Evénements‎ > ‎

Moments forts

30/05/09


Genève, Assemblée Générale

(Communiqué)

Les journalistes européens qui se sont réunis lors de l’Assemblée Générale de l’association ClubMediaItalie, au siège de l’Union Européenne de Radio-Télévision, à Genève, ont lancé un appel a tous les confrères, aux institutions européennes, aux ministres des Affaires Étrangères d’Italie, France, Belgique, Suisse, Luxembourg et Principauté de Monaco, pour attirer leur attention sur la nécessité de protéger et promouvoir un journalisme européen de qualité, fondement d’une démocratie européenne. La réunion s'est déroulée en présence du Président de l'Ordre des journalistes italiens, Lorenzo Del Boca.

Depuis trop longtemps, on est confronté à l’érosion du journalisme de qualité, due à la réduction des bureaux de correspondance, a la baisse des rémunérations et a l’augmentation de la précarité des free-lance, victimes d’un processus de dévalorisation du métier de la communication.

Conscients de la profonde crise qui affecte beaucoup de secteurs clés de notre société, nous estimons néanmoins que le développement d’une approche journalistique improvisée, victime des clichés, qui ne vérifie pas ses sources, qui suit la pensée unique, représente un élément de régression pour tous et contribue a la détérioration de la situation globale.

Les élections européennes peuvent être une opportunité pour rappeler la nécessite d’une information claire sur les programmes et sur les buts recherchés. Pour nous, journalistes qui croyons en l’Europe, c’est l’occasion pour rappeler le respect de la construction européenne au delà des réalités nationales. Il s’agit de rappeler également l’importance d’un journalisme qui parle les langues qui ont fondé la culture occidentale ; d’un journalisme, enfin, qui, face à la mondialisation, ne détruise pas ces cultures. A Genève, nous avons réitéré le souhait d’arriver à une carte de presse européenne, aussi bien pour symboliser l’identité européenne de notre métier que pour éviter aux journalistes « transfrontaliers » la multiplication des cotisations.

Le journalisme italien à l’étranger peut devenir une belle vitrine pour l’Italie comme l’ont montré l’écho positif et le consensus obtenus par les prises de position de ClubMediaItalie. Cela est possible à condition de promouvoir une coordination avec les autres confrères européens en vue d’une coopération accrue et d’une réflexion permanente sur la façon de communiquer aujourd’hui.

Nous inscrivons notre démarche pour la construction collective d’une information au service de la démocratie dans les territoires de France, Belgique, Suisse, Italie, Luxembourg, Principauté de Monaco.

Par ailleurs, nous demandons à la Federazione Nazionale della Stampa Italiana et à l’Ordine Nazionale dei Giornalisti de soutenir nos efforts de coopération internationale pour la création d’un réseau de plus en plus étoffé qui puisse accueillir également les associations similaires présentes dans d’autres pays européens.

Nous remercions la UER de Genève, son Directeur général Jean Réveillon et son adjoint Giacomo Mazzone, Lorenzo Del Boca, président de l’Ordine dei giornalisti, Franco Siddi, Secrétaire général du syndicat FNSI, tous nos membres et tous ceux qui nous soutiendront.



23/09/08


Strasbourg, L'ère du post-correspondant
de Marcelle Padovani, Le Nouvel Observateur


Si le post “journaliste” se profile lentement à l’horizon, le “post correspondant” lui, est déjà à l’oeuvre. Il suffit de fréquenter le siège de la Stampa Estera à Rome pour s’en convaincre.
Sur les plus de 400 inscrits, une vingtaine seulement se rendent régulièrement au siège de l’Association. Ce qui signifie que la très grande majorité travaille à domicile et sur internet

Et que pour elle aussi, tout a changé avec le flux incessant des nouvelles sur le Web, avec l’impression d’avoir à faire à des informations solides, et non à des scories de supermarché.
On ne le voit guère non plus, le post correspondant, dans les conférences de presse. Il ne se déplace pas davantage pour des reportages sur le terrain : il est loin le temps où le correspondent d’une radio suédoise était envoyé cinq jours en Sardaigne pour raconter les raisons profondes des enlèvements crapuleux typiques de l’île. Le post correspondent est payé -mal- à la pige (les piges tournent autour de 90 euros bruts la pièce quand il s’agit de radios ou de petits papiers, sans sécurité sociale, sans contribution pour la retraite et sans formation continue ; les salariés au mois sont devenus une denrée rare, et il s’agit surtout des journalistes des agences et des télés, ou de piliers du journalisme à l’ancienne que sont encore Le Monde, La Frankfurter Allgemeine le Times ou..Le Nouvel Observateur ).
Précaire, instable, mal rémunéré, soumis plus que d’autres au bon vouloir des rédactions centrales, rendu vulnérable par le chantage à l’envoyé spécial que l’on menace d’expédier sur place pour les grandes occasions, le post correspondant essaie surtout d’aller au devant des désirs de ses interlocuteurs. Il est de ce fait le véhicule privilégié des clichés les plus éculés sur les différents pays, et sur l’Italie en particulier , car le rédacteur en chef de Madrid, Paris ou Berlin préfère naturellement, par paresses intellectuelle ou carence culturelle, rester sur le terrain du stéréotype rassurant.

L’évolution des radios est, de ce point de vue, exemplaire. J’ai été pendant trois ans correspondante, dans les années 90, d’une radio publique très sérieuse, Radio France Internationale, qui me demandait bien sûr des infos rapides, et brèves, mais qui essayent de donner une image non conventionnelle de l’Italie : l’emprise de la mafia, mais aussi la progression de l’antimafia, le rôle délicat d’un président de la République dans un système parlementaire comme l’italien etc..
Aujourd’hui, la consoeur qui a pris ma place, je le répète, dans une station encore privilégiée pour son sérieux, me dit qu’on la mobilise surtout pour les gros faits divers, les gaffes de Berlusconi, les ordures de Naples (c’est fou le besoin d’ordures qu’a eu l’Europe pendant la crise napolitaine..). On l’appelle volontiers le week end :”Tu n’aurais pas une nouvelle “fun”, quelque chose d’amusant, de très italien, parce qu‘on est un peu vides?”. Il ressort de ma brève enquête auprès des confrères que l’Italie plait encore aux rédactions centrales parce qu’elle peut faire rêver, mais que jamais comme aujourd’hui elle n’aura été aussi peu prise au sérieux. Et ce indépendamment de la conjoncture politique.

Certes, le phénomène Berlusconi avec son cortège de gaffes, ses rodomontades, ses bluffs continus, n’aide pas à l’évolution positive de l’image de l’Italie dans les rédactions étrangères. Au contraire. Il tend à confirmer pas mal de préjugés sur la Péninsule, et de ce point de vue là, indépendamment du jugement politique et moral que l’on peut avoir sur ce phénomène vieux de 14 ans, il convient de prendre les distances avec un je ne sais quoi de raciste et anti italien qu’il véhicule souvent. Car l’antiberlusconisme spontané des journaux berlinois ou parisiens n’est pas forcément l’expression d’un gout prononcé pour la démocratie.
Que le champion de la télécratie l’ait emporté sur la démocratie représentative n’est pas leur principal souci. Un certain anti berlusconisme européen, je le répète, reflète les clichés les plus éculés sur l’ ”Italien”, dont Umberto Eco a fait un jour la liste : l’individualiste, le vendeur, le tifoso, l’homme à femmes, le père exemplaire (quand il le faut), le toujours jeune, le crooner animateur de conversations plaisantes.
La grille de lecture des journaux étrangers révèle ainsi une culture moyenne, très moyenne, qui n’a pas forcément toujours un rapport linéaire avec la réalité. Et qui se contente souvent de confirmer, je le répète, des préjugés classiques sur les Italiens, vus comme des personnages approximatifs du point de vue de l’honnêteté (ils ont longtemps été pour les économistes les “Chinois” de l’Europe), hâbleurs, arrivistes, dragueurs et menteurs, motivés seulement par l’art de s’en tirer (l’arte di arrangiarsi).

Mais le besoin de correspondant va baissant dans le monde entier du fait de l’immense flux d’informations à la disposition des rédactions centrales : quel besoin y-a- t-il de payer un journaliste fixe, même s’il exerce une fonction professionnelle reconnue depuis plus d’un siècle? Au correspondant permanent qui rend compte sur la durée de son travail – même devant l’opinion publique du pays qu’il décrit - , au collègue un peu réticent sur certains sujets, on préfère une jeune main d’oeuvre moins compliquée à gérer, précaire et interchangeable, qui vaut davantage pour sa rapidité et son caractère conventionnel que pour son sérieux.

Les correspondances deviennent ainsi des mines de clichés réciproques avec les Italiens fraudeurs nés de la Cee pour la presse britannique, les Français mangeurs de grenouilles, mais oui, toujours pour les britanniques, les Italiens catholiques pratiquants pour la presse française, etc. Le nouveau confrère immobile -le post correspondant - lorsqu’il existe, finit par être un peu partout un journaliste agile qui jongle sur internet et sur les stéréotypes. Il jette à peine un coup d’oeil sur les agences, et ne bouge pas de sa chaise parisienne, londonienne ou berlinoise.
Après tout, les grands éditos qui font l’opinion, ceux de l’Economist ou du Wall Street Journal, sont écrits par les directeurs de rédaction, pas par des correspondants. Que reste-t-il au collègue qui voudrait être sérieux? S’il fait une enqu
ête sur le terrain, même documentée, il devra attendre patiemment qu’on decide de la lui publier.
J’ai envoyé fin Juin une enquête faite à Reggio de Calabre sur les nouvelles mafias, avec le dèclin de Cosa Nostra et la marche triomphale de la ‘ndrangheta sur le marché international du crime: elle a été publiée le 20 Aout. J’ai envoyé le 30 Juillet un long papier de 12 feuillets sur le “risque fascisme” en Italie pour dire d’ailleurs qu’une réédition pure et simple du mussolinisme était impensable. Il a été publié le 18 septembre, après que Famiglia Cristiana et d’autres medias avaient évoqué le même risque. Et que des membres d’Alleanza Nazionale se soient faits pincer en plein délire pro fasciste.

Il faut donc bien réfléchir sur deux ou trois facteurs importants.
1: les clichés ont la vie dure.
2-le besoin d’Italie est variable selon les rédactions et les saisons.
3-le metier de journaliste , et pas seulement celui de correspondant - a subi de profondes mutations.

L’homologation menace la presse. Tout comme le conformisme. Le but n’est plus de dire des choses originales, mais plutôt de ne pas rater l’article ou la une que fera le concurrent, et donc de faire comme lui. On notera aussi que les infos de seconde main se généralisent partout. Une étude de l’université de Cardiff sur les medias anglais révèle que leurs sources sont à 80% de seconde main, qu’elles viennent des agences, des relations publiques, ou de la communication. Seulement 12% proviennent d’un travail journalistique personnel.

Les journalistes sont comme dans une bulle, tournent en rond avec les mêmes infos, ou reprennent en boucle les infos des autres. Une espèce de pensée unique s’installe progressivement.
A l’homologation s’ajoute la dégradation de l’image publique du journaliste:pas un sondage qui ne confirme que pour la majorité des interviewés, la presse est faite de vendus, de pourris ou de lâches. Beppe Lopez l’a rélevè en Italie avec sa ”Casta dei giornalisti” comme Serge Halimi ou Jean François Kahn en France. Ils insistent tous sur le péché mignon du journaliste : sa subordination presque naturelle aux desiderata du pouvoir en place. Sinon, comment expliquer que dans tous les pays on trouve des confrères complices du pouvoir, même lorsque ce dernier met la presse au pas?

Mais d’autres facteurs interviennent qui bouleversent plus fondamentalement encore le monde des media : le fait que de plus en plus de managers de presse proviennent de l’entreprise et conçoivent les journaux davantage comme une marque, un signe de réussite qu’un instrument indispensable au débat démocratique, et qui, par delà leur allure de champions du libre marché sont en fait dependants de l’Etat et de ses aides. Et donc du pouvoir.

Que faire après ce constat assez désolant? Se battre (c’est valable pour chacun d’entre nous) le plus possible pour l’enquête de terrain. Convaincre le plus possible de jeunes confrères de l’intérêt à approfondir les nouvelles. Se battre pour une formation générale plus sérieuse et plus orientée vers le civisme dans les écoles de journalisme. Faire aussi en sorte que les rémunérations soient moins disparates dans notre profession. La parole, comme vous voyez, passe une fois de plus dans le camp du syndicalisme. Si possible, du syndicalisme européen.





Comments