L’EGLISE GOTHIQUE SAINT- SAUVEUR DES SALELLES 

Juchée sur le promontoire du Rocheyrol dominant un méandre du Chassezac, l’église Saint-Sauveur des Salelles est visible de tous côtés et de très loin avec son clocher-tour très particulier. C’est la seule église gothique du Pays des Vans. Sa construction témoigne d’une période de notre passé qui vit repartir la population et l’économie après les temps difficiles de la fin du Moyen Age.

    
Une interrogation s’impose d’emblée : pourquoi cette église fut elle construite sur ce site, en position si excentrée et à l’écart des autres lieux habités de la paroisse ? 
Y eut-il un édifice antérieur de caractère défensif en avant du « limes », la frontière qui aux II e et Ier siècle avant Jésus-Christ séparait la Provincia romaine du reste de la Gaule ? Ou fort loin dans le temps y eut-il christianisation d’un site païen ? A ce jour, la question demeure sans réponse.

Au XIIIe siècle toutes les paroisses du Pays des Vans sont dotées d’une église romane. Jadis, lors de la reforme grégorienne, les Salelles étaient restés aux mains du clergé séculier et l’église romane antérieure devant être des plus quelconques comme en témoigne l’unique chapelle qui fut conservée, on voulut construire sur le même emplacement une autre église au sein d’une paroisse modérément étendue mais riche d’une agriculture active où s’affirmait un vignoble important.

Après une période de récession chevauchant les XIV et XVe siècle, l’expansion tant économique que démographique revint dans les années 1460-1480 et les églises furent alors agrandies, augmentées de chapelles, avec de surcroît l’érection de clochers de grande dimension. A la charnière du Moyen Âge et des temps Modernes peu d’églises nouvelles furent construites et la seule nouvelle-venue dans le pays des Vans, reste celle de Saint-Sauveur des Salelles, fêté le 6 Août, jour de la Transfiguration du Christ.
 
Aucune modification ne fut donc effectuée pour l’église antérieure des Salelles. Et ce fut la seule fois où l’on démolit dans le Pays des Vans une église romane que l’on remplaça quasi entièrement par une église gothique, en un temps où ce style s’impose.

Sa construction date ainsi de la fin du XVe siècle, c’est à dire en pleine Renaissance. Le 15 octobre 1501, un visiteur apostolique, détaché par l’évêque de Viviers note que l’église est en voie d’achèvement. Le bâtiment fut terminé à la fin de 1501 ou en 1502.

Le portail et le porche assez profond furent réalisés peu après, et le clocher plus tardif fut accompli dans la première moitié du XVIe siècle. La construction gothique a été rigoureusement pensée par le maître d’œuvre l’architecte de l’époque. L’église gothique recouvre l’ancien bâti roman et jouxte le presbytère, la « clastre » déjà en place, lui attenant.

L’édifice est en forme de croix latine orientée, c’est à dire disposée en direction de l’orient, symbole du jour qui se lève et de la Résurrection. L’église est de vaste dimension : 20 mètres de long. Le chœur et la nef mesurent 7 mètres de large et 9 mètres de haut.

L’œuvre de qualité est réalisée en moellons de carrière de grès bien appareillés où l’on peut distinguer sur de nombreuses pierres taillées la signature des tâcherons qui ont apposé leurs marques.

Le maître d’œuvre bien qu’inconnu semble lui aussi avoir laissé sa griffe : un outil de maçon sur le mur nord du chœur.

Il serait intéressant de savoir qui fut le maître d’ouvrage, autrement dit le bailleur de fonds, mais les actes d’alors restent très discrets et il en résulte que l’église fut d’abord et avant tout l’œuvre d’un ou de plusieurs prieurs. Le prieuré des Salelles étant alors tenu par des fils des familles puissantes de la région, Antoine De Borne, Guilhaume Gautier et Pierre de Tournon, d’une importante famille vivaroise et à l’origine du clocher. Ce sont des gens instruits, cultivés et croyants marqués par la Renaissance, des hommes de goût, qui ont voulu faire beau et grand et qui eurent le souci d’en faire profiter leurs ouailles.

L’augmentation de la population amena la construction de la tribune au XVIIIe siècle qui fut mise en place en 1777-1778.

La sacristie, plus récente fut achevée en 1841.

Lors des inventaires consécutifs à la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat en 1905, les Salellois s’enfermèrent dans leur église refusant de l’ouvrir aux autorités escortées par les soldats. Les forces de l’ordre ouvrirent la porte à coups de hache. Celle-ci ne fut pas réparée et des barres de fer soutiennent toujours les bois tailladés.

L’édifice, d’un style gothique flamboyant très pur bien que tardif fut classé Monument Historique en 1907. Les Beaux Arts firent refaire le couronnement du clocher en 1913 le rendant encore plus insolite que par le passé.

Au dessus de l’entrée sont deux écus : celui de droite porte les lettres grecques de l’Alpha et Omega (allusion à l’Apocalypse de l’Apôtre Jean, « Je suis le premier et le dernier, le principe et la fin ») et celui de gauche porte l’inscription IHS (Iesus Hominum Salvator), l’anagramme du Christ, Jésus Sauveur des Hommes, ce qui rappelle que l’église est sous le vocable Saint-Sauveur.

Encore récemment, quand on venait à pied à l’église, on y accédait par deux chemins : le chemin des hommes à l’ouest, côté Gravières et le chemin des femmes à l’est côté Chambonas.

Note établie par Didier Tournon à partir des recherches et textes de Jacques Schnetzler dans les revues du Vivarais et de La Viste.