Newsletter du 14 février 2010: réingénierie!

Réingénierie des professions paramédicales et coopérations interprofessionnelles
 

Préambule

 « Pour qu'on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir. » Montesquieu

La loi HPST, la réforme L1 santé, la réingénierie et le LMD pour les professions paramédicales vont changer le paysage sanitaire et social.
En pratique nous allons tous être de plus en plus confrontés à la question des délégations de tâches et transferts de compétences. Les coopérations entre professionnels de santé seront liés à des projets locaux qui doivent être proposés aux ARS avec quelques garde-fous encore flous (HAS, réglementation) qui inquiètent bien entendu les organisations professionnelles.
"Ce sera aux professionnels de santé de déposer leur protocole de coopération auprès de l’ARS, laquelle doit recueillir l’avis conforme de la HAS avant d’autoriser la  mise en œuvre du protocole"

Les problèmes d'effectif dans tous les domaines de la réadaptation et en SSR la question du "qui code quoi" dans le CdARR nous enjoignent de suivre de près cette question. De nombreuses structures font déjà faire par des infirmières ce qui était fait par des kinésithérapeutes, à tort ou à raison. Les notions de mutualisation, de flexibilité et de polyvalence inhérente à la nouvelle gestion publique, termes gestionnaires aujourd'hui réunis dans le doux nom séduisant de "coopération interprofessionnelle" vont très vite interroger nos évidences.
 

Pour une lecture critique de la réingénierie

La clinique est-elle soluble dans la gestion? - Ebauche de cadre conceptuel: allergiques s'abstenir!
 
L'Etat contre les professions
 
Au service d'un public : un détour par Halbwachs et Goffman (voir entre autres la notion, importante pour la défense de la clinique, de "collectif professionnel")
http://www.ires-fr.org/IMG/File/DT0409.pdf
 
Vers le déclin du "pouvoir médical"? Un éclairage européen
 http://www.revue-pouvoirs.fr/Vers-le-declin-du-pouvoir-medical.html
 
 
Une illustration parmi tant d'autres du malaise des professionnels:
Soins Vol 54, N° 735  - mai 2009 p. 17 - Bassins de vie contre territoires de santé
 

Veille et Sources


De très nombreuses réunions ministérielles ont lieu ….et la confusion règne au sein même des professions paramédicales (* quelques extraits). Il semble que les médecins et en particulier les MPR n'y soient conviés que d'une manière très aléatoire. La reconfiguration et la cloture des "marchés professionnels" sont en plein remue-ménage et méninges.
Décret d’acte infirmiers : manoeuvres du Ministère !
http://www.syndicat-infirmier.com/Decret-d-acte-infirmiers.html

FFMKR : Vers une uniformisation du mode de sélection par P1 ?
http://www.ffmkr.com/mnu11442

REFLEXIONS DU CNKS (collège national de la kinésithérapie salariée)
http://www.cnks.org/13emes-jnks-annecy-2009.html (voir Session 3 : Au cœur des pratiques)
 
LES 14 propositions du CNOMK (BO du CNOMK de JUIN 2009)*
http://www.ordremk.fr/documents/QUATORZE_PROPOSITIONS_180509.pdf
 
Télécharger le rapport du CNOMK:
Répondre aux besoins de santé et garantir la qualité des soins par une formation et un exercice rénovés
 

 

Les questions qui se posent aux différentes organisations professionnelles

 
Quelques questions sont à poser immédiatement au regard des enjeux pour nos programmes de soins et de la méthodologie employée

1) Connaissant l'impact potentiel de ces réformes sur le fonctionnement de nos équipes, comment doit s'effectuer la participation de parties prenantes médicales, dont la MPR, aux travaux sur la réingénierie des formations paramédicales et quel est l'état de la réflexion? Quel est le degré de participation des organisations MPR?

2) S’agissant des formations des kinésithérapeutes, ergothérapeutes, orthophonistes [ voire de tous les rééducateurs]:
La durée doit être identique  pour toutes le professions ?
Le niveau de sortie du DE: au niveau Licence ?
Le niveau de sortie du DE: au niveau M1 ?
Le niveau de sortie du DE: au niveau M2 ?

Les ergothérapeutes qui ont terminé leur processus de réingénierie (bonne dynamique qui les a fait aller plus vite que les kinés) sont maintenant divisés ! Certains veulent prendre tout de suite la mise en œuvre avec grade Licence et d’autres préfèrent « attendre » les MK (qui sont divisés sur le niveau) …persuadés que ces derniers vont obtenir M1 voire M2?
Une partie des masseurs-kinésithérapeutes demandent une formation en 5 ans (Master 2) sur le modèle canadien des physiothérapeutes et  en arguant de pouvoir être consultés de première intention ; ce modèle va dans le sens d'une plus grande autonomie professionnelle et d'une raréfaction des médecins. Les actuels kinésithérapeutes (en 3 ans ou 1 + 3 ans) risquent alors de devenir " kinésithérapeutes aides-physiothérapeutes". Qu'en penser ?

3) Que penser aussi de la notion d'aide-kinésithérapeute ?….la raréfaction des MK  faisant envisager deux types de soutien :
Soit spécifiquement des aides-kinésithérapeutes ("trottinothérapie", ….)
Soit des aides-soignants « spécialisés en rééducation réadaptation » ou non
Une partie des masseurs-kinésithérapeutes (surtout les libéraux) souhaitant la solution spécifique et une autre partie (surtout les salariés) souhaitant la solution plus globale

Conclusion et perpectives

Aux dernières nouvelles voici comment s'annonce l'harmonisation:
 
Coopérations interprofessionnelles (traduire par formalisation gestionnaire de la coordination)
Coopération entre professionnels de santé : l'ensemble des ordres désapprouvent l'arrêté paru vendredi
http://www.infirmiers.com/actualites/actualites/cooperation-entre-professionnels-de-sante-lensemble-des-ordres-desapprouvent-l-arrete-paru-vendredi.html
Même si on baptise du merveilleux nom de "coopération interprofessionnelle" la formalisation gestionnaire de la coodination, c'est à dire la mutualisation, la flexibilité et la polyvalence qui curieusement  se vendent beaucoup moins bien sous ces termes, le problème de segmentation et d'incoordination des parcours de soins reste entier. Ces termes d'ailleurs ne sont pas condamnables par eux-même, tout dépend de la logique qui les met en oeuvre au regard de l'autorégulation professionnelle et des réseaux réels.
 
Position du conseil de l'Ordre des médecins
 
Dossier: Comment favoriser les coopérations entre professionnels de santé ?
http://bulletin.conseil-national.medecin.fr/IMG/pdf/dossier_2010-01.pdf

Roselyne Bachelot signe le protocole d’accord sur le passage des infirmiers à la catégorie A

On peut sans doute affirmer que quelque chose a été manqué depuis 1958 dans l'universitarisation des paramédicaux. La création d'écoles à distance des processus cliniques, dans leurs composantes de soins de recherche et d'enseignement, a beaucoup nui au développement des coopérations qui se pensent plus facilement l'étranger où de vrais parcours qualifiants et universitaires permettent une véritable intégration à des équipes des recherche, même si les compétitions entre "marchés professionnels" existent partout.
Merci à ceux qui le souhaitent de nous éclairer.
Comme sur beaucoup de sujets il convient que nous recherchions une cohérence de réponse aux niveaux micro (nos équipes cliniques), méso (institutions et réseaux) et macro (régulation des politiques de santé).
Encore un sujet pour lequel la MPR doit rapidement promouvoir une communauté virtuelle de ressources et de pratiques avec une plus large diffusion ascendante, descendante et… transversale en sachant sortir d'elle-même.
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(*) LES 14 propositions du CNOMK (BO du CNOMK de JUIN 2009)
Formation
• Permettre aux étudiants l’acquisition de pré-requis méthodologiques et scientifiques en généralisant l’accès par une première année d’étude universitaire (en particulier, L1 santé).
• Mettre en place un numerus clausus d’accès aux études de masso-kinésithérapie à l’issue de la validation de la première année universitaire (en augmentation par rapport au quota actuel).
• Définir un quota permettant l’accès à la formation d’autres professionnels (santé, soin et activité physique et sportive…) par validation des unités d’enseignements acquises et par VAE.
• Faciliter la structuration universitaire de formation en Master et Doctorat en favorisant la coopération entre les instituts.
• Adapter la formation initiale aux missions actualisées du masseur kinésithérapeute et donner au diplôme d’Etat (diplôme d’exercice) le niveau Master.
• Créer des diplômes complémentaires de la filière universitaire kinésithérapique à orientations spécifiques (qualifications supplémentaires : cliniques, formationclinique
ou management).
Exercice
• Repositionner le masseur kinésithérapeute comme praticien ingénieur de santé en sortant du Livre III des auxiliaires médicaux.
• Généraliser l’accès à la massokinésithérapie en première intention (sauf contre-indication médicale).
• Ouvrir de nouvelles collaborations entre les professions de santé
• Augmenter les possibilités de prescription par les kinésithérapeutes.
• Permettre la délégation par les masseurs kinésithérapeutes de certains actes qui devront être listés.
• Créer une profession d’assistant en masso-kinésithérapie destinée à travailler sous prescription du masseur kinésithérapeute.
Enseignement, Recherche et développement du niveau de preuve
• Pour former un corps d’enseignant- chercheur, créer une filière universitaire kinésithérapique doctorante, affiliée à une section du CNU (Conseil national des
universités).
• Créer un Institut Fédératif de Recherche (IFR) universitaire national chargé de mettre en oeuvre une politique de recherche et de validation des actes de masso-kinésithérapie.
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Jean-Pascal Devailly,
13 févr. 2010 à 22:48
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Jean-Pascal Devailly,
5 févr. 2010 à 19:46
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