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07/2014


Edito


Madame, Monsieur, cher(e)s compatriotes,

Après les élections consulaires du 25 mai où vous m'avez manifesté votre confiance, j'ai été élue le 22 juin par les conseillers consulaires de notre nouvelle circonscription de l'Assemblée des Français de l'étranger, Conseiller AFE pour l'Allemagne, l'Autriche, la Slovaquie, la Slovénie et la Suisse. Je les en remercie.
Ce cycle électoral va se clore le 28 septembre avec le renouvellement de 6 des 12 sièges de sénateurs représentant les Français établis hors de France. Ils seront élus par 553 Grands électeurs, un collège composé des 442 conseillers consulaires et 68 délégués consulaires, des 11 députés et 12 sénateurs représentant les Français établis hors de France.

Rappelons qu' il y a, à droite, quatre sénateurs sortants renouvelables, par ordre alphabétique les sénateurs Christian Cointat, Robert Del Picchia, André Ferrand et Christophe Frassa. Deux d'entre eux, Christian Cointat et André Ferrand ont pris la décision, après deux mandats, de ne pas se représenter. À gauche, les deux sortants Claudine Lepage et Richard Jung se représentent.

La constitution des listes sénatoriales est quasi finalisée et, d'après le magazine de l'UFE "La Voix de France", on serait à droite en présence de deux listes d'union (comprenne qui pourra). Lire l'article "le feuilleton de l'été des Sénatoriales".
  • La première liste est conduite par Christophe Frassa (Monaco), sénateur UMP sortant (un mandat), tête de liste investie par l'UMP, avec en numéro 2 Jacky Deromedi (UMP Singapour), toute nouvelle élue consulaire, CCE , en numéro 3 Olivier Cadic (UDI Londres), élu AFE depuis 2006, en numéro 4 Michèle Malivel (Île Maurice), élue AFE depuis 2009.
  • La deuxième liste est conduite par Robert Del Picchia (Vienne), sénateur sortant rattaché au groupe UMP (deux mandats), avec en numéro 2 Geneviève Béraud-Suberville (Indépendant Mexique), élue AFE depuis 2009 et en numéro 3 Damien Regnard (USA), élu AFE depuis 2009.

Une liste d'union ne se justifie en principe que si elle évite des listes dissidentes sinon son existence n'a aucun sens. À posteriori, au vu de ces listes sénatoriales, il ne faut pas s'étonner si, dans certaines circonscriptions pour les élections consulaires, les vaillantes tribus gauloises avaient décidé de marcher vers Lutèce en ordre extrêmement dispersé. L'exemple ne venant pas d'en haut, je serais tentée de dire "deux listes d'union, qui dit mieux" ! Affaire à suivre...
À gauche les sortants du parti socialiste font une liste commune conduite par la sénatrice sortante Claudine Lepage. Les Verts feront-ils une liste séparée ou bien accepteront-ils la troisième place sur une liste d'union? Nous le saurons bientôt. La date limite de dépôt des listes est le 8 septembre.

Enfin, les 90 conseillers AFE se réuniront en assemblée constitutive du 6 au 10 octobre à Paris. Ils devront décider de la répartition en commissions et du règlement intérieur de l'assemblée. Tout est à faire. Chacun des élus peut déjà y réfléchir et préparer ses propositions. À mon sens son fonctionnement, en particulier le contenu des commissions doit être calqué sur ce qui se fait dans les assemblées parlementaires. Le problème sera d'intégrer une commission Europe qui est transversale dans les assemblées nationales, alors que rien de tel n'est prévu pour l'AFE. Il faudra également, sous peine de ne pas servir à grand chose, disposer de moyens, notamment humains, pour la faire fonctionner.

Quelle monnaie mondiale?

L'Europe a un PIB supérieur à celui des États-Unis. Pourtant elle peine sur la scène internationale à faire entendre sa voix.
Les dernières péripéties économiques qui ont fait la une des médias ont frappé l'opinion. Je fais allusion à l'amende record qu'infligent les États-Unis à BNP Paribas (9 milliards de dollars) pour des violations présumées d'embargo. A l'heure où la crise économique se fait sentir en France avec comme corollaire chômage et diminution du pouvoir d'achat, on ne peut qu'avoir le vertige en considérant la somme en question.

Affaire BNP Paribas, de quoi s’agit-il sur le fond?
Depuis 2000 les États-Unis considèrent que toute transaction en dollars doit respecter les lois américaines et donc être assujettie aux lois sur les sanctions de l’OFAC, l’organisme américain de surveillance des transactions.
Pourtant les paiements en dollars réalisés par BNP Paribas (via des filiales situées hors États-Unis) entre 2002 et 2009 vers le Soudan, l’Iran et Cuba, trois pays sous sanctions économiques des États-Unis, ne sont pas illégales ni au regard du droit français ni au regard du droit international. Le problème, c’est que tous ces paiements internationaux en dollars transitent obligatoirement par une chambre de compensation située aux États-Unis et se retrouvent de ce fait sous le coup de la loi américaine. C’est par ce biais que les États-Unis jouissent d’un pouvoir financier quasi extraterritorial. La même transaction, si elle avait eu lieu en euros, eut été parfaitement légale. Comment la France et l’Europe peuvent-elles accepter qu’un embargo unilatéral des États-Unis puisse entraîner que le droit américain s’applique obligatoirement à des entités situées à l’étranger? D’autant que je n’ai pas la notion que la réciproque soit vraie.

Les leçons de l'histoire…
Ce n’est pas la première fois que les États-Unis influent unilatéralement sur la finance mondiale. Ce fut le cas aussi lorsque Nixon dénonça le 15.8.1971 les accords de Bretton Woods. Avant ces accords, la référence était l’étalon-or avec son corollaire la convertibilité de toutes les monnaies en or. Cela entraînait, la quantité d’or étant constante (sauf découverte d’un filon jusqu' alors inconnu, événement marginal):
  1. une parité entre les monnaies
  2. l’équilibre quasi automatique des balances commerciales 
  3. une faible inflation.
Les accords de Bretton Woods le 22.7.44 n'avaient pas entériné les propositions de Keynes qui préconisait un mécanisme interne de compensation entre banques centrales avec la création du Bancor, monnaie réservée à celles-ci. C’est le plan White qui avait été alors retenu. Ainsi fut créé l’étalon-monnaie basé sur le dollar. Depuis toutes les monnaies sont définies en dollar et seul le dollar est défini en or convertible.
Ce système déjà asymétrique et instable a échappé complètement au contrôle lorsqu’en 1971 Nixon supprima ex abrupto la convertibilité du dollar. Cela a entraîné une création de monnaie impensable auparavant via la planche à billets, et à l’accumulation, pour les pays excédentaires, d’obligations publiques du trésor américain sous forme de reconnaissance de dettes impossibles à être jamais remboursées.
"Le dollar, c'est notre monnaie, mais c’est votre problème", John Connally Ministre américain des finances (1971).

On mesure à l’aune ce cette remarque, l’évolution de l’attitude des dirigeants d’hier et d’aujourd’hui: le Roi Philippe le Bel (1268-1314) qui, lui, avait droit de battre monnaie, avait pourtant scrupule à diminuer la teneur en argent des parisis et des Gros Tournois ce qu’il a été pourtant obligé de faire pendant une brève période. Il en a gardé le surnom parfaitement injuste de roi faux monnayeur alors qu’il était le premier au Moyen âge à être confronté à une spéculation sur les monnaies due à la rareté des métaux précieux.
L’instabilité monétaire actuelle, elle, avait été pressentie et parfaitement décrite par le conseiller du Général de Gaulle J Rueff dans son ouvrage " Le péché monétaire de l’occident".
"L’étalon de change-or ...a livré aux pays...le secret du déficit sans pleurs qui permet de donner sans prendre, de prêter sans emprunter et d’acquérir sans payer".

La situation monétaire aujourd'hui
On constate donc:
  • que l’Europe a accepté sans quasiment broncher la vision américaine des choses
  • que BNP Paribas doit payer sous peine d’être exclue du marché américain ce qui causerait sa ruine
  • qu’elle pourra néanmoins payer cette somme astronomique, somme qu’aucun d’entre nous, dans une vie, ne verra transiter sur ses comptes 
  • que la riposte n’est cependant pas du tout exclue: la Chine et la Russie viennent de signer un accord visant à négocier leurs échanges dans leurs monnaies propres en se passant du dollar. L’Iran s’apprête à libeller ses échanges en euros ainsi que d’autres pays du Golfe. Les pays émergents pourraient suivre. Il se pourrait donc que les échanges internationaux évitent désormais le dollar et privilégient l’euro et les obligations en euros. C’est le scénario du dollar déprécié et dangereux, toute transaction en dollar faisant planer un risque juridique et financier colossal à celui qui l’utilise.
Gageons que ce scénario n’a pas été vraiment anticipé outre atlantique: si le dollar n’est plus la monnaie internationale, qui paiera alors le déficit public permanent des USA financé par l’émission des bons du trésor américain? Grands bouleversements en perspective.
Enfin il faudra bien réfléchir à long terme à un système monétaire plus stable avec une monnaie étalon internationale qui ne serait obligatoirement pas la monnaie d’un état : reviendrons-nous à l’idée du Bancor? Ou de l’ECU?

Et demain?
Le nouveau président de la Commission Européenne aura une lourde tâche:
  • mieux harmoniser les politiques économiques et repenser la fiscalité en UE
  • moderniser les traités pour éviter que les classes moyennes ne basculent dans la précarité 
  • et négocier habilement le fameux TAFTA (accord commercial transatlantique) qui ne fait, tel qu’il est, à juste titre, l’unanimité ni en UE ni aux USA. En effet ces accords quasi secrets prévoient entre autre une extra territorialité de la législation dont on vient de voir et les dérives et le fonctionnement à sens unique, ainsi que la possibilité pour les entreprises via des tribunaux d’arbitrage indépendants d’attaquer les états, même sur des sujets sensibles tels la santé publique qui sont pourtant des attributions régaliennes des nations.
Dans un monde instable, l’Europe, quand on la compare, est encore un modèle social et un pôle de stabilité et ne pourra le rester que si elle se montre apte à évoluer pour s’adapter aux réalités d’un monde qui change, condition indispensable pour pouvoir continuer à défendre les intérêts de ses citoyens dans leur ensemble.
"Il n’y a pas un seul exemple dans l’histoire, d’une économie gérée par un état qui ne se soit conclu autrement que par la faillite et la tyrannie."(Charles Gave).

Concours général, le palmarès

La remise des prix du Concours général 2014 s'est tenue à la Sorbonne le 11 juillet. Créée il y a plus de deux siècles, cette compétition prestigieuse distingue les meilleurs élèves de première et de terminale.
48 disciplines étaient proposées aux 17 140 candidats en France et à l'étranger.
"Étrange aristocratie de l'adolescence que le Concours général! Une aristocratie qui ne transmet que le sang des livres, se prouve par un effort de six heures et qui ne donne droit à rien. Une preuve de valeur" écrit Maurice Druon.

Les élèves de nos établissements à l’étranger sont toujours présents dans les palmarès du Concours général. 59 pays étaient inscrits cette années ce qui représente 1 291 lycéens.
45 distinctions dont 11 prix ont été décernées à des élèves de 8 pays.
Je mentionne également deux établissements en France qui ont d’excellents résultats, le lycée international de Saint-Germain-en-Laye et le lycée franco-allemand de Buc.

Quelques exemples de sujets:
  • Dissertation philosophique, série ES et S: "Faut-il toujours saisir l'occasion?"
  • Dissertation philosophique, série L: "L'ordre des choses"
  • Histoire: "Les grands comportements politiques (idées, expressions, institutions), en Europe, de la fin du XIXe siècle à la fin du XXe"
  • Sciences économiques et sociales: "La mobilité sociale intergénérationnelle est-elle « en panne?"
  • Composition française: "L'idéal n'est fécond que lorsqu'on y fait tout rentrer. C'est un travail d'amour et non d'exclusion." Flaubert, lettre à Louise Colet, janvier 1854. 
Dans quelle mesure ce propos éclaire-t-il votre approche de l'œuvre littéraire?

Le palmarès des établissements français à l'étranger:
  • Allemand - Terminale L, ES, S: 1er prix Raphaël GLASER lycée général franco-allemand à Buc
; 3ème prix Louise MAYER-JACQUELIN du lycée français Jean-Monnet à Bruxelles 
  • Anglais - Terminale L, ES, S: 2ème prix Emanuelle RIZK de l'école franco-américaine à New-York

  • Arabe - Terminale L, ES, S: 1er prix Wassim LHOURTI du lycée français Regnault à Tanger
; 2ème prix Amira BENSEBAA de l'école Al-Jabr à Casablanca
; 3ème prix Tamara BAZIH du lycée franco-libanais Verdun à Beyrouth 
  • Chinois - Terminale L, ES, S: 1er prix Julie WANG de l'école française de Shanghai à Shanghai Espagnol - Terminale L, ES, S: 2ème prix Ignacio BARRÓN BARATECH du lycée international à Saint-Germain-en-Laye 
  • Italien - Terminale L, ES, S: 1er prix Yaǧmur ARICA du lycée international à Saint-Germain-en-Laye
  • Mathématiques - Terminale S: 3ème prix Antoine DUPUIS du lycée français Jean-Monnet à Bruxelles
    Portugais - Terminale L, ES, S: 1er prix Clarisse DESPAGNE-FRANCISCO du lycée international à Saint-Germain-en-Laye
; 2ème prix Filipe FIGUEIREDO du lycée international à Saint-Germain-en-Laye 
  • Russe - Terminale L, ES, S: 3ème prix Natalia GENEL du lycée international à Saint-Germain-en-Laye 
  • Un lauréat a été récompensé deux fois: 2ème prix en physique-Chimie et Mention en espagnol Antoine DUPUIS, né le 29/10/1997 du lycée français Jean-Monnet de Bruxelles.

Actualités...

. Un Français, grand argentier du Vatican: Jean-Baptiste de Franssu (51 ans) a été nommé président de l'Institut pour les œuvres de religion, l'IOR, la fameuse banque du Vatican. Il succède à l'industriel allemand Ernst von Freyberg qui avait été nommé en 2013 avec pour mission de continuer à rénover le controversé bras financier de l'église catholique.
Père de quatre enfants et fervent catholique, M. de Franssu est l'un des directeurs de la catholique ONG "World Youth Alliance".

. Faut-il fermer Fessenheim? Le projet de loi de transition énergétique prévoit un plafonnement de la capacité de production nucléaire à son niveau actuel (63,2 GW) ; de ce fait le démarrage de l’EPR de Flamanville 3 (1,6 GW) pourrait nécessiter la fermeture d’une centrale de la taille de celle de Fessenheim (1,8 GW). Le délégué interministériel, Jean-Michel Malerba, estime qu’il serait logique notamment pour des raisons économiques de fermer la centrale Alsacienne qui n’a pas la possibilité d’utiliser le combustible retraité, du Mox, que la France fabrique. L’Hexagone compte 19 centrales nucléaires sur son territoire.

. Bac 2014: près de 6 000 candidats bacheliers hors de France ont bénéficié de la dématérialisation de la correction des copies, soit 50% de plus qu’en 2013. 80 pays étaient concernés et 1 400 correcteurs. Le dispositif innovant contribue à l’homogénéisation des corrections dans le réseau des établissements français à l’étranger.
Les résultats globalisés du bac 2014 ne sont pas encore parus (à suivre dans ma prochaine lettre d’info en septembre).

. Aide à la scolarité: un élève sur cinq est boursier dans le réseau à l’étranger en 2014, ce qui représente 21 941 élèves français.

. Apprendre le langage informatique dès la primaire: l'apprentissage de la programmation fera son entrée en primaire en septembre, selon le ministre de l'Éducation, mais uniquement «de manière facultative» et «sur le temps périscolaire». Il n'est pas encore inscrit aux programmes scolaires. On peut regretter qu’un apprentissage aussi important ne soit que facultatif. Car il s’agit bien que l’école aujourd’hui apprenne à tous les enfants à lire, à écrire, à compter et… à coder. Le sujet est dans l'air du temps. En Angleterre, le gouvernement de David Cameron a investi 1,8 M d'euros pour former les enseignants et inscrire la discipline dès la rentrée 2014 aux programmes de l'école primaire, tandis que Barack Obama lançait en décembre dernier aux Américains: «Ne vous contentez pas de jouer avec votre téléphone, programmez-le!». On espère que nos établissements à l’étranger seront en pointe pour ce qui est un langage de communication sans frontière.

. Livret A: le taux du Livret A est en berne ! Il ne rapportera plus que 1% au lieu de 1,25% à partir du 1er août, le plus bas niveau historique. Cet ajustement concerne les 60 millions de comptes des Français qui continuent à épargner malgré la crise. Rappelons que la détention du Livret A est autorisée pour les Français non-résidents.

. Suisse et levée du secret bancaire: le gouvernement helvète doit lever le secret bancaire pour répondre aux normes bancaires OCDE. Sa marge de manœuvre est étroite. Des personnalités politiques des deux partis de droite (démocrates-chrétiens et libéraux-radicaux) et de l'extrême droite (Union démocratique du centre) qui siègent au gouvernement, lancent à la mi-août une initiative populaire baptisée "Oui à la protection de la sphère privée". Cette initiative veut inscrire dans la Constitution "la protection des données sur la situation financière". Il faudra ensuite réunir 100 000 signatures dans le pays pour pouvoir organiser une "votation" (référendum), une simple formalité en l'espèce. Enfin, si la défense du secret bancaire obtient une majorité, le gouvernement n'aura plus la possibilité de répondre favorablement aux recommandations de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et du Groupe d'action financière (Gafi). En Suisse les banquiers, mais aussi des avocats, des hommes politiques, défendent l'idée que le secret bancaire appartient aux droits de l'homme, au nom de l'inviolabilité de la vie privée.