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Living Lab régional

Voici un appel pour que se développe une plateforme facilitant l'économie créative et la vie numérique à La Réunion fondée sur les sciences naturelles et culturelles au sein d'un Living Lab (LL) régional, associé à une démarche de co-création pour mutualiser et innover de manière ouverte à l'interface entre sciences, arts et technologies : le dispositif SmartSystem.


Le logo ci-joint de Véronique Sébastien, jeune chercheuse au LIM/IREMIA, dans l'équipe IC-IHM, illustre bien cette volonté de mêler les sciences et les arts.

Dans le cadre de l'innovation ouverte territoriale, le Living Lab est une méthode de R&D centrée sur l'utilisateur qui est utilisée pour la spécification, le prototypage, la validation et le raffinement de solutions complexes dans des environnements de la vie réelle. Ce modèle est appliqué principalement dans le secteur des TIC pour la promotion de l'innovation co-créatrice, en réunissant les différents acteurs impliqués dans le processus d'innovation tels que les entreprises, centres de recherche, institutions publiques et les citoyens.

Un Living Lab est un système pour construire la future économie dans lequel l’innovation et la recherche orientées sur l’usage de l’utilisateur dans des conditions réelles sont des techniques normales de co-création pour les nouveaux produits, services et structures sociales.

Il existe aujourd'hui plus de 210 Living Labs en Europe et dans le monde dont 25 en France. Voici un exemple de LL français : Erasme dans le Rhône, spécialisé dans le design participatif pour l'administration publique. Un autre exemple est celui du LUTIN qui est un des tout premiers laboratoire des usages avec une plate-forme d'expérimentation située à la Cité des Sciences et de l'Industrie de la Villette. La recherche française en informatique s'intéresse aussi de près à ce concept depuis ses débuts en 2006, notamment à l'INRIA Sophia-Antipolis au sein du projet AxIS. Mais surtout, le LL amorce un retour aux sources au MIT des Etats-Unis : son origine se trouve en 2003 avec le projet PlaceLab.

L’idée a été reprise en Europe dans les déclarations des initiatives 2010 : Le Living Lab, tel que lancé par la Commission Européenne lors de la conférence TIC d’Helsinki en 2006, agit comme un véritable laboratoire en offrant les bases pour concevoir, prototyper, tester et « marketer » de nouvelles applications des technologies. Il comprend donc des moyens de test interactif, mais se veut géré comme un environnement innovant qui va bien au-delà des simples tests fonctionnels des applications visées. Le Living Lab s’adjoint un grand nombre d’utilisateurs dès la phase de conception des produits et services et non pas seulement au niveau de leur validation. Comme il s’appuie sur toute la richesse d’une région fonctionnelle, il doit tirer avantage des réservoirs de talents, de créativité, de diversité culturelle qu’apporte cette région mais surtout il devrait pouvoir mieux utiliser les utilisations imprévisibles au départ liées à l’inventivité et à l’imagination. En allant au-delà de la traditionnelle plate-forme des usages, il doit permettre d’adapter en temps réels la conception des nouvelles applications et des nouveaux produits.

Lors de l'introduction au forum des jeunes chercheurs de l'ADDR 2010 sur les défis du développement durable à La Réunion, notre doyen de la Falculté des Sciences et des Technologies, également chargé de la recherche au Conseil Régional, a mis l'accent sur le développement de l'économie industrielle valorisant les sciences de la transformation (gestion de la matière, des déchets, de l'énergie) et du transfert technologique (import-export de biens et de services).

Bien que nécessaire pour proposer une industrialisation de La Réunion selon le modèle de l'ADIR, la vision de développement technologique s'appuyant sur les ressources et l'énergie disponibles localement ne sera cependant pas suffisante, car elle oublie une dimension fondamentale de l'évolution naturelle et culturelle : l'information.

En effet, le modèle matérialiste et énergétique d'une gestion physique de l'innovation pour le développement de l'île doit aussi tenir compte de la dématérialisation des échanges et de la participation des gens. Il ne suffit pas de proposer d'importer des industries (comme celle de l'électronique pour les îles Canaries) pour développer les compétences régionales dans des secteurs-clés comme la médecine, les biotechnologies ou les nanotechnologies. A côté de ces technologies high tech, on doit aussi  penser à l'innovation low tech qui constitue également un facteur de croissance, et qui se retrouve partout dans les territoires, comme l'explique le Conseil d'Analyse Economique dans son dernier rapport. Il faut analyser le contexte historique et géographique. Celui de La Réunion est fait de diversité à la fois naturelle (biodiversité) et culturelle (métissage). Il faut aussi tenir compte des envies des gens, de leurs rêves et de leur imaginaire pour innover. L'objectif sera donc de faciliter les échanges transversaux entre les concepteurs et les utilisateurs du développement pour que ce dernier ne soit pas que technologique et économique, mais aussi social, environnemental et culturel, c’est-à-dire durable avec les réunionnais.

Un autre exemple est donné avec le programme GERRI qui ambitionne pour La Réunion d’être le premier territoire mondial intégrant toutes les innovations environnementales en matière de mobilité, d’énergie, d’urbanisme, de tourisme. La aussi, on perçoit peu le rôle des habitants dans un dispositif venu directement « d’en haut ». Il ne suffit pas de dire que le succès d’un tel projet dépendra du répondant de la population, il faut associer l’information et la communication aux technologies pour que ces dernières permettent d'impliquer les individus.

L'ARTIC s'est engagée dans ce programme à vocation économique, sociale et environnementale en mettant les TIC au service de cette ambition : devenir une terre d'excellence et d'ouverture sur le monde.

En tant que biologiste et informaticien, je rajouterai à cette ambition que l'information et la communication sont des composants majeurs du développement durable, car ils valorisent les échanges humains par la sensibilisation, l'éducation, la formation, la participation des citoyens aux projets de développement. En effet, comme l’écrit Gérard Ayache dans Homo sapiens 2.0, il n'y a pas que l'énergie et la matière qui sont à l'origine de l'évolution humaine et de la vie en général, il y a aussi l'information qui est vitale pour la survie de toutes les espèces.

Le développement de l'île de La Réunion ne peut donc pas seulement envisager l'importation de Technologies (biens d'équipement, transports, agro-industries) avec adaptation au contexte local des consommateurs, puis exporter de la valeur ajoutée produite localement par le génie industriel des acteurs économiques à partir de ces technologies. Le poids physique de l'éloignement pour des échanges de biens matériels est trop important dans le contexte insulaire qui est le nôtre à 10 000 Kms de l'Europe.

Or, grâce au SAFE (qui peut), câble sous-marin reliant les continents de l'Océan Indien, on peut aussi miser sur le développement post-industriel de produits et services immatériels à exporter depuis La Réunion. Depuis 2000, il existe ainsi une économie de l'e-matériel fondée sur les connaissances, les savoir-faire réunionnais, c'est-à-dire ceux des créatifs et transformateurs d'idées en produit/services dématérialisés, et qui s'appuient sur le développement des réseaux à très haut débit. Par exemple, voici un projet incluant les TIC auquel j'addr : Réunion Ile Verte. Mais il ne faudrait pas se donner rendez-vous dans 20 ans, il faut agir maintenant !

La formule gagnant-gagnant (à terme) ne veut plus rien dire, il faut faire du donnant-donnant (au début) … c’est-à-dire informer et communiquer par tous les moyens dès aujourd'hui pour convaincre !

Pour y arriver, les réseaux à très haut débit (à partir de 100 Mbits) sont à développer en priorité (fibre optique) pour que la créativité des consommateurs devenus acteurs (consomm'acteurs) puisse s'exprimer librement. Mais il ne faut pas attendre l'arrivée de ces infrastructures pour solliciter l'imaginaire des réunionnais, les jeunes particulièrement qui sont déjà des créateurs de contenus sur le Web. Il s’agit par exemple des infographistes 2D/3D de l’ILOI, des étudiants en information et communication (Master InfoCom), en informatique (Master STIC) ou les élèves ingénieurs de l'ESIROI-STIM. Même si ces derniers ne surfent pas très vite sur Gazelle actuellement (240 Kbits/s) au PTU, c’est-à-dire moins vite qu’avec une liaison ADSL classique, il faudrait qu'ils puissent anticiper et montrer des exemples de réalisations de services en ligne, des maquettes et des prototypes multimédia qui interpellent les décideurs politiques pour « post-industrialiser » le développement durable de notre île grâce à des "quatre voies littorales numériques".

Les TIC sont ainsi porteuses d'innovations à la fois économiques, sociales et environnementales car elles sont fondées sur la rencontre entre personnes dans un écosystème numérique qui n’est pas seulement basé sur les technologies. L’enjeu de donner un portable pour chaque lycéen, comme cela a été le cas avant pour les étudiants de l'université de La Réunion en 2004, ne doit pas inciter qu'à consommer ce qui se fait ailleurs, mais à transformer les consommateurs réunionnais en producteurs et éditeurs de contenus. Les outils du Web 2.0 tels que Wikipédia ou la suite Google participent à cette transformation et à la prise de conscience de pouvoir devenir cré’acteur, c’est-à-dire de contribuer en étant plus responsable de son environnement et collaborer à une oeuvre collective de plus en plus multimédia. Le passage de l’ère de la consommation à celle de la création est ainsi l’enjeu d’une île en mutation qui cherche à exporter ses atouts indépendamment de la distance physique.

En ce qui concerne les technologies de l'Internet, je reprendrai ici à mon compte le schéma ci-contre d'Eric Seulliet de la société e-Mergences qui permet de croiser l'implication des personnes avec les technologies du Web :

Ainsi, on peut passer des innovations matérielles 1.0 fondées sur des brevets à des innovations immatérielles 2.0 fondées sur des droits d’auteurs (creative commons). On peut imaginer un modèle du gratuit-payant qui soit plus durable, c'est-à-dire commençant par établir du lien gratuit entre les gens avec des valeurs fondées sur la confiance, et commerçant ensuite naturellement avec du bien payant car le service rendu qui est plébiscité doit devenir pérenne. Pour cela, il faut anticiper les usages des technologies avec les utilisateurs pour s'assurer de leur pertinence et de leur utilisabilité, c'est-à-dire proposer l'offre de la demande. Ce dernier point est nécessaire pour aller plus vite dans l’innovation. Les usagers deviennent des co-créateurs avec les chercheurs et les entrepreneurs pour les services de demain sur Internet (e-services).

Malheureusement dans le discours de notre doyen, je n'ai pas entendu une seule fois le mot TIC prononcé, alors que les mots technologie, brevet et transfert ont été comptabilisés au moins vingt fois pour proposer quel développement industriel de La Réunion est possible. Doit-on conclure qu'en termes de recherche et d'innovation en 2010, malgré les recommandations européennes en matière de développement des TIC (i2010) pour l'Internet du Futur (FI), le temps n'est pas encore venu pour que des projets réunionnais autour des Technologies de l'Intelligence et des Connaissances (TIC 2.0) puissent continuer à vivre (POE 2007-2013) ? Ils suivent pourtant naturellement les projets de R&D des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC 1.0) soutenus par nos institutions (Université, Région) et qui ont été ouvertes sur les mondes grâce à Internet après l’an 2000 (DOCUP 2000-2006).

Par contre, j'ai retenu une suggestion pour les jeunes docteurs, celle de valoriser leur recherche auprès des entreprises comme une activité professionnelle d'un Bac+5 qui a eu trois années d'expérience en laboratoire, comme s'il s'agissait d'une expérience en entreprise. Est-ce une proposition crédible ? Pour y arriver, la meilleure solution serait d'implanter les entreprises importatrices de technologies au coeur des laboratoires et faire de la recherche au service de ces entreprises. On aurait ainsi des conventions CIFRE intégrées à la vie du laboratoire universitaire.

Idée intéressante mais difficile à faire passer auprès des collègues qui revendiquent l'indépendance et la liberté pour la recherche ! En informatique, on peut se référer à la philosophie de SupInfo qui délivre des certificats Microsoft, Cisco, Oracle, etc... à ses étudiants. Les enseignants ne font pas de recherche. Les formations se font en ligne, le tutorat est assuré par les élèves des promotions antérieures, donc à quoi servent les enseignants chercheurs de l'université ? Une réponse à cette question peut être trouvée en écoutant Sally-Ann Moore.

Malgré cela, les préoccupations des chercheurs qui raisonnent sur la durée à moyen et long terme n'ont pas le même cycle de vie que celles des entreprises qui agissent pour des résultats à court et moyen terme. Entre la professionnalisation de l'université et l'ouverture de l'entreprise à la recherche et au développement, un terrain d'entente pour établir la confiance reste donc à trouver pour satisfaire ces deux exigences à la fois professionnelle et académique.

Pour ma part, je préfère que l'esprit d'entreprise soit présent dans les laboratoires plutôt que les entreprises elles-mêmes. Il s'agit plutôt de travailler entre chercheurs et entrepreneurs qui veulent développer leurs idées par des projets innovants 2.0 (c’est-à-dire avec les usagers). Ces principes sont ceux des incubateurs d'entreprises (innovation précompétitive 1.0) et des couveuses d'idées (innovation exploratoire 2.0 fondée sur l'imaginaire des individus) qui se développent ici et là, comme l'initiative de la "Fabrique du Futur".

Pour cela, il faut faire participer les usagers volontaires (lead users) à la création des produits et services qui utilisent les TIC en s'appuyant sur les réseaux à très haut débit. La triade des chercheurs, entrepreneurs et utilisateurs forme la base des personnes qui doivent se rencontrer dans un LL instancié en plateau de créativité, véritable centre de co-design des services avec les usagers, et lieu de convergence entre les technologies des réseaux, de l'informatique et du multimédia.

La vocation d’un LL en Europe est de favoriser une politique d'innovation en instaurant une plus grande cohésion au niveau régional entre décideurs politiques, experts, entrepreneurs et usagers. Des exemples de LL existent dans des îles comme à Malte, Chypre ou en Sicile et forment même un regroupement de LLs au sein d'un LL méditerranéen. Plus spécifiquement d'un point de vue technique, nous préconisons la mise en place d'un plateau de créativité au sein du Centre de Ressources de la Technopole, dont la vocation est d’incuber des projets de services fondés sur les TIC entre chercheurs, entrepreneurs et usagers.

Le concept de LL avec son plateau de créativité est ce lieu de rencontre à la fois virtuel et réel entre ces acteurs et qui devrait venir s’installer dans le Centre de Ressources au carrefour sur la butte centrale de la Technopole. On éviterait ainsi que l’université tourne le dos aux entreprises comme c’est le cas aujourd’hui !

Par exemple, j'ai assisté jeudi 20 mai 2010 à la présentation d'un projet de Cluster SIG avec des entreprises locales (AD SIG, 3D Phi), nationales (ESRI France) et l'IGN. Quel rôle pourrait jouer l'université à l'heure où l'on parle de partenariats public-privé et de mise à disposition des données publiques au public ? Il s'agit ici d'un projet structurant pour La Réunion qui vise à en faire la première île en 3D au monde. Cela serait une belle vitrine de communication pour le e-tourisme. Mais au-delà de la belle image que cela peut donner pour les touristonautes, il faut aussi imaginer les nouveaux usages et services que l'on pourra virtualiser dans cette plate-forme immersive. Qui ne se souvient pas de la tentative de créer Second Earth, entre Second Life et Google Earth ? Ce projet est-il aujourd’hui possible en expérimentant la rencontre sur un plateau de créativité des différents acteurs de la 3D à La Réunion, avec des usagers, des sociologues, des économistes, des ergonomes, des psychologues (sans rire) et pas seulement des technologues.

ESRI et l'IGN apportent leurs compétences en matière de SIG et d’images pour une cartographie de haute précision (résolution de 10 à 30 cm). Ces outils s’adressent traditionnellement aux techniciens (géomaticiens) pour l’aide à la décision des collectivités (mairies, directions départementales, Régions, etc…).

Les entreprises du Cluster réunionnais intègrent le bâti dans le navigateur en 3D de Google : Google Earth. Cela peut-il se faire dans les deux ans si l’on considère le coût d’un tel travail : 100 ha à Savannah, 300 bâtiments à modéliser et texturer: 15 Keuros avec SketchUp et Blender, 2 mois (délocalisation du travail ?). La qualité du travail reste bien sûr à évaluer, mais c’est surtout les usages de cette plate-forme qui doivent être analysés par des sociologues avec des usagers. Lesquels ? À l’université, on pense d’abord aux touristes, aux lycéens, aux étudiants, mais aussi au grand public réunionnais qui pourrait découvrir la richesse de son patrimoine naturel et culturel.

En pensant à l’expérience menée dans Second Life, il pourrait aussi s'agir d'un lieu de rencontre virtuel de qualité pour créer des projets de e-services avec les citoyens eco-responsables.

En effet, beaucoup de jeux sérieux se développent actuellement pour faire de la simulation, de l'accès à des informations par la navigation immersive, de la sensibilisation et de l'éducation à l'environnement, de la formation, de la gestion des risques, etc. Pour mieux connaître son environnement, se positionner dans l'espace et le temps est indispensable pour pouvoir appréhender la réalité du monde qui nous entoure, et accéder aux contenus de notre île qui change en temps réel, tout en se dégradant malheureusement.

L'idée serait donc de développer une conscience du bien commun qu'est l'île de La Réunion pour sauvegarder son patrimoine à la fois naturel et culturel, fondé sur les données, informations et connaissances publiques à faire partager.

En ce qui concerne les LL,  en plus d'être une vitrine pour les Technologies (par exemple immersives avec les univers virtuels, la réalité augmentée, l'ergonomie 3D), ils valorisent aussi les sciences humaines (Information et Communication, analyse des situations et évaluation des outils, interfaces et Interaction Homme-Machine) et la production régionale de contenus multimédia (gestion des savoir-faire par exemple). Ils mettent l'usager au centre du dispositif en tant que co-producteur de produits et services innovants.

Pour développer et implanter cette idée de LL, je souhaite m'engager avec des partenaires internationaux, nationaux et régionaux pour que le projet de plateau de créativité puisse voir le jour à La Réunion dans le cadre d'une stratégie de recherche et d'innovation à dimension humaine (rencontre entre chercheurs, entrepreneurs et usagers). Cela ne pourra se faire que si les institutions (Etat, Région, Europe) nous donnent les moyens de cette ambition : expérimenter les usages des e-services co-construits avec les utilisateurs (Centre de ressources > Centre de services > plateau de co-design) avec les futurs ingénieurs de l’ESIROI, les infographistes de l’ILOI, les étudiants en STIC et InfoCom qui s'intéressent à la gestion des contenus (tourisme, santé, éducation, environnement, arts, agro-alimentaire, ...).

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