Nightmare



Elgar's Creole Orchestra & Antoine Charles Elgar 

Par Olivier Douville 

Nightmare - Antoine Charles Elgar (1879 - 1973) - 78t - Chicago -1926-09-17, Vocalion

Orchestre : Elgar's Creole Orchestra : Charles Elgar (violon et leader) ; Joe Sudler (cornet), Manuel Perez (très éventuellement, cornet) ; Darnell Howard (très plausiblement, clarinette et saxophone alto) ; Logan Thomas (piano) Ben Thigpen (très éventuellement, batterie) ; autres musiciens (trombone, tuba, saxophones) inconnus

Natif de la Nouvelle_Orléans, Antoine Charles Elgar a été, durant une soixante d’années, un des piliers de la musique noire la plus policée de la ville de Chicago. En lui s’additionnaient les fonctions de violoniste, de professeur de musique, de chef d’orchestre et de responsable de divers syndicats de musiciens. Sa très longue carrière lui fit jouer autant de compositions classiques que sa virtuosité servait honorablement, de pièces de ragtime que de morceaux de jazz à tonalité louisianaise.

Cette polyvalence était la marque et l’orgueil de ces créoles de couleurs qu’on ne vit jamais trop prompt à revendiquer leur héritage afro-américain.

Son professeur de violon était pétri de la manière des conservatoires classiques, c’était un français du nom de François Kerkel, un immigrant de l’hexagone qui jouait au sein du French Opera Orchestra. Jeune, Elgar, jouait dans des ensembles qui se faisait un point d’honneur d’adapter des pièces du répertoire classique, ce qui ne l’empêcha nullement de suivre avec goût les leçons de clarinette que lui dispensait Lorenzo Tio, le Maître créole de l’instrument.

Cette culture créole est contradictoire et donc vivante ; en effet, toute à sa jalousie de sauvegarder ses privilèges elle n’en est pas moins d’une gourmandise infinie de rencontres et beaucoup de créoles cherchent à se frayer des passages dans d’autres scènes.

Le jeune Elgar, avide d’emprunter des nouvelles pistes et de s’y illustrer s’en va sur les routes en compagnie d’une troupe de Minstrels, se fait recruter, ce qui est plus sérieux, comme chef de l’orchestre de P.G. Lowry, ce qui lui vaut alors de voyager au sein du bien populaire et considéré Cirque "Forepaugh-Sells. Cette réjouissante promotion le mène droit à Chicago. Il ad"optera cette ville après un aller-et-retour, de quelques courtes années à la Nouvelle-Orléans.

Le voici, décisivement et définitivement chicagoan en 1910. il y donne des cours de violon et aura des élèves doués et prometteurs dont Darnell Howard (qui s’illustrera avec Earl Hines) et Eddie South (qu’on retrouvera en 1937 aux côtés de Django Reinhardt et Stéphane Grappelli)

Dès les années 1915/1916, Elgar est un des premiers a faire connaître la musique de la Louisiane et il arrive à trouver un engangement à cinq excellents musiciens néo-orléanais au café « Arsonia » sur West Madison. Ces cinq artistes hors du commun étaient Manuel Perez, cornet (cf. photo) ; Lorenzo Tio Jr., clarinette; Ed Atkins, trombone; Louis Cottrell, batterie et Frank Ahaynou, piano .

Dans les années 1920, l’infatigable Elgar, s’il est tout heureux de faire connaître la musique néo-orléanaise et de permettre à ses pairs et amis de « monter » à Chicago, se passionne pour tout autre chose : des chœurs, es extravagances musicales pour orchestre hypertrophiés et toutes ces curiosités et bizzareries qui aux oreilles d'aujourd’hui font des échos obsolètes et pesants.

En 1926 Elgar établit ses quartiers à l’ « Arcadia Ballroom » et il rejoue avec des musiciens créoles avec qui il grave deux faces de 78 tours, pour Vocalion, dont ce « Nightmare » assez sophistqué et qui fut aussi un bon succès de l’orchestre Sanders-Coon. Elgar crée une athmosphère très « spleen », et les interventions des solistes les montrent capables des s‘exprimer avec une grande musicalité sur des partitions complexes. On n’a jamais su réellement qui jouait ici. La présence de Manuel Perez est douteuse. Si le cornettiste joue bien sa partie, il est loin d’avoir les qualités de tranchant et de drive dont la réputation qualifia le jeu de Perez qui auraient tant impressionné le King Oliver des débuts.

En revanche, rien ne s’oppose à ce que nous faisions nôtre la thèse de Paul Burgess qui identifie Darnell Howard comme le clarinettiste en raison de son timbre. Tout nimbé de mystère, ce « Nightmare » captive encore.

Olivier Douville