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2015-2016 - Jubilé de la miséricorde

La Miséricorde 

L’idée de justice exige de rendre à chacun ce qui lui revient, de droit. Si un homme a travaillé pour un autre, l’acte de justice consiste à lui rendre ce qui lui revient, par exemple sous forme de salaire. Si un homme a commis une faute contre autrui, l’acte de justice corrective consistera à lui infliger une peine proportionnelle à la faute commise. Or, nous sommes prompts à réclamer la justice, nous sommes facilement exigeants à son égard, c’est-à-dire à l’égard d’autrui. Face à la faute d’autrui, nous prenons facilement l’attitude du juge qui exige que justice soit rendue.

Il y a pourtant ici une première difficulté : nous sommes plus exigeants à l’égard d’autrui que pour nous-mêmes. Mais le plus grave tient au fait que nous prenons facilement l’attitude du juge intransigeant : devant la faute d’autrui, nous faisons comme si nous étions nous-mêmes irréprochables, sans faute, et nous refusons toute communauté avec le pénitent.

La conscience jugeante, ici orgueilleuse, condamne le pécheur. La miséricorde est le contraire de cette dureté de cœur, et elle transcende la justice. Elle ne peut abolir la justice, vrai pilier de la société humaine, mais elle lui est supérieure et elle agit d’après un tout autre principe : la charité. D’abord, face à la détresse d’autrui, elle cherche à accueillir, à réconforter. Pleine de tendresse et de compassion, comme le bon Samaritain, elle se rend proche de l’autre personne dans sa souffrance et sa solitude. Elle ne cherche pas d’abord la justice mais la vie, le salut de la vie. Ensuite, face à la faute d’autrui, elle se souvient qu’elle est elle-même capable de tomber et qu’elle est déjà tombée, c’est pourquoi elle est capable de pardonner. 


La miséricorde ne regarde pas la méchanceté, la fermeture du cœur, mais l’avenir possible, ouvert par le pardon. La miséricorde est un acte de charité, d’amour gratuit pour la personne d’autrui, qui restaure la confiance, donc la relation, dans sa bonté. Littéralement, la miséricorde, c’est l’attitude du cœur ouvert à la misère d’autrui, à son malheur, c’est la pitié, la compassion pour la déréliction d’autrui en son malheur ou en sa faute. C’est cette pitié qui nous appelle à donner gratuitement, de notre personne, de notre temps, de nos biens : c’est elle qui nous appelle, au propre et au figuré, et au nom du Christ, à donner à manger à celui qui a faim, à donner à boire à celui qui a soif, à accueillir l’étranger, à vêtir celui qui est nu, à visiter le malade, à venir vers le prisonnier (Matthieu, 25). 

La miséricorde est l’essence même de Dieu qui est Père, Fils et Esprit de Sainteté. C’est la sainteté divine communiquée, le don et le pardon, qui permet la réconciliation, malgré le mal et le malheur. Être chrétien, c’est se laisser conformer au Christ, c’est entrer dans la vie de la charité, de la fidélité et de sa miséricorde. C’est se savoir pardonné, parce qu’aimé d’un amour absolu, et c’est pardonner à notre tour. 

Philippe Soual, Philosophe balmanais
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