Accueil





Nietzsche et l'ombre de Stirner



"papier et encre sont choses sottes et, par conséquent, indiscrètes."

(Nietzsche à Gustav Krug ; Bâle, le 17 novembre 1869)



Découvrir Stirner n'a rien d'une évidence tant la méconnaissance de sa pensée semble aller de soi. De son vivant même, le « petit bourgeois » excentrique fut récompensé de sa singularité par l'oubli rapide dans lequel tomba sa production philosophique, sans que le pamphlet de Marx, le volumineux "St Max" de L'idéologie allemande (abandonné à la critique rongeuse des souris, faute d'éditeur1) y ait contribué. Gratifié, une fois disparu, du titre de théoricien de l'une des deux grandes formes de la doctrine anarchiste, « l'individualisme anarchiste » 2, il fut aussi, dans le même temps, associé à Nietzsche en tant que précurseur. Le rapport du « descendant » à « l'ancêtre » sollicitant de temps à autre l'attention du microcosme des commentateurs. Plus d'un siècle après la formulation des premières hypothèses, la plus grande obscurité entoure toujours cette « histoire de famille ». Comme en toute énigme, qu'il faille renoncer à y voir clair n'est-il pas le meilleur aiguillon de la curiosité, une invitation à rouvrir le dossier !


1° Le témoignages des proches.


Aujourd'hui encore, le seul point incontestable est que Nietzsche a évoqué Stirner à deux reprises. Toute nouvelle enquête suppose le bref rappel de ces allusions. La première nous a été transmise par le souvenir d'un ancien élève, Adolf Baumgartner, se rappelant (vingt-cinq ans après l’épisode...) avoir emprunté L'Unique et sa propriété en 1874, à la bibliothèque de Bâle, sur le conseil de son professeur qui lui aurait alors présenté l'ouvrage comme ce qu'il y a eu de plus audacieux et de plus logique depuis Hobbes. 3 Nietzsche en possédait-il un exemplaire à l'époque ? Le fait que L'Unique ne figure pas dans la liste des livres qu'il a empruntés à cette même bibliothèque entre 1869 et 1879, soit durant ses dix années d'enseignement, permet de le supposer. Mais alors, pourquoi ne l'a-t-il pas prêté à son élève ?...

L'hypothèse d'une simple connaissance par ouï-dire 4 fut un moment privilégiée, surtout par les tenants d'une influence minime de Stirner sur le philosophe. Une surprenante révélation, faite par Franz et Ida Overbeck en 1906, allait cependant rendre cette éventualité moins convaincante : leur ami, à l'occasion d'une visite qu'il leur avait rendue à Bâle, pendant l'hiver 1878-1879, ayant en effet parlé de deux phénomènes très curieux qui sur le moment l'occupaient activement, Klinger (et ses aphorismes) et Stirner. 5 Franz ne se souvenant que de l'embarras de Nietzsche succédant à cette confidence faite avec une timidité manifeste. Seule, Ida Overbeck avait encore présents à l'esprit les propos de Nietzsche : Klinger était un philistin auquel je ne me sens pas apparenté, tandis que Stirner, si ! 6 La suite du témoignage devait susciter bien des conjectures : une certaine solennité passa sur son visage. Comme j’observais attentivement ses traits, je les vis se modifier à nouveau ; il eut une sorte de mouvement de la main, comme pour chasser quelque chose ou s’en défendre, et murmura : Bon, voilà que je vous l’ai dit, et pourtant je ne voulais pas en parler. Mais oubliez-le ! On parlera d’un plagiat pas vous, je le sais.7


2° Une accusation embarrassante.


Crainte ô combien prémonitoire puisque Eduard von Hartmann, ridiculisé par Nietzsche au § 9 de sa 2ème Considération Inactuelle, n'hésita pas, à peine son critique d'autrefois entré en déraison, à soutenir que sa prétendue nouvelle morale avait déjà été présentée dès 1845, par Max Stirner, de manière magistrale et avec une netteté et une franchise qui ne laissent rien à désirer.8 Certes, la postérité n'a pas encore ratifié l'inversion hartmannienne des valeurs selon laquelle Stirner dépasse de loin son successeur en ce qui concerne le contenu philosophique.9 Mais la postérité n'est pas immuable... Et surtout elle n'est pas à une seule voix. Déterminer lequel, du Surhumain ou de L'Unique, sort « vainqueur » de la confrontation par commentateurs interposés qui a débuté à la charnière du XIXème et du XXème siècle restera toujours fonction de la sensibilité soit plutôt aristocratique, soit plutôt libertaire, de l'exégète... et du lecteur. Vouloir absolument trancher sur ce point fait oublier l'essentiel : si Nietzsche a redouté l'accusation de plagiat, cela prouve au moins qu'il était conscient d'un certain nombre de points communs troublants entre sa propre pensée et celle de son prédécesseur. Faut-il alors les analyser en termes d'influence ou de coïncidence ? Abordant la question dans l'un de ses romans philosophiques, Eumeswil, Ernst Jünger a opté pour la solution par la désinvolture  : les idées sont dans l'air. L'originalité réside dans leur mise en forme, dans la force avec laquelle on les empoigne et les modèle.10 Ce qui revient à reprendre le paradoxe d'Alfred Fouillée, soutenant en 1902, que Nietzsche avait très bien pu repenser Stirner sans l'avoir lu.11 Mais c'était avant la révélation des Overbeck...


3° Une conjecture iconoclaste...


Comment, dès lors, concilier l'aveu et le mutisme ? La réponse à cette question, donnée par Overbeck, est que Nietzsche était loin d'être un homme ayant le cœur sur les lèvres et que, d'une manière générale, il préférait venir seul à bout de ce qui le préoccupait. Admettons... A l'appui de cette thèse développée pour le cas Stirner, l'ami du philosophe mentionne dans ses Souvenirs quelques réflexions critiques au sujet de Wagner remontant à 1874-1875, et donc antérieures à l' hommage rendu au compositeur dans la 4ème Inactuelle (Richard Wagner à Bayreuth). De ces réflexions dont Overbeck nous dit qu'elles anticipaient déjà « Le cas Wagner », de larges extraits ont cependant subsisté dans les Fragments posthumes. Pourquoi n'en retrouve-t-on pas l'équivalent pour Stirner ? A ce devancier auquel Nietzsche s'est furtivement déclaré apparenté, il n'aurait consacré aucune note ? Curieusement les carnets de l'hiver 1878-1879, contemporains de la conversation avec les Overbeck, sont bien minces... Quoi de plus simple que de se débarrasser d'un petit cahier ou de quelques feuilles éparses ayant trait à L'Unique, et, bien entendu, de faire disparaître le livre, le jour où l'on réalise que cette parenté pourrait finalement se révéler embarrassante !

Mais attardons-nous quelques instants sur le mutisme dans l’œuvre publiée. Ecce homo contient ces mots étonnants au sujet d'Aurore, livre qui suit d'assez près l'aveu aux Overbeck : Avec Aurore, j'engageais pour la première fois la lutte contre la morale du renoncement à soi-même. Remarquable est la prétention à la primauté dans cette campagne contre la morale, la conviction apparente, et en tout cas affichée de Nietzsche, que le monde entier est en désaccord avec lui, son agacement à constater la valeur absolue accordée partout au non-égoïste, et l'hostilité que rencontre l'égoïste. Alors que la réhabilitation de l'égoïsme avait déjà été effectuée par l'auteur de L'Unique, à l'évidence mieux placé pour prétendre au titre de premier immoraliste que le philosophe méconnu de Turin !...

La rétrospective portant sur les Considérations inactuelles, toujours dans Ecce homo, produit la même impression d'oubli invraisemblable lorsque sont évoqués Schopenhauer et Wagner, ces deux figures illustrant le plus strict "culte du moi", la "culture du moi" la plus rigoureusement disciplinée (…), pleins d'un souverain mépris pour tout ce qui les entourait. On sait qu'à l'époque où elles furent écrites, Nietzsche, à l'inverse de L'Unique ayant mis sa cause dans rien, confondait encore la sienne avec celle de Wagner... Mais une fois le disciple émancipé du maître, et alors qu'à la fin du premier chapitre de la 3ème Inactuelle, il était explicitement question de se souvenir plus tard d'autres éducateurs (entendus au sens de libérateurs), ne plus se rappeler de Stirner relève-t-il simplement d'une bénigne amnésie ? Menacé dans son « unicité » par la présence de cet encombrant jumeau, lors de son ultime tentative d'accéder à la notoriété, à la fin de 1888, Nietzsche n'avait-il pas intérêt à l'ignorer ?... A « ne pas se souvenir » qu'il avait aussi fait partie de ses formateurs... Mais on hésite à formuler l'hypothèse selon laquelle il l'aurait délibérément passé sous silence. Trop osée, inconvenante, indigne...


4° L'absence étonnante...


Les nietzschéens soulignent volontiers, dans le sillage de la thèse d'Albert Lévy (Stirner et Nietzsche ; 1904), la superficialité des ressemblances entre les deux penseurs. Bref, il ne s'agirait que de faux jumeaux dont on compare les physionomies essentiellement à des fins de classement, concédant l'antériorité à Stirner sur certains points, mais conservant la préséance à Nietzsche sur l'essentiel. Ainsi d'Henri Lichtenberger déclarant en 1898 (l'année même où le livre de l'anarchiste J-H Mackay, Max Stirner, sa vie, son œuvre, allait alimenter la polémique « comparatiste ») qu'il n'est pas d'une importance capitale pour apprécier la valeur de Nietzsche de rechercher dans le détail ce qu'il doit à ses devanciers. Il est certain que, malgré ses prétentions à l'originalité complète, il a subi, consciemment ou non, l'influence de ses contemporains, et que sa pensée, lorsqu'on la dépouille du tour paradoxal et agressif qu'elle revêt sous sa plume est souvent beaucoup moins neuve qu'elle ne le semble au premier abord. L'individualisme intransigeant, le culte du moi, l'hostilité à l’État, la protestation contre le dogme de l'égalité et le culte de l'humanité se retrouvent presque aussi fortement marqués que chez Nietzsche, chez un penseur assez oublié, Max Stirner, dont l’œuvre principale, l'Unique et sa propriété (1845), est fort curieuse à comparer à ce point de vue avec les écrits de Nietzsche.(...) Mais si l'on constate aisément que , par ses doctrines, Nietzsche peut être comparé à tel ou tel de ses contemporains, on est bien obligé de reconnaître d'autre part, que par sa personnalité même, il diffère profondément de ceux-là même qui professent sur certains points des idées analogues aux siennes. (…) Il tient évidemment beaucoup à ne pas être confondu avec eux, et cela non par amour propre d'auteur qui voit d'un mauvais œil des rivaux possibles, mais parce qu'il se sent très différent d'eux par sa nature morale.12 Un siècle de commentaires n'a rien ajouté à cette approche nuancée reconnaissant à la fois la proximité de certaines thèses et la différence des personnalités. Toutefois l'énigme de la non confrontation demeure entière : car Nietzsche a toujours mentionné, dans ses carnets, ne serait-ce que très brièvement, ceux avec lesquels (anciens ou contemporains) il était en désaccord, que ce soit sur fond d'attirance (Guyau, Dostoïevki), ou de franche opposition (von Hartmann, Spencer, Dühring). Stirner aurait dû figurer parmi eux. A défaut d'avoir retrouvé son nom, l'on s'est donc appliqué à repérer sa "présence par critique interposé" dans la prose nietzschéenne. Sans réel succès, comme on va le voir...


5° La « preuve » par ceux qui citent Stirner.

Le §9 de la 2ème Considération Inactuelle, parfois cité comme « preuve » de la connaissance que Nietzsche avait de Stirner (puisque E. von Hartmann, malmené dans ce paragraphe, avait effectivement consacré trois pages sur les mille deux cent de sa Philosophie de l'Inconscient à tenter une réfutation de l'égoïsme stirnérien) n'apporte pas grande lumière sur la question. Même s'il comporte un passage où il est possible de voir une allusion à l'une des thèses de Stirner. Nietzsche dénonce en effet les associations d'égoïsmes individuels et les fraternités ayant pour but l'exploitation par le brigandage de tous ceux qui n'en font point partie. Comment ne pas songer ici à ces lignes de L'Unique : tends le bras et prends ce dont Tu as besoin ! Ainsi est déclarée la guerre de Tous contre Tous, Moi seul décidant de ce que Je veux avoir.13 La tournure hobbesienne du propos justifie certes la remarque dont Nietzsche aurait accompagné son conseil de lecture donné à Baumgartner : c'est ce qu'il y a eu de plus audacieux depuis Hobbes ! Pour autant, nulle allégeance à la doctrine de Stirner n'est perceptible dans le texte de la Seconde Inactuelle, cette dérive de l'égoïsme confinant au banditisme étant au contraire fustigée et incluse dans les manifestation de l'utilitarisme vulgaire. La reconnaissance de parenté avouée aux Overbeck n'est donc guère déductible de ce bref passage. Tout au plus le §9 constitue-t-il une étape dans la datation maintes fois tentée de la première lecture de L'Unique. Mais la remontée à sa source permet-elle de comprendre les méandres d'un fleuve ?...

On comprend très bien, par contre, l'intérêt qu'avait Hartmann à défendre cette thèse de « la preuve par le §9 » : Nietzsche - écrivit-il à la grande époque de la controverse naissante – ne mentionne jamais le nom de Stirner et ses écrits. Qu'il ait dû connaître mon renvoi explicite au point de vue de Stirner et à sa signification (dans mon livre "Philosophie de l'Inconscient"), cela ressort de sa critique polémique du chapitre où il est mentionné (…) Qu'il ne se soit pas senti motivé par mon avis de connaître de plus près un penseur qui lui ressemble autant, cela est peu probable.14 Au vu du texte de Hartmann - consultable ici en Annexe - le lecteur jugera par lui-même si ce que Hartmann dit de Stirner15 aurait pu donner à Nietzsche envie de le lire...


Du même auteur, nous avons ajouté un petit écrit inexplicablement négligé par les commentateurs, bien qu'il comporte aussi une allusion à Stirner, à notre avis plus incitative à la lecture de son œuvre que celle de la Philosophie de l'Inconscient : il s'agit de L'autodestruction du christianisme et la religion de l'avenir. On notera par ailleurs une coïncidence troublante : l'année 1874, celle de la parution de l'ouvrage en question, fut également donnée par Baumgartner comme étant celle de l'invitation de son professeur à lire L'Unique... Mais elle fut aussi celle de la publication par Nietzsche de sa 3ème Inactuelle (Schopenhauer éducateur) qui débute par ces propos que Stirner n'aurait pas désavoués : Au fond tout homme sait fort bien qu'il ne vivra qu'une fois, qu'il est un cas unique, et que jamais le hasard, si capricieux soit-il, ne pourra ramener au jour un aussi bizarre bariolage de qualités fondues en un tout. Il le sait, mais il s'en cache, comme s'il avait mauvaise conscience. Pourquoi ?Par crainte du voisin qui exige que l'on se conforme à la convention, et qui lui-même s'en couvre. Mais qu'est-ce qui oblige l'homme à craindre son voisin, à penser et à agir en bête de troupeau et à ne pas prendre plaisir à être soi ?

La perplexité du lecteur moderne - pour autant qu'il a remarqué la coïncidence - est encore accrue par le silence dont Nietzsche a entouré cet ouvrage de Hartmann dans sa correspondance. Alors que lui-même et son ami Overbeck y sont mentionnés ! Nietzsche, à propos de sa 1ère Inactuelle contre Strauss, jugée désagréable quant à la forme, et Overbeck, dont l'ouvrage de 1873, Les vertus chrétiennes de notre théologie actuelle, plusieurs fois cité, est loué pour sa sincérité et son absence de prévention absolument étonnantes chez un théologien. Comment admettre que la seule trace laissée par Nietzsche de cette lecture ait été une lettre adressé à Cosima Wagner pour son anniversaire, au début de 1875 ? Lettre détruite par la destinataire16... Alors que celui qu'il baptise de philosophaillon à la mode dans un courrier (daté du 14 juin 1874) au conseiller aulique O. Marbach, fait l'objet de commentaires ironiques pour son essai sur le Roméo et Juliette de Shakespeare17, on ne trouve rien sur L'autodestruction du christianisme dans tout le reste de la correspondance pour l'année 1874 ! Il est vrai que la cohabitation de Nietzsche et d'Overbeck à Bâle, à cette époque, permet d'expliquer l'absence d'échange épistolaire entre les deux amis. L'hypothèse d'une lecture « tardive », et gardée secrète par Nietzsche, du maître-livre de Stirner par le biais de L'autodestruction du christianisme, en 1874, n'en demeure pas moins envisageable...


Parmi les lectures de Nietzsche faites en amont de la Philosophie de l'Inconscient d'Eduard von Hartmann, figure l'Histoire du matérialisme de F.A. Lange qui traite sommairement du « cas Stirner ». Sachant que cet ouvrage, paru l'été 1866, fut aussitôt lu et chaleureusement recommandé ensuite par l'étudiant qu'était alors Nietzsche à ses amis Gersdorff et Rohde, on y a vu - non sans vraisemblance – l'une des occasions possibles de « prise de contact » des deux uniques. Notamment Albert Lévy. Comparé aux trois pages consacrées à Stirner par von Hartmann, l'unique paragraphe de Lange, destiné à faire connaître l'homme qui dans la littérature allemande a prêché l'égoïsme de la façon la plus absolue et la plus logique n'apparaît cependant pas en position de force. Mais, comme l'a fait remarquer Albert Lévy, il faut croire que ces lignes frappent le lecteur, puisqu'elles ont déterminé la conversion de J-H. Mackay, qui est devenu depuis le disciple fanatique de Stirner.18 Il est vrai que la présentation, en une vingtaine de lignes, d'un livre défini comme le plus exagéré que nous connaissions et allant jusqu'à rejeter toute idée morale peut amplement suffire à éveiller la curiosité ! Et le désir d'aller voir de plus près cette « monstruosité »19...

A supposer que cela ait bien été le cas pour Nietzsche, nous ne sommes toutefois pas beaucoup mieux renseignés sur la nature de l'impression forte et tout à fait singulière produite par cette lecture, aux dires d' Overbeck... En dépit de la découverte biographique, rendue publique lors d'un colloque tenu à Dortmund le 5 juillet 1991, par le stirnérien moderne Bernd A. Laska. Découverte dont il nous faut dire quelques mots.


6° L'hypothèse de Bernd A. Laska.


On sait que, peu de temps après avoir abandonné ses études de théologie pour celles de philologie, Nietzsche avait passé la première quinzaine d'octobre 1865 à Berlin, dans la famille de son ami Hermann Mushacke. Ce qu'on ignorait par contre, jusqu'à la « révélation » de Dortmund, c'est que le père d'Hermann, Eduard Mushacke, qui était professeur d 'école normale, fut aussi un proche de Stirner ! D'où la thèse de Bernd A. Laska : il n'est guère pensable que Mushacke n'ait pas parlé à un Nietzsche à la fois intéressé et compétent de son ami Stirner ; qu'il n'ait pas eu "L'Unique" dans sa bibliothèque et que Nietzsche n'ait pas dévoré là cet ouvrage. Il put y lire, alors qu'il venait, grâce à la critique de la religion de Feuerbach et peut-être aussi à la critique des Évangiles de Bauer, de se frayer un chemin jusqu'à l'athéisme, que les athées étaient des "gens pieux", pourquoi et comment ils l'étaient. Il put y lire que Dieu était mort, y entendre parler d'immoralisme, de nihilisme etc. Il y vit comment quelqu'un s'était placé "au-delà du Bien et du Mal" et avait "philosophé avec un marteau" – c'était là pour un être hautement sensible comme Nietzsche une surdose intellectuelle à peine assimilable. A l'ivresse mentale qu'elle suscita en lui succédèrent un véritable effondrement, l'auto-thérapie, la crise initiale, la fuite dans la philosophie de Schopenhauer.20

Que déduire de cette hypothèse facilement concevable selon laquelle le jeune Nietzsche aurait été confronté pendant son séjour de deux semaines chez Mushacke, en octobre 1865, à l'ouvrage de Stirner ? Que nous apporte la plausibilité de cette première rencontre ? Aussi facilement concevable est l'hypothèse selon laquelle Nietzsche n'aurait fait que parcourir L'Unique, faute du temps nécessaire et du contexte favorable à une lecture intégrale. Dans les deux cas, soit qu'il ait simplement entendu parler de Stirner pour la première fois en écoutant Eduard Mushacke raconter ses souvenirs de l'époque des jeunes hégéliens, soit qu'il ait effectivement lu le livre de Stirner à l'occasion de son séjour à Berlin, le gain de connaissance est minime. Toujours aussi épais demeure le brouillard enveloppant la rencontre, toujours aussi inaudible sa répercussion. Le champ de la recherche ne s'en trouve donc pas retourné...

La crise initiale de Nietzsche a été la perte de la foi. Y ont indiscutablement contribué Ludwig Feuerbach, l'incontournable penseur athée de la première moitié du XIXème siècle, dont le futur annonciateur de la mort de Dieu avait réclamé le « best-seller » (L'essence du christianisme) pour son dix-septième anniversaire en octobre 1861 ! Et David Strauss, dont il avait lu La vie de Jésus pendant les vacances de Pâques de l'année 1865. On ne voit pas ce que change la découverte de B. Laska à la fonction de la philosophie de Schopenhauer explicitement définie par Nietzsche en termes de guérison21 dans son coup d’œil rétrospectif sur ses deux années passées à Leipzig du 17 octobre 1865 au 10 août 1867 : l’événement capital du second trimestre 1865 demeure bel et bien la découverte du Monde comme Volonté et comme représentation qui se superpose sans difficulté à celle de L’Unique quelques semaines plus tôt (à supposer qu'elle ait effectivement eu lieu à cette date), puisque le premier de ces deux livres met fin à la  dérive sans principe et sans espoir que le second ne pouvait que renforcer.


7° Au-delà de l'anarchie.


C'est s'avancer beaucoup que de faire jouer à Stirner un rôle décisif dans cette dérive, le mutisme obstiné de Nietzsche nous contraignant à la prudence. Un étonnant fragment posthume d'Aurore, mettant en scène un métaphysicien, un anarchiste et un indépendant, permet toutefois une reconstitution  historique compatible avec n'importe quelle chronologie. S'il est aisé de reconnaître Nietzsche dans le dernier de ces personnages, l'on se demande s'il ne songeait pas à Stirner en décrivant le second :

Nos instincts se déchaînent dans les ruses et les artifices des métaphysiciens, ce sont les apologistes de la fierté humaine : l'humanité ne peut se consoler d'avoir perdu ses dieux ! Supposons que cette passion se calme : quel état d'affaiblissement, quelle pâleur, quels regards éteints ! - (…)

Toute cette histoire se joue dans un nombre toujours plus restreint d'esprits. Mais la perte de la foi s'ébruite chez les autres – avec pour conséquence : la disparition de la peur, de l'autorité, de la confiance, la vie axée sur l'instant, les buts les plus grossiers, les choses les plus visibles : un mouvement inversé se dessine. C'est encore en ce qui est le plus opposé au but antérieur que la confiance reste la plus grande ! Tentatives et expériences, sentiment d'irresponsabilité, le goût de l'anarchie ! A la fierté s'est substituée l'intelligence.(...)

Il naît bien encore des gens qui en des temps plus anciens auraient appartenu aux classes dominantes des prêtres, de la noblesse, des penseurs. Maintenant ils assistent à l'anéantissement final de la religion et de la métaphysique, de la noblesse et de l'importance de l'individu. Ce sont des survivants du passé. Ils doivent se donner une importance, se fixer un but afin de ne pas se trouver mal à l'aise.(...) Ils sont les observateurs du temps et vivent en retrait des événements. Ils s'exercent à se libérer du temps et à ne le comprendre qu'à la façon de l'aigle qui le survole. Ils bornent leurs désirs à l'indépendance la plus absolue et ne veulent être ni citoyens, ni politiciens, ni propriétaires. Par-delà tous les événements, ils maintiennent l'individu et l'éduquent – l'humanité aura peut-être un jour besoin d'eux lorsque l'ivresse de l'anarchie se sera dissipée22.

L'ivresse de l'anarchie, le blasphème. Digère l'hostie et Tu seras délivré, pour reprendre l'une des formules stirnériennes23... Quel esprit profond peut se satisfaire durablement de tels propos ? La désacralisation de l'humain, la complaisance dans la négation, le jeune Nietzsche est à l'évidence passé par cette étape, comme en témoigne ce petit écrit de jeunesse : S'aventurer dans la mer du doute sans compas ni guide est folie et destruction pour les têtes qui ne sont pas encore développées ; la plupart d'entre elles sont renversées par des tempêtes ; très peu seulement découvrent de nouvelles terres. (…) De grands bouleversements sont encore à attendre le jour où les masses auront compris que le christianisme tout entier est fondé sur de simples conjectures ; l'existence de Dieu, l'immortalité, l'autorité de la Bible, l'inspiration, etc, resteront toujours des problèmes. J'ai essayé de tout nier : oh, détruire est facile, mais construire ! Or même détruire semble plus facile que ce ne l'est réellement. Nous sommes déterminés par les impressions de notre enfance, par les influences de nos parents et par notre éducation d'une manière tellement intime que ces préjugés aux racines profondes ne se laissent pas arracher si facilement par des motifs rationnels ou par la seule volonté24. Rédigées par Nietzsche pendant les vacances de Pâques 1862, soit trois ans avant l'épisode Mushacke, ces lignes doivent-elles quelque-chose à Stirner ? On peut bien sûr s'étonner de l'étrange similitude avec ce passage de L'Unique : Dieu, l'immortalité, la liberté, l'humanité, etc... autant de pensées et de sentiments qui Nous sont inculqués dès l'enfance et touchent plus ou moins Notre être intime, Nous dominent inconsciemment25. Mais il serait absurde de conclure ici à l'existence d'un « original » et d'une « copie ». L'identité des problématiques a fort bien pu naître de l'identité des préoccupations et le parallélisme des propos de celui des raisonnements. Ainsi que l'a judicieusement souligné Gisèle Souchon, Nietzsche n'a pas attendu de lire Stirner pour s'intéresser au problème de l'individu. Sa pensée ne naît pas de "L'Unique". Elle le croise plutôt en chemin comme un voyageur rencontre un autre voyageur et fait route un certain temps avec lui jusqu'à ce que leurs chemins se séparent26.


8° Un nouvel Unique inattendu.


La remontée aux sources ne nous aura donc pas permis de déterminer avec précision et quand se sont croisés pour la première fois les chemins des deux émancipateurs de l'individu. Impossible de savoir si le lycéen de Pforta, qui le 27 avril 1862 se penche sur les questions de la liberté de la volonté et du fatum, et de l'autonomie de la personnalité, a déjà entendu parler du sarcastique contempteur de spectres régissant la vie de l'esprit, du critique des possédés du Bien, de la vertu, de la moralité, de la loi, ou de quelque autre "principe"27. Mais il est certain que l'invitation à n'être relié qu'à soi-même, la question pratique de la conduite de la vie à laquelle il est répondu par le caractère, toutes ces thèses d'allure stirnérienne lui sont déjà familières et que s'il les a tirées de son propre fond de pensées, sans l'intervention d'aucun « souffleur », elles ont également été ruminées en compagnie d'un autre voyageur, explicitement nommé à plusieurs reprises cette fois, l'américain Emerson dont l'apparition28 résout en partie le problème qui nous occupe ici des influences et des héritages spirituels. A sa manière, il nous donne la clé du mystère : les hommes qui entrent en scène à la même époque sont tous unis les uns aux autres. Certaines idées sont dans l'air. Nous y sommes tous sensibles, car nous sommes faits d'elles ; tous sensibles, mais quelques-uns plus que d'autres, et ceux-ci les expriment les premiers. C'est là ce qui explique la curieuse contemporanéité des inventions et découvertes. La vérité est dans l'air, et l'esprit le plus impressionnable la proclame le premier ; mais tous la proclament quelques minutes plus tard.29 Une thèse que l'on devait retrouver, un siècle plus tard, sous la plume d'Ernst Jünger, comme on l'a vu...

Tout aurait bien sûr été plus simple si Nietzsche avait laissé échapper, à propos de Stirner, ce qu'il a écrit au sujet d'Emerson : je n'ai pas le droit d'en faire l'éloge, il m'est trop proche.30 Il est vrai que la reconnaissance de parenté dont les Overbeck avaient gardé le souvenir est à peu près l'équivalent de ce propos. Quoi qu'il en soit, si le flou entourant la silhouette de Stirner nous avait paru jusqu'alors être le résultat d'un effacement auquel aurait pu participer la volonté de gommer une influence - sans qu'il soit possible d'accéder à la conviction, a fortiori à la certitude - l'apparition de la figure d'Emerson fait soudain pâlir ce "filigrane stirnérien" à la recherche duquel nous étions partis. La self-reliance dévaluant le culte de sa propre personnalité dont Stirner semblait avoir le monopole. Qu'on en juge par ces quelques extraits de La confiance en soi31 :

Croire en votre propre pensée, croire que ce qui est vrai pour vous au plus secret de votre cœur est vrai pour tous les hommes – là est le génie. Ce passage a été recopié par Nietzsche dans les Fragments Posthumes du Gai savoir (FP 17[20]).

Il arrive un moment où, dans son éducation, chacun parvient à la conviction que l'envie est ignorance ; que l'imitation est un suicide, qu'il doit s'accepter comme tel pour le meilleur et pour le pire, comme le lot qui lui est dévolu. Également recopié dans les FP/GS ( 17[22])

La vertu la plus prisée est le conformisme. Elle n'a qu'aversion pour la confiance en soi.(...)

Aucune loi ne peut être sacrée à mes yeux, si ce n'est celle de ma nature. Le bien et le mal ne sont que des noms que l'on peut facilement transposer ; seul est bon ce qui est conforme à ma nature, seul est mal ce qui va à son encontre. Recopié dans le FP/GS 17[26])

J'ai honte lorsque je pense à la facilité avec laquelle nous capitulons devant les insignes, les noms, l'importance des sociétés et les institutions mortes. Tout individu convenable et s'exprimant bien me touche et m'émeut bien plus qu'il ne convient.(...)

Je fuis père et mère, femme et frère lorsque mon génie m'appelle. J'écrirais volontiers sur les linteaux de la porte d'entrée : "Caprice".(...) Là encore, ne me parlez pas, comme le fit aujourd'hui un brave homme, de l'obligation que j'ai d'améliorer le sort de tous les pauvres. Sont-ils mes pauvres?(...)Ce que je dois faire est tout ce qui me concerne, non pas ce que pensent les gens.

On pourrait trouver bien d'autres propos similaires dans l’œuvre d'Emerson. Isolés du reste du texte dans lequel ils s'inscrivent, ils donnent une touche à la fois libertaire et élitiste à cet anti-conformiste. Pourtant il serait vain de poursuivre plus longtemps sur la piste des analogies avec Stirner, car tôt ou tard, dans la forêt du sage de Nouvelle Angleterre, on bute sur une souche religieuse... Et c'est elle qui décide du moment où les chemins des trois voyageurs se séparent. Une anecdote illustre bien cette particularité de la personnalité d'Emerson rendant impossible une complicité durable avec les athées. Elle est extraite de son Journal, à l'époque où il avait vingt-quatre ans :

Charleston, 6 avril 1827. - Un événement de plus dans l'histoire paisible de ma vie. Je me suis lié d'amitié à un homme qui, avec un amour ardent de la vérité pareil à celui qui m'anime, avec un esprit surpassant le mien par la variété de ses recherches, aiguisé et armé pour des actions énergiques auxquelles je ne prétends pas, par des avantages de naissance et des relations pratiques avec l'humanité, uniques au monde, - n'en est pas moins, chose que j'avais crue purement imaginaire, un athée convaincu, un incrédule touchant l'existence et l'immortalité de l'âme. Ma foi sur ces points est robuste et, je l'espère, inébranlable pour la vie.

De fait, le célèbre transcendantaliste se sera cramponné toute son existence à une forme de rationalité de l'Univers, censé être gouverné par une Providence. Sa confiance en lui aura toujours été soutenue par sa confiance en Dieu... Quel rapport avec Stirner, considérant comme de véritables fous, des fous à enfermer, les hommes qui se raccrochent à quelque-chose de supérieur32, ou avec Nietzsche, faisant de « la mort de Dieu » un grandiose renoncement et une perpétuelle victoire sur nous-mêmes33 ? Qu'avant d'entreprendre ses brèves études de théologie, ce dernier ait été subjugué par le pasteur en rupture de ban jetant l'anathème sur le conformisme ecclésiastique n'a rien d'étonnant. Mais ensuite ? Il nous laisse un peu sur notre faim : ce mot que le Crépuscule des idoles34 met dans la bouche de Carlyle pour faire « l'éloge » d'Emerson, correspondit sans doute assez vite au sentiment de Nietzsche. D'où la relative rareté, finalement, des textes le mentionnant. Comparés à l'inexplicable blanc sur Stirner, ils paraissent néanmoins surabondants, et l'on ne voit pas quelle autre figure pourrait être plus à même d'éclipser l'insolent solipsiste jusqu'à la disparition. Et donc de « légitimer » son inexistence dans le corpus nietzschéen...


9° Le mystère demeure entier...


L'ironie à l'égard des conventions et des lois, le mépris du verbiage philosophique, l'invitation à ne pas se soucier d'autrui, tout cet immoralisme dont Stirner s'était fait une spécialité contre les pieux athées inspirés de Feuerbach, se retrouve, il est vrai - mutatis mutandis – dans le débat opposant Calliclès à Socrate à propos du genre de vie qu'on doit avoir.35 Et l'énigmatique athénien, sur l'historicité duquel on se perd toujours en conjectures, nous fait un peu songer à Nietzsche, avouant - toujours dans son Crépuscule des idoles - n'avoir jamais subi le charme du dialogue platonicien, jugé puéril, et avoir toujours trouvé Platon ennuyeux...36 Mais Calliclès, ce Stirner antique rendant moins originales les imprécations de son descendant germain, pouvait-il suffire à rendre superflue toute allusion au dissident de la gauche hégélienne ? Un mélange d'attirance pour la logique du raisonnement et de répulsion pour les conclusions allant dans le sens d'une morale du laisser-aller (présente aussi bien chez Calliclès que chez Stirner) explique l'ambivalence de Nietzsche face à son principal devancier en individualisme, mais pas la retenue de sa plume...

Seule, la découverte d'un manuscrit mentionnant L'Unique permettrait d'apporter une conclusion à l'enquête périodiquement abandonnée, faute d'éléments probants. Cet événement se faisant attendre... nous demeurons donc confrontés à l'alternative agaçante qui nous impose de choisir l'une ou l'autre des deux hypothèses également vraisemblables et également insatisfaisantes qui se sont progressivement dessinées au cours de notre recherche :

1ère hypothèse : si on n'a pas retrouvé les « Thèses sur Stirner » de Nietzsche, c'est parce qu'il les a fait disparaître....

2ème hypothèse : si on ne les a pas retrouvées, c'est tout simplement parce qu'il n'y en a jamais eu !

Tantôt, l'on penche pour la première, tantôt, pour la seconde...



Jean-Pierre Dumont

(Avril 2013)


email :







BIBLIOGRAPHIE





Sur le thème des ressemblances et des différences entre Nietzsche et Stirner, la thèse d'Albert Lévy (Stirner et Nietzsche ; Société nouvelle de librairie et d'édition ; Paris ; 1904) demeure un chef d’œuvre de subtilité et de lisibilité, deux qualités rarement réunies. Il aura fallu attendre cent deux ans pour qu'un éditeur (Stalker) songe enfin à une nouvelle publication... Entre temps, le texte était devenu accessible par Internet sur le site : http://kropot.free.fr/Stirner-Nietszche.htm

Dans son Nietzsche et Stirner (Kimé ; 1999), surtout précieux pour ses références aux sources allemandes de la question, inaccessibles aux non germanistes, Arno Münster a principalement tenté de rapprocher les deux Uniques en dotant le premier d'un « crypto-anarchisme »...

Plus convaincant est l'essai de Gisèle Souchon (Nietzsche : généalogie de l'individu ; L'Harmattan ; 2003) qui réévalue les analogies sans minimiser les différences.


Désormais incontournable, la contribution du stirnérien moderne Bernd A. Laska à la question  Nietzsche et Stirner - exposée dans La crise initiale de Nietzsche (http://www.lsr-projekt.de/poly/frnietzsche.html) – se veut une reconstitution du rapport de Nietzsche à Stirner : entre fascination et effroi, la tentative de le "dépasser" en l'étouffant... Un travail de détective, impressionnant, mais à la conclusion légèrement péremptoire. C'est elle qui nous a décidé à réexaminer le dossier...






ANNEXE N° 1


Stirner à Tribschen ?



A la question qui se pose de savoir Nietzsche a rencontré le nom de Stirner, l'une des premières réponses fut celle donnée, à titre d'hypothèse, par Albert Lévy : Il se peut qu'on ait prononcé ce nom devant lui chez Richard Wagner ; Wagner avait peut-être entendu parler de Stirner au temps de la Révolution de 1848, par son ami Bakounine, par exemple.37

La « piste » Wagner fut également suivie par Charles Andler, estimant quant à lui que le sardonique auteur de "Der Einzige und sein Eigentum" a été certainement connu de Wagner.38 A lire Andler, on se demande d'ailleurs comment il serait possible d'en douter puisque - toujours selon lui – Max Stirner était présent dans tous les manifestes d'art de Richard Wagner.39 Si tel était le cas, le jeune Nietzsche dévorant les ouvrages du maître au temps de sa Wagneromanie n'aurait pas manqué de s'en apercevoir ! Et l'on pourrait donc, texte à l'appui, voir en Wagner son initiateur possible à la pensée de L'Unique. Que personne n'ait été aussi catégorique qu'Andler sur ce point autorise à mettre en doute sa seconde assertion. La patience qu'il faudrait pour en prouver la légèreté en parcourant toute la prose politique de Wagner nous ayant fait défaut, notre perplexité s'est cependant trouvée confirmée par l'absence de référence à Stirner dans l'ouvrage de Maurice Boucher, Les idées politiques de Richard Wagner (Aubier, 1947), alors que les influences de Proudhon et de Bakounine sont abordées à propos du type d' individualisme anarchiste, dont le compositeur aurait pu se prévaloir à l'époque de sa participation à l'insurrection de Dresde, en mai 1848.

Plus près de nous, Martin Gregor-Dellin admet que dans les écrits révolutionnaires de Wagner, on trouve la trace de toutes les idées socialistes et anarchistes de ces années-là – Proudhon aussi bien que Lamennais, Mazzini, Wilhelm Weitling, et même Max Stirner dont l'ouvrage "L'Unique et sa Propriété" parut en 1845. Sans plus de précisions, toutefois, quant à la nature de cette trace... Tout en concédant que jusqu'en 1849, Wagner n'avait probablement ni lu, ni étudié aucun de ces auteurs, il soutient néanmoins quelques pages plus loin que l'égoïsme philosophique de Stirner, cette coupe rase de la liberté que l'individu entreprend pour lui-même et par là pour tous, est peut-être le seul dénominateur auquel on puisse rattacher ce "révolutionnaire en faveur du théâtre".40

Nietzsche, qui s'est lui aussi penché sur le passé révolutionnaire de Wagner, au paragraphe 8 de sa 4ème Inactuelle (Richard Wagner à Bayreuth41) et au paragraphe 4 du Cas Wagner42, n'ayant rien laissé transparaître de cette éventuelle influence, il n'en demeure pas moins possible que, lors des séjours qu'il fit à Tribschen entre 1869 et 1872, la conversation en soit venue à rouler sur Stirner, ce révolté qui s'était moqué de Proudhon et de la Révolution... 




ANNEXE N°2




STIRNER SELON F.A. LANGE




(…) L'homme qui dans la littérature allemande a prêché l'égoïsme de la façon la plus absolue et la plus logique, Max Stirner, se trouve en opposition avec Feuerbach.

Dans son fameux ouvrage L'Unique et sa Propriété (1845), Max Stirner alla jusqu'à rejeter toute idée morale. Tout ce qui, d'une manière quelconque, soit comme puissance extérieure, soit comme simple idée, se place au-dessus de l'individu et de son caprice, est rejeté par Stirner comme une odieuse limite du moi par lui-même. C'est dommage que ce livre, le plus exagéré que nous connaissions, n'ait pas été complété par une deuxième partie, par une partie positive. Ce travail eût été plus facile que de trouver un complément positif à la philosophie de Schelling ; car pour sortir du moi limité, je puis à mon tour créer une espèce quelconque d'idéalisme, comme l'expression de ma volonté et de mon idée. En effet, Stirner donne à la volonté une valeur telle qu'elle nous apparaît comme la force fondamentale de l'être humain. Il peut nous rappeler Schopenhauer. C'est ainsi que toute médaille a son revers !

Stirner n'a pas eu de relations étroites avec le matérialisme ; son livre n'a d'ailleurs pas exercé une influence assez considérable pour que nous nous en occupions davantage. Il est temps que nous portions notre attention vers l'époque actuelle.


(Friedrich-Albert Lange : Histoire du matérialisme (1866)

(traduction française par B. Pommerol publiée chez Reinwald & Cie en 1877 et 1879)

réédition chez Coda en 2004 ; tome 2 – 1ère partie : La philosophie moderne – Chapitre II : Le matérialisme philosophique depuis Kant ; p.450.








ANNEXE N°3



STIRNER SELON EDUARD VON HARTMANN



1° Dans la Philosophie de l'Inconscient (1869)



Il n'est pas difficile de se convaincre de la réalité du progrès dans l'histoire de l'individu : on le suit quotidiennement en chacun de nous sans exception. Mais justement, pour cela, il est plus difficile de se représenter vivement le développement d'un tout composé de nombreux individus, de manière à s'y intéresser sans aucune préoccupation égoïste. Rien n'est plus difficile que de se débarrasser de l'instinct de l'égoïsme.

Il est très intéressant, sous ce rapport, de lire l'ouvrage de Max Stirner, Le moi comme absolu, et le monde comme sa propriété, livre que tout esprit qui s'intéresse à la philosophie pratique ne devrait pas négliger de lire. L'auteur y soumet à une critique mordante toutes les idées qui exercent une influence sur la conduite ; et démontre qu'elles sont toutes des idoles. Elles n'ont d'empire sur le moi, que celui que ce dernier leur accorde dans sa faiblesse, qui le porte à se méconnaître soi-même. Stirner réduit en pièces, d'une manière ingénieuse et piquante et par des raisons décisives, les tentatives idéales du libéralisme politique, social et humanitaire ; et montre que, sur les ruines de toutes ces utopies qui se perdent dans le néant et l'impuissance, le moi railleur établira son empire et ses droits d'héritier exclusif. Si ces considérations n'avaient d'autre but que de fortifier la démonstration de cette vérité, que, comme moi, je ne puis pas plus sortir des formes de la vie individuelle que de ma peau, il n'y aurait rien à ajouter. Mais Stirner prétend avoir trouvé dans l'idée du moi, le principe absolu de toute activité. Il commet la même erreur qu'il avait reprochée aux défenseurs des autres idées, comme celles de l'honneur, de la liberté, du droit. Il se livre sans merci à la domination impérieuse d'une idée, dont il admet la souveraineté absolue, non pour telle ou telle raison, mais aveuglément, instinctivement. S'il conçoit le moi, non comme idée, mais comme réalité, il n'aboutit qu'à une tautologie entièrement vide et insignifiante. Il se borne à répéter que, comme moi, je ne puis vouloir que ma volonté, penser que mes pensées, et que mes pensées seules peuvent être les motifs de ma volonté : ce que ses adversaires ne contestent pas plus que lui. S'il admet, et sa théorie n'a pas de sens autrement, qu'on doit considérer l'idée du moi comme l'idée souveraine, et que les autres idées n'ont de vérité qu'autant qu'elles servent à l'idée du moi, il aurait dû au moins soumettre à son analyse l'idée du moi. Il aurait alors trouvé que, de même que toutes les autres idées ne sont en quelque sorte que l'étiquette de certains instincts spéciaux, ainsi le mot moi n'est que l'étiquette d'un instinct universel, l'égoïsme, qui est aux autres instincts spéciaux comme un billet de laissez-passer est aux billets du jour. Les instincts spéciaux ne sont souvent que les manifestations de cet instinct suprême dans les cas particuliers ; et l'on se tirerait très bien d'affaire avec cet instinct tout seul, si l'on bannissait tous les autres instincts : l'égoïsme seul est l'instinct indispensable dans la vie.

Il est sans doute pardonnable d'accorder à cet instinct, plus qu'à tout autre, une souveraineté absolue. Mais il ne faut pas oublier que l'erreur est la même dans les deux cas, et surtout qu'il est plus dangereux d'obéir exclusivement à l'égoïsme. Les autres instincts, quand ils sont assez énergiques, trouvent fréquemment à se satisfaire, bien que d'ordinaire il en coûte des sacrifices au bonheur général, que les joies individuelles ne compensent pas. L'égoïsme, au contraire, d'après nos recherches précédentes, ne peut jamais être assouvi, parce qu'il cause toujours plus de peines que de jouissances.

Comprendre que, du point de vue du moi ou de l'individu, la négation de la volonté ou le renoncement au monde, le renoncement à la vie est la seule conduite raisonnable, c'est une idée tout à fait étrangère à Stirner. Elle est le plus sûr remède contre la tentation d'exalter le moi. Celui qui s'est une fois rendu compte de la souffrance, qui est dans la vie le lot inconscient ou non de chaque individu, ne tardera pas à dédaigner et à mépriser l'illusion du moi, qui veut se conserver et jouir, en un mot qui affirme son existence. Celui qui sait le peu que valent son égoïsme et son moi sera difficilement porté à en considérer l'idée comme le principe absolu auquel tout doit être rapporté ; il fera moins de cas qu'auparavant de ses sacrifices personnels, et sera moins rebelle aux conclusions d'une philosophie qui définit le moi comme le pur phénomène de l'être un et identique, vivant au fond de tous les individus.

Le mépris du monde et de la vie est la voie la plus facile pour arriver au détachement absolu de soi-même. C'est seulement en suivant cette voie que la morale de renoncement, celle du christianisme ou du bouddhisme, par exemple, s'est produite dans l'histoire. Le pessimisme contribue de la même manière à faciliter le détachement infiniment difficile de soi-même ; voilà pourquoi il a une valeur morale incomparable qu'on ne saurait assez apprécier.

Si Stirner avait abordé l'examen philosophique et direct du moi, il aurait vu que cette idée n'est qu'une apparence produite dans le cerveau, et n'a pas plus de vérité (voir Fondement critique du réal. transc. , 3ème partie, "Le sujet transcendantal") que l'idée de l'honneur ou du droit, par exemple. La seule réalité qui réponde à l'idée que je me fais de la cause intérieure de mon activité, est celle de l'être qui n'est pas un individu, de l'Un-Tout inconscient. Cette réalité se retrouve aussi bien au fond de l'idée que Pierre se fait de son moi, que de celle que Paul se fait du sien. Ce principe si profond est le fondement sur lequel repose la morale ésotérique du bouddhisme ; non la base de la morale chrétienne. Persuadez-vous fermement et intimement de cette vérité qu'un seul et même être sent ma douleur et la vôtre, mon plaisir et le vôtre, et n'est associé qu'accidentellement à tel ou tel cerveau : alors seulement l'égoïsme exclusif sera extirpé en vous jusqu'à la racine. Il n'avait été encore qu'ébranlé, bien que fortement, par la doctrine qui apprend à mépriser le monde et la vie. Alors on a triomphé définitivement de la doctrine de Stirner, qu'il est bon d'avoir partagée une fois complètement, si l'on veut bien mesurer l'étendue du progrès réalisé. Alors, enfin, on a vaincu tout à fait l'égoïsme et conquis la conscience qu'il ne forme qu'un élément dans le processus universel, où il a d'ailleurs son côté nécessaire et sa place jusqu'à un certain point légitime.


Eduard von Hartmann : Philosophie de l'Inconscient (1869)

      - traduction française en 1877 par D. Nolen ; édition chez Germer Baillière et Cie ;

      - réédition chez L'Harmattan en 2008 ;

      - le passage mentionnant Stirner, reproduit ici, est extrait du Volume II (Métaphysique de l'Inconscient ; Ch. XIII ; p. 456 à 459)



2° Dans L'Autodestruction du Christianisme et la religion de l'avenir (1874)


Mais prêcher la morale est facile, fonder la morale est difficile.43 Quel fondement donnera-t-on aux sermons sur la morale ? Nul autre évidemment que l'appel aux penchants et ressorts moraux susceptibles d'influencer l'action de l'homme. Si ceux-ci sont assez fortement représentés, l'appel sera entendu, mais alors il était superflu ; s'ils ne le sont pas, on rira du sermon de morale et on le tournera en dérision, et le prédicateur se verra hors d'état d'expliquer aux railleurs, ne serait-ce que théoriquement, qu'ils ont tort. Car ceux-ci en appellent tout autant que lui aux instincts et aux penchants du cœur humain et quand il s'agit de décider lesquels des deux sortes de penchants sont préférables, si par exemple, l'amour ou la haine, le pardon ou la vengeance, l'abnégation ou l'égoïsme méritent d'être retenus lorsqu'il importe de donner un fondement à notre action, le prédicateur, cette fois encore, n'a d'autre ressource que de faire appel au sentiment ou au goût de l'homme que leur subjectivité rend différents. Si on la détache de la métaphysique, l'éthique reste suspendue entre ciel et terre ; elle peut bien encore établir des règles, mais elle est impuissante si l'individu ne trouve pas ces règles à son goût. Sans métaphysique, l'éthique est tout au plus une théorie naturelle des instincts et penchants humains, considérés dans leurs conséquences pour la société ; elle peut seulement continuer d'émettre la prétention d'être la norme de l'action mais non plus la justifier, si la volonté égoïste, ignorante des barrières, lui demande quelle est sa justification (cf. Max Stirner, Der Einzige und sein Eigentum, Leipzig, Wigand, 1845, et tout spécialement le chapitre « Der humane Liberalismus », pp. 145 sq. Et 478 sq. Cet ouvrage, plus riche d'esprit que les « Œuvres complètes » de maint philosophe à l'honneur, est la preuve la plus éclatante, dans la folie carnavalesque de ses résultats parfaitement logiques, de l'impossibilité de fonder l'éthique sur le point de vue de l'individualisme et de la nécessité de lui trouver un fondement moniste. On a ignoré délibérément ce livre, on a fait le silence sur lui, même dans les milieux les plus libéraux, et on s'est drapé dans les voiles d'une indignation vertueuse trop facile ; mais l'angoisse devant cet adversaire inquiétant, que trahit ce comportement, prouve seulement que l'on n'a pas su trouver son talon d'Achille ou que l'on a craint d'utiliser les seules armes avec lesquelles on peut frapper l'égoïsme au cœur : le monisme et le pessimisme). En tant qu'éthique dans le vrai sens du terme, c'est-à-dire en tant que science d'une réalité qu'il faut améliorer, l'éthique n'est possible qu'en s'appuyant sur une métaphysique moniste qui rabaisse la volonté individuelle, qui s'imagine absolue dans sa substantialité apparente, au rang de phénomène objectif et la dépouille ainsi de l'aséité et de la souveraineté qu'elle s'arroge, tandis que le théisme la confirme précisément dans l'illusion de sa substantialité et provoque littéralement le défi prométhéen envers le Créateur qui l'a créée sans lui demander la permission.


Eduard von Hartmann : L'Autodestruction du christianisme et la religion de l'avenir (1874)


(traduction française par Jean-Marie Paul ; Presses Universitaires de Nancy ; 1989 ; Ch. VII ; p.146-147.)


1 Si l'on en croit Marx dans l'Avant-Propos de sa Critique de l'économie politique (1859).

2 Victor Basch : L'individualisme anarchiste. Max Stirner (Alcan ; 1904 ; préface : p.IV)

3 Charles Andler : Nietzsche, sa vie et sa pensée (1928 ; Gallimard 1958 ; Vol. II ; p. 361)

4 Voir ici en Annexe : Stirner à Tribschen ?

5 Franz Overbeck : Souvenirs sur Nietzsche (1906 ; Allia ; 1999 ; p. 63)

6 Klinger, … das war ein Philister, mit dem fühl ich mich nicht verwandt ; aber Stirner, ja der! - cité par Charles Andler : Nietzsche (Vol II ; p. 361)

7 D'après Carl Albrecht Bernoulli : Franz Overbeck und Friedrich Nietzsche – eine Freundschaft (1908) – cité par Bernd A. Laska (voir Bibliographie).

8 Eduard von Hartmann - cité par Bernd A. Laska (voir Bibliographie).

9 Eduard von Hartmann - cité par Gisèle Souchon : Nietzsche: généalogie de l'individu (L'Harmattan ; 2003 ; p. 122)

10 Ernst Jünger : Eumeswil (1977 ; Folio ; p.461)

11 Alfred Fouillée : Nietzsche et l'immoralisme (Alcan ; 1902 ; 4ème édition : 1920 ; p. 9 ; note 1)

12 Henri Lichtenberger : La philosophie de Nietzsche (Alcan ; 1898 ; 12ème édition ; 1923 ; p. 174-175)

13 Max Stirner : L'Unique et sa Propriété (1844 ; édition L'Age d'Homme, Lausanne ; 1972 ; p. 299)

14 Eduard von Hartmann - cité par Arno Münster : Nietzsche et Stirner (Kimé ; 1999 ; p. 17)

15 Selon Albert Lévy, « ce que Hartmann dit de Stirner n'a pas dû engager Nietzsche à étudier avec sympathie L'Unique et sa propriété : car Nietzsche combat précisément les théories de la Philosophie de l'Inconscient parce qu'elles lui paraissent propres à fortifier cet égoïsme qui, selon Stirner, caractérise l'âge mûr de l'humanité comme l'âge mûr de l'individu. » (Stirner et Nietzsche ; 1904 ; rédition chez Stalker ; 2006 ; p. 10)

16 Source : C. P. Janz : Nietzsche. Biographie. 1978 (Gallimard ; 1984 ; Tome II ; p.76)

17 Lettres à Gersdorff du 8 mai 1874 et à Rohde du 23 mai 1874.

18 Albert Lévy : Stirner et Nietzsche (1904 ; réédition Stalker ; 2006 ; p. 11)

19 Voir ici en Annexe : Stirner selon F.A. Lange.

20 Bernd A. Laska : La crise initiale de Nietzsche (voir Bibliographie).

21 Nietzsche : Écrits autobiographiques – 1856-1869 – (PUF ; 1994 ; p. 152)

22 Nietzsche : Aurore ( Gallimard OPC. FP 6[31])

23 Stirner : L'Unique et sa propriété (L'Age d'Homme ; p.159)

24 Nietzsche : Fatum et histoire (Écrits autobiographiques ; PUF ; 1994 ; p. 190-191)

25 Stirner : L'Unique et sa propriété (p. 132)

26 Gisèle Souchon : Nietzsche : généalogie de l'individu (L'Harmattan ; 2003 ; p. 124)

27 Stirner : L'unique et sa propriété (L'Age d'Homme ; p. 116)

28 Dès les écrits de jeunesse (voir Nietzsche : Écrits autobiographiques - 1856-1869 - ; PUF ; 1994 ; p. 112 ; 118 ; 193 ; 196 ; )

29 Emerson : La conduite de la vie (1860 ; La destinée ; traduction de Marie Dugard ; rééditée chez Archives Karéline ; 2009 ; p. 39)

30 Nietzsche : Le gai savoir (Gallimard OPC ; FP 12[68])

31 Emerson : Essais (1ère Série ;1841 ; La confiance en soi ; traduction de Monique Bégot ; Payot & Rivages ; 2000)

32 Stirner : L'unique et sa propriété (L'Age d'Homme ; p. 115)

33 Nietzsche : Le gai savoir (FP 12[9])

34 Nietzsche : Le crépuscule des idoles (Divagations d'un "inactuel" N°13 ; Gallimard OPC ; p. 116)

35 Platon : Gorgias (492d)

36 Nietzsche : Le crépuscule des idoles (Ce que je dois aux Anciens §2 ; Gallimard OPC ; p. 147)

37 Albert Lévy : Stirner et Nietzsche (1904 ; réédition chez Stalker ; 2006 ; p. 10)

38 Charles Andler : Nietzsche, sa vie et sa pensée (1928 ; Gallimard 1958 ; Vol. II ; p. 361)

39 Charles Andler : Nietzsche, sa vie et sa pensée (1928 ; Gallimard 1958 ; Vol. III ; p.402)

40 Martin Gregor-Dellin : Richard Wagner (1980 ; Fayard ; 1981 ; p.194 & 200)

41 "il était devenu révolutionnaire par pitié pour le peuple."

42 "Wagner a, pendant la moitié de sa vie, cru à la Révolution comme seul un Français a jamais pu y croire."

43 Schopenhauer : De la volonté dans la nature (1836 ; Ch. 8 : Perspectives sur l'éthique.)