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Débats Sciences Po

Débats Sciences Po, Paris

Carlo De Benedetti

Journalistes correspondants : l’avenir sera précaire !

 

Pas de garanties possibles pour les journalistes free-lance et précaires. Faute à la rigidité du contrat de travail voulu par les syndicats. Tel est le « message d’espoir » livré en exclusivité au public français et aux correspondants de la presse italienne venus écouter Carlo De Benedetti dans un

Ci-dessus, Carlo De Benedetti et Marc Lazar

amphithéâtre à  Sciences Po  Paris, le 18 février dernier sur le thème Internet et journaux : la voie de la démocratie contre le populisme.  « Il n’est pas possible d’inclure tous les exclus, donc il faut exclure tout le monde », a-t-il affirmé en ayant pris la précaution de prévenir l’assistance qu’il serait un peu brutal.


Seulement voilà, les propos du Président du groupe éditorial italien L’Espresso, éditeur, entre autres, du quotidien La Repubblica, étaient censés répondre à une question précise sur la défense des correspondants en tant que fournisseurs d’une information de qualité et sur la rémunération de cette qualité. Bref, De Benedetti est parti dans une tirade sur la précarité, sur la nécessité de refondre le système de protection sociale en Europe et de s’inspirer à la mobilité américaine sur le marché du travail pour sortir de l’impasse. Mais point de déclaration précise en tant qu’éditeur de quelques uns parmi les titres majeurs de la presse italienne sur la place du correspondant dans le paysage médiatique actuel. Et encore moins, sur le juste prix qui doit rémunérer la qualité de son travail.

Au passage, il a aussi mis en cause l’utilité de l’Ordre des journalistes italiens, assimilé à une manifestation corporatiste.

 

 La quantité n’a rien à voir avec la qualité

 

Et pourtant, Carlo De Benedetti venait longuement d’expliquer ô combien il est important de payer le coût de l’information de qualité.

« L’information fournie par les journaux doit être une information qui explique, qui vérifie les sources, qui remet dans le contexte, qui éduque. C’est l’information de qualité. Mais cette qualité a un coût. L’accès à cette information sur Internet doit être payante, sur le modèle de ce que fait iTunes pour l’achat de musique », a-t-il affirmé. « Continuer à permettre l’accès gratuit à l’information sur Internet équivaut, à terme, à tuer les quotidiens », a-t-il affirmé lors d’une conférence qui a eu lieu à Sciences Po, Paris, le 18 février dernier. « La production d’une information de qualité exige de gros investissements : il faut du matériel informatique onéreux et, surtout, il faut des cerveaux capables d’analyser, organiser et apporter les informations en offrant de la valeur ajoutée au lecteur. Si nous voulons défendre la qualité de l’information et donc de la démocratie, nous devons défendre le droit d’auteur ».

Les journaux ne sont pas menacés par Internet car ils apportent un approfondissement et une analyse que la toile ne garantit pas forcément. Pour De Benedetti, les mots en plus, ce ne sont pas des mots en trop. Surtout s’ils sont le fruit de connaissances techniques qui ne sont pas l’apanage du premier blogueur ou citoyen qui s’exprime sur le Net.

 

Dommage qu’autant de valeur ajoutée soit juste promise à l’extension et à la pérennisation de la précarité.

 

Vous trouverez le discours de Carlo De Benedetti en pj, en bas de cette page.


Italie : L’univers médiatique à l’heure berlusconienne

 

A Paris, Sciences Politiques a organisé des débats consacrés à l’actualité des media en Italie. Le premier a eu lieu le 15 février sur le thème « Télévision et politique dans l’Italie contemporaine », en présence de Marc Lazar, professeur à Sciences Politiques et directeur du GREPIC (Groupe de Recherches et d’Etudes Pluridisciplinaires sur l’Italie Contemporaine), Pierre Musso, professeur à l’Université Rennes 2 et auteur de « Télé-politique : le sarkoberlusconisme à l’écran » et Sofia Ventura, professeur à l’Université de Bologne, particulièrement engagée pour la parité hommes-femmes en Italie. Une nouvelle rencontre est prévue le 18 février autour d’Internet et les journaux : la voie de la démocratie contre le populisme », avec la participation de Carlo De Benedetti, président du Groupe L’Espresso.

 

Le 15 février, dans les locaux de Sciences Politiques les intervenants ont essayé d’expliquer le rapport entre les media et la politique, à partir de la critique du film-événement Videocracy, brûlot contre le système médiatique berlusconien et le culte de l’apparence. En France, le film sera diffusé sur Canal Plus au mois d'avril, avant de sortir en salle.

 

Bien que représentation de l’Italie« simpliste », selon les dires de Sofia Ventura, le film fait réfléchir -entre autres- sur l’image de la femme dans la Péninsule : à la botte, sans mauvais jeu de mot, de l’homme quand elle n’est pas juste une chose ou une marchandise à échanger. Le pire, souligne la politologue italienne, voix dissonante du Partito delle Libertà, le parti du premier ministre, c’est que la télévision italienne a banalisé cette image et ce message. Les spectateurs n’en sont même plus choqués. Le comportement ouvertement sexiste n’est pas condamné. « Ni les associations de défense de la famille ne réagissent contre cette utilisation du corps de la femme, ni celui-ci fait vraiment l’objet du débat politique». Quant à l’Eglise catholique qui intervient souvent pour orienter la législation italienne dans le domaine social (lois sur la bioéthique, pacs etc.), elle cautionne en quelque sorte le rôle de la femme au service de l’homme, de la famille. Et ce, depuis toujours. Quant à la « valeur travail », brandie par le discours berlusconien comme par la communication sarkozyste, « elle n’est plus fondatrice de l’identité de l’individu mais elle n’est qu’un outil pour avoir, pour s’enrichir », a-t-elle précisé. Aujourd’hui, ce qui compte c’est la réussite par l’argent, à n’importe quel prix.

 

Berlusconi, un as du marketing

C’est au moins l’explication donnée par Pierre Musso au système complexe qui est à l’origine de l’ « anomalie italienne » au cœur du conflit d’intérêts entre le rôle de chef du gouvernement et patron de la télévision. La complexité de son système tenant à trois composantes : la symbolique de l’Etat/entreprise, incarnée par un premier ministre/chef d’entreprise, en compétition à l’échelle planétaire, en est la première. En France, comme en Italie, le chef de l’Etat s’appuie sur la valeur travail pour reprendre une valeur chère à l’Eglise catholique dominante. La deuxième composante est politique. Le « Popolo della libertà » a gagné les élections trois fois et il est le parti majoritaire en Italie face à une opposition pulvérisée, sans projet alternatif. Enfin, la mise en scène, la captation de l’attention du citoyen/télespectateur/consommateur, la capacité à parler à l’imaginaire des gens est la clé qui a permis à la télévision de jouer un rôle essentiel. C’est la néo-télévision, décrite dès 1983 par Umberto Eco, a rappelé Pierre Musso. Autrement dit, la télévision de divertissement et de fiction, avant tout, où le talk show est l’émission phare, autrement plus suivie en Italie qu’en France. « La néo-télévision est la confusion du public et du privé ; c’est la privatisation du public et du politique et vice-versa. L’animateur est au centre d’un plateau qui accueille aussi le public qui, du coup, est devant et derrière l’écran », a-t-il expliqué. Et c’est ainsi que l’animateur Silvio Berlusconi s’est débrouillé pour être devant les caméras du monde entier à L’Aquila, après le séisme, ou il s’est amusé avec le protocole pendant le G20. Maniant la fascination et la peur, il a, comme d’autres chefs d’Etat au demeurant, dressé un peuple « fidélisé » par ses télévisions.

Au public italien qui avait du mal à associer un chef  d’Etat à un animateur de télé et à admettre que le marketing médiatique soit une réponse suffisante au vide de représentation politique dans le paysage italien, il a été répondu que, d’une part, il fallait dépassionner le débat pour mieux comprendre la réalité italienne et que, non, Berlusconi n’a pas remplacé le vide par le vide parce que porteur d’un projet économique libéral, selon Sofia Ventura. De plus, il a gagné parce que lors de sa première victoire, il y avait une demande forte d’un nouveau parti de droite.

Aujourd’hui, a conclu Musso, le PdL est non seulement le premier parti en Italie, mais aussi le pivot de l’alliance avec la Ligue du Nord et AN qui n’auraient pas le suivi qu’ils ont sans le soutien du premier ministre.

L'Italie est un bel exemple d'Etat dual qui manie la promotion de ses champions -voir l'exemple des Etats-Unis- tout en assurant la sécurité, a-t-il résumé.


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CarloDeBenedettiSciencesPo18_2_2010.pdf
(50k)
moi fdp,
19 févr. 2010 à 07:44
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