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Aux sources de Diaconia

Synthèse de l’encyclique "Deus Caritas Est" de Benoît XVI

Première partie

Le terme "amour", un des mots le plus utilisé et le plus souvent abusivement dans le monde d'aujourd'hui. Dans la Bible, et surtout dans le Nouveau Testament, le concept d'"amour" est approfondi dans le sens du don de soi, l’Agapé.

Cette nouvelle vision de l'amour, une nouveauté essentielle du christianisme, a trop souvent été évaluée très négativement comme refus du corps. Même s'il y a eu de telles tendances, le sens profond est tout autre. L'Eros, mis dans la nature même de l'homme par son Créateur, a besoin de discipline, de purification et de maturation pour ne pas perdre sa dignité originale et ne pas être dégradé au 'sexe' pur, devenant une marchandise.

La foi chrétienne a toujours considéré l'homme comme l'être dans lequel l'esprit et la matière s'interpénètrent, lui conférant une nouvelle noblesse. On peut considérer le défis de l'Eros surmonté quand le corps et l'âme de l'homme se retrouvent en parfaite harmonie. L'amour devient alors, 'extase', mais pas comme « un moment d'ébriété passagère » mais comme mouvement permanent vers sa libération dans le don de soi : l’amour n’est plus refermé sur soi. Il est alors tourné vers la découverte de Dieu à travers les autres: de cette façon l'Eros peut conduire l'être humain 'en extase' vers le divin.

L'accomplissement Eros-Agapé atteint sa forme la plus radicale dans Jésus-Christ, Dieu parmi les hommes. La mort en croix de Jésus, qui se donne pour relever et sauver l'homme, exprime l'amour dans sa forme la plus sublime. Jésus a conféré à ce geste d'offrande une présence durable dans l'Eucharistie; sous la forme du pain et du vin il se donne et nous unit à Lui. En participant à l'Eucharistie nous sommes impliquons dans ce don en y puisant la force de le rendre actuel dans nos vies. De cette façon l'amour pour Dieu et l'amour pour le prochain fusionnent réellement.

Deuxième partie

L'amour pour le prochain, enraciné dans l'amour de Dieu, est donc la manière de vivre pour chaque fidèle, et aussi pour toute la communauté ecclésiale. Cette prise de conscience a eu une importance pour l'Eglise depuis ses débuts. Très vite s'est imposée la nécessité d'une certaine organisation comme fondement pour son meilleur accomplissement.

C'est ainsi que la diaconie est apparue au sein de la structure fondamentale de l'Eglise en tant que service de l'amour vers le prochain exercé en communauté et de manière ordonnée -un service concret, mais également spirituel. Avec la diffusion progressive de l'Eglise, cet exercice de la charité s'est confirmé comme un de ses aspects essentiels. La nature intime de l'Eglise s'exprime dans un triple devoir: l'annonce de la parole de Dieu (kerygma-martyria), la célébration des sacrements (leiturgia) et le service de la charité (diakonia). Ces devoirs s'imposent les uns aux autres et ne peuvent pas être dissociés.

A partir du XIX siècle, une objection fondamentale s'est levée contre l'activité caritative de l'Eglise car elle serait en opposition, disait-on, avec la justice et elle finirait par soutenie du statu quo dans la société. L'Eglise favoriserait le maintien d’un système injuste en vigueur, par l'accomplissement d'œuvre caritative individuelle, le rendant supportable et freinant ainsi la rébellion et le potentiel changement vers un monde meilleur.

L’enseignement de l’Eglise à travers des textes de références des Papes, des encycliques a affronté avec toujours plus d'insistance le problème social, et s'est confronté avec les situations problématiques toujours nouvelles. Une doctrine sociale très articulée propose des orientations valables bien au-delà des frontières de l'Eglise. Citons l'encyclique de Léon XIII: Rerum Novarum (1891), jusqu'à la trilogie d'encycliques sociales de Jean-Paul II: Laborem, Exercens (1981), Sollicitudo Rei Socialis (1987) Centesimus Annus (1991),

Toutefois, la création d'un ordre juste de la société et de l'Etat est le principal devoir de la politique, et ne peut donc être une responsabilité immédiate de l'Eglise. La doctrine sociale catholique ne veut pas conférer à l'Eglise un pouvoir sur l'Etat, mais souhaite seulement purifier et illuminer la raison, en offrant la propre contribution à la formation des consciences, afin que les authentiques exigences de justice soient perçues, reconnues et réalisées. Cependant il n'y a aucune institution d'Etat, aussi juste soit-elle, qui puisse rendre superflu le service de l'amour. L'Etat qui veut tout diriger devient en définitive une instance bureaucratique qui ne peut pas assurer la contribution essentielle dont l'homme qui souffre -tout homme- a besoin: le tendre dévouement personnel. Qui veut se débarrasser de l'amour se prédispose à se débarrasser de l'homme en tant qu'homme.

Un effet positif collatéral de la globalisation se manifeste de nos temps dans la sollicitude envers le prochain, dépassant les frontières des communautés nationales et qui tend à élargir son horizon au monde entier. Les structures de l'Etat et des associations humanitaires développent de différentes façons la solidarité exprimée pour la société civile: ainsi de très nombreuses organisations à but caritatif et philanthropique sont nées. De plus, au sein de l'Eglise catholique et dans d'autres communautés ecclésiales de nouvelles activités caritatives ont pris forme. Il est fort souhaitable qu'une collaboration fructueuse s'instaure entre toutes ces instances. Naturellement il est important que l'activité caritative de l'Eglise ne perde pas sa propre identité en se dissolvant dans une organisation commune d'assistance, en devenant une simple variante. L’Eglise doit illustrer à travers de la charité chrétienne l’accomplissement du don de Dieu aux hommes.

L'activité caritative chrétienne suppose souvent de la compétence, mais avant tout elle doit se fonder sur l'expérience d'une rencontre personnelle avec le Christ, dont son amour a touché le cœur du croyant, suscitant en lui l'amour pour le prochain.

L'activité caritative chrétienne doit être indépendante de partis et d'idéologies. Le programme du chrétien -le programme du bon samaritain, le programme de Jésus- est 'un cœur qui voit'. Ce cœur voit là où il y a besoin d'amour et agit en conséquence.


L'activité caritative chrétienne ne doit pas être un moyen de prosélytisme. L'amour est gratuit; il n'est pas exercé pour atteindre d'autres objectifs. Mais cela ne signifie pas que l'action caritative doive laisser de côté Dieu et le Christ. Le chrétien connaît le moment opportun pour parler de Dieu et quand il ne faut pas en parler, et seulement laisser parler l'amour. L'hymne de la charité de Saint Paul (I Cor 13) doit être la boussole se protéger d’un activisme pur.

Dans ce contexte, et face aux dangers du sécularisme, il faut réaffirmer l'importance de la prière. Le contact vivant avec le Christ évite que l'expérience des considérables contraintes sociales et de ses propres limites ne nous pousse dans l'idéologie qui prétend de faire maintenant ce que Dieu, semble t'il, ne réussi pas à faire. Qui prie ne perd pas son temps, même si la situation semble ne pousser qu'à l'action, et sans prétendre de changer ou de corriger les plans de Dieu, mais il cherche -sur l'exemple de Marie et des saints- à puiser en Dieu la lumière et la force de l'amour qui dépasse l’obscurité et égoïsme présents dans le monde.