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Les dessous de la Françafrique, par Patrick Pesnot

Patrick Pesnot, Les dessous de la Françafrique. Les dossiers secrets de Monsieur X, Paris, France Inter, Nouveau monde poche, 2010.

 

Si, en 1960, la France a accordé l’indépendance à ses colonies d’Afrique subsaharienne, néanmoins elle n’a jamais cessé de contrôler de très près ces pays, grâce aux conseillers français restés sur place. Jacques Foccart, secrétaire général aux Affaires africaines et malgaches, a joué un rôlé clé dans cette politique néocolonialiste. Il a « régné » sur l’Afrique francophone, faisant et défaisant les gouvernements, et tissant des liens personnels avec les dirigeants. La France n’a pas hésité à fomenter des coups d’état et à organiser des massacres pour maintenir et affermir ses intérêts politiques et économiques en Afrique. L’uranium nigérien, le pétrole gabonais, le cacao ivoirien, les diamants centrafricains sont en effet des biens très convoités par la France. L’ancienne métropole a eu recours à l’intervention des garnisons laissées en place à l’issue de la colonisation, à l’envoi de mercenaires, à la constitution de réseaux barbouzards… L’auteur passe en revue les différents pays d’Afrique francophone et met au jour les interventions de la France.

A Madagascar, l’insurrection que déclenche la population en 1947 entraîne en réponse une sanglante répression : les troupes coloniales envoyées par Paris causent 100 000 morts. Aucun soldat, aucun policier, aucun fonctionnaire n’a été sanctionné, et ce massacre est souvent occulté de la mémoire collective aujourd’hui.

Au Burkina Faso, le leader Thomas Sankara, influencé par le marxisme, le guévarisme, le panafricanisme et l’humanisme chrétien, inquiète la France par son énergie, ses qualités d’homme d’Etat et son caractère intègre. Il a d’ailleurs rebaptisé son pays, l’ancienne Haute-Volta, d’un nom africain, Burkina Faso, qui signifie « la terre des hommes intègres ». Il entend lutter contre la corruption qui gangrène son pays et rendre celui-ci réellement indépendant de l’ancienne métropole. La France est responsable de son assassinat en 1987.

Le Congo-Brazzaville, ancienne colonie française, est le quatrième producteur africain de pétrole. Malgré cette manne financière, le Congo est paradoxalement l’un des pays les plus endettés et les plus pauvres du monde. En effet, le pétrole a causé une guerre civile qui, commencée en 1993, a ensanglanté le pays pendant plus de dix ans, et dans laquelle la France porte une responsabilité écrasante.

Au Rwanda, en 1994-1995 s’est déroulé un génocide reconnu comme tel par l’ONU. Souvent présenté en Occident comme un massacre de plus entre tribus africaines rivales, ce génocide a été perpétré en réalité avec la complicité de la France, comme l’atteste le réquisitoire rédigé par le juge Bruguière.

Au Cameroun, le leader Ruben Um Nyobé, figure emblématique de la lutte pour l’indépendance, est assassiné par l’armée française en 1958.

Ce livre se place dans la lignée de l’ouvrage de François-Xavier Verschave, La Françafrique, le plus long scandale de la République, paru en 2003, qui dénonçait les liens troubles du gouvernement français avec les dictatures africaines, et le rôle de la France dans des coups d’état et des massacres en Afrique. Le terme de « Françafrique », d’abord inventé par le président ivoirien Félix Houphouët-Boigny dans un sens positif pour qualifier les bonnes relations entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique, est devenu le symbole de cette collusion mafieuse entre Paris et des régimes africains anti-démocratiques et corrompus.

Si l’ouvrage de Patrick Pesnot manque parfois de contextualisation et d’analyse historique, il a le mérite de mettre en lumière des événements souvent occultés de l’histoire officielle (massacres, assassinats, réseaux de barbouzes), et qu’il appartient maintenant aux historiens de mieux intégrer à leurs récits ainsi qu’aux manuels scolaires.

                                                                                                                                                                                                                      Chloé Maurel

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