Comptes rendus‎ > ‎

Citoyen sans frontières, de Stéphane Hessel

Stéphane Hessel, Citoyen sans frontières, Paris, Pluriel, 2008.

 

Ce livre est un long entretien entre le journaliste Jean-Michel Helvig et Stéphane Hessel. Ce dernier, d’origine juive, né en Allemagne en 1917, fils de l’écrivain Franz Hessel et de Helen Grund (le couple qui a inspiré le film Jules et Jim d’après le roman de Henri-Pierre Roché), arrivé en France à l’âge de sept ans, est devenu normalien puis a étudié à la London School of Economics. Il baigne donc dès son jeune âge dans une atmosphère intellectuelle et cosmopolite. Anticommuniste, il se sent proche du socialisme et est influencé par Sartre. Pendant la guerre il devient résistant. Il rencontre des figures comme Walter Benjamin et Varian Fry (envoyé par Eleanor Roosevelt dans le cadre d’une fondation privée, l’Emergency Rescue Committee, pour faire sortir d’Europe des intellectuels et des artistes importants). Il rejoint la France libre en Angleterre et rencontre de Gaulle. Envoyé en mission en France pour préparer le Débarquement, il est arrêté, incarcéré, torturé, puis envoyé au camp de Buchenwald en août 1944. Transféré ensuite dans d’autres camps, il s’évade pas moins de quatre fois. A la fin de la guerre en 1945, à vingt-sept ans, il se sent une responsabilité morale de survivant, et ressent le besoin de s’engager.

C’est dans la diplomatie qu’il va s’engager. Reçu à l’ENA, il entre au Quai d’Orsay et, grâce à sa rencontre avec Henri Laugier, obtient un détachement aux Nations unies. Il fait donc partie des pionniers de l’ONU, et demeurera tout au long de sa vie très convaincu de l’utilité de cette organisation. Il participe à la rédaction de la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée en 1948. Il observe que lors de la préparation de cette déclaration, deux tendances se dégagent : d’un côté, les Américains insistent sur les droits civils et politiques, de l’autre les Soviétiques mettent l’accent sur les droits économiques et sociaux. Il fait partie de ceux qui, avec René Cassin, s’efforcent de concilier les points de vue. Il côtoie des figures importantes des Nations unies, comme Brian Urquhart et Ralph Bunche.

De 1970 à 1972 il travaille au Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). Dans ce cadre, il s’efforce de favoriser la formation de techniciens dans les pays en voie de développement. En 1977 il devient ambassadeur de France auprès des Nations unies à Genève. Humaniste, il déplorera que dans les années 1990 s’imposent dans les institutions internationales les conceptions néolibérales du « Consensus de Washington ».

Proche de Michel Rocard, il accompagne en 1990 la création du Haut Conseil pour l’intégration. Il est solidaire avec les revendications des « sans-papiers ».

En 1995 il fait partie d’un groupe de réflexion sur un projet de réforme de l’ONU.

Européiste convaincu, il soutient le fédéralisme européen. Politiquement, il est réticent à s’engager fermement dans un parti, mais se sent proche de Pierre Mendès France comme de Michel Rocard.

A plusieurs reprises dans sa vie, il a à cœur de jouer le rôle de médiateur, par exemple en 1994 lorsqu’il est chargé, au Burundi, d’une mission de conciliation entre Hutus et Tutsis.

Convaincu que le monde doit être internationalement gouverné, il revendique un « civisme mondial », a une ambition universaliste, se rattache à la gauche réformiste, démocratique et éthique. C’est un humaniste qui a participé à de nombreux clubs de réflexion comme le Club Jean Moulin à partir de la fin des années 1950, ou à partir de 2000 le Collegium international éthique, politique et scientifique, qui élabore la Déclaration universelle d’interdépendance.

Par ses contacts et ses réseaux, Stéphane Hessel a pu accéder à des postes importants dans la diplomatie et se lier avec les milieux intellectuels de son époque. Son parcours riche en expériences et en rencontres marquantes est celui d’un véritable démocrate et humaniste.

                                                                                                                                                                                                                                                  Chloé Maurel

Comments