recueil de nouvelles

"  notre voyage autour des mondes  
(publié aux éditions Edmée Burn © - New York USA, AUTEUR INCONNU, traduction libre)


préface de Jean Peupu

Nul doute que tout a été dit sur l'auteur. Tout le monde s'en fout. Une existence banale et paisible dans un des endroits les plus privilégiés du globe, l'Union Européenne. Mais c'est dans cette banalité d'un quotidien ennuyeux, sans relief, sans saveur ni aventure, qu'un besoin est né: le voyage. L'enfant nouveau né n'explore-t-il pas le monde qui l'entoure? Ne s'ennuie-t-il pas quand il n'est pas confronté à la nouveauté? Il en est de même de l'auteur qui s'échappe dès qu'il le peut dans ses mondes. Manier l'ambiguïté est un art politique, ou poétique, disent certains. Dans "notre voyage autour des mondes", manier l'ambiguïté est une obsession, comme si la vérité qui nous échappe, pouvait s'attraper, en lui confectionnant un filet plus large et qui l'englobe. Mais où lancer le filet? 

Les paramètres classiques: le temps, l'espace, les êtres, leurs rencontres, là où naît l'émotion. On se retrouve finalement pris au piège d'un cul de sac, d'une forêt sans âge, entre amourrejet, désir et ridicule. Ridicule d'une vie éphémère où les détenteurs du pouvoir et de la notoriété sont esclaves de leur ego, bêtes parmi les bêtes. Amies lectrices, amis lecteurs, oubliez-vous, oublions tout, partons en vacances, ballottés par les flots, livrés au fil de l'eau. Perplexes. Bercés par l'étonnement. A l'envers. 
"Allez, remettons nous sur le droit chemin de travers" disait 'grand quelqu'un' avant sa mort. "Et gueulons un bon coup non de Dieu! Pour la route! " Rajoutait-il encore.

Mes pensées émues en préfaçant cet ouvrage, vont à ses veuves et à leurs 5 enfants.
Jean Peupu

Avant propos

A mes femmes Léontine,  Armelle, Isabelle et Jean (à prononcer comme le pantalon) et à nos 7 enfants, Marie, Mohamed, Larzul, David, Monique, Alphonse et Ugdule.
A Roger,
"L'inspiration échappe à ceux qui n'expirent pas" - Roger en 2051, près du Lavandou. Souvenous-non de Roger. 
Souvenous-non en.

Les mystères de l’Ouest, avril 1942

L'absence est féconde. Nous avions quitté notre terre paranoïaque, pour les mondes de l’Ouest où plus rien n'était comme avant. Nous étions des translatés. A la sortie de l'avion, à la douane, nous devions piétiner nos cartes d’identité, et brûler nos passeports. Nous venions demander l’asile politique à la RFO, la République Fraternelle de l’Ouest. Sur le bord de la piste, une vieille femme bleue, la pipe au bec, avait posé nos mains dans les siennes, et avait relevé la tête en nous scrutant de ses beaux yeux gris, rougis. La femme bleue nous soufflait à l’oreille notre nouveau passeport : « vous respirerez à votre rythme et braverez l’air du temps. Désormais, vous ne connaîtrez plus aucun clan, aucune ethnie, aucune espèce, vous ne connaîtrez que des êtres humains... » Nous ne nous étions pas abstenus de rire, non de moquerie mais d'allégresse, et avions pris nos lourds sacs, d'un air léger presque farceurs. En suivant la piste, nous étions descendus dans les gorges profondes d'un ru perdu, et, nous arrêtant dans la première auberge, nous avions été intrigués par sa façade. Au fronton du bâtiment était inscrit sur la pierre chaude :

 "l'inspiration échappe à ceux qui n'expirent pas".

Nous avions peut-être pris peur. Mais nous avions vu tant de choses. Et c’est ainsi que nous avions décidé de rester dans les mystères de l’ouest, jusqu'à ce que morts s'ensuivent. Les voici égrainées, anathèmes lancinants, longue marche, tribu fantôme.


Angleterre, mai 1943.

L’air est flou, le soleil humide. Ma tête est appuyée contre la vitre teintée du car naval de Port Smouth. Où suis-je ?

Une grand-mère à ma droite, collée contre mon bras, respire sans tapage et semble embarrassée. Devant, juste derrière le chauffeur, une maman trop jeune protège son marmot blême des chocs de la route. Elle l'allaite en public. Elle y met tellement d’énergie, qu’elle flotte littéralement, entre la poussette et la machine à trouer. Faut dire qu'elle a le roploplo généreux et que le fiston s'y agrippe avec acharnement. Au premier soubresaut, c'est l'arrachement de téton assuré. J’ai faim de ma race. Je boirais volontiers son lait. Malheureusement, je ne suis pas dans la bonne tribu.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter l’Angleterre.


Avranches, juin 1944.

Un chrysanthème de mille fleurs distille son ombre sur l’océan. Au bord des trous, des parasols, des corps qui bougent ou font semblants. La lumière brûle de temps en temps. Les éclats de rire, les beaux amants, tous contre tous, ils font semblants.

Au fond du ciel gisent des vapeurs, deux ou trois bribes de nuages, qui font la bise avec douceur, aux autres temps, et à leurs sages.

Et puis il y a les enfants, qui déchirent tout sur leur passage, les conventions, les faux semblants, le sable blond, blonds les enfants.

Les dunes sont claires. Les enfants jouent. Un chapelet triste, tombé du ciel, progresse en ligne sur mon bunker...

Je ne pense à rien, fusil à terre, l'esprit ailleurs, les tripes à la mode de Caen.

Il est très tôt, juste avant l'aube, le réconfort, la tête en l'air, les pieds qui fument.

Le chrysanthème s’est éclaté, s’est étalé loin du rivage, a rejoint l’or et sa lumière, ultime douceur confiée aux sages. 

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Avranches.


Un jour qu'il faisait bô, juillet 1945.

Ce jour-là m'avait témoigné de la grâce. Suffisamment pour que je me glisse au théâtre. "Lumière, lumière ravive-moi, tendre éphémère repose-toi. Etourdi, ahuri, ignorant et hagard, apprends-moi tout le charme des gestes indécis. Ô illumination, Ô sublime émotion, que survive ton secret au-delà de mes jours, que rugisse ton ardeur et ta flamme sans détour, le long de mes silences, au bord de mes folies, quand des sourires intenses, je resterai banni !..."

Ils s’émurent et s’aimèrent, en ces murs éternuèrent, et moururent en hiver. 

Et c’est ainsi, que je décidai de quitter un jour qu'il faisait bô.


Vents couverts, août 1946.

Mon père est devenu fou. La télévision n'en parle pas encore. On arrive au spectacle à heures régulières, en regardant sa montre. Puis on se croise entre membres de la famille à intervalles réguliers, en échangeant un peu sur la raison d'être là, présents malgré tout. Pendant que l'autre, ritournelle en balade, tragi-comique errant, l'intellect en écharpe, ignore tout le monde. Cortège déboussolé, ridicule, déchiré, il offre sa passion en fumant son tombeau. Quand il parle, il regarde ses pieds à s’épier lui-même. Débrouillard à ses heures, son innocence est double : non coupable jusqu’où? Victime autogérée. Plus tard, quand il pourra vivre sans se forcer, ce sera un héros de salle commune, fils unique du pardon, hybride sacrifié des familles qui n’aiment pas, qui possèdent.

Il est attachant, mon père, avant de n'être qu'attaché...

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Vents couverts.


Australies, septembre 1947.

Ce sera bien l’Australie, ce sera chouette. Si elle est gaie l’Italie, elle sera belle l’Australie.

Je l’avais attendu longtemps l’Australie, rivière au style dormant, ma chérie. De loin en loin, on s’y perdra et puis demain, on y reviendra. Elles furent belles les Australies, mais ne furent pas.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter l’Australie.


Travail à reculons, octobre 1948.

Mon gros petit bonhomme de chef bosse dans la boîte depuis quinze ans. Ca fait quinze ans qu’il se fait marcher sur les pieds par à peu près tout le personnel : ses sous équipiers, ses homologues des autres services, les secrétaires, la direction... Faut dire qu’il s'habille comme un vieux gars. Faut dire que c’est le personnage le plus lâche que j’ai rencontré depuis la cour de récrée de maternelle; avec ses mains prognathes quand il bouffe, qui protègent chaque bouchée d’un improbable prédateur.

Ca fait quinze ans qu’il essaie de garder son poste coûte que coûte, qu’il en voit d’autres se faire virer. Faut dire que des fois, il leur donne un coup de main. C’est le petit chef frustré que tout le monde connaît, le caporal devenu chien de garde. Faut dire qu’il a perdu sa fille dans un accident de la circulation. Faut dire que le fils qui lui reste est homo. Faut dire que sa bonne femme est neurasthénique, pendant que lui s’acharne à faire des heures sup non rémunérées et non récupérées, histoire de garder l’estime du directeur, et de vivre dans un minimum de confort nerveux. Il évite de rentrer chez lui à l’heure du repas. Il préfère manger tout seul. Il écoute la radio pendant que sa femme regarde l'écran, depuis sa perpétuelle robe de chambre. Il bouffe froid ce qu’elle lui a préparé, ou trop chaud ce qu’il se mitonne lui-même quand dans l’après-midi, sa grosse a pété un plomb supplémentaire et qu’elle est restée au lit.

Cet homme-là vit de l’espoir du lendemain, et de son café dégueulasse, du prochain jour gris qu’il ne verra qu’à travers les vitres de l’atelier. C’est le genre de collègue que tu voudrais aider, que tu prends en pitié, que t’essayes de faire rire, qui n’écoute pas tes blagues, avec lequel tu ne peux rire que si c’est lui qui raconte. Alors, tu te forces à rire pour faire baisser la tension, pour l’apprivoiser un peu. Tu vois qu’il commence à se lâcher. Tu commences à oublier que c’est ton chef et qu’il espionne tes moindres faits et gestes. Tu crois pouvoir compter un minimum sur ce type et sa grande petite gueule policée. Mais au premier vent de travers, au moment même où son soutien t’aiderait à faire un petit pas en avant : il se débine.

C’est l’heure de la pause. C’est la bagarre à chaque fois, pour réussir à se brûler la langue en moins de dix minutes. La cafetière de l’horreur biquotidienne est installée dans le petit hall, juste derrière la porte de secours de l’atelier, à mi-chemin de la sortie, à mi-chemin du bonheur. Quand on a de la chance, dans la bousculade, le sein de la plus belle des secrétaires vous heurte la poitrine ou le coude... C’est dans ce lieu étriqué que les employés ambitionnent de passer leur vie professionnelle.

S’il est une chose qui tue à petit feu, c’est de subir un temps qui ne laisse pas d’empreintes. Les plus dures des heures sont celles qui durent. Sans le savoir, mon petit bonhomme de chef en est déjà mort, et combien d’autres encore autour de moi ?...

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Travail à reculons.


Histoires d’eaux, novembre 1949.

Je viens de me noyer dans ma baignoire. J’ai vu ton dernier film en coulant. C’était de toutes les couleurs d’un arc-en-ciel au début, puis c’est devenu de toutes les couleurs d’un bon coquard. Ta chemise s’éloigne maintenant dans l’eau bleue claire et tes seins, et tes cheveux frisés. Tu cries, mais je n’entends rien à cause de l’épaisse couche de mousse qui me bouche les oreilles. Avant de rendre mon dernier soupir, je te visionne une dernière fois en orange et bleu marine, en jaune or et vert bouteille, en rouge sang. Je me suis réfugié au centre d’une goutte d’eau. Et le vase déborde.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Histoires d’eaux.


Sahara, décembre 1950.

Il fait doux. Le vent de la mer nous câline. Le moteur Diesel de notre teuff teuff aménagée chante le blues. Nous sommes les seuls piou piou du désert. Nos sifflotements remplissent l’atmosphère... La nuit est tombée d’un coup. Le soleil s’est cassé la gueule loin derrière. Maintenant, c’est au tour de toutes les autres étoiles de tomber. Le sable frais est en feu. Il fait doux. Le vent de la mer nous câline. Le bruissement lancinant de ma pétoire s’aménage un carré de rêve. Nous sommes les seuls piou piou du désert. Nos sifflotements remplissent l’atmosphère...

Et c’est ainsi que je décidai de rester au Sahara.


L’autre jour, janvier 1951.

« L’autre jour, je vois une affiche. C’était un mec qui faisait la guerre et qui venait de se faire descendre. Alors on voit le mec les bras en l’air, sa mitraillette vole et tout ça, et au dessus du mec y’a de marquer « POURQUOI ? » en grosses lettres. Pourquoi il est mort quoi. Les pacifistes, ils te mettent ça sur une affiche parce que ça fait des années qu’ils cherchent pourquoi le type est mort. Moi je crois que c’est simple. Le mec est mort parce que y’en a un autre, en face, qui lui a tiré dessus, c’est tout. Qu’est-ce que c’est con un Pacifiste ! »

Et c’est ainsi que je décidai de quitter l’autre jour.


La Yollande, l’autre pays du fromage, février 1952.

Tout le monde dansait. Elles avaient le cul comme la boule du milieu de l’énorme enceinte du bord de scène, qui remuait en faisant Boom, Boom, grave quoi... Elles avaient le cul grave. C’était la première fois que je les voyais, des Yollandaises issues de l’immigration des îles, des créatures venues d’ailleurs, un truc de malade, des cousines je crois. Un malaise agréable m’envahissait le slip. Quand les forme oblongues s’approchaient de moi, c’était comme si tout recommençait : le monde se recréait. Y’avait l’apparition des mousses, des fougères, puis les fleurs, les manguiers géants, les mammifères marins, les premiers dinosaures, les éléphants volants et tout le tralala. C’était le genre d’engins, qui te pétaient les couilles à distance.

Dans ces cas-là, je perds le fil. Personne n’est où. Tout le monde est nulle part. La beauté brute, c’est comme une grande baffe dans ta gueule devant tout le monde quand t’a 12 ans au mariage de ton oncle, ça paralyse et ça rend dingue.

Dans ces cas-là y a deux possibilités : soit tu restes les bras ballants et ça fait un mauvais souvenir de célibataire, soit tu essayes de rentrer dans le tas en te disant que ça fera un bon souvenir de plus avant le jour de ton enterrement. 

Et c’est ainsi que je décidai de visiter La Yollande, l’autre pays du fromage.


Schizophrénie, mars 1953.

Le café est chaud. 

La télé parle :

« - Allô ?

- Oui, bonjour, j’avais commandé un poulet, il était 9H15, et là il est 10H10, c’est pas juste. » 

Ce genre de discours me rappelle les colos, où il y avait une énigme à trouver pendant le car. 

La télé reprend :

«- Tu vas à Strasbourg au premier de l’an ?

- Bah ouais.

- Moi je vais à Paimpol, on va sûrement se croiser sur la route alors...»

Moi, avant, j’étais fonctionnaire dans la route. C’était dur d’en sortir. Pourtant le soir, en revenant du travail, je sortais avec ma voiture. Elle avait deux ans de moins que moi. Il y a deux ans, après la messe de Noël, j’ai changé de branche. Dans l’arbre de temps en temps, j’écoute la pluie tomber. Mais là j’en ai eu marre, vendre les cerises à 34 Livres le kilo, ça s ‘appelle pas du commerce ; c’est un crime contre l’humanité.

La télé :«- Qu’est-ce que c’est que toute cette purée ? 

- Ca fait trop peur…

- J’avais commandé des frites. »

En Bretagne, quand on écoute la pluie tomber, on a l’impression que les nuages réfléchissent. J’aime pas les coins carrés, c’est pour ça que j’ai décoré mon salon avec des parachutes sur les côtés. Des fois aussi, je regarde la tête de mon voisin qui se déplace. Je me suis toujours demandé comment autant de connerie pouvait tenir dans un si petit espace. 

La télé :  «- Où est passé le ketchup, merde, purée ?! 

- T’aurais pas quet’chose à grailler, je tiens plus en l’air ? » 

Depuis que j’ai perdu les os, je suis au bord de la mégafaillite, de l’overdose de rien. Des fois, j’ai envie de gueuler striptease ! Parce que je connais pas mal de gens ce soir que je n’arrive pas à reconnaître. Tout le monde à poil ! Mais la récrée est fini depuis longtemps et la maîtresse est morte l’année dernière. Je sais plus.

La télé :  «- Alors, malgré l’appui des armes chimiques et des russes toujours prêts à être encore plus malheureux, il faudra plus que des menaces pour arriver à en tirer autre chose que de l’à peu près.

- Vade retro Satanas, sors de ce corps !»

Je n’irai pas plus loin.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Schizophrénie.


Sébastien et Anne Sophie, avril 1954.

Elle entend toute la fête. Les enfants sont couchés. Pourvu qu’ils ne se réveillent pas. Là-haut, les amis de Sébastien toussent. Le salon est sans doute enfumé. Il est 04H21. Son réveil à cristaux liquides, rouges sur fond noir est formel. Elle ne dort pas. Les bruits de pas et de chaises rythment les pulsations de son coeur. Là haut, une fille dégueule sa race dans la baignoire... Ludovic roule. Sébastien mange un croûton de baguette sec. Il est tôt et elle ne dormira plus. Son voisin du dessus danse la salsa. Seule dans son lit, Anne Sophie est heureuse. Elle vit l’instant présent par procuration, blottie bien au chaud sous sa couette et sa couverture. Demain, Sébastien viendra s’excuser du bruit en apportant une rose, comme la dernière fois. Et puis un jour, ils feront la fête ensemble...

Elle ne dort plus et elle pourra même lui dire que la chasse d’eau a fait du bruit à 4 heures et demi par là, et que ça l’a réveillée. Elle pourra même lui demander des nouvelles de Ludo. Ce bon Ludo, que tout le monde s’égosille à appeler, fort de préférence, parce qu’il porte des appareils auditifs. Sébastien sera surpris et la trouvera sûrement irrésistible, demain soir, quand il viendra sonner, un peu pâle et tout juste sorti du lit. Elle, elle sourira. Il sera 5 heures et quelques. L’heure où les enfants rentrent de l’école. Qu’est-ce que diront les enfants ?... 

Pas grand chose. Peut-être quelque chose de gentil, et de timide à la fois ?

Peut-être un truc du style : « T’y arriveras pas avec le voisin, laisse tomber ! T’as pas compris que t’es moche ? T’as pas vu nos gueules ou quoi ? T’as pas fait assez de mal comme ça ? Pleure pas maman, t’es pas comme les autres, faut t’accepter. Et arête d’ennuyer Sébastien ! »

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Sébastien et Anne Sophie.


Allemagne, mai 1955.

La radio : « Le ciel est bas. La pleine lune est en retard. Mes composantes s’oublient en une multitude de routes menant dans les moindres détails d’un infini réduit aux dimensions d’une cage. Une cellule trop petite et si noire que même la nuit et le jour ne font qu’un. Berthold, passe moi le petit calepin. »

Heureusement, quelqu’un est là pour me raconter des histoires : Gerda. Le monde serait si triste sans histoires. Gerda me raconte l’Histoire du monde. Gerda dit toujours « j’y arrive pas, faut toujours qu’il y ait une couille dans c’que j’fais ». Elle te fait des réflexions du genre « à la queue comme tout le monde ». Avec ses yeux qui roulent à la pinkie Pou, elle t’assène des : « - la vie est un combat. Il ne faut jamais baisser les bras. »

Ni la queue Gerda, ni la queue.

Et c’est ainsi que je décidais d’annexer l’Allemagne.


Une goutte d'oeil dans notre mer salée, Osaka - juin 1959.

Blêmes. C'est nous; deux boules de neiges successives. C’est l’épreuve du bac. On coule.

D’un bord à l’autre, ils sont blêmes eux aussi, les invités de la fête. Mais il nous faut surnager, nous résisterons aux courants chauds qui fondent nos gueules de cul.

"Enchaînez les gars et les filles comme un poème!", meuglait le gros DG momo la truffe.

Nous nous sommes alors rappelés vers le soleil, à l’aplomb des ouvrières, sur la grève.

Un vieux puits tout en pierres, renfloué par l’érosion, affleurait exactement sur le rivage, bercée par la vaguelette qui le caressait de temps en temps. Une belle eau claire en émergeait, procréée par tes rayons, Madame.

Puis vint le temps de la rétrospective.

Sur le pourtour des années concentrées, les retrouvailles forcées, avec le défilé des soirs creux, le faux fuyant des fumées sales, l'argent pâle de vos collines humides, en ondulations souveraines... Maquillées en reine éternelle.

Et Cachée derrière le volet doré, une goutte d'oeil dans notre mer salée...

Big bang mou, dichotomie sagittaire, désarrimage psychiatrique, déchirement flou.

J'ai du sable dans l'oreille. Je n'aurais jamais cru m'en sortir. Je ne suis plus là. Plus tard, la petite bande nous renverra la balle en plein voyage. Tu es restée de glace, Madame. Froide comme la morte que tu trimballes... Je ne suis plus là. Je sais tout à fait comment il se fait que je nous vois encore. Je ne suis plus là. Tu as tiré à bouts portants. Ton crime est acté. Tu l’as tué. Notre bébé est mort.

Plus tard, la petite bande te renverra la balle en plein voyage :

Je serai seul dans l’avion, une place laissée vide à mes côtés. La place qui t’était destinée. J’aurai rangé mon cheval blanc. Je saurai tout à fait comment il se fait que je nous vois encore. J’aurai fondu...Je ne serai plus là. J'aurai du sable dans les oreilles... 

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Osaka.


Timide avec complexes, juillet 1960.

Au début, il y a eu le souffle, dû au choc de l’explosion. Après, est venue la sensation du souffle sur mon costume trois pièces. Ensuite, la brûlure de l’explosion est parvenue jusqu’à moi, a lentement irradié mon corps, puis s’est maintenue, à tous les degrés... En frissons centrifuges... Un ange m’est apparu. 

La nouvelle secrétaire vient d’entrer dans mon bureau. 

Elle est. 

Ses ondes se sont heurtées à moi comme la balle à une demie table de ping-pong relevée pour jouer tout seul, et qui se déplie petit à petit sous l’effet du choc. Bientôt, l’irradiation émise, rejoindra le noyau de la source première et le dévorera. Alors, nous ferons une partie à deux, la table sera complètement dépliée. Nous nous brûlerons les yeux.

Et c’est ainsi que sans aucun regret, je décidai de quitter Timide avec complexes.


En vrac, août 1961.

Le son câlin de ta voix du matin, câline mon teint décomposé. Ton corps nu marche tout seul. Il nous fait craquer, moi et le parquet. Je ne te mérite pas. Tu es tour à tour boulimique assoiffée, étrange et solitaire, manège de gaieté, fringante et sans ennui, arpège en vrac, cave à torrent... Je suis rouillé, rouage oublié sur un terrain abandonné, vagabond avare et inconscient de son âge, route de mauvaise vie, traverse de pulsion, immaculée conception d’une vitrine éclatée offrant ses ruines....

Notre maison est délabrée. Elle se damne de nous avoir trop vu. Elle ne se laisse plus bercée que par une douce incertitude, comme la flûte qui s’enchante, pour nous emporter très loin, et nous déposer au hasard, imbibés de nos derniers parfums d’inédit. 

Mon coeur s’attendrit si vite. J’aime tant goûter les entrailles des réactions, des comportements, des gens et de leurs rituels sociétaux. Je ne suis qu’un sombre voleur, frivole et sans abri. 

Mais je ne te laisserai plus aucun répit. Je ne t’abandonnerai pas une troisième fois.

Je t’aime.

Et c’est ainsi que je décidai de rester En vrac.


1’ 52’’, Premier après le Prologue, septembre 1962.

Trois jours qu’il l’aime à Dakar et c’est un flot ininterrompu d’images qui s’imposent à son esprit. Des odeurs, des sensations, des couleurs, des émotions à ne plus savoir qu’en faire. Où est la sortie ? La voilà déjà. Il plonge. Foudré. Rêve éveillé. Il la prend 122 fois. Elle sature son cerveau de débutant. Ca fait quatre jours qu’il l’aime à Dakar et dans quatre jours à la même heure, ça fera quatre jours que tu ne l’aimes plus. Ce sera son anniversaire. Il viendra d’avoir trente et un ans. Tu viens de partir avec moi. Nous étions ses amis. Tu lui as volé son appareil. Il reste encore une pellicule. Des photos compromettantes. 

A mon retour en France, j’en ferai cadeau à sa mère. La sainte vierge. Pour le venger... Après tout, c’est un homme libre. Ca le changera.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter 1’ 52’’, Premier après le Prologue.


Madagascar, octobre 1963.

C’est les vacances. Le boulevard de mer est saturé jusqu’à la gueule. Il répand son flot lent de plagistes emprisonnés dans leur tôle roulante plus ou moins récente. Les gaz d’échappement sont plaqués par le vent sur les façades délavées des vieux appartements modernes. La mer est calme. Le soleil est étincelant. La terre est rouge. C’est la côte de grès. Le doux bonheur de l’ennui organisé enivre les poussières du sable qui se soulèvent en nuages d’ambiance, de temps à autre. Il est tard. Des dizaines de seins nus ont envahi l’horizon... Quel matelas de plage !

Un impact. Puis plusieurs. On nous tire dessus. Je m’en tire.

15 000 morts en 3 heures.

Un jour sans lune. Une lune sans lumière. Une lumière sans chaleur. Une chaleur sans nuit. Crime contre l’humanité. Cimetière de la folie des êtres humains.

Et c’est ainsi que je décidai de revenir à Madagascar, de temps en temps, par temps de pluie.


Ma race, novembre 1964.

Les handicapés aussi ont un corps ; les simples d’esprit, les blessés de la vie, les accidentés édentés, ceux qui n’ont que l’innocence : les non coupables inadaptés. C’est la veille du 1er décembre. Elle est à la charnière. Elle a gambadé longtemps dans la zone limite entre l’institution spécialisée et la vie courante, pour finalement se retrouver dans le camp des gens normaux. Elle aussi, a le droit de rêver à l’amour, d’être joyeuse. Ce soir, elle s’amuse comme une folle.

Elle n’a jamais fait l’amour. On l’a toujours niquée. Depuis qu’elle est née, c’est comme ça. Son père l’a niquée, et a quitté la maison. Sa mère non plus n’a jamais fait l’amour. Sa mère lui a souvent reprochée d’être née, elle qui voyait dans les yeux de ses enfants, le regard du père, de celui qui l’avait jetée enceinte, à pleine vitesse d’une voiture en marche, dans un fossé... Quant à son seul frère, l’héritier, la seule émotion forte qu’elle ait eue à partager avec lui, c’est le jour où il a essayé de la violer, elle avait treize ans et demi. A cet âge-là, les demis comptent beaucoup. Et là, c’est elle qui était partie de chez elle, six mois après. Par la suite, des tornades d’autres mecs l’ont niquée. Tout ça parce qu’elle croit intimement que c’est comme ça que les mecs y zaiment. Elle danse sur la piste avec son sourire crispé et euphorique. 

Il fait chaud sous son sweet shirt gris. Elle vient de le retirer. Elle ne porte plus en haut que son soutif de plage préféré : fluo quadrichrome, les nouvelles couleurs tendances de la beat generation. Le genre de produits repère et bouée qu’offre notre société de consommation à tous ses paumés. Je l’aime. C’est ma race ; la race humaine. Elle a les cheveux courts, en brosse, gris, un pantalon noir assorti. Jusqu’où ira-t-elle dans son exhibition ?

Un Jugnot en plus moche, avec une tête de gosse, la raie sur le côté, joufflu-moustaches-dents-de-lapin, la trouve jolie. Ses yeux luisent. Ils dansent ensemble. Ils s’amusent... Des serpentins de lumière progressent maladroitement entre les panneaux du décor île déserte. 

Elle n’a pas de hanches. Elle s’admire longuement dans les miroirs muraux de la boîte de nuit, les bras levés, en bougeant érotiquement les fesses qui lui boursouflent son pantalon moulant. Elle ressemble à Mickael Douglas. 

Il fait de plus en plus chaud. Son admirateur n’en peut plus. Elle le fait languir. Il sue à travers son polo marin qu’il ne pensera jamais a enlevé. Ce qu’il veut enlever, c’est le soutif fluo de sa proie.

Et c’est ainsi que je décidai de quitter Ma race.


Le "quart d’heure" du professeur, décembre 1965.

C’était le jour où les crèmes dessert dans le frigo, m’avaient annoncé le drame ; le quart d’heure du professeur :

« Le passé, c’est le présent dépassé qui inaugure le temps des morts : c’est la vie qui passe. Le futur sera donc le temps des mort-nés. 

A l’heure actuelle, le présent se croit supérieur au passé parce qu’il est devant lui. Le futur, quant à lui, est un Dieu ; parce que c’est le premier devant tout le monde, le vainqueur de notre compétition inconsciente et permanente. Mais qu’est-ce qui nous pousse à vouloir être premier, meilleur, plus fort, chef, et à organiser un classement, à sélectionner ? Sans doute, est-ce le détournement du culte chrétien à Dieu, qui s’est fait homme en Jésus. Un Dieu à notre image, comme nous, si bien que la perfection devient accessible. Nos compétitions sont faites pour trouver l’être parfait parmi nos semblables. La culture occidentale, qui a su vendre au monde son modèle de compétition n’est-elle pas issue de cette culture judéo-chrétienne ? Mais il y avait des compétitions avant Jésus Christ : les Jeux Olympiques.

Ce qui nous ramène tout bonnement à nos origines profondes ? Nos instincts primitifs d’animaux, la loi de la jungle, la loi du plus fort, la sélection naturelle qui fait son choix au hasard ?... Nos compétitions apprivoisent notre brutalité primitive en élargissant aux diverses clés du pouvoir d’aujourd’hui (le savoir, l’intelligence, la puissance économique, financière) le seul paramètre de force d’hier ? Le plus fort a le pouvoir ? Il est craint, donc respecté, donc légitimé? Il jouit de tous les privilèges de son rang ? Si oui, voilà pourquoi tout le monde voulait être le premier : pour devenir un privilégié.

Mais Internet passera par là dans 40 ans et le respect passera dès lors par la cohérence et les valeurs, par l'autre loi de la jungle: la collaboration. 

Quant aux compétitions sportives, elles se réclament du jeu, c’est-à-dire d’une répétition générale et sans risque, de notre modèle de société... Sans risque, jusqu’où ?...

Comme nous parlions des instincts primitifs, faisons un clin d'oeil aux fascistes. Les fascistes partent du principe qu’il faut, en niant la richesse de la diversité (de la différence indispensable à toute collaboration efficace), aider la sélection naturelle en utilisant le meurtre comme outil politique. Une bonne fois pour toute, ils veulent sélectionner un être parfait: eux-même. Et le génocide est leur politique pour éliminer tout ce qui ne leur ressemble pas et être tout seuls, tranquilles, apaisés. Les fascistes qui jouent dans leur coin, se punissent tout seul : ils finissent par s’éliminer entre eux, rappelons nous les SS et les SA. Seulement les fascistes qui veulent jouer avec les autres, veulent punir tout le monde. Pour ne pas être contredit, le fasciste moyen, que l'on peut voir lécher les vitrines de chez primitif & primitifs (marchands de perruques), est obligé d'éliminer ou de réduire au silence tous ceux qui ne sont pas comme lui, c’est à dire tous ceux qui sont plus évolués que lui. Et c’est pour ça qu’il n’y arrive jamais. 

J’en profite pour faire un second aparté, comme tout professeur qui s'entend sans jamais s'écouter vraiment, à moins que ce ne soit le contraire, et répondre à une question du passé d'actualité: pourquoi les juifs ont souvent été persécuté par les fascistes (identifiés comme tels ou pas)? Et bien c’est tout simplement parce qu'à travers leur tradition religieuse, ils se préfèrent à part (comme chaque religion qui se respecte), et qu'ils se sont retrouvés bien souvent en situation minoritaire... Tout comme les chrétiens d'Orient, les protestant en France (St Barthélémy) ou les musulmans de Bosnie, les juifs en situation de minorité en Europe ont été régulièrement persécuté. , on Le genre de discours qui rejoint un peu l'idée de l'être parfait... On se chamaille donc durement entre forts, plus nombreux d'un côté, et faibles, moins nombreux de l'autre. Sans finalement sortir de la cour d'école, bravache, cruelle et injuste de notre enfance. Un travail éducatif majeur (mais largement négligé) devrait s'appuyer sur l'observation patente des cours de récrés: que de leçons de civisme à donner, qui ne le sont jamais ! 

Par conséquent, les petits fascistes (identifiés comme tels ou pas) grandissent et massacrent donc plus tard, par réflexe acquis plus qu'inné, quelque soit leur origine: les Waffen SS étaient issus d'une multitude de cours de récréations de pays principalement Européens, mais il y a eu récemment les Japonais envers les Chinois, les Cambodgiens entre eux (ce sera dans 10 ans), les juifs par les nazis on l'a dit, les Rwandais entre eux (ce sera dans une trentaine d'années) et il y en a tellement de toute façon qu'on en oublie les Israéliens laissant faire les milices chrétiennes à Sabra et Chatila (ce sera dans une quinzaine d'années), et les ghettos palestiniens.

Cette parenthèse étant faite, revenons à notre culte de la modernité. On y associera la mode ou la bourse qui représentent l’accès-contact le plus proche avec le futur: la mode et la bourse anticipent, c'est une évidence. Ce qui a donné la mode en p’tit slip et la bourse à poil. 

>> Dans le meilleur des cas, notre culte de la modernité se réfère au progrès, assimilable à un mieux vivre matériel, à plus de confort. D’une manière plus large, il se réfère à l’espoir du possible, et mieux encore, à l’espoir du possible imaginable, à la bonne surprise rêvée qu’on n'attendait parce qu’on n'avait pas encore les moyens objectifs de se la payer. 

>> Dans le pire des cas, notre culte de la modernité n’est que la traduction de l’association inconsciente entre notre esprit de compétition avec notre paramètre repère vital qu’est le temps, en aboutissant au premier des temps : le futur. La modernité devient alors un fourre tout pratique, un argument Diktat. Et ceux dont le métier est de manipuler (le marchand, le politique, le chef d’entreprise, le fasciste) récupèrent volontiers le bébé. L'argument qui tue s'entend un peu partout: je suis moderne, vous ne l'êtes pas donc j'ai raison fermez la. Le jeunisme (je suis plus jeune, donc l'avenir m'appartient) devient le nec plus ultra de la légitimité et du pouvoir.

A l’heure actuelle, nous vivons ainsi des temps fascistes. Il y a des fascistes partout : les fascistes de la tomate, du poireau, du blé, du cheval, de la vache, de la poule, qui sont en train de tuer la richesse de la diversité. Mais on serait en droit de se demander, et c’est ce qu’on va faire, au nom de quoi, supprime-t-on la diversité? 

Et bien c’est tout simplement au nom de la modernité. « Aujourd’hui c’est comme ça. » « Il faut s’adapter». Comme Pétain s’était "adapté" à Hitler.

Donc ; méfions-nous des modes, bannissons les compétitions de nos rituels. Et rappelons nous : sans privilège mais avec une justice forte et bienveillante, indépendante, plus de compète, plus d’exclus. 

PS1 (le vrai prof ne s'arrête jamais): Le privilège est le pendant de la récompense, de l’avantage acquis en échange d’un comportement intéressé. Cette action contre nature en échange d’une récompense,  trouve son exutoire dans le travail marchant. Pour compenser l’activité non naturelle qu’ils sont obligés de fournir pour vivre, les gens travaillent dans un domaine qu’ils affectionnent. Jusqu’au jour où c’est le domaine qui ne les affectionne plus. Et là c’est la crise. Et quand c’est la crise, au lieu de partager le travail qui reste, on augmente toujours plus la sélection, et là c’est la révolution.

PS2 (le prof a toujours une suite à offrir): La révolution remet en place l’égalité originelle entre tous les nouveaux nés, comme la révolution française de 1968; dans 3 ans donc, puisque, je vous le rappelle je suis venu vous voir aujourd'hui en 1965. Et puis après les mises à jour révolutionnaires, le temps passe. Faute d’imagination (parce que l’inconnu fait peur, que les créatifs engendrent de l’instabilité, et que l’instabilité, au bout du compte on la rejète sans l'amadouer puisqu'on ne travaille pas trop en équipe en 1965), les choses sont remises à leur place : on retrouve une hiérarchie verticale, avec une sélection, pour des sociétés masochistes, et un libre choix d’orientation pour des sociétés sadiques, toutes verticales. 

PS3 (c'est tellement lourd à la longue quand le prof s'arrête jamais, qu'on hait l'école, et qu'on se ruine sur les jeux vidéos - Ex: PS3): Une vraie révolution serait de dire : les hommes naissent libres et égaux en droit, et de rajouter : de même ils meurent libres et égaux, et de préciser : dans l’intervalle, ils sont ce qu’ils peuvent : sources d’embrouilles désastreuses, de malentendus préjudiciables ou de bonheurs féconds et solidaires. 

PS4: Conclusion (ouf!):

Préférons l’orientation librement choisie à la sélection, ne laissons personne nous punir, bref, évoluons suffisamment pour nous permettre de permettre à tous, un épanouissement plein, pour que les milliards de glands que nous sommes, deviennent de bons gros chênes matures et responsables, bienveillants et lucides, c’est-à-dire, principalement, généreux/partageurs et collaboratifs.

PS5 (et merde !): A l’heure actuelle, il est plus tard qu’il n’a jamais été. C’est la loi du présent. Et le présent, c’est le seul temps de la vie... »

>> Et c’est ainsi que je décidai de quitter le "quart d’heure" du professeur. 


Malaga, janvier 1966.

J’étais parti tôt le matin, je voulais me baigner en fin d’après midi, avant Algeciras, pour traverser le lendemain sur le Maroc. 19H00. J’avais tourné pendant des heures. Des heures que je cherchais la route du bord de mer. J’étais sorti plusieurs fois de l’autoroute. Je cherchais le petit goudron sympa où on peut rouler pépère le long de la plage, repérer l’endroit idéal de la baignade idéale, tout en se délectant du paysage. Je ne trouvais pas. J'étais revenu sur l'autoroute, une autoroute pleine de tarés, qui était sensée longer la côte.

Il fallait se magner maintenant, ou jarter, parce que le soleil n’allait pas tarder à se coucher. Des heures que je roulais à 2 à l’heure au milieu des Jaguars, des Porsches, des Ferrari, des BMW coupés techno BOOM BOOM surbaissées, gavées de gens trop jeunes ou trop vieux. Et que je te klaxonne, et que je te pile comme un dingue, sans raison, peur de rayer le beau jouet à son papa, appel de phares et bêtise bon marché. Je ressors de l'autoroute.

Sens interdit, 2 fois le pâté d’immeubles, le même cirque qu'avant, pas une place pour se garer, trafic overdrivé. Et entre les grandes bâtisses d'un mauvais goût évident, j’arrivais parfois à apercevoir le bleu de la mer... La mer... Rêve furtif et inaccessible... Prisonnière de luxe de ce fatras incommensurable... C’était comme si je roulais dans sur une immense prairie en essayant d’éviter chaque brin d’herbe. Sauf que là, les brins d’herbes, c’étaient les voitures de luxe. Avec ma petite poubelle, j’étais la bouze au milieu du pré. Et que je te remette une couche de chemin privé, et que je te traverse devant le bec avec mon gros 4x4 parce que je suis plus con que la moyenne, et que j’aime que ça se voit .

Bon, je repartais sur l’autoroute. Tant pis pour la mer, je m’en allais retrouver les même fous, mais cette fois, avec un fou en plus: moi. C'est vrai que très jeune, j'avais développé une allergie à la connerie, et que là forcément, je faisais un choc anaphylactique.

Une place !!!!?....Pas pour moi!... Le mec de devant me la pique sans crier gare.

Bon, j’me casse définitif. Une autre place !!!!!?.... Cette là est miraculeusement pour moi !!...Je crénotte, entre une Lexus irlandaise et un coupé VW blanc et noir décapotable. Je ferme, mes portières, mon coffre. Je fais plus d’une borne à pattes. J’essaye de demander où c’est la mer, mais y’a personne qui m’comprend. Je fais encore 100m et j’aperçois enfin le chemin qui mène au big blue total. Le chemin, il est tout en marbre rose!... Je glisse avec bonheur le long du muret qui surplombe le sable et ses parasols-matelas payants. Je fixe vaguement l’horizon, je me cabre, je m’étire goulûment, me débouche le nez convulsivement, et inspire enfin une profonde bolée d’air marin !

Ben, ça sentait pas l’iode. Non. Ca sentait le…

Channel N°5. 

Et c’est ainsi que je décidais de quitter Malaga.


Poubelles mentales, février 1967.

Paris, 22H00. Un couloir. Un métro au bout. A droite, le carrelage de ma salle de bain, avec des posters de pub en plus. Je ne pète pas, je diffuse, comme une truie emmerdée.

A gauche, 2 rescapés vautrés, l’haleine éthanol, le cœur sur le goudron…

Un passant passe devant moi, normal, et s’arrête entre eux et moi pour prendre le prochain métro.

« - Hey mon frère, t’as pas une petite pièce ?

- Non j’ai keudale, dit le passant.

- Et t’as pas une cigarette non plus ?

- Désolé.

- T’as pas un mégot ?

-

- … Attends l’autre, il a pas un... p’tite pièce, pas une cigarette, même pas un mégot, ben mon frère, c’lui-là , il est plus dans la merde que nous ! »

Et c‘est dire…

Et, c'est ainsi que je décidai de prendre le dernier métro. 


mars 1968¿ * révolution ? 

Let's attempt to illustrate an old vertical debate at society level: is the use of violence a good tool to bring peace, justice and a better society (Sartre is rather for it)? Or is the non violent action the better option for the same goal (Camus is rather for it)? 

Well, the second option, at least tries to preserve dignity in action which has a nowadays continuum in the ecological preservation of our planet: the green revolution has to overcome too many issues and at too many different levels to welcome violence as an option. So that anyone thinking at the Earth survival seriously, has no option but to completely erase violence as an option (a vertical concept), and promote collaboration (an horizontal concept). Saving the planet could then also simply save human beings from violence.

At an individual level, there are questions that set the limits of love: what prevents somebody to act positively towards another human being, and by extension to love that person? Is it the overall impression of a difference in another human being (nationality, gender, culture, religion...), or a rational/irrational fear, or anything else? Can we call it a personal/private revolution to go beyond our cultural habits and to make "immobile trips" (e.g. staying in our bed instead of going to work)? Well, there are more questions then answers here, but at least let's try to fly high while becoming a bigger person, a "big somebody".

And that's why I decided to record ¿ * révolution ? 

avril 1969: trop crâde pour être publié et pourtant c'est le pied.

mai 1970: le temps des moutons 

Il pleut des moutons, des taureaux et des poules. Les uns suivent, les autres foncent dans le tas, les dernières amortissent les seconds. Mon tout est un cochon: le con cille à Bulle (CH). Et la caravane passe. 

Et, c'est ainsi que je décidai de compter les moutons et d'enregistrer les éléphants.

juin 1971: Il est temps de laisser la place à l'enfant qui marche, 

C'est là que finit la route.  Un enfant y marchera un jour depuis Cracovie . Il s'arrêtera, il remuera son cartable et finira par pleurer. Puis une dame viendra. Elle l'entendra sangloter que… 

…La voie de chemin de fer est cassée; qu'il ne peut plus retourner chez sa maman. La dame dira: " tu finiras comme tout le monde !"… 

Peut-être ne restera-t-il de lui que son cartable abandonné sur le bord du fossé, à l'abri des herbes hautes et couvert de poussière. Ce petit gars, c'est… Nous ? 

C'est un petit coeur généreux. Disparaîtra-t-il sur le chemin ?

Et c'est ainsi qu'après, je redevins un enfant qui marche, un grand quelqu'un.