Comptes rendus‎ > ‎

Une autre ONU pour un autre monde

Collectif, Une autre ONU pour un autre monde, Bruxelles, Tribord, 2010

 

Ecrit par les membres d’un groupe de travail du Conseil scientifique d’Attac, cet ouvrage constate les imperfections du système des Nations unies et propose des pistes pour le réformer.

N. Andersson rappelle comment pendant la Guerre froide l’ONU a été pour les Etats-Unis un instrument de leur « politique d’endiguement » et comment l’URSS a paralysé cette institution en utilisant de 1946 à 1955 83 fois son droit de veto. Concernant le processus de décolonisation, il rappelle que l’ONU a, sous la pression internationale, aidé l’Indonésie à acquérir son indépendance en 1949, mais observe qu’elle est, dans de nombreux cas, restée inactive, par exemple au sujet de la guerre d’Algérie. Le général de Gaulle a d’ailleurs dans les années 1960 qualifié l’ONU de « machin », pour critiquer son inefficacité. Effectivement, on peut faire une longue liste des résolutions de l’ONU non appliquées. En 2003, c’est en bafouant les principes des Nations unies que les Etats-Unis ont engagé des opérations militaires en Irak.

N. Albala et A. Magliacane soulignent l’importance de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 1948, ainsi que d’autres textes comme la Charte des droits et des devoirs économiques des Etats, adoptée en 1974.

M. Özden rappelle que dès 1946 l’ONU a créé la Commission des droits de l’homme, qui a élaboré la Déclaration universelle des droits de l’homme. En 2006, cette commission a été remplacée par le Conseil des droits de l’homme (CoDH). Celui-ci a cependant subi des attaques, notamment de la part des Etats-Unis et d’Israël.

D. Benamrane observe que l’ONU est un système rigide qui ne s’est pas adapté aux bouleversements du monde. Son utilité paraît douteuse au regard des coûts de fonctionnement de sa bureaucratie, et des pratiques de concurrence qui s’y développent entre ses agences. Il critique le mode de désignation des dirigeants de l’ONU, qui se fait sous le contrôle des grandes puissances. Il évoque les scandales portant sur les tractations et les pratiques de certains pays riches qui achètent le vote de pays pauvres pour faire élire leurs ressortissants à la tête d’agences onusiennes. Il observe qu’un nombre croissant de domaines d’activités de l’ONU sont sous-traités à des firmes privées, et qu’il y a une forte intrusion de donateurs privés dans les agences et les fonds onusiens. Avec son projet Global Compact, présenté en 1999 au sommet de Davos, Kofi Annan, alors secrétaire général de l’ONU, a favorisé le recours aux financements du secteur privé et a encouragé le rôle des multinationales, de leurs fondations et de leurs lobbies, au sein des Nations unies. L’influence croissante des firmes multinationales sur les Nations unies a été dénoncée notamment par l’ONG Centre Europe-Tiers Monde (CETIM), qui note dans un rapport de 2005 : « actuellement […] l’influence des sociétés transnationales sur les décisions des organismes composant les Nations unies contamine l’ensemble du système. Ainsi on peut voir par exemple des représentants de la Banque mondiale discuter des thèmes liés à l’éducation dans des réunions convoquées par l’Unesco ». Une « privatisation » de l’ONU est ainsi en train de s’effectuer, en accord avec les pays dominants.

D. Benamrane observe aussi que les Années internationales des Nations unies, de même que les semaines et journées des Nations unies, ou que le sommet mondial sur les « Objectifs du millénaire du développement » (2000) mériteraient une évaluation de leur efficacité. Il pointe le dysfonctionnement flagrant des actions de l’ONU sur le terrain, menées par une pléthore d’agences au fonctionnement coûteux, se livrant entre elles à une compétition improductive.

J. Cossart et N. Albala déplorent que le commerce et l’argent échappent à l’ONU. En effet, le FMI et la Banque mondiale, créés à la conférence de Bretton Woods en 1944, ne servent pas les objectifs des Nations unies. Comme l’a écrit Joseph Stiglitz : « le FMI a cessé de servir les intérêts de l’économie mondiale pour servir ceux de la finance mondiale ».

Depuis 1948, les Nations unies ont conduit 63 missions pour la paix. Les résultats ont été contrastés. Les missions menée en Namibie, au Salvador et au Cambodge sont considérés comme des succès ; mais les missions en Somalie, au Rwanda ou au Cachemire ont été des échecs. Pour N. Andersson, l’ONU sert davantage aujourd’hui à couvrir des interventions militaires qu’à les conduire. Cela a été le cas notamment en ex-Yougoslavie, où l’ONU a autorisé l’OTAN à mener une opération militaire. Les accords de paix de Dayton (1995), qui mettent fin à la guerre de ex-Yougoslavie, marquent un nouveau transfert d’autorité de l’ONU vers l’OTAN. L’ONU a été impuissante à empêcher les nombreuses guerres qui se sont déroulées pendant les années 1990 et qui ont fait plus de 4 millions de morts.

J. Cossart observe que l’ONU aurait un rôle important à jouer dans la promotion des biens publics mondiaux, ou biens communs. Il s’agit de la prise de conscience de l’existence d’un patrimoine commun de l’humanité et donc de la nécessité de préserver certains biens matériels (eau, air, sols, matières premières) et aussi des biens immatériels (climat, connaissances, culture, santé, paix, etc.) La problématique des biens publics mondiaux ou biens communs de l’humanité est en opposition radicale avec celle du Consensus de Washington (c’est-à-dire du capitalisme néolibéral), qui a tendance aujourd’hui à gagner du terrain à l’ONU.

En conclusion, les auteurs soulignent que la démocratisation est la condition principale d’une refondation des Nations unies. Ils font valoir que le système des Nations unies, conçu sur la base de l’équilibre des forces au sortir de la Seconde Guerre mondiale, ne correspond plus à l’état du monde au début du XXIe siècle. Une réforme urgente du Conseil de Sécurité s’impose. Les privilèges de membres permanents avec droit de veto, acquis au sortir de la Seconde Guerre mondiale, n’ont plus aujourd’hui de légitimité. Les auteurs préconisent que l’appellation de « Conseil de Sécurité » soit remplacée par celle de « Conseil des Nations unies », que le système onusien soit entièrement refondu, et que les institutions financières et commerciales internationales (FMI, Banque mondiale, OMC) soient transformées et intégrées dans le système des Nations unies. Le financement du système onusien devrait aussi être repensé, de manière à éliminer les sponsorings intéressés des intérêts financiers et industriels.

Ce livre récapitule utilement les points forts et les points faibles du système des Nations unies et propose d’intéressantes pistes pour son amélioration.
                                                                                                                                                                                                                               Chloé Maurel.