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Histoire et technique des moulins à eau

Histoire, technique, différents types de moulins à eau, fonctionnement des Moulins à Eau :
  1. Les roues de moulins à eau
  2. Moulins "terriers" (Moulins à barrages insubmersibles, moulins à barrages submersibles)
  3. Moulins bateaux
  4. Moulins pendus
  5. Bibliographie

1) Les roues de moulins

Les moulins fonctionnent grâce à une roue qui est mise en mouvement par le courant de l’eau. La roue fait tourner l’arbre moteur qui au moyen d’engrenages transmet le mouvement aux meules. Il existe deux types de roues. Les premières sont dites « de dessus » parce qu’elles reçoivent l’eau à leur partie supérieure, laquelle tombe dans des godets fixés autour de la roue et qui par son poids met celle-ci en mouvement. Les roues dites de « dessous », quant à elles, sont ainsi nommées parce qu’elles reçoivent la poussée de l’eau à la partie inférieure de leurs aubes. Ces moulins sont en usages depuis l’Antiquité.


2) Moulins terriers


Traditionnellement, les moulins à eau construits sur les berges des rivières sont nommés « moulins terriers ». Le plus souvent, ils sont complétés par un barrage, ou « chaussée ».

Fig 1 : Roue de moulin terrier, roue de dessus et roue de dessous


Moulins à barrages insubmersibles

Sur les ruisseaux et petit cours d’eau, la faiblesse du débit et son irrégularité ne permettent pas d’utiliser des roues de dessous. On construit donc un barrage pour barrer la vallée et former un bassin de retenue, un étang. Contre la face aval du barrage, ou chaussée, on construit le moulin dont la roue sera une roue de dessus. Pour éviter que le barrage et le moulin ne soient submergés en cas de crue, on construit un canal de décharge, équipé d’une vanne qui permet de maintenir le bon niveau d’eau dans le bassin de retenue.


Fig 2 : Moulins terriers à barrages insubmersibles.

- En haut : Moulin sur dérivation

- En bas : Moulin sur le cours d'eau avec bassin de retenue

- À droite : Coupe sur le moulin, avec roue de dessus

dessin Christian CUSSONNEAU


Fig 3 : Moulin terrier à barrage insubmersible : Le Moulin Minot à Villemoisan (Cl. Inv. Conseil Général de Maine et Loire, b. ROUSSEAU)

Fig 4 : Roue de dessus. Moulin de Deureux, la Poitevinière (Cl. Christian CUSSONNEAU)



Moulins à barrages submersibles

Sur les rivières au débit plus important, le moulin est installé sur la rive et un barrage est construit en travers du cours d’eau pour stabiliser l’eau au niveau de la roue de dessous. La hauteur du barrage, revêtu d’un perré, est limitée afin que les crues puissent le submerger sans l’endommager et que le moulin ne soit pas emporté.


Fig 5 : Plan masse des moulins de Durtal et leurs chaussées submersibles



Sur la Loire, dont les niveaux peuvent varier de plusieurs mètres, il était impossible de construire des moulins terriers qui auraient été emportés et détruits par les violentes crues hivernales et printanières du fleuve.


3) Moulins-bateaux


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Dès le Haut-Moyen Âge probablement, comme sur de nombreux cours d’eau européens, ont utilisa des moulins-bateaux qui pouvaient fonctionner en suivant les variations de niveaux de la Loire. Les moulins angevins étaient formés de deux vaisseaux entre lesquels était disposée la roue de dessous. Le plus grand, sur lequel se trouvait la maison du moulin qui contenait les mécanismes et les meules, était appelée le « bac ». L’autre vaisseau, plus étroit, était appelé la « foraine » et soutenait l’extrémité de l’arbre moteur qui portait la roue.

Ces moulins pouvaient être postés juste en aval des arches des ponts pour profiter de l’accélération de l’eau, près des rives ou en pleine eau ; souvent on construisait des digues, ou « duits », fait des pieux, de branchages et de pierres, qui détournaient les basses eaux estivales vers leurs roues.

Il y a probablement eu plusieurs centaines de moulins à bac et foraine sur la Loire ; en France, les derniers ont cessé de fonctionner vers le milieu du XIXe siècle. Quelques uns subsistaient en Europe de l’Est à la fin du xxe siècle.


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Fig 8 - Plan avec vue verticale de haut en bas des moulins-bateaux appartenant à Charles Maupassant, amarrés aux piles du pont des Sept-Voies, à Saumur. Détail. « Plan pour être joint au rapport de M. l'Ingénieur Normand, en date du 25 novembre 1824, sur une pétition du S
r. Paterne et à la lettre de l'Ingénieur en chef du 3 décembre 1824, à M. le Préfet de Maine-et-Loire. À Angers, le 8 janvier 1825. L'Ingénieur en chef de Maine-et-Loire, R. Derrien » (121 S 88). Cl. Inv. 2009492184 NUCA_P.







4) Moulins pendus

À la fin du xiie siècle, ou au début du XIIIe siècle, un autre type de moulin apparaît sur la Seine et sur la Loire, le « moulin-pendu » qui permet, comme le moulin-bateau, de palier les inconvénients des importantes fluctuations de niveaux d’eau. La maison du moulin, qui contient les meules et les mécanismes, est bâtie en hauteur sur des pilotis, en pleine eau ou appuyée à la face aval d’un pont, de manière à être hors d’atteinte des crues. La roue placée sous le moulin, est pendue dans un cadre qui peut être levé ou descendu grâce à des « pendants » manœuvrables au moyen de vérins en bois situés dans la maison. On peut donc régler la hauteur de la roue en fonction du niveau de l’eau. Comme pour les moulins-bateaux, les moulin-pendus étaient complétés par des duits remontant vers l’amont qui conduisaient les basses eaux vers leur coursier. Machines assez fragiles dont les roues pouvaient être endommagées par des épaves ou des glaces dérivant au fil de l’eau, les moulins-pendus angevins ont disparus en grand nombre au xviie siècle ; quelques uns seulement ont subsisté jusqu’au milieu du XVIIIe siècle.

En Anjou, il ya eu plus de cinquante moulins-pendus ; il y en eut environ six appuyés aux Grands Ponts de Saumur ; quatorze se pressaient sur le Pont des Treilles et trois sur le Grand-Pont d’Angers ; le site le plus important était les Ponts-de-Cé qui en comptait vingt-deux ; cinq existèrent à Chalonnes-sur-Loire et trois à Montjean, tandis qu’à Champtoceaux sont conservés les vestiges d’un grand bâtiment qui contenait les deux moulins banaux du lieu.




5) Bibliographie :  Moulins à eau


Courant (Hugues), Le pont des Treilles à Angers sous l'ancien régime, Mémoire de maîtrise, Université d'Angers Belle-Beille, sous la direction de Jacques Maillard, 1994.


Courant (Hugues) et Cussonneau (Christian), Moulins-bateaux en Anjou du XIe au XIXe siècle, dans, Charmes de Loire et de Maine, hier et aujourd’hui : Bouchemaine, Angers, 2003, p. 182-185.


Courant (Hugues) et Cussonneau (Christian), Les sites de la meunerie hydraulique sur la Loire et la Maine, du xie au xixe siècle, dans, Un fleuve, des hommes : la Loire et ses affluents, une histoire tumultueuse, Archive d'Anjou, numéro spécial (4) – 2000, p. 7-45.


Courant (Hugues) et Cussonneau (Christian), Moulins-bateaux et moulins pendus en Anjou (XIe-XIXe siècles), 1ère partie, dans, Bulletin de l’Association des Amis des Moulins d’Anjou, 1er trimestre 2001, n° 81, p. 3 à 8 ; 2e partie, dans, Bulletin de l’Association des Amis des Moulins d’Anjou, 2e trimestre 2001, n° 82, p. 3 à 10.


Courant (Hugues) et Cussonneau (Christian), Moulins de Loire, au fil de l’eau, au fil du temps, dans, 303, Arts, recherches et créations, Conseil régional des Pays de la Loire, Nantes, 4e trimestre 2002, p. 216-223).


Cussonneau (Christian), Moulins d'Anjou, Images du Patrimoine n°90, Service Régional d'Inventaire des Pays de La Loire, 1991.


Cussonneau (Christian), Farine de Loire... Meuniers du port... Moulins-bateaux en Anjou, dans, 303, arts recherches et créations, La revue des Pays de la Loire, n° XLIX, 2e semestre 1996, p. 22-27.


Cussonneau (Christian), Vocabulaire de la meunerie en Anjou, à travers les sources d’archives (XIe-XIXe siècles), Cahier de l’AMA n°5, Association des amis des moulins d’Anjou, 1999, 64 p. Ill.


Cussonneau (Christian), Un site de meunerie hydraulique exceptionnel : les grands moulins-pendus des Ponts-de-Cé, dans, Loire 2006, Associations Confluences-Maison de Loire en Anjou, Angers, 2006, p. 37-50.


Meugé (Jacques), Raclin (Michel), Cussonneau (Christian), Pour connaître les moulins d'Anjou, Cahiers de l'AMA, n°1, Avril 1990.


Raclin (Michel) et Gibbings (Christopher), Les deux moulins a eau pendants de Montjean-sur-Loire, dans, Bulletin de l'Association des Amis des Moulins d'Anjou, n°39, 1er trimestre 1987, p.6-11.


Pour les articles monographiques ou d’inventaire des moulins à eau par rivières, le lecteur se reportera aux Tables analytiques des bulletins de l’AMA (Cahier n°6, mars 2006). La liste des sommaires des articles est en ligne sur ce site.


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