La lettre de l'AMPR-IDF du 2 janvier 2015

Bonne et heureuse année à tous!
« Le pessimisme est d'humeur, l'optimisme est de volonté ». Alain
Cure, care et économystification

«L'homme purement économique est à vrai dire un vrai demeuré social. La théorie économique s'est beaucoup occupée de cet idiot rationnel, drapé dans la gloire de son classement unique et multifonctionnel de préférences. » Amartya Sen

«  Les modèles économiques servent fréquemment à détourner des questions socialement pressantes.» John Kenneth Galbraith


43èmes Entretiens de médecine Physique et de Réadaptation de Montpellier - 4,5, et 6 mars 2015

Doléances MPR  pour 2015
Un document complémentaire sera rédigé par le SYFMER pour les établissements. Tous les secteurs et modes d'exercice de la réadaptation doivent s'unir pour promouvoir un dispositif de réadaptation accessible et solidaire
 L'assemblée plénière de l'AMPR-IDF s'est tenue le 29/11/2014 à l'hôpital Rothschild. Diaporamas:

Point sur les travaux régionaux 

Prospective

Unité contre la loi de santé!


L'article qu'il faut lire absolument: 
Gérer les soins de santé et le traitement de la maladie
Sholom Glouberman et Henry MIntzberg
Synthèse en français d'articles à retrouver sous ce lien

Le livre qu'il faut lire absolument: 
Steve Keen, "l'imposture économique"

 Bonnes fêtes en musique: que ferez-vous l'année prochaine?
"Tous les chagrins sont supportables si on en fait un conte ou si on les raconte." 
Isak Dinesen, cité par Hannah Arendt la condition de l'homme moderne


Quelques documents évoqués lors de la réunion





"À partir de 2014, la direction des finances répartira la DAF-SSR entre les GH non plus au prorata de leurs dotations antérieures, mais en fonction de l’activité mesurée en volume et en coût. La dotation attribuée à l’AP-HP n’évoluant que très faiblement, cette réforme vise à la répartir plus équitablement et à permettre le financement de projets nouveaux. Les représentants des SSR à la CME ont insisté pour que les clés de répartition utilisées reflètent exactement les activités des services, en tenant particulièrement compte des contraintes locales de fonctionnement (fermetures temporaires de lits notamment)."

Liens sur la robotique


(Chapitre 8: page 121 à 141 en pièce jointe)


Voir aussi (se connecter à la SOFMER):



Loi de santé et second recours

LE CONSEIL NATIONAL DE L’ORDRE DES MEDECINS APPELLE AU LANCEMENT D’UNE NOUVELLE CONCERTATION PUBLIQUE AVANT L’INSCRIPTION DU PROJET DE LOI A L’ORDRE DU JOUR DU PARLEMENT
6ème observation du CNOM sur le projet de loi Santé :
"La qualité de ces services impose également que les cœurs des métiers des médecins et ceux des autres professionnels de santé soient clairement identifiés par les usagers, non seulement dans le premier recours aux soins, mais également dans le second recours ainsi que dans l’assistance des professionnels des services médico-sociaux et sociaux à la bonne prise en charge des patients, des personnes âgées, de la dépendance et du handicap."

Le problème est assez bien défini dans ce texte même s'il reste centré sur la médecine libérale. A nous de le penser dans la complémentarité des secteurs et modes d'exercice
STRUCTURER LE DEUXIEME RECOURS : L’AUTRE PILIER DE LA MEDECINE AMBULATOIRE DE PROXIMITE Mardi, 19 nov 2013 Jean-François Rey

Ce texte du Sénat mettait bien en lumière l’ambiguïté de la notion de premier recours tant dans les modèles internationaux que dans la loi HPST
HPST. LE TITRE II PROMEUT UNE MEILLEURE APPROCHE TERRITORIALE DES SOINS (Sénat)


Actualités sur la loi de santé


Loi de santé 2014: la grande intégration gestionnaire de la "santé au public"

« Le médecin n'est pas au service de la science, de la race ou de la vie. C'est un individu au service d'un autre individu, le patient. Ses décisions se fondent toujours sur l'intérêt individuel. » Théodore Fox, ancien rédacteur en chef du Lancet

« Etre centré sur le malade, pour la médecine, n’est pas une stratégie. C’est la condition de son existence, la démarche d’où elle émerge : son origine. » Bertrand Kiefer

« La prévention devient, entre les mains de l’État, un outil de gestion des déficits budgétaires générés par les soins curatifs. » Raymond Massé

Le projet de loi: assemblée nationale 15/10/2014


La FHP annonce le pire dans une campagne "caricaturale" contre le projet de loi de santé

Les patients (CISS) favorables au projet de loi santé

Médecins, hôpitaux : veillée d’armes avant une semaine de grève sur fond d’épidémies

MG France prédit une grève très suivie

Pascal Terrasse (PS) tacle Touraine : « Une société ne se réforme pas à coups de hache »


Aucun calendrier arrêté pour l’examen parlementaire du projet de loi de santé, affirme le ministère (QdM 9/12/2014)
Touraine, on ne confirme pas l’hypothèse d’un report en avril, après les élections départementales des 22 et 29 mars, évoquée ce mardi dans « Les Échos ».


Loi de santé, secteur II : inquiet de la fronde, le gouvernement cherche à rassurer les libéraux 05/12/2014
  
Le managérialisme ou comment faire réaliser de mauvais soins par des gens bien - Loi de santé : appel à la résistance

Innovation disruptive et projet de loi de santé (JP Devailly 8 novembre 2014)

Médecins en colère: ce qu'ils reprochent à Marisol Touraine

En colère contre la loi santé, le corps médical ne désarme pas

LE CONSEIL NATIONAL DE L’ORDRE DES MEDECINS APPELLE AU LANCEMENT D’UNE NOUVELLE CONCERTATION PUBLIQUE AVANT L’INSCRIPTION DU PROJET DE LOI A L’ORDRE DU JOUR DU PARLEMENT -  Communiqué du 13 novembre 2014

L’Ordre des médecins réclame à son tour une remise à plat de la loi de santé

Le projet de loi de santé compte un adversaire de plus : l’Académie de médecine


Médecins des hôpitaux: communiqué commun CMH, INPH et SNAM-HP Rupture des rencontres avec la DGOS

Loi de santé : la colère gagne les praticiens hospitaliers

Colère médicale : la température monte au front des généralistes (QdM le 26/11/2014)

Communiqué du Mouvement de défense de l’hôpital public sur l’avant-projet de loi de santé


Point de vue de l'UFML (Union Française pour une Médecine Libre): L'esprit de la loi - La loi de santé pour les nuls
Tracts prêts à 'lemploi: LIBERAL HOPITAL - PATIENT

PROJET DE LOI relatif à la santé Analyse du SRH

APM : Projet de loi de santé: le syndicat des DIM alerte sur le risque d’échec des GHT

La CSMF lance la mobilisation des médecins libéraux contre les projets du Gouvernement.

Comment l'action publique a-t-elle persuadé les citoyens qu'il faut mener les médecins à la carotte et au bâton?

PROJET DE LOI DE SANTE Changer le quotidien des patients et des professionnels de santé 15 octobre 2014
Vers de nouveaux modèles économiques? Virage ambulatoire et parcours de soins


Virage ambulatoire et parcours de soins
« Ma priorité n’est pas la rémunération de l’acte », a déclaré la ministre lors de l’émission « 12/13 Dimanche » sur France 3. Marisol Touraine a indiqué sa préférence pour une augmentation de « la rémunération qui est liée à tous ces actes de dépistage, de santé publique que mettent en place les médecins dans leur cabinet ». Quotidien du Médecin 27/10/2014
Le C à 25 euros, « pas une priorité », selon Touraine/
Marisol Touraine dit non à la consultation à 25 euros cliquer aussi ici


Cure, care et économystification

Nul ne doute que notre spécialité ne puisse s'exercer que dans un système de santé capable simultanément de différencier le cure, le traitement de la maladie et d'intégrer le care, les soins de santé (Mintzberg).
En complément des analyses de Mintzberg en termes de management des organisations, nous formulons ici l'hypothèse que l'absence d'intégration du cure et du care dans les systèmes de santé est liée à l'adoption de modèles économiques délétères par les politique de santé, à des fins de faisabilité politique de l'ajustement.

Le cure, la médecine curative ne prend son sens, et pas seulement pour la MPR, qu'intégrée au sein du care, le prendre soin, le souci humaniste de l'intérêt du patient, qui ne peut pas dissocier les dimensions médicales et sociales de la santé.

Le care n'est donc pas seulement un concept idéologique fumeux destiné à favoriser la démédicalisation et la promotion holistique de la globalité par des outsiders cherchant à émanciper de la domination supposée du modèle bio-médico-technique. 

Je ne reviens pas ici sur la définition professionnelle du care.

Il y a une définition managériale du care donnée par Mintzberg ("the cure of disease and the care of health")

Il a aussi une définition économique du care, moins connue, donnée par Newhouse en 1977, qui naît de l'affirmation que la santé est un "bien supérieur". Dès lors les économistes, suivis en cela par les politiques, ont tendance à distinguer un cure qui relèverait d'une protection sociale solidaire et d'un  care qui correspondrait à une demande supplémentaire de luxe que la société ne peut se permettre de financer à hauteur du cure.

La santé est-elle un bien supérieur?

Définition de "Bien supérieur"  (Voir ici la définition de bien "normal" par opposition à un bien "inférieur"): Un bien supérieur est un bien pour lequel l’élasticité revenu est particulièrement forte. C’est à dire un bien dont la consommation augmente plus que proportionnellement à l’augmentation du revenu. Si la santé est effectivement un bien « supérieur » et si, comme le pointait déjà Newhouse (1977) : 
« A la marge, les dépenses de santé achètent du care plutôt que du cure », alors les politiques visant à contenir les dépenses publiques de santé sont condamnées à se heurter à cette préférence sociale irréductible
Voilà bien une des plus grandes balivernes de l'économie de la santé. Si le citoyen "activé" et "empouvoiré" comme client éclairé ne désire pas payer pour sa santé, après avoir payé son logement, ses transports et l'éducation des enfants, et bien tant pis pour lui, dès lors qu'il ne voudrait acheter que du care, assimilé à un bien de luxe non indispensable, a fortiori dans une vision utilitariste décuplée en contexte d'ajustement, et pas du cure! Voilà aussi comment l'hôpital en est venu à abandonner, du moins en théorie, ses missions "d'assistance publique"!

Les marchés politiques, sous pression de la mondialisation des marchés financiers et des programmes d'ajustement promus par les organisation internationales, sont tentés d'adhérer à des modèles économiques et managériaux qui séparent le cure et le care quand il devraient être étroitement intriqués.

Ce raisonnement économique est tenable seulement si l'on a jamais observé concrètement ce qui se passe dans un cabinet médical, paramédical, ou dans un établissement de soins, et si l'on veut protéger par de fausses évidences et par une politique de l'autruche des réalités de l'undesuse et de l'explosion d'une inaccessibilité inégale au soins préventifs, curatifs, de réadaptation et au soutien social, tout particulièrement pour les personnes à risque de handicap, quelle qu'en soit l'étiologie et à n'importe quel âge.

Le raisonnement en cercle vicieux peut alors se poursuivre. La demande des patients en demande de care se présentent sous forme de demande de cure, plus solvable, et dès lors les "pompiers pyromanes" de l'écocomystification de la santé ont beau jeu de mettre en évidence l'overuse, la demande de surconsommation de soins en l'attribuant en outre à une demande induite par les soignants.

La médecine de réadaptation, prise dans les modèles économiques qui induisent des comportements stratégiques de survie, peut être tentée d'adhérer à la division artificielle entre une rééducation cure financée par la protection sociale solidaire et une réadaptation care, moins bien financée en contexte d'ajustement pour cette partie de la population au sein de laquelle selon Tocqueville "il n'y a rien de plus difficile à distinguer que les nuances qui séparent un malheur immérité d'un infortune que le vice a produit." 
Il convient donc, à titre de garde-fou, de citer André Grossiord, fondateur de notre spécialité en France, qui intégrait la rééducation au concept plus général de réadaptation. Rappelons que l'OMS traduit rehabilitation par réadaptation. La réadaptation ne peut être que cure et care à la fois.
« J’en dirai autant du mot « réadaptation » (il venait d’expliquer le sens du mot rééducation) dont la portée me paraît plus générale, impliquant aussi les démarches de la réadaptation sociale. En fait, ces deux termes nous suffisent et nous pouvons laisser réhabilitation au vocabulaire pénal » (André Grossiord, 13 mars 1968, leçon inaugurale)..

La fabrique du crétin sanitaire

Résumons nous: l'économie a pour fonction de produire des modèles et les vendre sur le marché des politiques publiques.

La pression d'ajustement et le contexte de mondialisation incite les politiques publiques à adhérer aux schémas dits "néo-libéraux" d'intégration de la santé par la compétition régulée. Contrairement au libéralisme classique qui promeut la liberté d'entreprendre face à un Etat minimal, dans la fabrique néolibérale du crétin, la religion de la compétition efficiente justifie la généralisation coercitive de la concurrence encadrée à toutes les sphères de la vie publique et privée. L'idéalisme néolibéral armé et le managérialisme utilitariste qui rationalise la gestion "biopolitique" des populations se légitiment mutuellement parce qu'il répondent aujourd'hui aux besoins des marchés politiques et il est bien difficile de trouver une origine certaine à ce Brave new world pour en faire une n-ième théorie du complot. 
Rappelons tout de même avec Mintzberg, que "dans l'omelette au lard, la poule est concernée et le cochon est impliqué".

Retenons seulement, et cela concerne les soignants comme les patients, les élus comme les managers de santé, que "l'idiot rationnel" de l'économie classique est aujourd'hui perçu comme idiot irrationnel dont les comportements et attitudes seront façonnés par les experts en motivations et en incitations. L'acteur de santé au "rationalités limitées" doit être transformé par la ré-ingénierie en "idiot utile", conformément aux théories micro-économiques de la firme, dans ce qu'on peut nommer "paternalisme libéral".

La technologie de l'action publique n'est plus celle du droit mais bien celle des sciences sociales. (Patrick Gibert)

Je viens de commencer le livre de Steve Keen, "l'imposture économique", fortement conseillé par Frédéric Pierru, que j'avais mis dans ma petite commande au Père-Noël.


Une théorie de la fabrique du crétin sanitaire

Le managérialisme en "santé au public", ou comment faire réaliser de mauvais soins par des gens bien


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Jean-Pascal Devailly,
2 déc. 2014 à 19:51
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Jean-Pascal Devailly,
2 déc. 2014 à 19:53
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Jean-Pascal Devailly,
29 nov. 2014 à 08:01
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Jean-Pascal Devailly,
2 déc. 2014 à 19:51
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Jean-Pascal Devailly,
2 déc. 2014 à 19:51
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