travail. Au lieu de nous asséner comme valeur le « farniente » pour tous et la réussite facile et immédiate, ne devrait-on pas enseigner la joie d’un effort surmonté, du bel artisanat ? Conscient de n’être qu’un épisodique locataire de cette planète, je m’efforce donc d’aimer mon travail, de me laisser féconder par les rencontres, d’aller vers les êtres qui, en m’enrichissant de leurs différences, contribuent à faire de moi l’ébauche d’un vitrail pour une cathédrale toujours en devenir. Je m’efforce de faire en sorte que les fibres, les organes, les connexions, les réseaux de muscles, de veines, de neurones qui, depuis des millénaires, ont fini par composer l’être que je suis, ne deviennent jamais un mécanisme insensé fonctionnant en pure perte.

Par la musique, je peux en plus m’efforcer de participer à  l’hymne au vivant comme une minuscule particule vibrant à l’unisson du monde. Alors, pour cette chance-là, pour ce privilège-là, mais avec la conscience toujours en éveil de tout ce que je viens de dire, je peux maintenant répondre : oui, je suis un musicien heureux…

© EUROJOURNAL - mars 1995. Transcription de l'interview.
Entretien réalisé par Simone RHEIN