Plan d'assurance-incendie Goad : Les entreprises Conroy sur le lot 15

Plan d'assurance-incendie Goad : Les entreprises Conroy sur le lot 15

« Hull & Vicinity, Que »

Title Sheet with index

« Hull & Vicinity, Que » 

Bibliothèque et archives Canada : Online MIKAN no. 3823774


La collection Paul Brunet de l'ensemble cartographique de « Hull & Vicinity, Que » 1903-1921

La collection Paul Brunet présente un ensemble cartographique de « Hull & Vicinity, Que » 1903-1921. Cette collection comprend la page titre, la carte maîtresse et les 44 plans d’assurance-incendie. Le titre de l’index comprend aussi la dimension du territoire, son nom, le nombre d’habitants et le thème dominant. L’index renvoie aux différents secteurs des villes de Hull, d’Aylmer et des villages environnants en indiquant leur nom entre parenthèses et la feuille de référence correspondante[1]. L’index précise le nom des rues identifiées, les différentes institutions et les cours à bois de la région[2]. L’index associé aux données de la carte maîtresse permet un repérage précis et efficace des contenus recherchés dans l’ensemble de la collection.




Key Plan, « Hull & Vicinity, Que »
Bibliothèque et archives Canada : Online MIKAN no. 3823774

Les séries de feuilles présentent chacune un plan d’assurance incendie qui renseigne sur la nature des bâtiments, les réseaux de transport et d’aqueduc, les industries locales, les piles de bois, les lieux d’entreposage, la vocation et l’usage des constructions par un ensemble de codes. Les couleurs (rouge, bleue, jaune et grise) renseignent sur les types de bâtiments et la nature des matériaux de construction. Des précisions sont apportées sur le nombre de portes, de fenêtres et du type de revêtement utilisé sur les toits. Le plan précise aussi le nombre d’étages des bâtiments, la présence de coupe-feu, les escaliers, les ascenseurs, les puits de lumière, les sources de chaleur, les gicleurs d'incendie et le système d'alarme[3]. Le nom des rues et la largeur des routes sont inscrits à la main levée sur la feuille 200 du village de Deschênes. Il y a aussi une série de codes pour les bornes-fontaines pour identifier si elles appartiennent à la municipalité ou à des entreprises privées ou des particuliers.



Sheet 200, Deschènes, Que. « Hull & Vicinity, Que »
Bibliothèque et archives Canada : Online MIKAN no. 3823774

















Aspect formel du plan d'assurance-incendie

L'aspect formel de la carte et des plans d’assurance-incendie offre alors une somme impressionnante d’information pour caractériser les habitats humains et pour évaluer la densité de l’occupation du territoire. Le titre du plan d’assurance-incendie informe qu’il y a 300 habitants à Deschênes en 1903. L’inscription en dessous nous permet de comprendre en partie son absence de la collection de Paul Brunet de CRAO. Le plan d’assurance-incendie de 1903 et des révisions de 1908, 1918 portent la mention no protection sous le titre.

 





Caractéristiques de l'habitat en 1903

Le Plan d’assurance-incendie nous informe sur les caractéristiques de l’habitat du village de Deschênes en 1903[1]. Les rectangles jaunes et gris démontrent que la majorité des constructions sont en bois. Les rectangles jaunes illustrent les bâtiments à vocation résidentielle ou commerciale. La majorité est généralement détachée et d’un étage et demi. L’espace d’habitation est plus dense près de la rivière au sud du village où il y a une présence de bâtiments à logements multiples et des maisons en rangée. Il manque certaines précisions pour identifier la vocation des bâtiments jaunes qui pourraient offrir des précisions sur le développement commercial dans Deschênes.  Le plan nous renseigne aussi qu’aucun de ces bâtiments n’utilise le recouvrement de brique identifiée en rouge.



 

Vocation manufacturière des lieux

Le recouvrement des toitures procure peu de protection contre les incendies dans l’ensemble du village. Il n’y a aucun coupe-feu entre les logements multiples aucun toit en métal sur les bâtiments jaunes. Il y a cependant l'inscription « résidence du patron[2] » au nord à l’entrée du village près des voies ferrées et de la MainLe village compte des bâtiments à vocation manufacturière en pierres grises. La première est située à l’angle des voies ferrées et du chemin de Deschênes[5]. Cet édifice est un entrepôt pour ranger et réparer les tramways de la Hull Electric Company. Ce service a commencé ses opérations en 1896 sous la direction des frères Robert et William Conroy. C’est le seul édifice qui compte un système de pompage d’eau en cas d’incendie. Ce système pompe l’eau directement de la rivière et compte quatre connections pour approvisionner les installations de la Hull Electric Company. L’importance de cet entrepôt a aussi une influence directe sur les résidents de Deschênes[6]. La Hull Electric Company engage ses ouvriers et ses mécaniciens dans le village[7]. Ces tramways sont aussi la source du transport en commun entre Aylmer et Ottawa. Le tracé de la voie ferrée longe la voie des tramways et relie la région au Pontiac en longeant la rive nord de la rivière des Outaouais[8].



Les entreprises Conroy 

Le deuxième bâtiment de pierre se trouve au sud du village près de la rivière. Cette installation est le moulin à grain appartenant aussi aux frères Conroy qui emploie plusieurs habitants du village selon le recensement de 1911. « Dès 1839, Robert Conroy, père s’était notamment associé à John Egan, Charles Symmes et Harvey Parker pour bâtir un moulin à farine fonctionnant à la vapeur et pour alimenter la  Aylmer Bakery [9] ». La meunerie moud les récoltes de blé, d’avoine et de sarrasin des cultivateurs de la région. Elle a la capacité de moudre plus de trois wagons de train de grains par jours[10]. Cet édifice de deux étages a en son centre un élévateur à grain qui rappelle surement l’époque de la navigation à vapeur sur la rivière des Outaouais. Il est aussi le seul édifice du village avec une cheminée de plus de cent pieds. Lucien Brault mentionne aussi qu’il arrive souvent que les cultivateurs doivent trouver pension pour eux et leurs chevaux dans les auberges, les maisons de pension et les écuries locales, car la durée d’attente peut prendre quelques jours[11]



Monde du travail

Le haut taux de fréquentation des usines explique probablement en partie la fréquence des symboles représentant les écuries par un rectangle gris marqué d’un X [12] à proximité de certaines habitations. La majorité des petites écuries sont surtout concentrées au centre de la carte avec divers bâtiments de bois aussi identifiés en gris démontrant leur vocation manufacturière ou d’entreposage. Il est alors permis de croire qu’il y a la présence de différents ateliers de fabrication d’outils ou de petits commerces faisant partie de cette concentration centrale.  

 



Entreposage, ateliers, forge et la moissoneuse-batteuse Conroy 

Il y a aussi une grande écurie au sud de la carte près de la manufacture à la rivière. Cette dernière sert probablement à l’activité industrielle et à la manufacture qui sont aussi tout près des rapides de Deschênes. Diane Aldred ajoute qu’à cet endroit se trouvent aussi de vastes terrains d’entreposage, un atelier de réparation, des bureaux administratifs, des écuries, et la forge où la moissonneuse-batteuse Conroy a vu le jour[13] ». Il demeure difficile de cerner cette information sur le plan observé. La localisation précise de ces entreprises demeure à confirmer.

 





Deschenes Electric Company

La puissance hydraulique des rapides de Deschênes alimente les deux scieries des frères Conroy qui cessent leurs opérations en 1890 suite à un incendie. Loin de se laisser abattre par les ravages subis à leur scierie, les frères Conroy créent la Deschenes Electric Company  qui est probablement la première fournisseuse d’électricité pour l’éclairage des rues de Deschênes et d’Aylmer[14]. Cette opération est aussi selon Jack Couture, une des premières installations hydro-électriques au Canada[15]. Cet édifice n’est pas apparent à observer sur le plan d’assurance-incendie. Il est en rouge, alors construit en brique, et il est placé sur un espace difficile à cerner au sud de la carte à l’endroit même où sont les rapides de Deschênes sur l’ile Conroy.

 




Ligne de tramway et l'hydroélectricité

La Deschênes Electric Company change mystérieusement de vocation au début du siècle et devient la Hull Electric Company. C’est à ce moment que les frères Conroy se lancent dans l’entreprise du tramway électrique. Les lignes de tramway sont alimentées par les installations hydroélectriques des rapides de Deschênes qui fournissent l’énergie nécessaire pour joindre les lignes de transport entre les villes d’Aylmer et Hull jusqu'au centre-ville d’Ottawa. Le plan d’assurance-incendie nous informe de la présence d’un réseau de transport en commun très développé à Deschênes. Les ouvriers et les plaisanciers bénéficient grandement de ce mode de locution.





Développement du réseau routier

Les réseaux de transport routier sont toutefois dépendants de la route à péage entre le chemin d’Aylmer et la ville de Hull à la hauteur de la rue Montcalm dès 1849[16]. Le chemin de Deschênes est la seule route directe du chemin d’Aylmer menant au cœur du village et aux entreprises Conroy[17]. Cette situation isole en quelque sorte le village difficilement atteignable par des routes carrossables.

 



Enfin, un village d’ouvriers canadien-français et irlandais doit avoir son église qui est aussi présente sur le plan d’assurance-incendie. La vocation de cette première église est peu connue, mais il demeure que la paroisse Saint-Médard s’incorpore qu’en 1923 au même endroit. C’est aussi suite à cette incorporation que l’Église de Saint-Médard pratique ses premiers services, car elle ne peut obtenir un curé résident avant cette période[18]Alors, suite à cette analyse minutieuse, plusieurs questions sont demeurées en suspens. Il est possible de vérifier les informations surtout fournies par les différentes associations du patrimoine de la région, des photographies, une feuille de recensement[19] et la cueillette d’information nécessaire auprès des résidents de Deschênes. Cette information est nécessaire afin de valider davantage le caractère urbain de ce milieu ouvrier au début du XXe siècle.

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