Lorsque j'ai sculpté la première sculpture à jouer commanditée par le service des écoles de Genève en 1985 et que nous l'avons posé dans le parc, une petite fille est venu vers la bouche du poisson , a ramassé des feuilles au sol et  lui a tendu en disant : « tiens il faut que tu manges « ….d’Émotion, je me suis mis à pleurer et j'ai compris alors que j'avais créé un miroir à projection et très vite m’ait venu l'idée d'inviter des populations à créer avec moi des sculptures monumentale à l’effigie de leurs histoires , de leur identité , que la projection du soi dans le nous sculptural apporte une reconnaissance existentiel ainsi qu'une borne d'encrage.

J'ai donc inventé ce mode pedagogique, un univers créatif à l'écoute des Hommes, de la mémoire des villageois et de la création collectives de "bornes " identitaires à vocation de valorisation de l'individu au sein du groupe, sous forme de bancs, de colonnes, de totems, de fontaines , de parcs, de carrefour giratoire d'art..... où le citoyen est convié au banc des décisionnaires quand à l'aménagement de son paysage collectif .

Je parle avec des villageois, des festivaliers, des familles, des gens de ce quartier , sur un chemin créatif qui mène à l'encrage ainsi qu'a la fierté d'une appartenance.




Des chantiers collectifs, pour qui ?

Ils s'adressent à tout organisme public ou privé :
collectivités locales, associations, écoles, ONG, familles, groupes constitués.
Les groupes sont composés d'un maximum de 30 personnes enfants et (ou) adultes de 11 à 77 ans et plus, ainsi que les personnes handicapées avec motricité des bras.
Les chantiers collectifs se déroulent en général sur une semaine du dimanche au dimanche ajustable en fonction des groupes.

Déroulement et pédagogie

Accueil des participants sur le chantier :
Deux groupes de 15 personnes sont constitués, ils travailleront en alternance le matin et l'après-midi.
La première phase consiste à bander les yeux des participants et à leur proposer un jeu tactile autour du tronc d'arbre.
"Touchez, sentez, promenez-vous avec vos mains, imaginez, doucement, prenez le temps."
Ensuite, nous les prenons par la main, les yeux toujours bandés, et nous allons les asseoir autour d'une table.
Ils reçoivent alors une feuille de papier et un crayon et nous leur demandons de dessiner ce qu'ils ont vu a l'intérieur d'eux même.
Suite a la première réaction d'incrédulité, nous voyons des sourcils qui pétillent et des sourires malins éclairer les visages..
Ils dessinent.
L'étude des dessins, qu'il faut considérer à partir de maintenant comme des "mots", vont permettre d'écrire la phrase allégorique de la pensée du groupe.
Les thèmes sont classés par familles : les spirales avec les escargots, les crocodiles avec les brontosaures, les escaliers avec les toboggans…
Une fois cette tâche achevée, commence la création du dessin de la sculpture.
Nous savons suite à cela ce que sera l'hydre mythique du quartier, du village, du groupe.
A midi piquenique sous la tente abris.
Reprise du travail.
L'après-midi est consacré à l'écorçage du tronc.
Première prise de contact avec les outils, maillets et ciseaux a bois.
Nous enlevons la couverture du grand livre.
Après le départ du groupe, mon assistant et moi-même terminons l'écorçage de l'arbre.
De la deuxième journée a la fin de la semaine:
Quand le groupe de sculpteur en herbe arrive sur le chantier, le tronc est écorcé et le dessin tracé sur l'aubier blanc.
Nous distribuons à chacun une paire de boules quies ainsi que des lunettes de protection.
A partir de cet instant débute un ballet de tronçonneuses.
Ils voient petit a petit les volumes se mettre en place.
Ils sont invités à attraper les morceaux pour les disposer en un grand cercle autour de la sculpture, avec une ouverture à chaque point cardinal.
Premier geste, premier rythme.
Apprentissage à la manipulation des outils, gouge, maillet, gestuelle différente du ciseau à bois : le ciseau soulève l'écorce, la gouge mange le bois, comme une cuillère.
La deuxième approche consiste à casser les arrêtes laissées par les coupes mécaniques.
Quand le geste est bien installé et que chacun papote avec son voisin, excité par le jeu; je les interromps, en leur disant : "taisez-vous s'il vous plait, mais continuez a communiquer... "
Ouverture a l'écoute du caquètement des cloches de bois que constitue la frappe du maillet sur la gouge au fur et à mesure qu'elle pénètre dans le bois, telle une parole qui raconte une histoire.
A la suite de quoi je prends le tambour pour une leçon de réponses rythmiques, dialogue entre la peau et le bois.
  Ma démarche

Dans ce cas précis ma démarche consiste à remettre l'individu en situation d'autocréation, c'est à dire qu'il s'entende "parler" tout en étant à l'écoute d'un rythme qui le porte.
Situation équivalente à celle de l'embryon humain qui à partir du quatrième mois de son évolution à l'oreille interne suffisamment développée pour percevoir le rythme de l'aorte de sa mère sur laquelle repose sa tète, rythmique incitatrice de vie.
J'ai par ce biais le sentiment de semer une graine dans la conscience de l'individu.
Ce jeu rythmique est répété chaque jour en milieu de période.
Placé devant le tronc, face au dessin qui lui correspond, chacun amorce sa forme.
Le sculpteur la détermine à sa suite, c'est à dire, que lorsqu'il arrive le lendemain sur son aire de travail, il s'aperçoit de l'évolution de sa forme tout en comprenant sa provenance. Cela lui permet de poursuivre sa tache de plus en plus confiant.
Tant et si bien, qu'en fin de semaine, certain sont à même de projeter leur regard sur un volume, d'estimer le travail, et de le poursuivre en toute confiance.
Mon attitude a l'égard des participants consiste à les inciter à la plus grande autonomie dans un partage communautaire.
Il est essentiel que le chantier soit ouvert au public, compte tenu du fait qu'il devient un lieu de rencontres autour du bois. Un lieu de palabres où s'évoquent les souvenirs et les contes. Un lieu d'échanges entre générations tant le bois est présent dans nos vies depuis toujours.

C'est une usine a cœur ouvert
où chacun travaille avec le sentiment d'être vu tout en se voyant lui-même dans l'acte de sculpter. D'ou le rôle émancipateur de la scène qui met l'individu en situation de théâtralité aux yeux de sa communauté.
Plus la sculpture s'achemine vers sa réalisation, plus les gens s'en approchent, (à l'exemple du Renard et du Petit Prince), plus les mains se tendent, désireuses de mettre la main à la pate, si c'est possible, je leur procure des outils.

Cet atelier a pour principal objectif de réveiller une conscience collective.

Le chantier doit se clore par une fête qui réunit tous les partenaires tant exécutants que décideurs ainsi que la plupart des habitants du quartier concerné par la mise en place de la sculpture.

La création de ce symbole peut être assimilée a un acte sacré, développant un principe d'émancipation identitaire. Il est donc fondamental que le chantier soit vécu comme un acte initiatique total. Soit comme suit : approche aveugle et paisible, création performance bruits, acte sacré naissance émotions, célébration, convivialité, consécration amicale.

Il convient de placer l'œuvre collective en un lieu public, de passage ou de loisir de façon à en permettre la visite et/ou l'observation quotidienne.
Quel que soit le bois employé, si la sculpture reste en extérieur elle deviendra grise, du à l'oxydation sous l'effet des rayonnements solaire et lunaire.
Le Chêne, le Châtaigner, le Cèdre, le Séquoia, l'acacia sont par nature imputrescible et ne nécessitent aucun entretien particulier. Par contre, le Platane, le Frêne, l'Erable, se dégradent lentement sous l'effet de la pluie et des champignons (pourriture grise, botrytis) qui en cinq ans maximums fragilisent l'œuvre irrémédiablement!
Il sera bon de construire un préau à la mesure de la sculpture ainsi que de l'asperger avec un brumisateur d'un mélange d'huile de lin, de térébenthine et d'un siccatif, ainsi que d'un fongicide, deux fois par an. Dans le cas où l'œuvre serait aussi utilitaire (banc ou grimpette), prévoir des produits d'entretien non irritant pour la peau.

Conditions techniques et financières

Les intervenants sont au nombre de deux (moi-même et mon assistant)
Le tarif de base pour une semaine est de 4.200 euros.
Le prix est ajustable en fonction de la structure d'accueil.
La prise en charge des frais de déplacement ainsi que des repas pour deux personnes est demandée.
Nous prenons en charge notre hébergement (tente "tipi" de petite taille) à proximité du chantier, ce qui nous permet, étant sur place, d'assurer le gardiennage et la sécurité du chantier.
Nous prenons également en charge la fourniture et le montage d'un petit chapiteau pour la protection du chantier.