Les oeuvres d'art antique



L’exemple le plus spectaculaire des oeuvres d’art ayant effectué un long voyage par terre, et probablement par
mer, dans l’Antiquité est celui du Cratère de Vix, le plus grand récipient métallique ancien en notre possession (Musée de Châtillon-sur-Seine). 
Ce cratère était un énorme vase de bronze à deux anses de 1,64m de hauteur, pesant près de 210 kgs et pouvant contenir 1200 litres de liquide. Il fut découvert en 1953 au pied du Mont Lassois, près du village de Vix, en Côte d’Or, dans la tombe d’une importante princesse celte dont la sépulture remonte aux environs de 500 ans avant J.-C., à la fin de la civilisation de Hallstatt, c’est-à-dire à l’âge de fer. Vix constitue « l’ensemble funéraire le plus riche en importation méditerranéenne parmi les sépultures princières contemporaines ».

Comme la majorité des dépôts de vases de bronze importés de la période hallstattienne, ce cratère symbolisait une cérémonie de partage d’une boisson (vin + eau) dans laquelle le défunt de haut rang social jouait un rôle important.

Quelle est la provenance exacte de ce vase de facture grecque archaïque ? On ne la connaît pas bien : probablement de Lacédémone (Sparte) ou du sud de l’Italie J. CARCOPINO et R. JOFFROY cités par J. P. MOHEN pensent que l’importance de Vix était en rapport avec le commerce de l’étain venant de la Cornouailles britannique .
Ce métal, transporté par bateau à travers la Manche, remontait ensuite la Seine jusqu’à hauteur du mont Lassois à l’endroit exact où le fleuve n’est plus navigable. Les transporteurs devaient donc faire une halte à Vix pour préparer leur parcours terrestre en direction de Marseille ou de la Suisse.



« Chasses » aux oeuvres d’art dans l’Antiquité
En temps de guerre, l’un des cas les plus caractéristiques de ville conquise et pillée est celui de Syracuse prise par les Romains en 211 avant J.-C. Cette ville de Sicile était alors une des cités les plus riches en édifices et en oeuvres d’art grec. Le général romain MARCELLUS, le vainqueur de Syracuse, ne garda rien pour lui-même et versa des larmes à la vue du saccage de cette splendide métropole. Mais ce fut quand même lui qui organisa avec les Romains le vol et le transfert à Rome de ces trésors qui allèrent « orner les demeures des Romains avec les dépouilles des particuliers  et les lieux publics (de Rome) avec celles de la cité » selon POLYBE . Ce dernier, historien grec, estima que les Romains avaient eu une conduite blâmable en pareille circonstance. TITE LIVE ­, bien que romain de naissance, eut également
une attitude critique dans cette affaire mais estima que MARCELLUS était le seul coupable d’avoir fait transporter à Rome les ornements de la ville de Syracuse en ajoutant que « sans doute, c’étaient des dépouilles de l’ennemi acquises par le droit de la guerre » mais que cela allait ensuite inciter les futurs vainqueurs « à se permettre de dépouiller indistinctement tous les édifices sacrés et profanes » et conduirait « à se retourner contre les  dieux romains ». Par contre, PLUTARQUE ®, bien que grec, jugea beaucoup plus favorablement ce transfert des oeuvres d’art de Syracuse « pour embellir son triomphe, et puis après, en parer et  orner la ville de Rome, laquelle auparavant n’avait, ni ne connaissait rien d’exquis ni de singulier en tels ouvrages. » Tout cela pour « la bonne grâce et la faveur du commun  populaire d’avoir ainsi embelli et égayé la ville de Rome des ingénieuses délices et élégantes voluptés des Grecs »....

Que déduire des opinions quelque peu divergentes de ces auteurs grecs et romains concernant ce même événement qu’ils ont apprécié tous les trois avec leur propre jugement et sensibilité. Il nous semble que la réponse la plus logique, quoique assez cruelle, peut-être celle de D. ROUSSEL, le traducteur de«l'histoire» de Polybe:«Les Romains n’étaient à cette époque ni assez « barbares »  pour dédaigner les oeuvres d’art, ni assez civilisés pour les laisser en place ».

La France de 1815 a-t-elle été suffisamment « civilisée » en rendant la plupart des oeuvres d’art volées dans les pays conquis par NAPOLÉON après sa défaite de Waterloo ? Oui, certainement, même si elle s’est inclinée à contrecoeur.  En temps de paix, le pillage des chefs d’oeuvre était au moins aussi fréquent et ne se justifiait plus par le prétexte des « lois de la guerre », c’est-à-dire celles du plus fort vis-à-vis du vaincu.

Nous ne citerons qu’un seul voleur et criminel de grande envergure, à savoir Caius VERRÈS, homme politique romain qui fut nommé gouverneur de la Sicile de 73 à 71 avant J.-C. et qui écrasa cette île sous les impôts illégaux et les pillages des biens particuliers et des édifices publics.  CICÉRON en 70 et 69 dans ses cinq discours célèbres sous le nom de « Verrines », parvint à le faire accuser. Son discours sur « Les oeuvres d’art », qui constitue l’une des parties de son grand réquisitoire de la seconde phase du procès contre VERRÈS (De Signis) , commence ainsi : « j’arrive maintenant à ce qu’il appelle sa passion ; ses amis disent : sa maladie et sa folie, les Siciliens, son brigandage “ ............ “ je déclare que dans toute l’étendue de la Sicile, province si riche, depuis si longtemps conquise (
C’est-à-dire conquise par Rome en deux fois : d’abord en 241, puis en 211 avant J.-C. ), comprenant tant de maisons si opulentes, il n’est pas un vase d’argent, un vase de Corinthe ou de Délos, pas une pierre précieuse ou une perle, pas un objet d’art ou d’ivoire ; non, il n’est  pas une peinture sur bois, pas une tapisserie qu’il n’ait recherchée, examinée et, si elle lui a plu, dérobée ........ je dis même plus nettement, rien dans la demeure de personne, pas même chez un hôte, rien dans les lieux publics, pas même dans les sanctuaires, rien chez un Sicilien, rien chez un citoyen romain, enfin rien qui se soit présenté devant les yeux ou à la pensée de cet homme, propriété d’un particulier ou de l’état, objet profane ou sacré, dans toute l’étendue de la Sicile, n’a été laissé ».  Elle était fertile en céréales et riche en oeuvres d’art grecques ou d’artistes grecs venus travailler en Italie. Face aux plaidoyers passionnés de CICÉRON (dont nous avons cité un exemple éloquent ci-dessus) et accablé par les témoins de ses méfaits, VERRÈS s’enfuit rapidement à Massilia (Marseille) en gardant la plus grande partie des biens volés. Il fut donc condamné par défaut à restituer 40 millions de sesterces * aux victimes siciliennes. Après 25 années d’exil doré, il fut proscrit par Marc ANTOINE qui désirait s’approprier sa collection d’oeuvres d’art, et particulièrement ses bronzes corinthiens très appréciés des collectionneurs romains (P. GREEN ). Il mourut assassiné en 43.



 

SIMPLEX : Cet additif concerne le « déplacement » des frises du Parthénon d’Athènes en Grande-Bretagne au XIXe siècle, c’est-à-dire fort longtemps après l’Antiquité. Mais son histoire, en partie maritime, vaut la peine d’être contée ici. 
En 1802, T. BRUCE, comte d’ELGIN, ambassadeur britannique à Istanbul, réussit à persuader le gouverneur militaire turc de l’Acropole et le sultan de lui céder les grandes frises du Parthénon. Celles-ci furent alors démontées et embarquées sur le brick « Mentor » pour être conduites en Angleterre. Malheureusement, peu après le départ, une partie des marbres coula par 20 mètres de fond au cours d’un naufrage devant Cythère, au sud du Péloponnèse ; heureusement, ceux-ci furent récupérés après deux ans de dur travail en apnée des  plongeurs de l’île de Samos (J. Y. BLOT ­).
Ce qui permit à lord ELGIN de vendre en 1816, ces frises à l’État anglais, et spécialement au British Museum. Cette opération fut l’objet de nombreuses critiques en Grande-Bretagne. Lord ELGIN se défendit comme il put de toute arrière pensée de profit personnel en affirmant qu’il avait sauvé ces vestiges de l’Antiquité « de la destruction prochaine qui les menaçait inexorablement, si pendant de nombreuses années encore, ils étaient restés la proie des Turcs malveillants qui les mutilaient pour un vain plaisir ou dans le but de les vendre pièce à pièce à des voyageurs de passage » (cité dans La Grèce antique, l’ouvrage de R.et F. ÉTIENNE ¬) :


En dépit d’un plaidoyer « pro-domo » de Mme Mélina MERCOURI à Mexico en 1982 précisant que « le temps était  venu pour que ces marbres reviennent sous le ciel bleu de l’Attique », la Grande-Bretagne, par la voix du directeur du British Museum, refusa un an plus tard de rendre ces frises qui faisaient maintenant, avec le temps, « plus une partie de l’héritage culturel de la Grande-Bretagne que de son pays d’origine (sic).

Que se passerait-il si tous les grands musées se croyaient moralement obligés de restituer aux pays concernés les belles oeuvres d’art qu’ils leur avaient soustraités de manière douteuse ? On peut se le demander.






Comments