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L'Empire Romain et l'Etrurie

Comme la Grèce, l’Italie est une péninsule. Avec la Sicile, elle barre du nord au sud le Bassin Méditerranéen qu’elle divise en Bassin Occidental à l’Ouest et Bassin Oriental à l’Est.


L’Italie comprend deux régions différentes :

L’une au nord : l’Italie Continentale encadrée par les Alpes et l’Apenin (entre les deux, la plaine du Pô). L’Italie Continentale ne faisait pas partie de l’Italie des Anciens. Peuplée assez tôt par les Gaulois, les Romains l’appelaient la Gaule Cisalpine. L’Italie ancienne ne débutait qu’en franchissant au sud le petit fleuve du Rubicon se jetant dans l’Adriatique.

L’autre au sud : l’Italie Péninsulaire allongée, étroite, parcourue par la longue arête montagneuse de l’Apenin. Cette péninsule sépare la mer Adriatique de la mer Tyrrhénienne.  

Les principales plaines citées dans l’histoire bordent la mer Tyrrhénienne. Ce sont les plaines de l’Étrurie (traversée par L’Arno), du Latium (traversée par le Tibre sur les bords duquel se situe Rome et, près de son embouchure, le port d’Ostie) et de la Camponie dominée par le Vésuve.


Au point de vue historique, nous ne nous étendrons pas sur l’histoire romaine qui fut d’ailleurs plus une histoire terrestre que maritime.

Rappelons la légende de la fondation de Rome en 753 avant J.-C. par les fils du dieu Mars : ROMULUS et RÉMUS petit fils d’ASCAGNE, lui-même fils du guerrier troyen ÉNÉE .

Evoquons aussi la lutte de Rome grandissante contre les peuples voisins, principalement contre les Étrusques, contre les Gaulois, contre Pyrrhus roi d’Épire appelé par les habitants de Tarente. Rome enfin maîtresse de l’Italie à l’aube du IIIe siècle avant J.-C. et qui se trouva confrontée à Carthage au cours de 3 guerres dites puniques de - 246 à - 146. Conquête de l’Espagne toute entière en - 133, annexion de la Macédoine en - 148, de la Grèce en - 146, de la Syrie et d’une partie de l’Asie Mineure (- 129), victoire de POMPÉE sur les pirates de la Méditerranée de - 67 à - 64, bataille d’Actium en 31 qui voit la victoire d’OCTAVE sur ANTOINE et CLÉOPATRE. OCTAVE va devenir empereur sous le nom d’AUGUSTE après avoir pris possession de l’Égypte.

Si l’on ajoute à ce qui précède les expéditions de CÉSAR en Armorique (c’est à dire en Bretagne actuelle) contre les Vénètes en 56 et en Bretagne (c’est à dire en Grande Bretagne actuelle) dont les habitants, proches parents des Gaulois, opposèrent une farouche résistance à l’envahisseur, nous aurons un raccourci schématique de l’activité maritime de l’Empire Romain qui, au cours des deux premiers siècles, s’étendit à tout le Bassin Méditerranéen. Nous reviendrons dans le cours de cet ouvrage sur ces faits historiques de première importance.

Selon J.P. BARDET et J. DUPAQUIER ¬, les Romains (esclaves non compris) étaient 3 millions au IIIe siècle avant notre ère et 26 millions dans tout l’empire romain tardif à comparer avec les 6 millions d’habitants « de la France de l’an mil ».

­ J. SIAT ­ se pose la question suivante : Les Romains furent-ils vraiment des navigateurs ? Certainement pas, du moins comme l’entendent les Phéniciens, les Grecs et les Carthaginois. D’ailleurs, les navires marchands romains naviguaient principalement avec des équipages grecs et orientaux.

Mais, du fait de leur esprit de conquête et de la proximité de nations maritimes ambitieuses, les Romains furent contraints « de s’y mettre ». Et, ils s’y « mirent » avec une farouche détermination et un courage frisant parfois, l’inconscience, au moins au début.

                             Lisons ce qu’écrit à ce sujet POLYBE , historien grec qui connaît bien ses amis romains :  

En règle générale, les Romains comptent en toute chose sur la  force ; ils considèrent en outre que les entreprises qu’ils ont  conçues doivent, de toute nécessité, être menées à terme et que rien de ce qu’ils ont une fois décidé n’est pour eux impossible. Ils  doivent à cette disposition de leur caractère bon nombre de leurs succès, mais aussi quelques revers retentissants, surtout en mer. Sur terre, en effet, comme ils s’attaquent à des hommes et à des ouvrages humains, ils connaissent généralement la victoire parce qu’ils opposent la force à la force. Il leur arrive aussi d’échouermais rarement. Mais lorsqu’ils affrontent la mer et les conditions atmosphériques et que, là aussi, ils comptent sur la puissance de leurs armes, ils s’exposent à de graves déboires. C’est ce qu’il leur est arrivé en cette occasion et dans plusieurs autres et c’est ce qu’il leur arrivera encore jusqu’au jour où ils se seront corrigés de cet excès de confiance dans leur force et de cette obstination à  croire que, quel que soit le temps, il doit être possible pour eux de naviguer et d’effectuer des traversées ”.

POLYBE précise plus loin que les Romains, après avoir subi un premier naufrage désastreux à Camarine au sud de la Sicile et avoir perdu les trois quarts de leurs bateaux, ils reconstruisirent très rapidement (c’est à dire en trois mois, ce qui est à peine croyable), une flotte de 220 navires et repartirent en expédition en Sicile et sur les côtes d’Afrique.

C’est là, en l’an 253 avant J.-C., près de l’île des Lotophages ( C’est à dire de l’île des mangeurs de « lotos », fruit possédant la propriété de faire oublier leur contrée natale à ceux qui en consomment et les incite à rester définitivement sur place sans plus donner de leurs nouvelles) que leurs vaisseaux vont s’engager sur des hauts fonds ; ils ne s’en sortirent qu’à grand peine en jetant par dessus bord tout leur matériel lourd.

Puis il remontèrent jusqu’à la côte nord de la Sicile dans le but de traverser d’une seule traite la mer Tyrrhénienne jusqu’à Rome. Encore une imprudence qui leur couta cher car ils se trouvèrent pris dans une très forte tempête et perdirent à nouveau plus de 150 de leurs navires. Et POLYBE de préciser ce qui suit : A Rome, à la suite de cet accident, malgré l’extraordinaire amour propre de cette nation, la gravité et la répétition de tels désastres obligèrent les autorités à renoncer dans ces conditions à constituer une nouvelle flotte. Plaçant désormais tous leurs espoirs dans leurs forces de terre, les Romains envoyèrent les consuls L. CAECCILIUS METELLUS et C. EURIUS PACILIUS en Sicile avec des légions et se contentèrent d’armer soixante navires pour assurer le ravitaillement des ces troupes.”   

L’île des Lotophages est également citée par HOMÈRE dans l’Odyssée (chant IX: verset 91).  Nommée aussi Méninx, elle correspond probablement à l’île tunisienne de Djerba

Inutile de dire que ce changement de stratégie des Romains réjouit fortement les Carthaginois devenus à nouveau maîtres de la mer. Mais Rome se reprit rapidement et résolut envers et contre tout de construire une nouvelle flotte pour lutter sur mer contre son ennemi juré.

La crainte romaine de la mer se manifesta même lors de la fondation de Rome comme l’affirme CICÉRON admirant la clairvoyance exceptionnelle de ROMULUS qui se rendit compte que les régions côtières ne convenaient pas aux cités ayant vocation durable de capitale d’empire.

Et de citer les inconvénients de fonder une ville en bordure de mer :

- Risque d’arrivée soudaine de l’ennemi (pirate ou non) venu par voie maritime alors que sa survenue par voie de terre est annoncée par le bruit de son approche.

- Corruption des moeurs des citoyens confrontés au luxe et à la paresse qui les fait délaisser l’agriculture et l’entraînement militaire.

Et pourtant, la proximité de cette mer constitue un grand avantage pour les villes, à savoir la facilité d’importer les marchandises du monde entier et d’exporter facilement toutes ses productions. D’où le choix remarquable de ROMULUS qui a fondé sa ville à distance de la mer (vingt kilomètres) mais le long d’un fleuve au cours régulier se jetant dans la mer par un grand estuaire (A partir de l’embouchure du Tibre, il a dû se constituer assez rapidement « une route du sel » pour son transport à Rome et de petites structures portuaires précédant la création de la ville et du port d’Ostie au Ier siècle après le Christ.).

En fait dans l’Antiquité, s’est constamment posée la question de savoir si une cité avait avantage ou non à se localiser à proximité de la mer. C’est principalement PLATON qui s’est demandé dans un de ses dialogues comment il fallait se représenter la cité à venir.

Celle-ci sera relativement éloignée de la mer (à quatre vingt stades soit 15 kilomètres) mais assez proche d’un port  : “ La proximité de la mer, pour un pays agrémente la vie de tous les jours mais, au fond, c’est un voisinage bien saumâtre et dissolvant ; en l’infectant de commerce et de trafic au détail, en implantant dans les âmes des moeurs instables et malhonnêtes, elle enlève à la cité la confiance amicale en elle-même et dans les autres hommes également ”.

Et PLATON d’ajouter que les victoires acquises sur la terre ferme à Marathon et à Platée ont rendu les hommes meilleurs alors que les victoires sur mer remportées par « des hoplites de marine » les ont rendu lâches car ils avaient pris l’habitude de se retirer en toute hâte sur leurs vaisseaux devant l’attaque de l’ennemi.

Ces victoires maritimes étaient dues à “ l’art du pilote, du maître d’équipage et des rameurs, en somme à des gens de toutes espèces et peu recommandables ”. PLATON n’aimait vraiment pas les marins!

Quant à THUCYDIDE, il distingue ¬ les villes (telles Milet et Syracuse) fondées assez récemment à une époque où la navigation s’était déjà développée et les villes anciennes (comme Athènes) sur lesquelles la piraterie avait sévi pendant longtemps. Les premières s’établirent sur les rivages mais à l’abri de remparts. Les secondes se localisèrent de préférence loin de la mer pour éviter que les pirates ne s’attaquent directement aux populations du littoral.

Après la deuxième guerre médique, Thémistocle désirait probablement transférer Athènes au Pirée (note de Denis ROUSSEL).


Étrurie

­ Réfutant la thèse d’HÉRODOTE ­ selon laquelle le peuple étrusque serait originaire de Lydie en Asie Mineure, J.P. THULLIER pense que les Étrusques, en succédant à la civilisation dite villanovienne (Villanove, village près de Bologne), ont développé en Italie même, à partir du VIIIe siècle avant notre ère, une civilisation remarquable qui, entre le fleuve Arno, les monts de l’Apennin et le Tibre, s’est épanouie au contact de colons grecs attirés en Toscane par les gisements, métallifères de l’Ile d’Elbe.

Ils utilisaient un alphabet emprunté aux Phéniciens et aux Grecs qui est devenu, à quelques détails près, notre propre alphabet et que nous arrivons maintenant à déchiffrer.

Etablissant des contacts avec leurs voisins grecs, romains, gaulois et surtout carthaginois, ce peuple de marins, de commerçants et d’artisans sillonna avec sa nombreuse flotte la Méditerranée occidentale pour vendre et acheter les produits les plus variés, tels les métaux (fer et cuivre) vins, sel, huile, tissus, céramique, bronzes précieux. Les forêts tapissant les contreforts de l’Apenin suffisaient largement pour la construction des navires.

Leurs ports se nommaient Paupulonia, au nord, Gravisca, port de Tarquinia, Pyrgi port de Cerveteri (Caere) et les « emporia » * qui s’y rattachaient, leur permettaient de commercer plus facilement avec les Grecs. Dès, le VIIe siècle avant J.-C. ils dominèrent le Latium et, selon la tradition, fondèrent Rome qui fut gouvernée par des rois étrusques tout le VIe siècle. L’alliance avec les Carthaginois leur permit d’assurer leur suprématie sur la mer Tyrrhénienne, et particulièrement de vaincre vers - 540 à - 530 à Alalia (au large de la Corse), les Phocéens chassés d’Asie Mineure par les Perses et qui cherchaient à se fixer en Méditerranéen de l’Ouest. Mais, ils ne fondèrent probablement pas de colonie au delà des mers.

Carthage subit en - 480 une défaite à Himère au nord de la Sicile du fait de Syracusins ; ce qui affecta beaucoup le commerce maritime des Étrusque.

En - 474, les navires étrusques, qui attaquaient Cumes, furent anéantis de nouveau par les Syracusins.

A ces défaites s’ajoutent la perte du Latium et l’expulsion des Tarquins de Rome avec avènement de la République, l’invasion des Samnites, puis des Gaulois, la prise de Véiés en - 396 par les Romains, qui vont sonner le glas de l’Empire Étrusque. Celui-ci cessa d’exister en - 350 en passant sous la domination de Rome.



SIMPLEX : Mettons un brin de fantaisie dans tout cela !

Et, en plus, cela s’adaptera à l’état d’esprit des Étrusques, un peuple non seulement très prospère au VIe siècle avant J.-C. (comme en témoignent les splendides nécropoles construites aux abords de leurs cités) mais heureux de vivre dans le luxe, les banquets, les jeux, la musique, où les femmes jouaient un rôle important, ce qui est à souligner dans cet univers masculin qui caractérise le monde antique. Ils aimaient le bon vin qu’ils buvaient dans des oénochoés * importées en grand nombre de Grèce. Les vins de la région de Chiousi étaient très renommés. Ce sont probablement les Étrusques qui ont donné aux Gaulois le goût du vin car les premières amphores vinaires trouvées en Gaule sont apparemment des amphores en provenance d’Étrurie

Est-ce une des principales raisons qui ont motivé les Gaulois à envahir l’Italie ? J. HUERGON ­, n’ose l’affirmer. Nous, non plus. Rien n’est impossible, d’autant que le vin était une boisson coûteuse. Mais ne nous « grisons » pas de ces propos peut-être quelques peu fantaisistes !

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