B. A Plan of the New Townships on the Grand or Ottawa River, 1813

A.       L'aspect formel de la carte 

La carte "A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River" est originalement publiée en deux formats. Cette carte est  de 320 X 138 cm. L’échelle est indiquée en milles (3 milles = un pouce). Elle identifie les limites administratives des cantons. Elle précise les limites exactes des surfaces bâties. Il officialise le partage des cantons qui est dessiné conformément au cadastre d’origine. Le plan offre une vision synthétique du développement du Bas-Canada au début du XIXe siècle. Elle renseigne sur la mise en valeur du sol. Elle rapporte de précieuses indications sur les toponymes de l’époque et la langue d’usage officielle de la langue anglaise. Elle informe aussi sur les techniques géographiques de l’époque.

LE CANTON DE HULL

Wright, ses associés et leurs familles arrivèrent pendant l'hiver de 1800 pour s'établir dans le canton de Hull, à 80 miles en amont de la colonie la plus rapprochée sur la rivière des Outaouais. Dans le cadre  de revendications territoriales, Wright demanda en mars de la même année que l'on effectue l'arpentage de canton. En 1802, aux frais de Wright, Joseph Bouchette, arpenteur général du Bas-Canada, procéda à l'arpentage du canton de Hull en 28 terres agricoles de 200 acres chacune. Les terres du domaine de la Couronne et celles réservées au clergé furent réparties dans tout le canton (...).

Abstract - Letters Patent
"Erecting the Township of Hull and granting certain lands wherin to Philemon Wright and others, 
Dated 3rd January 1806" 
Joseph Bouchette, Arpenteur général du Bas-Canada (1802)

Diane Aldred,
Page 14.

Le plan A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River est une des premières cartes produites par Bouchette en 1813 alors qu’il est arpenteur général du Bas-Canada. Le plan fournit de précieuses informations sur le milieu biophysique, les divisions administratives de l'époque, l'habitat, les activités humaines et la valeur spéculative des cantons[1]. Joseph Bouchette souhaite réaliser une carte topographique de toutes les régions établies, et il juge que la Grand River est une des plus intéressantes de la Province du Bas-Canada.


Ottawa or Grand River. — This magnificent and important river is so amply described in the first volume, that a reference to the pages that contain a description of its more remarkable features is aU that is necessary in this place. These places are annexed in alphabetical order as follow : 
  • Chenaux, les, p. 189. 
  • Coulange Fort, p. 188. 
  • Grand Calumet, p. 188. 
  • Lac des Chats, p. 189—201. 
  • Lake Chaudière,-p. 191. 
  • Long Sault, p. 193. 
  • Mondion's Point, p. 190. 
  • Ottawa, p. 187, et seq. 
  • Point Fortune, p. 197- 
  • Portage du Fort, p. 188. 
  • Rapide du Fort, p. 189. 
  • Union Bridges, p. 192. 







Joseph Bouchette, A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River, 1813, 
Collection des cartes et plans de la BAnQ, Bibliothèque et Archives nationales du Québec. 



















Sur cette aquarelle, il est possible de percevoir le développement agricole décrit par Bouchette en 1832 :
A road from Chaudiere Lake, cutting at right angles the Britannia Road, leads into the back settlements, where, of course, no good roads can at present be expected : on this road few settlements are to be seen beyond the 4th and 5th ranges, from which to the 3rd range the farms progressively increase and towards the Chaudiere Lake the road passes apparently through an old-settled country" (Bouchard, 1832). 

Éléments d'intérêt

Les éléments d’intérêts sont nombreux sur le plan de 1813. Le plan explique la géographie du Bas-Canada au nord de la Grand River. Le plan laisse voir sans trop d’information les toponymes des cantons sur la rive sud au Haut-Canada. Le réseau hydrographique est de teinte grise. Le plan se restreint aux principaux cours d’eau. Ils sont marqués d’un trait noirci plus large.


Le rang 1 du canton de Hull

Le plan révèle aussi les formes majeures du terrain. Les premiers rangs des cantons se trouvent au sud de la carte et ils sont limités par la Grand Ottawa River. Les lots sont rectangulaires et ils suivent le tracé des rangs faisant face à la rivière. Les lots concédés sont indiqués par des hachures. Cette marque démontre qu’il y a la présence d’une demande entérinée d’un bail. Le couvert forestier illustré par de petits arbres indique aussi les terres en friche et les distingue avec celles mises en valeur. Les lots coloriés sont les terres réservées au clergé protestant ou à la couronne. 

Le rang un se limite à une pointe au sud du canton de Hull à l’ouest des entreprises Philemon Wright & Sons situé à la hauteur des chutes de la Chaudière sur le rang 3. La limite nord-est identifiée par le premier tracé est parallèle à la rivière. Il se dénote que le premier rang ne compte que 12 lots dont un seul qui a des titres d’enregistrement foncier auprès des instances coloniales. Le plan identifie aussi le lot 15 contesté sur la terre du clergé teinte en vert. Il se remarque aussi facilement que le chef du canton est installé au troisième rang à l’ouest du premier rang. Joseph Bouchette révèle que "lot 14 in the range also affords an advantageous site for a village, which might be built at the junction of two roads, near which there is a saw-mill and also a tolerably well-cultivated farm" (Bouchette, 1832- Voir l'extrait dans son contexte ci-dessous). Ainsi il se dénote qu'à la croisé des deux chemins menant vers le Lake Chaudière (Lac Deschênes) et l'autre vers les lots à l'ouest du lac sur le rang 2 (Aylmer), se trouve un endroit propice pour établir le village du canton de Hull.

 

La carte dans son contexte de production

A Plan of the new townships on the Grand or Ottawa River illustre alors l’organisation territoriale sur le canton de la rivière des Outaouais. Elle démontre clairement les principes de cette organisation. Le producteur, Joseph Bouchette, est un administrateur et un géographe détenant un poste clé dans l’administration publique du Canada, Il est l’arpenteur général du Bas-Canada en 1804-1841.  Il est aussi reconnu comme étant le géographe endossant le plus complètement l’idéologie britannique. Il détient un poste lui attirant des opinions favorables à ses demandes dans l’administration coloniale. Il est l’auteur des œuvres les plus reconnues : la Description topographique de la Province du Bas-Canada produite en 1815 et son guide d’accompagnement présenté au Régent en 1816 le Topographical Dictionary of the Province of Lower Canada de 1832.

 

Ces deux ouvrages sont rédigés avec l’intention d’illustrer le développement colonial. Il s’agit d’un projet précipité par la transformation du territoire foncier du Bas-Canada. En somme, «le premier de ces ouvrages se présente sous la forme d'un inventaire partiellement illustré, réalisé au fil des observations[2]  ». L’urgence repose selon Bouchette que la colonie ne dispose pas des cartes topographiques bien à jour permettant d’avoir regard sur les terres de Sa Majesté britannique. Les arguments insistent sur le fait que l’intérieur du pays est mal connu, que la guerre canado-américaine retarde l’établissement définitif des frontières  et que les terres font objet de spéculation dans les cantons. D’autant plus, l’administration coloniale a besoin d’un outil de bonne gestion, une meilleure connaissance du milieu et une vue d’ensemble pour favoriser une meilleure mise en valeur des ressources.      


La carte et son contenu 

Le contenu de la carte demeure une des sources cartographiques les plus importantes dans l’étude du territoire québécois au début au 19e siècle. La rareté de ces documents explique surement son grand usage dans l’historiographie du Bas-Canada. Serge Courville nous met cependant en garde au sujet des limites des plans produits par l’arpenteur général du Bas-Canada. « Mais il nous faut constater cependant qu'ils ont suscité peu de critiques de la part des chercheurs. Tout au plus trouvons-nous ici et là quelques indications, insuffisantes généralement à nous mettre en garde contre les nombreuses contradictions qu'ils recèlent, tant au plan de l'information écrite que cartographique[3] ». Courville poursuit en notant que les plans Bouchette exigent des sources indirectes telles les histoires locales, le dictionnaire topographique de Bouchette, les collections de cartes anciennes, les cartes cadastrales et les cartes des seigneuries du Service québécois du cadastre (Courville, 1981)[4]. Il s’agit ainsi d’avoir un cumul d'indications des autres sources pour suffire à circonscrire le périmètre de l'établissement recherché[5]. Les éléments cartographiés sont  trop simplifiés pour utilisation dans la microhistoire. Il demeure que le contenu de la carte permet délimiter les lots du rang I et d’en reconnaître les caractéristiques des lots. Vous n’avez qu’à “cliquer” sur l’image pour voir les détails inscrits sur cette carte révélatrice des débuts du peuplement sur l’Outaouais en 1813.

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